Grossesse et plantes médicinales

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Bonjour,

Je suis tombé sur une étude, toute récente de 2026, qui a pour titre « YouTube comme source de désinformation pour l’autogestion des nausées matinales ». Le contexte : les nausées et vomissements de la grossesse. Les chercheurs ont sélectionné les 45 vidéos YouTube (en anglais) les plus visionnées dans leur intégralité. Au total, 85 recommandations distinctes ont été identifiées. Moins de 10 % d’entre elles reposaient sur des preuves scientifiques, tandis que 5 % présentaient un risque pour la sécurité de la mère et du fœtus (Geusens, 2026).

C’est pour cette raison que je ne m’étais encore jamais exprimé sur le sujet sur ma chaîne. Car c’est une discussion délicate et complexe.

Cela dit, que ces vidéos existent ou pas, la population consomme de plus en plus de plantes médicinales. Il y a une forte demande. On le voit dans les pays qui ont toujours une pratique traditionnelle en place. Par exemple, dans une étude de 2024 sur des femmes enceintes dans un hôpital en Éthiopie, on voit que 60 % des femmes utilisent des remèdes à base de plantes (Feyisa, 2025).

Et pas que dans les pays en voie de développement. Une étude australienne très récente montre que 68% des femmes ont utilisé les plantes pendant leurs grossesses (Bowman, 2025), dont la fameuse feuille de framboisier (qui est probablement la plante la plus utilisée aujourd’hui dans les dernières semaines de grossesse).

Que penser de tout ceci ? Certains pensent que vu qu’on l’a toujours fait, il n’y a pas de problème, sinon ça se saurait. D’autres estiment que c’était, et que c’est toujours, une pratique sauvage qui n’a plus lieu d’être et qui introduit des risques significatifs pour la mère et le foetus.

Et ma position, je vais vous dire où elle se trouve. Cela ne vous surprendra pas. Quelque part au milieu. Le problème, c’est qu’au milieu, c’est pas très confortable. Car la société actuelle veut nous pousser vers les extrêmes. Choisis ton camp. Eh bien je le choisis en fonction du contexte particulier. Et c’est ce que je vais tenter de vous expliquer dans cet épisode.

Femme enceinte avec une branche de plante sur le ventre


Pourquoi un engouement pour les plantes

D’abord, posons-nous la question: pourquoi les femmes prennent-elles des plantes pendant la grossesse. Une méta-analyse de 2018 nous donne les raisons suivantes (Bowman, 2018).

  • D’abord, un désir de choix, d’autonomie et de participer activement à sa propre santé. Ça, c’est respectable, que l’on se sente responsable de sa santé, encore faut-il être en mesure de faire un choix éclairé, bien sûr ;
  • La croyance que « naturel » veut dire « sécuritaire ». Ça, c’est beaucoup plus problématique, car cette supposition est fausse. Si on pense que la plante est assez active pour soigner, ça vient aussi avec le revers de la médaille, qui est qu’elle est assez puissante pour perturber, voire intoxiquer. On ne peut pas prendre juste un seul côté de la médaille.
  • Un focus sur le bien-être. Je spécule un peu ici, mais je pense que ça veut dire une attitude proactive de réfléchir à ce qu’on peut rajouter à l’hygiène de vie pour optimiser la grossesse, d’un point de vue apport de micronutriments peut-être.
  • Une forte préférence pour un accouchement naturel. Ici aussi on a probablement le biais cognitif de se dire « naturel = sécuritaire », ce qui n’est pas forcément le cas lorsqu’on parle de plantes médicinales et d’un petit être en pleine croissance.
  • Une expérience positive des thérapies complémentaires dans le passé. OK, ces pratiques ont fait leurs preuves dans la vie de la personne, donc elle est ouverte et désireuse de continuer pendant sa grossesse.
  • Et pour finir, une méfiance, une perte de confiance dans le système médical. Et ça, c’est problématique. Ce n’est pas le bon modèle pour le futur. Le seul modèle qui tienne la route, c’est celui de la coexistence respectueuse et de la complémentarité.

Donc si on résume, on voit qu’il y a une forte demande de la part des femmes, le désir de se prendre en main, de se mettre au centre de sa propre santé, de demander des choix. Et ça, il faut l’encourager.

Par contre, il faut aussi s’adapter et fournir une information solide et sécuritaire. Et là, on rentre dans un sujet délicat, qui est vraiment le but de cet épisode. Comment aider les femmes au mieux à faire un choix éclairé ?

