Bonjour,
Aujourd’hui je voudrais vous parler des lamiers, car ce sont des plantes que l’on trouve un peu partout dans nos campagnes et on n’en parle pas vraiment beaucoup en tant que médicinales. On a l’impression qu’elles ne servent pas à grand-chose. Et je ne pense pas que ce soit exact. Certains lamiers me semblent décidément bien actifs.
Le plus classique de notre pharmacopée, c’est le lamier blanc, et c’est celui dont j’aimerais vous parler aujourd’hui. Et lui, j’arrive à le positionner à peu près bien. Ça va être un peu caricatural mais ça va nous aider à voir quand l’utiliser dans notre pratique.
Je vais vous parler de deux grandes sphères d’indications. La première concerne tout ce qui est écoulements de la sphère utérine. La deuxième concerne les états de sécrétions abondantes des muqueuses respiratoires supérieures. Et ne vous inquiétez pas, on va décortiquer tout ceci dans cet épisode.
Avant de démarrer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation à être un diagnostic ou une prescription médicale.
Allez, on débute, comme à notre habitude, avec un peu de botanique.
Si je vous dis tiges carrées, feuilles opposées décussées, fleurs bilabiées, fruits tétrakènes. Eh oui, on parle bien de la famille des lamiacées ici.
Le genre, c’est « Lamium », donc ce qu’on appelle les lamiers. On a pas mal de lamiers dans nos campagnes, l’amplexicaule, le lamier jaune, le lamier tacheté, le lamier pourpre, etc. Celui dont on parle aujourd’hui, c’est le lamier blanc (Lamium album).
La répartition mondiale est très vaste. Il s’étend à travers l’Europe et l’Asie, et il a été introduit et naturalisé au Royaume-Uni et en Amérique du Nord. On va le trouver dans les forêts, les zones boisées, les prairies, les talus, les berges de rivières, les bords de chemins, les sentiers, etc.
Très présent en France, sauf chez moi dans le sud-est et globalement on le trouve très peu dans la moitié sud du pays, et dans une bande à l’ouest. Je vous mettrai la carte de répartition sur mon site.
Il pousse souvent sur des sols assez riches à proximité des habitations humaines et tolère aussi bien l’ombre que le plein soleil. Facile à cultiver au jardin. Cela dit, je n’en ai jamais cultivé.
La plante se multiplie par stolons – qui sont des tiges aériennes rampantes qui s’enracinent aux nœuds pour former de nouveaux plants – et par graines (qu’on appelle « akènes »). Les graines germent après une période de dormance, souvent déclenchée par le froid et l’humidité.
Ses feuilles, opposées et pétiolées, ont un limbe en forme de cœur à bord denté en dents de scie, qui rappellent les feuilles d’ortie, mais sans les poils urticants. La plante est poilue mais elle ne pique pas. D’ailleurs, le nom vernaculaire de la plante en anglais, c’est « deadnettle », l’ortie morte. On retrouve ce nom dans les vieux écrits anglais à partir des années 1500, peut-être même avant. « Morte » probablement dans le sens « faux » ou « inoffensif », qui ne pique pas.
Les fleurs sont bilabiées (en forme de gueule ouverte), regroupées en verticilles de 6 à 12 fleurs, localisés à l’aisselle des feuilles. Elles donnent naissance à un fruit composé de 4 akènes (d’où le terme tétrakène caractéristique des Lamiacées).
Les parties utilisées sont les sommités fleuries. Certains auteurs comme Rudolf Weiss ne mentionnent que les fleurs. Je trouve que toutes les parties aériennes fleuries sont utiles, en enlevant les tiges carrées les plus grosses qui ne sont pas très intéressantes. Il m’est arrivé de n’utiliser que les feuilles et il me semble que l’effet est tout à fait satisfaisant aussi.
Fournier mentionne le fait que les racines et les tiges semblent agir sur les saignements, ce qui nous dirait que les tiges sont au minimum riches en tanins, mais largement moins riches en constituants divers et variés que le reste de la plante.
