Ecorce de bourdaine : laxatif doux ou irritant ?

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Bonjour,

On parle aujourd’hui de l’écorce de bourdaine. On est dans les purgatifs, les laxatifs irritants et parfois un peu violents pour le système digestif. Aujourd’hui, on ne les utilise que sur le court terme pour des constipations qui sont résistantes aux autres mesures. Et pourtant, si on fait une revue des vieux écrits, ils nous disent que la bourdaine est un laxatif relativement doux et bien toléré. On parle de livres écrits par des praticiens très expérimentés comme le docteur Henri Leclerc en France ou le docteur Rudolf Weiss en Allemagne.

Et lorsque j’ai vu cette contradiction entre la tradition des années 1900 et le positionnement moderne, je me suis dit : y a un truc que je n’ai pas compris. Parce qu’en général, sauf exception, le positionnement d’aujourd’hui s’aligne assez bien sur la tradition. Du coup, je me suis grillé quelques neurones sur le sujet et je vais vous livrer mes réflexions aujourd’hui.

Dans cet épisode, on va faire une revue complète de la bourdaine, ses propriétés et indications. Et on va passer du temps à essayer de résoudre cette apparente contradiction entre la pratique des années 1900 et la pratique d’aujourd’hui.

Avant de démarrer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation à être un diagnostic ou une prescription médicale. En particulier vu qu’on va parler de constipation, une situation qui requiert un accompagnement médical car elle peut cacher une problématique plus grave.


Un peu de botanique

Comme à notre habitude, on démarre avec un peu de botanique.

La bourdaine est un arbuste de la famille des Rhamnaceae. Vous le trouverez dans des lieux généralement humides et dans les terres plutôt acides. On peut le trouver en bord de lisière forestière, à la mi-ombre, les pieds dans la mousse. Présent dans à peu près toute la France sauf le quart sud-est, c’est-à-dire vers chez moi (carte de répartition ici).

Il rappelle un peu le noisetier dans le sens où il fait des rejets depuis la souche.

Il a des feuilles alternes, ovales et glabres (c’est-à-dire sans poils lorsque vous observez à la loupe botanique). Il fait des groupements de petites fleurs verdâtres avec une floraison qui s’étale d’avril à juillet. Les fruits ressemblent à de petites baies qui sont d’abord vertes puis rouges et enfin noires à maturité.

Un signe caractéristique, c’est son écorce foncée marquée de très nombreuses lenticelles blanches grisâtres. Une lenticelle, ça ressemble à un petit point (ou une petite verrue) sur l’écorce, et c’est en fait comme un pore qui permet à l’arbre de respirer, d’échanger oxygène et dioxyde de carbone. Donc là, sur l’écorce de bourdaine, vous allez en voir, ce sont des points gris-blancs sur une écorce assez foncée.

Un autre signe : lorsque vous sciez une branche, le bois au cœur (le duramen) est de couleur rougeâtre. Puis on a une couche de bois de couleur claire, puis l’écorce foncée.

Voici le lien vers l’article de Claude Chahinian publié sur le site de Vieilles Racines et Jeunes Pousses. Claude est cueilleur de plantes médicinales et il nous explique comment se fait la cueillette, avec des photos d’illustration.


Cueillette

La partie utilisée en herboristerie, c’est l’écorce sèche et vieillie d’un an. On reviendra sur le pourquoi.

Mais pour l’instant, parlons de la récolte. Je m’inspire ici des explications de Claude car je n’ai jamais effectué cette récolte. Le bon moment pour cueillir, c’est à la montée de sève car à ce moment-là, les écorces se détachent beaucoup plus facilement.

Claude utilise une petite scie à main, une machette, une brosse et un épluche-légume. Car il va littéralement éplucher les rameaux qu’il a sciés des souches. Il parle de rameaux de 3 à 5 ou 6 cm de diamètre. La récolte se fait d’une manière respectueuse, donc en observant les alentours, le nombre de pieds disponibles, ceci afin de ne pas trop prélever sur la même souche. Car ceci va grandement affaiblir l’arbre, bien évidemment.

Ensuite, on enlève les petits rameaux, on brosse la branche au cas où il y ait des lichens vu qu’on est dans des lieux humides. Et ensuite Claude utilise son épluche-légume pour récupérer des lanières d’écorce qui iront par la suite au séchoir.

