Juliette de Baïracli Levy : hommage à une herboriste remarquable

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Connaissez-vous Juliette de Baïracli Levy ? Aujourd’hui, j’aimerais vous conter l’histoire de cette femme remarquable. D’une herboriste. Qui a été nomade, qui a vécu sur une ile grecque sans eau ni électricité. Qui élevait des lévriers afghans. Qui a écrit de grands classiques sur les soins pour les animaux.

Une voyageuse, itinérante, à la recherche des enseignements traditionnels sur les herbes médicinales. Une amie et soutien des communautés Roms. Et probablement une pionnière dans son approche de l’herboristerie vétérinaire de son époque.

Elle a été une grande source d’inspiration pour tous les acteurs qui sont au centre du renouveau de l’herboristerie dans le monde Anglophone, aux États-Unis en particulier. Elle a marqué des personnalités comme Rosemary Gladstar ou Susun Weed, des noms que vous avez peut-être déjà croisés, car vous avez des ouvrages de ces herboristes. Mon amie Swanie Simon, praticienne spécialisée dans les soins pour animaux en Allemagne, m’en a souvent parlé, car elle a hébergé Juliette chez elle pendant ses dernières années de vie. Donc il était temps que je vous en parle à mon tour, un personnage très atypique comme vous allez le voir.

Juliette de Baïracli Lévy
Juliette de Baïracli Lévy – Image du film « Juliette des Herbes »

Premières années, études de vétérinaire

Elle nait en 1912. Son père est Turc, sa mère Égyptienne. Il y a plein de soleil et de chaleur dans ses origines, mais elle grandit à Manchester dans le Royaume-Uni, sous le soleil gris et la pluie. Elle appartient à une famille très fortunée. Ils ont des chauffeurs, des serviteurs, des cuisiniers, des jardiniers. Depuis toute petite, elle a un grand amour pour les chiens. Et elle veut devenir vétérinaire.

On va donc l’envoyer dans une très bonne université anglaise, vu que ses parents ont les moyens. Mais elle va très vite renoncer à ses études, qui la frustrent, car pour elle, elle n’apprend pas à soigner les animaux, de près, avec amour, comme elle l’imaginait quand elle était gamine. Elle sait que la seule manière d’apprendre les soins pour animaux, c’est d’aller vivre près d’eux et avec eux, dans les campagnes.


Juliette de Baïracli Lévy : la vie de nomade

A ce stade, elle va donc commencer sa vie d’itinérante. Ce qui est assez exceptionnel dans les années 30, pour une femme seule, je pense qu’elle avait une 20’aine d’années. Elle sera une partie du temps avec les communautés Roms. Mais elle a aussi une pratique à Londres, où elle soigne les animaux avec la connaissance qu’elle a obtenu sur les routes. Et elle se crée une belle réputation. Tellement que le vétérinaire du roi lui envoie les chiens de l’équipe royale (c’est-à-dire des cuisiniers, serviteurs, etc). Elle commence aussi à écrire son premier livre sur la santé animale.

C’est dans les campagnes qu’elle progresse le plus. Par exemple, elle apprend énormément sur les moutons en 1947 car il y a une tempête de neige assez phénoménale et tous les moutons sont malades dans des états dits incurables. Elle voit tout de suite qu’ils manquent de verdure tout simplement. Donc elle va chercher toutes les jeunes pousses, tous les brins de verdure qu’elle peut trouver, et peu à peu les moutons se remettent sur pied. Les nouvelles arrivent à l’oreille d’Albert Howard, qui est un agronome et botaniste très connu de l’époque, très influent, qui demande des témoignages précis et détaillés des paysans pour corroborer ces résultats. Et typique des gens des campagnes, la seule chose qu’il obtient, c’est du style « bah elle est venue et ça va mieux quoi ». Il attendait un peu plus de détails…

Juliette ne va pas s’arrêter aux frontières du Royaume-Uni. Elle veut apprendre avec les paysans et les nomades des différents pays. Donc elle ira parcourir la France, Espagne, Grèce, Turquie, Maroc, Tunisie, le Mexique, les États-Unis dans les années 1940. Elle passe du temps dans les ranchs de la Californie du Sud. Et là, elle va beaucoup apprendre sur les vaches bien sûr. Elle les adore, et c’est réciproque, tellement que les ranchers, un peu irrités, n’arrivent plus à amener les vaches brouter au loin, parce qu’elles y restent 10 minutes puis elles veulent repartir voir Juliette. Au passage, elle soignera de très nombreux problèmes de mamelles, avec des plantes simples et efficaces comme l’hamamélis.