J’en profite pour vous rappeler un point très important : je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Si vous êtes enceinte et que vous avez des doutes sur tel ou tel choix, consultez votre gynécologue obstétricien, c’est le seul habilité aujourd’hui pour vous aider à trancher.


Risques des plantes pendant la grossesse

Alors, la première des choses que l’on va faire, c’est de voir quels sont les risques de prendre des plantes pendant la grossesse. Sont-ils réels ? Globalement, pour toutes plantes médicinales confondues, oui, les risques sont réels.

Nous savons aujourd’hui que les constituants des plantes traversent le placenta. Et certains comportent des risques. Les risques, globalement, sont les suivants, et ce sont des risques génériques pour toute substance, qu’elle soit naturelle, médicamenteuse, des toxines environnementales, etc.

  • Effets tératogènes (c’est-à-dire malformations congénitales)
  • Toxicité fœtale sans malformation structurelle
  • Toxicité sur la mère
  • Effets à long terme sur le bébé (on parle en post-natal ici – troubles de la croissance, troubles neurologiques, etc)
  • Risque de fausses couches ou de prématurité

Grossesse et plantes médicinales : des risques réels

Tous ces risques sont réels avec les plantes en fonction du type de plante, des constituants et de la dose.

Comme vous pouvez vous en douter, entre une pincée d’origan dans la fricassée de légumes et une alcoolature d’origan, prise à la cuillère à café, pendant plusieurs jours, pour un effet antiinfectieux car il y a cystite, il y a un monde de différence. Entre une pincée de cannelle dans une viennoiserie et un extrait concentré de cannelle pris en gélules pendant plusieurs mois pour des troubles métaboliques, là encore, un monde de différence.

La pincée alimentaire est acceptable, les fortes doses d’extraits concentrés, globalement, ne le sont pas.

Une première passe pour faire cette réflexion consiste à regarder certaines propriétés. La plus problématique est  probablement l’aspect emménagogue de certaines plantes comme l’armoise, l’absinthe, l’achillée millefeuille, les sauges, la rue des jardins. Ce sont des plantes problématiques.

Dans le passé, on utilisait les plantes emménagogues en cas de retard ou d’absence de menstruations. Hmmm. À une époque où les méthodes de contraception étaient limitées ou inaccessibles, que faut-il entendre par retard ou absence de règles ? Eh oui, certaines de ces plantes – en particulier lorsqu’elles étaient utilisées à fortes doses – pouvaient être associées à des pratiques visant à interrompre une grossesse. Parfois, le processus était tel que la mère passait aussi au bord de l’intoxication et de la mort.

Donc la propriété emménagogue, dans le monde des plantes, c’est probablement l’une des plus problématiques pendant la grossesse.

On évite aussi les plantes riches en alcaloïdes comme l’agripaume ou la fumeterre. Les plantes contenant des alcaloïdes pyrrolizidiniques sont particulièrement problématiques pour le fœtus, on pensera ici à la consoude, la bourrache (l’huile des graines n’est pas problématique, les parties aériennes le sont), le grémil et d’autres. Nous avons les plantes riches en substances aromatiques de la famille des cétones (comme l’hysope ou la sauges), des phénols (comme l’origan ou la sarriette), des aldéhydes aromatiques (comme la cannelle de Ceylan ou pire la cannelle de Chine).

Là encore, la quantité et la galénique comptent. Une pincée de sarriette sur un fromage de chèvre, c’est alimentaire. Une alcoolature de sarriette à la cuillère à café, c’est problématique. Et là, on ne parle même pas des huiles essentielles qui sont dans une catégorie à part.

Donc vous voyez, on peut faire une première passe de raisonnement et de classification en éliminant certaines propriétés et certains constituants. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aller plus loin.

plantes dans la cuisine different de plante teinture mère


Plantes pendant la grossesse : niveau de preuve

Quels sont les niveaux de preuve que l’on peut espérer trouver dans les études pour faire une bonne classification ?

Je vous avais fait deux épisodes sur les différents types d’études scientifiques que nous avons à notre disposition (partie 1 et partie 2). Je ne sais pas si vous aviez regardé ces épisodes, mais j’avais divisé les types d’études en 2 catégories, les études observationnelles et les études interventionnelles.