Donc voilà, allez lire l’article, on remercie Claude pour ce partage, et un petit coucou à nos amis de Vieilles Racines et Jeunes Pousses au passage.

Pour la petite histoire, le charbon de bois de bourdaine était utilisé pour préparer la « poudre noire » qui était utilisée dans les anciennes armes à feu et comme explosif. Je trouve ce point assez intéressant car il nous offre un moyen mnémotechnique de nous souvenir de l’énergie de la bourdaine sur le transit.

bourdaine, écorce


Constituants de la bourdaine

En ce qui concerne les constituants de la bourdaine, nous avons différents constituants qui sont dérivés de l’anthracène. C’est pour ça que dans les noms de ces constituants, on va retrouver la racine « anthro » ou « anthra ».

Nous avons des anthrones et anthranols libres, qui sont actifs dès l’absorption et hautement irritants pour la muqueuse intestinale. Ils peuvent provoquer des diarrhées violentes, crampes, vomissements. Ils sont présents dans l’écorce fraiche, mais ils sont instables et ils vont, avec le temps et le séchage, s’oxyder, et se transformer en anthraquinones qui sont stables et largement moins irritantes. Mais efficaces comme laxatifs.

De plus, ces anthraquinones ne sont plus directement actives dans notre corps comme les anthrones. Elles existent sous forme d’hétérosides. On reviendra à ce terme dans quelques minutes pour bien comprendre comment la bourdaine fonctionne à l’intérieur de notre corps.

Il y a d’autres constituants dans l’écorce, comme des flavonoïdes et des tanins, mais ils sont relativement peu importants pour expliquer l’action de la plante.


Utilisations

Bourdaine : laxatif stimulant et irritant

Allez, on passe aux propriétés. L’écorce de bourdaine est considérée comme un laxatif stimulant et irritant. C’est donc le dernier recours lorsqu’on a essayé d’autres mesures alimentaires, d’hygiène de vie et d’autres types de plantes agissant sur le transit. D’autres mesures plus douces si vous voulez.

Dans le monde des plantes, on a ce qu’on appelle des laxatifs osmotiques, qui attirent l’eau dans la lumière intestinale. Le sorbitol du pruneau a cette action. Les sels de magnésium ont cette action. Les selles sont trop déshydratées, donc on force un apport d’eau dans le tube digestif. Ça, c’est l’une des stratégies.

On a aussi les laxatifs de lest, qui apportent des fibres, de la matière, du volume. Avec ces fibres, le côlon est plus distendu mécaniquement, et cette distension déclenche le réflexe péristaltique qui fait progresser les selles dans le tube d’une manière plus efficace. Particulièrement intéressant chez la personne qui ne mange pas beaucoup de fibres justement. On a ici le psyllium, les graines de lin, etc. Ça, c’est une autre stratégie. On a aussi les stimulants biliaires, qu’on appelle cholérétiques et cholagogues, et on va y revenir dans un instant car la bourdaine a aussi cette propriété.

Et puis, lorsque ces substances ne sont pas suffisantes, ou que le transit est particulièrement lent (on parle de trouble de la motilité, de constipation par inertie colique), alors, il faut parfois faire appel à des laxatifs un peu plus irritants et stimulants.

Que font ces substances ? Comme son nom l’indique, un laxatif irritant vient irriter la muqueuse digestive. Lorsque vous faites ceci, le réflexe du tube digestif sera d’expulser la substance irritante. Cela va donc stimuler le péristaltisme et pousser l’irritant ainsi que les matières fécales vers la porte de sortie. Plus vite. Plus fort. Et parfois, de manière un peu spasmodique. Ça veut dire que ces substances peuvent provoquer des crampes, peuvent parfois provoquer des diarrhées explosives chez la personne ayant les intestins sensibles ou fragiles.

Dans cette catégorie, nous avons la racine de rhubarbe de Chine (Rheum palmatum). Nous avons le séné (Senna alexandrina). Les Américains connaissent le cascara (Rhamnus purshiana) qui est un cousin de la bourdaine. Nous avons le latex d’aloès (Aloe barbadensis, A. ferox) – j’ai bien dit le latex (le liquide blanc qui suinte juste en dessous de la peau) et pas le gel d’aloès qui se trouve un peu plus profond dans la feuille. Et nous avons la bourdaine dont nous parlons aujourd’hui.