L’observatrice des animaux

Elle aime parler de l’intelligence des animaux, de cette connaissance instinctive de ce dont ils ont besoin pour se soigner. Par exemple, elle voit un chat se fait mordre par un serpent à sonnettes. Le chat va s’isoler et passer 3 jours dans l’eau de la rivière, à manger de l’herbe et à se purger. Et il revient complètement guéri. Donc on pourrait dire, purge et thérapie par l’eau froide.

Elle observe les chiens qui se soignent avec des herbes comme le chiendent. Ils mangent parfois des feuilles de figuier, des feuilles de vignes, de murier, de bourrache, de fraisier sauvage et fonction de ce qu’ils ont. Ils savent quand aller chercher telle ou telle feuille. Et elle intègre tout ceci dans sa pratique vétérinaire.

Ce qui nous amène à 2 livres absolument clés dans son histoire. Son livre sur les soins pour animaux de la ferme et de l’écurie et celui sur les soins pour chiens et chats. Ce sont probablement les premiers livres de cette époque sur les soins vétérinaires, expliqués simplement et à portée de tous, à circuler librement. Le premier parait en 1951, le second en 1955. Et ce que ces livres ont de particulier, c’est qu’ils capturent non seulement les traditions des campagnes, mais aussi les traditions des peuples Roms, des traditions qui, en principe, ne se transmettent que de bouche-à-oreille.

Juliette de Baïracli Lévy, quelques œuvres.

Juliette de Baïracli Levy : la jardinière nomade

Tout au long de ses voyages et de ses périples, elle raconte qu’elle a toujours jardiné. Et ça, c’est une belle leçon. Car on veut toujours le lieu idéal, la grande parcelle de terrain. Mais elle, malgré sa vie de nomade, elle a toujours trouvé moyen de cultiver ses plantes. Et grâce à ça, elle a pu développer ses connaissances et ses affinités pour certaines plantes. Par exemple, elle a toujours cultivé du romarin. Elle dit que le romarin est l’une des plantes les plus utile qu’elle connaisse. Et ce n’est pas moi qui vais la contredire !

Pareil pour l’aurone, une plante largement moins connue, mais qu’elle a beaucoup utilisé dans les soins pour les femmes (c’est une plante de la famille des armoises – Artemisia abrotanum). Une plante que j’aime beaucoup aussi, que j’ai toujours eu au jardin car j’adore son parfum citronné et aromatique.

Artemisia abrotanum - Aurone
Artemisia abrotanum – Aurone

Beaucoup d’expérience et de pratique

Elle n’a pas travaillé qu’avec les animaux. Elle a aussi conseillé de nombreuses personnes dans sa vie, elle a beaucoup travaillé avec la femme et l’enfant. Donc elle est pleine d’histoires à raconter et d’astuces à partager. Elle explique que pour les applications locales, sur des plaies, elle plaçait toujours les feuilles entières des plantes. En principe, les gens aiment bien utiliser des macérats, des onguents, des formes transformées. Mais elle, c’était les feuilles directement sur la zone à traiter. Un bouquet de feuilles, puis un tour de bande, et ensuite les feuilles tirait les saletés et elle cuisaient, elles noircissaient et au passage soignaient la blessure.

Elle raconte l’histoire d’une femme qui avait eu un accident de voiture et qui se retrouve dans un ravin, l’action se passe à Jérusalem. Et sa jambe est percée par un morceau de métal. La jambe est gangréneuse et l’amputation est imminente. A l’époque, je ne sais pas de quelle année on parle exactement, mais le médecin donne sa permission en disant « à ce stade, elle ne pourra pas faire pire que la situation actuelle ». Peu à peu, la personne se sent mieux. Et elle sera soignée, elle évitera l’amputation, et l’histoire circulera dans les rues de Jérusalem. J’ai beaucoup de mal à comprendre les plantes utilisées, j’ai du mal à comprendre son accent dans les vidéos qu’il nous reste d’elle, mais elle parle de feuilles de grande capucine.


De la Grèce aux Etats-Unis

Juliette de Baïracli Levy passera une partie de sa vie sur l’ile grecque de Kythira où elle vivra sur une parcelle de terrain dans une petite cabane en pierre sans eau ni électricité, proche de la nature, comme elle aime. Avec du romarin, des oliviers et des citronniers. C’est à cet endroit qu’elle accueille une herboriste américaine très connue aujourd’hui, pas connue à l’époque car elle était très jeune. Une femme qui a participé au renouveau de l’herboristerie américaine à partir des années 70, qui deviendra élève de Juliette, qui la considère comme son mentor, c’est Rosemary Gladstar.