Le plus haut niveau de preuve accepté, aujourd’hui, on le trouve dans la catégorie interventionnelle et c’est l’étude clinique en double aveugle contre placebo. C’est ce qu’on va faire si on veut tester, par exemple, l’efficacité de la camomille matricaire pour les brûlures d’estomac. D’un côté, on va donner une dose bien spécifique, avec une galénique bien spécifique, de camomille matricaire à des personnes souffrant de brûlures d’estomac. D’un autre côté, on donne un placebo qui ressemble de très près à ce qu’on a donné à l’autre groupe. On sélectionne les personnes d’une manière très stricte à l’entrée selon certains critères, on randomise les groupes, etc. Et on mesure la différence entre les deux.

Si on transpose ce modèle à la femme enceinte, et si on voulait tester la sécurité (ou, dit d’une autre manière, la toxicité) d’une plante, il faudrait que le groupe intervention prenne la plante, avec les risques que cela comporte pour la maman et le fœtus. C’est inconcevable, bien évidemment.

Donc ce niveau de preuve-là, sauf exception lorsque l’on sait que la plante est non toxique pour la maman et le bébé, faut oublier. On a une pincée d’études pour des plantes comme le gingembre pour la nausée du premier trimestre, car aujourd’hui, on est assez confiant que le gingembre ne pose pas de problèmes. Par exemple une étude de 2018 qui montre l’efficacité d’une prise de 2 fois 500 mg (Sharifzadeh, 2018). Mais c’est une exception.

Il nous reste donc :

  • Les études in vitro : évaluation de la toxicité cellulaire ou des effets sur des cultures de tissus (ex. : cellules placentaires) dans un tube à essai.
  • Les études animales : observation des effets tératogènes (malformations fœtales), toxiques ou abortifs sur des modèles comme les rats ou les souris.
  • Les études épidémiologiques et observationnelles, c’est-à-dire des études de populations, de grands échantillons, dans lesquels on n’intervient pas, mais on note si la femme prenait telle ou telle plante pendant sa grossesse, et les effets potentiels sur sa grossesse ou le bébé. On tire des corrélations ici, et pas des liens de causalité, je vous rappelle. Mais effectivement, dans un pays comme l’Inde, vous vous imaginez qu’on arrive à tirer des corrélations entre consommation de curcuma et risques sur la grossesse par exemple. La plante semble assez sûre, en supposant bien évidemment qu’elle n’ait pas été contaminée par des pesticides ou métaux lourds ou autre.
  • Des études de cas individuelles, qui sont rapportées par des médecins, lorsqu’ils prennent le temps de le faire, sur la prise de telle ou telle plante qui aurait pu causer des problèmes.
  • Les données de pharmacovigilance, qui sont des signalements vers les organismes d’État des différents pays lorsqu’on a noté un cas de toxicité.

Données de la tradition

Et enfin, n’oublions pas les données de la tradition. Eh oui, car même si elles sont imparfaites, elles peuvent nous aiguiller.

Si, dans la tradition, la feuille de framboisier a été utilisée pendant si longtemps par les Cherokees et les Iroquois en Amérique du Nord, cette information a du poids. Elle compte. Car dans notre passé, on n’était pas stupide non plus et on observait d’une manière fine.

Cela dit, histoire de ne pas me faire piéger par mes propres biais (eh oui, car j’aime beaucoup les plantes), il faut aussi reconnaitre que certains problèmes, comme le poids d’un bébé qui serait un peu plus faible que la normale, ou un retard de croissance physique ou cognitif qui serait à peine un peu plus lent que la moyenne… est-ce qu’on l’aurait noté, dans le passé ?

Je ne sais pas. J’ai mes doutes. En tout cas, on doit inclure ces données tout en reconnaissant leurs limites.

Conclusion sur les données

Du coup, globalement, est-ce que la masse de toutes ces données combinées est parfaite ? Non. C’est une grosse salade.

Est-ce qu’on doit les mettre à la poubelle ? Surtout pas ! Ce sont des données, et même si elles sont imparfaites, nous n’avons pas mieux.

Donc à partir de cette masse d’information, avec des niveaux de preuve divers et variés, depuis le tube à essai jusqu’à l’étude observationnelle à grande échelle en passant par la tradition, il faut pouvoir en tirer des classifications. Et pas juste oui ou non. Pas juste blanc et noir. Il va falloir se retrousser les manches et être prêt à travailler dans le gris.