De tous les laxatifs irritants d’origine naturelle, si vous regardez les ouvrages écrits par des personnes d’expérience, comme Leclerc, Valnet ou Weiss, la bourdaine semble être le plus doux et le mieux toléré. Alors attention, tout est relatif. Nous sommes clairement dans les laxatifs irritants, à utiliser sur le court terme. Mais si on voulait faire un classement de l’effet irritant, la bourdaine serait probablement en bas de l’échelle.

Leclerc lui reconnaît une action laxative remarquable ne provoquant jamais de phénomène d’irritation ou d’intolérance. Il utilise le terme « eccoprotique » qui n’est plus utilisé aujourd’hui, et qui signifie un laxatif qui est relativement bien toléré et pas si irritant que ça en fait. Leclerc l’emploie lorsque la constipation est due à des spasmes intestinaux ou lorsque la personne a une sécrétion biliaire qui laisse à désirer.

Alors, à ce stade, on va décortiquer ce que nous dit Leclerc. Car on retrouve à peu près la même chose chez d’autres médecins de l’époque, comme Rudolf Weiss, qui est un peu le père de la phytothérapie moderne en Allemagne. Donc on a ici des praticiens très expérimentés qui nous donnent des clés de lecture. Il y a deux parties aux indications de Leclerc. Faiblesse des sécrétions biliaires, et constipation due à des spasmes intestinaux.


Stimule la production de bile

Prenons la première. La partie « faiblesse des sécrétions biliaires » est intéressante, car on a une propriété peu connue de la bourdaine, qui est cholérétique et cholagogue. C’est-à-dire que la plante favorise la production et l’excrétion de bile. La bile étant un liquide digestif majeur et légèrement irritant pour la muqueuse intestinale, tout ceci va humidifier les selles et stimuler le réflexe péristaltique. Donc la bourdaine, déjà, agit sur le transit en favorisant une meilleure production de bile.

Comment sait-on qu’on a une sécrétion biliaire faible ? Notez qu’on parle ici de faiblesse constitutionnelle, de faiblesse innée ou acquise au travers d’une certaine hygiène de vie, qui peut être passagère ou chronique. Mais on ne parle pas de pathologie hépatobiliaire. Du coup, ça s’exprime comment ? Par des lourdeurs après les repas, surtout lorsqu’il y a beaucoup de lipides, lorsque le repas est particulièrement gras. Une sensation nauséeuse, on est vite écœuré. Et puis une tendance à la constipation, par manque de sécrétions biliaires.

Bien sûr, nous avons d’autres plantes qui sont cholérétiques et cholagogues et largement plus intéressantes ici, car elles n’ont pas cette énergie colatérale d’irritation intestinale. La racine de pissenlit, de bardane, le radis noir, la feuille d’artichaut, etc. Des plantes plus faciles d’utilisation si on a ce profil-là, de faiblesse des sécrétions biliaires.


Excès de contractions intestinales

Le 2ᵉ point soulevé par Leclerc, c’est la constipation due à des spasmes intestinaux. Et… j’ai eu un peu de mal à comprendre au départ. Et puis j’ai vu que c’était une lecture de l’époque. Une manière de classer les différents types de constipation qui n’est plus utilisée aujourd’hui.

On voit cette dichotomie entre constipation par atonie intestinale et constipation par excès de contraction.

Le premier type, constipation par atonie intestinale, est caractérisé par un défaut de contraction, de péristaltisme. Le mouvement péristaltique, qui pousse la matière fécale vers le rectum, est lent et insuffisant. C’est un colon « paresseux », si vous voulez. Un terrain que l’on retrouvait chez les personnes âgées, les personnes sédentaires ou alitées, chez les personnes qui avaient un peu abusé des laxatifs irritants et chez qui le mouvement ne se produisait plus tout seul. Les selles sont rares et volumineuses. La situation est peu douloureuse, il n’y a pas forcément de crampes.

Le deuxième type, constipation par spasme intestinal, ou constipation spasmodique. C’est une constipation par excès de tension des muscles lisses digestifs. Un peu à l’opposé de la constipation par atonie. Les contractions intestinales sont excessives et anarchiques. Tout ceci crée une sorte de blocage du mouvement intestinal. On retrouvait ce terrain chez les personnes nerveuses, émotives, soumises à un fort stress. La constipation est accompagnée de coliques, de douleurs abdominales. Les selles sont dures et fragmentées en petits morceaux secs.