Rosemary fera venir Juliette aux États-Unis, pour qu’elle puisse faire des conférences et aussi pour qu’elle puisse voir l’influence immense qu’elle a eu sur l’herboristerie américaine, elle n’avait aucune idée. Parce qu’elle n’a pas vraiment vécu aux États-Unis, elle y a été de passage. Elle qui était en train de s’isoler peu à peu sur sa petite ile grecque, finalement, repartira pour encore 10 ans de sa vie à animer des conférences et discussions autour des plantes. Pour transmettre tout ce savoir.


Juliette de Baïracli Levy : un esprit libre, une inspiration

Quand je vois ce qu’elle a accompli, je suis admiratif. Elle représente un esprit libre. De quelqu’un qui n’a pas suivi les conventions, qui ne s’est pas laissé formater par un système, qui est allé vivre, avec les peuples des différents pays. Elle n’a pas fait d’école. Elle n’a pas été l’apprentie de quelqu’un. Elle n’a pas demandé permission. Elle est allée soigner les gens, les animaux là où il y avait besoin. Et quand vous l’écoutez parler, vous voyez bien que souvent, elle demandait le consentement du médecin ou du vétérinaire. Donc respectueuse aussi. Au final, elle est inclassable. Elle représente l’ethnobotanique, l’herboristerie traditionnelle, la pratique au travers de l’empirisme, et puis surtout, un énorme respect et amour du vivant, des végétaux, des animaux.

C’est de l’inspiration pour nous, les générations qui suivent. Et nous, on ne peut pas poser le flambeau, faut qu’on le porte, ne serait-ce que par respect pour ces anciens qui ont fait tout ce travail.

Juliette de Baïracli Lévy (crédit photo @Swanie Simon – https://www.three-dogs-night.com/ )

Si vous comprenez l’anglais, je vous donne le lien vers la vidéo sur sa vie, qui date de 1998, qui s’appelle « Juliette of the Herbs ». Juliette des Herbes. Merci Juliette… Et merci à vous de nous aider à porter ce message pour les générations futures.

Juliette of the herbs: the life of herbalist Juliette de Baracli Levy

7 réponses

  1. Merci pour ce partage au sujet de cette grande dame. Pour moi elle est une grande chamane : respect de l’autre vivant (quel qu’il soit : humain, animal ou végétal) et un amour universel dans une humilité totale.
    Merci pour votre travail que j’apprécie beaucoup… On en a bien besoin par les temps qui courent.

  2. Vraiment contente que vous évoquiez la vie de Juliette. Trois livres particulièrement interessants où elle raconte des episodes de sa vie : Wonderers in the New Forest, Summer in Galilee et Spanish Mountain Life. Elle est vraiment hors normes. Dans son livre Traveler’s joy page 115, et 116 elle donne le protocole pour la gangrene:; les plantes utilisées sont par ordre de preference : geranium, nasturtium et mallow .

    1. Merci Pascale pour ces précieuses informations. Vous devez sans doute connaitre Juliette depuis longtemps car je ne trouve aucun des livres que vous citez , en cherchant sur google. J’ai également regardé sur la base SUDOC des bibliothèques de France et de Navarre ! un seul livre en français sur les soins aux chiens et chats, référencé dans la bibliothèque de Clermont-Ferrand ! Je suis peut-être maladroite quant à l’usage des moteurs de recherche !!…Certains livres en anglais sont référencés sur Amazon mais à des prix prohibitifs pour la plupart des livres. Je ne sais comment faire pour avoir accès aux informations lorsque les livres sont indisponibles sur le marché.
      A vous tous lecteurs du présent message, merci d’avance pour vos lumières et belle journée.
      Béatrice

  3. Extraordinaire !
    J’aperçois que Terre Vivante a pris le temps de traduire l’un de ses livres mais semble-t-il, que concernant les animaux. Y en a-t-il d’autres qui sont traduits dans les 9 autres que je vois sur la photo ???
    En tous cas, mille mercis pour nous avoir fait connaître cette personne merveilleuse. Son nom ne me disait rien du tout, par-contre son visage…j’ai l’impression de l’avoir toujours vu. Curieuse sensation.

    1. Bonjour, je ne trouve pas quel livre de Juliette de Baïracli Levy aurait traduit Terre Vivante ? Je suis à la recherche de son livre  » the complete herbal handbook for farm andstable » en version Française mais introuvable !?

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