Ce travail-là, c’est un énorme travail. Il doit être fait par des groupes ou des sociétés savantes, qui idéalement comporteraient des intervenants pluridisciplinaires – médecins, pharmacologues, sages femmes, infirmières, praticiens travaillant avec la femme enceinte. Pour ensuite émettre un avis équilibré, informé, avec toutes les précautions nécessaires.

feuille de framboisier
Feuille de framboisier

Grossesse et plantes médicinales aujourd’hui : principe d’extrême précaution

Au lieu de ça, qu’a-t-on aujourd’hui ? Nous avons une vue binaire. Si nous n’avons pas le niveau de preuve le plus élevé et pas le moindre doute sur l’inocuité de la plante, elle sera contrindiquée pendant la grossesse. Cette position est intenable et inacceptable.

Intenable car dans ce contexte aussi restrictif, la population le fera de toute manière. Elle le fera basé sur d’autres opinions, des livres, des influenceuses et influenceurs, avec un risque largement plus élevé de faire n’importe quoi.

Inacceptable car la femme enceinte a, elle aussi, besoin d’aide et de soutien pour améliorer sa qualité de vie. Elle aura des nausées, peut-être des troubles du transit, peut-être des infections urinaires, peut-être des problématiques largement plus sérieuses.

Et dans ce contexte-là, on ne peut pas dire « bon » ou « pas bon ». C’est simpliste comme approche. On ne peut que parler du ratio bénéfices sur risques. Ce n’est pas « la plante ou rien ». C’est « la plante ou le médicament ». Et là, c’est différent. Quel est le risque associé au médicament pour la maman et le fœtus. Eh oui. Donc la discussion devient: « la plante, bien que n’ayant pas un niveau de risque zéro, est-elle moins risquée que le médicament ».

Aujourd’hui, personne ne peut faire cette analyse par manque de données. Et personne ne s’y risquera car il y a un risque médico-légal. Et soyons clairs, seul le médecin est habilité à prendre ce genre de décisions. Et je suis convaincu que nous, praticiens des plantes, avons un rôle de conseiller à jouer. Pas de décision, nous ne sommes pas formés pour ça. Mais du conseil.

D’abord, il nous faudrait ce travail de classement. C’est un travail que l’on arrive à trouver sous différentes formes dans les pays anglophones. Dans ces pays-là, le praticien des plantes n’est pas intégré au système de santé, mais les systèmes sont plus permissifs et moins punitifs. D’ailleurs, je vous ai expliqué mon point de vue sur le sujet dans mon épisode sur l’herbalisme dans les pays anglophones, pourquoi ces pays ont permis une pratique plus assumée que chez nous.

Du coup, j’aimerais vous donner un exemple de classification, mis au point par deux personnages que j’apprécie beaucoup, qui sont Simon Mills et Kerry Bone.


J’ai essayé de faire ce travail dans ma formation Accompagnement de la femme, ainsi que dans Fertilité, Grossesse, Allaitement et Postpartum. Les deux formations incluent un outil (un tableur en fait) dans lequel j’ai répertorié plus de 500 plantes avec différents niveaux de preuves en fonction d’auteurs que j’ai recensés et que je considère fiables. Le but étant de fournir l’information à la femme enceinte pour qu’elle puisse démarrer un dialogue avec son équipe médicale.

J’en profite pour faire un petit appel à l’action. Lorsque vous achetez les formations de l’école AltheaProvence, vous nous permettez de fonctionner, vous nous permettez de faire toutes ces recherches et ce travail chaque mois, et qu’on essaie de vous restituer le plus fidèlement possible. Donc si vous avez envie de vous former, nous serions heureux de vous accompagner dans ce projet.


Mais revenons à Mills & Bone. Ils ont recensé les plantes les plus communes, et ont suivi une classification bien connue du système médical aux États-Unis, développé par la Food and Drug Administration (FDA), avec les lettres A, B, C, D et X.

Je vous explique la philosophie, puis je vous donne les catégories. Si on a des données sur des femmes enceintes, qui ont pris la plante sans problèmes notables, ça nous donne un niveau sécuritaire plus élevé. Lorsqu’on a moins de données sur des femmes enceintes, on regarde les données sur animaux et on essaie de conclure du mieux possible. A un moment, on va trouver peu de données sur les femmes enceintes, peu de données sur animaux (ou des données problématiques sur animaux), et on va donc descendre dans la catégorie et le niveau de confiance..