On trouve d’autres types de classification à l’époque, comme la constipation par sécheresse intestinale, caractérisée par un manque d’humidité et de volume. Le levier d’action ici était la relance des sécrétions biliaires (pour stimuler la production de liquides digestifs), l’emploi des fibres et des mucilages, donc tout ce qui pouvait ramener des substances qui retiennent les liquides. Et probablement boire plus.

Ces classifications ont changé de nom aujourd’hui, mais finalement, on retrouve un peu les mêmes terrains. Dans le premier type, un médecin aujourd’hui pourrait parler de constipation par transit lent. J’ai un peu plus de mal à trouver le 2ᵉ type, mais il me semble qu’on parlerait de syndrome de l’intestin irritable à prédominance constipation. Mais je me trompe peut-être, comme vous le savez je ne suis pas diagnosticien vu que je ne suis pas médecin.

OK, je referme cette énorme parenthèse, que vous avez trouvée intéressante j’espère, pour revenir à notre bourdaine.

Dans les constipations de transit lent, les médecins de l’époque, du moins ceux qui travaillaient avec les plantes, allaient chercher les laxatifs les plus irritants possibles. Car dans leur vision des choses, les intestins sont tellement paresseux qu’il faut fortement les stimuler, et là on ne fait pas dans la dentelle. Donc ce sont les latex d’aloès, le séné, etc. La bourdaine était considérée comme trop faible ici.

Weiss nous le confirme, il nous dit que dans les cas très rebelles, la bourdaine ne suffira pas seule, et un mélange avec les feuilles de séné sera plus efficace.

Mais dans les constipations spasmodiques, que se passe-t-il si on utilise ces laxatifs très irritants ? Eh oui, encore plus de spasmes. L’intestin se rebelle contre ces irritants et plutôt que de faire bouger les choses, on spasme encore plus. Donc ça va dans la mauvaise direction. Dans ces constipations-là, à l’époque, on utilisait des laxatifs plus doux. Et la bourdaine en faisait partie.

On voyait aussi d’autres laxatifs positionnés dans ces constipations spasmodiques comme le psyllium chez Leclerc.

Bourdaine, baies


Vermifuge

Valnet positionne la bourdaine comme vermifuge. Je ne pense pas que la bourdaine soit efficace pour détruire les vers. En revanche, dans le passé, on faisait toujours une stratégie en deux temps pour éliminer les vers et autres parasites intestinaux. Dans un premier temps, on absorbait des substances toxiques pour les vers comme la tanaisie, l’absinthe, le semen-contra (qui est une armoise), la fougère mâle et d’autres plantes plus ou moins toxiques. Donc déjà, attention à ce que vous trouvez dans certains vieux écrits, certaines plantes ont été abandonnées aujourd’hui car trop délicates à utiliser.

Ensuite, dans un 2ᵉ temps, on prenait un laxatif irritant pour un effet de chasse assez drastique. C’est dans ce contexte-là, je pense, que Valnet liste la bourdaine comme vermifuge.

Bien que, chez Fournier, on retrouve aussi cette indication vu qu’il nous dit « il arrive qu’en même temps, la bourdaine se montre efficace contre les vers intestinaux ». Je ne sais pas ce qu’il entend par « il arrive que », l’effet vermifuge n’a pas l’air nécessairement très prévisible. Je n’en sais pas plus sur cet effet vermifuge.


Préparations

En ce qui concerne les préparations, on trouve de nombreuses recettes dans la tradition. On va faire simple et retenir celle de Leclerc.

Il nous dit : de toutes les préparations de bourdaine, la plus active est la décoction suivie d’une macération : on fait bouillir de 2 à 5 grammes d’écorce desséchée avec soin (elle est d’autant meilleure qu’elle est plus ancienne) dans 150 grammes d’eau pendant 25 minutes : on laisse ensuite infuser à froid de 4 à 6 heures. Le liquide décanté est absorbé le soir au coucher. La poudre donne également de bons résultats (1 à 2 g en cachets de 500 mg avant les repas).

Weiss nous propose aussi l’extrait fluide de l’écorce à raison de 20 à 40 gouttes prises le soir. Je vous rappelle qu’un extrait fluide, ce n’est pas un extrait qui est fluide, c’est-à-dire liquide. C’est une préparation très spécifique définie au codex pharmaceutique de l’époque. 1 g d’extrait fluide représente 1 g de plante sèche, c’est ça la définition, ce qui rend l’extrait fluide globalement 5 fois plus concentré qu’une teinture que l’on préparerait sur écorce sèche. Est-ce que ça veut dire qu’il faut prendre 5 fois cette dose si on a une teinture et pas un extrait fluide, c’est-à-dire 100 à 200 gouttes le soir ? Je n’ai pas la réponse, et je n’ai pas forcément envie de tester pour vous.

Valnet nous rappelle un point très important : on prend la bourdaine au coucher, l’effet se produit le lendemain matin. C’est un peu long. Mais ça fonctionne. Je vous garantis que l’effet sera présent. Il faut plusieurs heures pour que la flore intestinale travaille sur l’hétéroside d’anthraquinone et libère la substance active. Un hétéroside, c’est une molécule composée d’un sucre attaché à une molécule active qu’on appelle l’aglycone (ou la génine). Tant que le sucre est présent, la molécule est relativement inerte. Mais une fois que vous avez cassé la liaison et libéré l’aglycone, l’effet pharmacologique démarre. Très souvent, c’est la flore intestinale qui fait ce travail. Et il lui faut plusieurs heures. C’est le cas ici.

Une fois l’aglycone libéré, nous avons, à ce moment-là, une stimulation énergique du péristaltisme intestinal. La réabsorption d’eau et d’électrolytes est aussi inhibée. Donc plus de liquides dans le côlon, et une progression plus rapide, le côlon aura donc moins de temps pour déshydrater la matière fécale.

Je vous parle de ceci car voici le piège. Imaginons que je sois constipé. J’aimerais bien débloquer les choses et j’ai lu que la bourdaine pourrait m’aider. Il est 21 h. Je me fais une tasse de décoction de l’écorce. A 22 h, toujours rien. Je me dis : tiens, bizarre, on m’a dit que c’était vachement efficace, je vais reprendre une tasse, au cas où. A 23 h, toujours rien. Je me dis que les livres disent n’importe quoi, que l’écorce que j’ai achetée est trop vieille, et puis vu que j’ai acheté ce gros sac, je me fais une nouvelle tasse avant d’aller au lit. Au moins je serai tranquille.

Sauf qu’à 3 h du mat, je suis tordu de douleur sur les toilettes. Et c’est pas tranquille du tout. Donc je répète. Une prise le soir. Effets attendus le lendemain matin.

papier toilette


Mélanges à tisanes

La tradition nous propose souvent des mélanges à tisanes, avec des plantes qui vont venir contrebalancer l’effet parfois un peu trop irritant. Des plantes antispasmodiques des muscles digestifs, qui calment les ballonnements et réduisent la production de gaz. Par exemple, chez Valnet, on trouve le mélange laxatif suivant :

  • Bourdaine, écorce, 25 g
  • Angélique, racine, 20 g
  • Sauge, feuilles, 20 g
  • Mauve, fleurs, 20 g
  • Lin, graines, 25 g

1 ou 2 cuillères à soupe de ce mélange par tasse. Bouillir 3 minutes et infuser 10 minutes. Sucrer au miel.

Cela dit, ce mélange n’est pas vraiment homogène, dans le sens où si vous mélangez dans un sac en papier kraft et que vous secouez quelques fois, vous allez retrouver les graines de lin tout au fond du sac et les fleurs de mauve probablement sur le dessus. Bref, je passe sur ce détail. Le point important ici, c’est qu’on vient combiner des laxatifs de lest, des mucilages adoucissants, des antispasmodiques comme la racine d’angélique, pour venir équilibrer la bourdaine. C’est ça aussi la pratique de l’herboristerie, l’art de faire les bons mélanges.

Chez Fournier, on voit l’association avec la racine de réglisse, la racine de guimauve, l’anis, le fenouil, la sauge ou la menthe, pour les mêmes raisons. Là on commence à faire de bons mélanges. Donc le conseil judicieux, si vous voulez utiliser la bourdaine, c’est de la combiner à d’autres qui vont venir contrebalancer son énergie un peu irritante pour permettre un meilleur passage.

bourdaine, fleurs


Précautions

En termes de précautions, maintenant que je vous ai fourni mon interprétation des ouvrages classiques, je vais de nouveau simplifier.

En gros, la vue du ciel, c’est que 1. la bourdaine est un irritant intestinal et 2. elle peut provoquer des diarrhées qui nous font perdre nos minéraux, en particulier le potassium. Ces deux paramètres vont, globalement, dicter les risques et interactions possibles avec les médicaments.