Voici comment ils définissent ces catégories. Et pour chaque catégorie je vous donnerai 2 exemples de plantes, sachant qu’elles en contiennent beaucoup plus.

Catégorie A : Plantes qui ont été prises par de nombreuses femmes enceintes sans impact notable sur le fœtus. Par exemple, le gingembre et le framboisier.

Catégorie B1 : Plantes qui ont été prises par un nombre limité de femmes enceintes sans impact notable sur le fœtus. Donc là, la taille de l’échantillon humain diminue. Mais nous avons des données sur animaux qui n’ont pas démontré d’augmentation du risque sur le fœtus. Par exemple, Mills & Bone vont mettre la bardane et le chardon-marie ici.

Catégorie B2 : Plantes qui ont été prises par un nombre limité de femmes enceintes sans impact notable sur le fœtus. Et les études sur animaux sont inadéquates ou manquantes, mais les données existantes sur animaux ne démontrent aucune augmentation du risque sur le fœtus. Donc là, on a encore moins d’info, mais celles qu’on a ne sont pas inquiétantes. Par exemple, la gentiane et la verge d’or, qui ne sont pas d’utilisation commune durant la grossesse.

Catégorie B3 : Plantes qui ont été prises par un nombre limité de femmes enceintes sans impact notable sur le fœtus. Par contre, les études sur animaux ont démontré une augmentation des dommages sur le fœtus, le risque sur humain étant incertain. Par exemple, achillée millefeuille et marrube ici.

Catégorie C : Plantes qui, basé sur leur effet pharmacologique, ont causé ou sont suspectées d’avoir causé des effets problématiques sur le fœtus ou le nouveau-né sans provoquer de malformation. Ces effets peuvent être réversibles. Ici, on trouve la sauge officinale et la busserole.

Catégorie D : Plantes qui ont causé, qui sont suspectées d’avoir causé, ou qui pourraient causer des malformations ou dommages irréversibles sur le fœtus ou le nouveau-né. Ici, nous avons absinthe et tanaisie.

Catégorie X : Plantes qui ont un risque tellement élevé de causer des dommages sur le fœtus qu’elles ne devraient pas être utilisées pendant la grossesse ou lorsqu’il y a possibilité de grossesse. Ici nous avons arnica et boldo.

Où tracer le trait ? C’est là que ça se complique. La catégorie A semble sécuritaire. La catégorie B1 semble toujours OK, mais on commence à réfléchir au ratio bénéfices/risques, et si on n’a pas besoin de prendre des plantes en catégorie B1, on n’en prend pas. Ça serait vraiment en cas de besoin.

A partir de B2, on commence à réfléchir au cas par cas. Certaines plantes de la catégorie B2 sont tellement connues aujourd’hui qu’on a un certain niveau de confiance, car elles sont prises régulièrement dans différents pays comme l’ortie pour une infusion minéralisante ou la mélisse pour les états d’agitation ou les petits troubles digestifs.

Et puis certaines B2 et clairement B3, là ça commence à être très délicat. Il faudrait avoir un interlocuteur, dans le corps médical, qui s’intéresse aux plantes et qui est prêt à réfléchir à ce ratio bénéfices/risques pour un problème de santé particulier, en comparant la plante aux alternatives. Ce n’est définitivement pas courrant.

Les catégories C, D et X, personne n’y touchera, logiquement. Ou alors il faudrait que le médecin ait un cas délicat avec toxicité médicamenteuse d’un côté et moins de risque avec la plante tout en ayant une efficacité, je ne sais pas quel médecin aurait l’expérience et la volonté de le faire aujourd’hui.

Cette catégorisation est-elle parfaite ? Non, toujours pas. Car il faut constamment aller vérifier dans les bases de données d’études pour voir si on n’a pas de nouvelles données qui pourraient nous faire bouger les plantes de catégories. Mais c’est déjà tellement plus mature que la vue binaire basée sur le principe d’extrême précaution.


Conclusion

Nous avons, aujourd’hui, une bonne base pour construire un modèle. Les données sont imparfaites, et elles le resteront. Ce n’est pas pour ça qu’il faut accepter l’immobilisme. On pourrait déjà faire une passe sur la catégorisation, ou peut-être juste faire évoluer une catégorisation existante. Et il faudrait un groupe de travail pluridisciplinaire qui puisse jouir d’une certaine autorité dans notre pays.