Premier point, la bourdaine reste un laxatif irritant pour la muqueuse intestinale. À une époque, on n’hésitait pas à utiliser des remèdes un peu « héroïques », quitte à créer une diarrhée un peu explosive. C’était surtout une pratique des campagnes avec des personnes qui avaient des constitutions fortes, qui avaient l’habitude de ce genre d’approches. Aujourd’hui, ça ne se fait plus, on a des terrains digestifs qui sont devenus globalement plus sensibles, et on a tourné la page sur ce genre d’approches, sauf lorsqu’on n’a plus le choix.

Donc, les précautions liées au fait que ce soit un irritant qui peut faire réagir violemment si on en prend trop :

  • On utilise uniquement l’écorce séchée d’au moins 1 an ou traitée thermiquement pour accélérer le processus (en général chauffage à 100°C pendant 1 h) ;
  • À utiliser sur le court terme chez l’adulte, pas plus d’une semaine idéalement. Weiss parle de quelques semaines tout au plus. Sinon, on peut créer un phénomène d’accoutumance dans lequel la personne ne peut plus aller à la selle sans ses laxatifs irritants.
  • Pas chez l’enfant, la femme enceinte ou allaitante ;
  • Lorsque d’autres mesures n’ont pas porté leurs fruits : modifications alimentaires, d’hygiène de vie, utilisation de laxatifs osmotiques, ou de lest, ou stimulant la sécrétion biliaire (qu’on appelle cholérétifs et cholagogues) ;
  • Ne pas utiliser si maladie inflammatoire intestinale ou si terrain intestinal fragile.

Les précautions liées au fait que les diarrhées provoquées peuvent nous faire perdre nos minéraux, potassium en particulier :

  • Prudence si insuffisance cardiaque ;
  • Prudence chez la personne âgée si risque de déshydratation ou de déséquilibre électrolytique ;
  • Et globalement attention si hypokaliémie déclarée ou risque d’hypokaliémie (c’est-à-dire pas assez de potassium, peut-être à cause d’un médicament diurétique).

Il peut y avoir interaction avec certains médicaments. En fait, si des médicaments peuvent provoquer des pertes de potassium, ou sont sensibles au niveau de potassium, il y a risque d’interaction. Ceci est à valider avec votre médecin ou votre pharmacien, qui est le gardien des interactions. On a ici les diurétiques, corticoïdes, digitaliques, anti-arythmiques et d’autres laxatifs qui pourraient se superposer.


Je termine avec cette petite anecdote de Leclerc qui nous dit : « Un de mes malades de la campagne m’annonçait un jour triomphalement que, grâce à une écorce venant de Turquie, ses viscères abdominaux, d’une discrétion désespérante, avaient retrouvé leurs fonctions normales : ayant reconnu dans cette écorce celle de la Bourdaine, j’eus l’imprudence de lui faire remarquer qu’il pourrait s’en procurer, sans bourse délier, dans un bois voisin de son habitation. » Donc, en gros, on a vendu au gars une écorce exotique qui vient de loin et qu’il a probablement payée cher, alors que c’est de la bourdaine qui pousse à côté de chez lui. Un scénario encore tout à fait plausible aujourd’hui, soit dit en passant…

J’adore le style très littéraire, presque poétique de Leclerc, pour nous parler de conditions décidément bien terre à terre comme la constipation.

Merci d’être là et à très bientôt pour un prochain épisode !

4 réponses

  1. Merci Christophe. Un vrai plaisir de t’écouter. Ces vidéos sont des puits de savoirs qui font à la fois aimer les plantes, remercier la nature et en même temps elles nous permettent de bien comprendre les qualités les usages et les inconvénients jusqu’au danger, de leur utilisation. Votre passion est contagieuse. Merci encore

  2. j ‘ai bien suivi le déroulement de la vidéo sur la plante médicinale Bourdane et je prends en compte la recette de tisane proposé chez Valnet en cas de constipation car il traite toute l’ensemble du problème étudié.

  3. Merci Christophe, pour ce post super-intéressant !
    Tout comme toi, je suis dans le Sud de la France (extrême sud-Est, haha), je ne risque pas d’en trouver, donc.
    Du reste, le psyllium fonctionne très bien, pourquoi chercher plus loin…

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