Si on veut ramener la plante au centre du soin, il faudra qu’on y arrive. Pas pour faire joli, pas pour partir dans des élans romantiques de retour à la nature. Non, là on parle d’une femme enceinte qui est dans le besoin. On parle d’amélioration de la qualité de vie. Les bénéfices sont réels.

Merci de m’avoir écouté jusqu’au bout. Merci pour votre soutien. On se retrouve prochainement pour une nouvelle discussion autour des plantes.

femme enceinte qui boit une tisane


Grossesse et plantes médicinales  : références

Geusens F, Van Dooren H, De Langhe H, Ceulemans M, Bogaerts A. YouTube as a source of (mis)information for morning sickness self-help – A content analysis and literature review of recommendations for nausea and vomiting in pregnancy. Midwifery. 2026 Feb 1;156:104729. doi: 10.1016/j.midw.2026.104729. Epub ahead of print. PMID: 41690170.

Feyisa K, Kebede SY, Mekonnen BA, Bayu WT, Melaku B, Teshome S, Balcha WF. Self-medication with conventional and herbal medicines in pregnancy: prevalence and factors in Northwest Ethiopia. Ann Med Surg (Lond). 2025 Dec 16;88(2):1275-1286. doi: 10.1097/MS9.0000000000004613. PMID: 41675894; PMCID: PMC12889330.

Bowman R, Davis D. Ferguson S, Taylor J., 2018. Women’s motivation, perception and experience of complementary and alternative medicine in pregnancy: A metasynthesis. Midwifery. 59. p81-87

Bowman R.L., Davis D.L. & Taylor J. Beyond prescription medicine in pregnancy – raspberry leaf and other herbs in Australia. BMC Complement Med Ther (2025). https:// doi.org/10.1186/s12906-025-05229-7

Sharifzadeh, F., Kashanian, M., Koohpayehzadeh, J., Rezaian, F., Sheikhansari, N., & Eshraghi, N. (2018). A comparison between the effects of ginger, pyridoxine (vitamin B6) and placebo for the treatment of the first trimester nausea and vomiting of pregnancy (NVP). The Journal of Maternal-Fetal & Neonatal Medicine31(19), 2509–2514. https://doi.org/10.1080/14767058.2017.1344965

3 réponses

  1. Je ne suis pas certain que ma prose un peu « libre » soit dans le « ton du sujet », je vous laisse juge de publier ou non, je ne veux choquer personne avec mes propos. Gratitudes à vous (pascal)
    Bonjour et merci Christophe d’aborder ce sujet qui peut donner, modifier ou reprendre la vie… Donner la vie ne tiens qu’à un fil pour l’enfant et la maman c’est de l’ordre du miracle. Après avoir tout bien fait ; bien souvent l’accouchement se fait physiquement dans la douleur ! Pourquoi déjà dans ces premiers instants de vie ?
    Que savons-nous réellement et disons-nous avec « assurance » pour cette période de grossesse au sujet de la consommation du persil, aneth, cerfeuil, ciboulette, des crucifères, des produits fermentés avec du vinaigre ou du sel, de la stévia pour remplacer le sucre, des cucurbitacées et de leurs graines, épinards, rhubarbe, des petits fruits (fraise, cassis, groseille…), des pamplemousse, oranges, citron, du café, du thé, de la qualité de l’eau, des différentes huiles minérales… bref les classiques, la liste est longue pour tous ces aliments consommés qui transitent dans le sang de la maman et de concert chez le fœtus ? les peurs et restrictions entretenues ne fabriquent-elles pas déjà par transmission des risques d’allergies et autres peurs de santé chez le fœtus ? On sait que le fœtus est sensible et conscient de ce qui se passe autour de sa maman et ce dès la conception…
    Toutes ces plantes « légumes ou fruits » comme les plantes « naturelles » développent (synthétisent) des défenses naturelles de type flavonoïdes, tanins, alcaloïdes, terpènes, coumarine, leptine … pour se protéger des prédateurs dont nous faisons partie. Pourquoi une telle précaution « doute prouvé ou non » entre les plantes « légumes-fruits » et plantes « naturelles » ? Comment vivaient les peuples premiers ?
    Une partie de la réponse est sans doute dans la connaissance de beaucoup plus de mémoires au sujet des plantes fruits et légumes qui font partie de notre alimentation classique ? La connaissance est au fil du temps quelque peu déformée par des croyances plus ou moins fondées !
    Serait-il plus logique de laisser s’exprimer le 6e sens ou l’instinct maternel de la femme pour que la prise de décisions de nourriture soit propre à chacune d’entre elle ? Décisions en accord avec ses envies dictées par l’instinct hormonal de son corps tout en intégrant le concept de Paracelse qui dit que c’est la dose qui fait le poison. La toxicité peut être dangereuse à haute dose et bénéfique à faible dose ! La maladie n’est rien, le terrain est tout ! Et si le simple fait d’éviter l’excès en tout suffisait à permettre de se nourrir sainement et simplement ?

    On sait aussi que pendant la période de grossesse la femme est plus délicate (sensible) au sujet de sa nourriture, elle est plus réceptive aux odeurs, plus fragile aux bruits et aux risques qui l’entoure… N’est-ce pas une protection innée et naturelle suffisante qui se transmet de générations en générations ?
    Faut-il préférer l’interdit faute de connaissances avérées ou de fausses croyances ou laisser le libre arbitre à une tonalité de confiance, faire confiance à l’envie et à la prudence innée de la maman quand il s’agit de consommer un nouvel aliment pendant cette période exceptionnelle de la conception ?

    La vie sait être évolutive quand il s’agit de vie : On est passé du stade ovipare au stade mammifère il y a 25 à 40 millions d’années (on parle aussi de 65 millions d’années) source retrouvée https://fr.wikipedia.org/wiki/Syncytine_1 par l’intermédiaire d’un rétrovirus HERVW qui nous a donné un patrimoine génétique pour fabriquer de la syncytine. Des gènes d’origine rétrovirale ont été « capturés » au cours de l’évolution et apparaissent jouer un rôle essentiel dans la formation du placenta… ce qui a permis de créer l’immuno- tolérance permettant à une maman de garder dans son ÊTRE un enfant qui a 50% d’ADN différents du sien et que le corps devrait naturellement rejeter ! Conscient des inconnus de l’excès ; pourquoi ne pas faire confiance à notre organisme pour qu’il rejette ce qui est alimentairement mauvais et garde ce qui est bon lors de cette période miraculeuse de conception de la vie ?
    Avons-nous et aurons-nous un jour la certitude de notre « savoir » et pourrons-nous affirmer que « ce qui est donné comme autorisé » correspondra à tous les individus sachant que nous sommes tous différents ? Sommes-nous certains que la tomate ou la pomme de terre sont de bons aliments pour tout le monde ? S’interdire des pratiques c’est peut être passer à coté de l’évolution ? Ce qui n’empêche pas de catégoriser les dangers probables de certaines plantes comme déjà publié avec mise à jour ?

    Avons-nous des études ou des faits qui recensent avec précisions les accidents d’interruptions de grossesses ou de fausses couches dus à l’alimentation classique ? Quelle est la part du stress ; des peurs entretenues des risques d’erreurs ?
    Mais il est vrai Christophe que, lorsque je découvre ton analyse sur l’orme rouge entre la pratique visant à arrêter une grossesse et l’interdit généralisé pendant la grossesse sur toutes les utilisations de cet arbre ; je comprends bien qu’il faut avoir un journal d’emploi qui se transmette de générations en générations et surtout avec une traçabilité fiable des informations… Voulons-nous que l’humain soit autonome pour sa santé avec le libre arbitre de ses choix élémentaires de vie ?

    Quand, lors de certaines périodes critiques ; on constate que la science se cache un œil pour continuer à sauvegarder la vision de ses publications afin de ne pas accepter que parfois il faut savoir déconstruire pour ré-analyser la santé avec les deux yeux. Accepter que nous évoluons tous avec un même « TOUT » serait à mon sens plus sage que de s’obstiner en refusant l’aide de la nature et des médecines alternatives. Nous manquons de collégialité dans nos échanges, nos communications et devenons tributaires de décisions imposées. Néanmoins, il me semble que nous assistons actuellement à la remise en « cause » des structures de l’ancien système pour créer celles d’un nouveau système d’une nouvelle existence. Nous ne sommes que des passeurs en chemin…
    Et s’il existait à disposition une grande base de données alimentée par le vécu informatif des pratiques afin de ne pas s’enfermer dans des dogmes ?
    Bien à vous

  2. Merci, il y as très peu de littérature autour la femme enceinte. Virginia Ceballos a fait un travail bien fait quand elle était enceinte, mais est en espagnol.

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