Certains auteurs mentionnent le fait que la plante est plus active lorsqu’on cueille en début de floraison. Ce qui est assez classique pour pas mal de plantes.
En termes de constituants principaux, nous allons trouver :
Le profil en constituants nous donne déjà un avant-goût de propriétés fortement antioxydantes et anti-inflammatoires.
L’odeur et le goût sont assez complexes à décrire. C’est fort, âcre et le parfum assez fétide et pas très plaisant, je dois dire. Cette intensité disparaît au séchage, ce qui suggère que la fraction aromatique va vite se dissiper avec le temps.
Les herboristes américains lui donnent une énergétique réchauffante (dans le sens tonique, circulatoire) et asséchante. Asséchante, je suis assez d’accord. L’aspect réchauffant est un peu moins clair à définir en ressenti, mais ça va très bien rentrer dans les indications chroniques.
Allez, on parle des propriétés et indications. Vu que c’est une plante très commune, on va trouver pas mal d’indications pour des utilisations familiales classiques. Contre les diarrhées, les ballonnements, les rétentions d’eau, les problèmes de peau, les infections hivernales, etc.
Je vais laisser toutes ces utilisations de côté, car le lamier blanc me semble largement plus intéressante pour deux types d’indications, et je vais me concentrer là-dessus. Ça va nous aider à la positionner un peu plus précisément.
Pour la première indication, je vais remonter dans mon passé, il y a probablement une vingtaine d’années. Je faisais une sortie avec un de mes enseignants de l’époque. Et on était en train d’identifier toutes ces petites lamiacées qui ne payent pas de mine car elles n’ont pas la flamboyance d’un thym ou d’un origan ou d’une menthe (je parle d’un point de vue aromatique).
Donc on regardait les lamiers et autres balottes, épiaires, galeopsis, etc. Et j’ai posé la question suivante : si c’est une Lamiacée, que ce n’est pas une aromatique classique, qu’elle a cette odeur un peu désagréable, un peu fétide, ça nous dit quoi ?
Et l’enseignant avait pas mal réfléchi et m’avait dit : au minimum, ce sont d’excellents anti-inflammatoires et asséchants du système respiratoire supérieur. Et je pense qu’il m’a fallu quelques années pour comprendre cette phrase.
Décortiquons. Déjà, la localisation : le système respiratoire supérieur. Le nez, les sinus, la gorge, l’oreille moyenne éventuellement. Si ces zones sont enflammées, ces plantes vont calmer l’inflammation. Elles seront aussi asséchantes, dans le sens où elles vont calmer les écoulements clairs et abondants. Dans mon esprit, on est plus dans le chronique et l’allergique que dans l’aigu et l’infectieux.
Donc un nez qui coule abondamment, qui vient peut-être irriter la gorge avec tous ces écoulements post-nasaux qui descendent à l’arrière de la gorge. Donc avec, peut-être, une gorge enflammée.
Et on va s’arrêter à ces zones-là. Si ça descend dans les poumons, on est dans le respiratoire inférieur, et ce n’est pas vraiment la spécialité de la plante.
On est plus ou moins dans la rhinite, sinusite, pharyngite, laryngite chronique, fort probablement allergique. Avec beaucoup d’écoulements. Pour l’oreille moyenne, on pensera plutôt à l’otite séreuse avec cette dimension d’inflammation chronique avec présence de liquide. On revient, en fait, à ces deux propriétés : anti-inflammatoire et asséchant.
Ici nous avons un cocktail de constituants qui est vraiment très intéressant avec des tanins, flavonoïdes, iridoïdes, mucilages. Et on peut faire de bonnes combinaisons avec plantain, verge d’or, cassissier, romarin pour ces situations.
Le deuxième type d’indication touche le système reproducteur féminin et concerne, là encore, les écoulements. De sang ou de mucus, de glaires.
L’indication la plus mentionnée dans les ouvrages classiques, ce sont les leucorrhées (qu’on appelle aussi les « pertes blanches »). Rudolf Weiss, le fameux médecin à l’origine du renouveau de la phytothérapie moderne en Allemagne, explique qu’une fois qu’on a enlevé les cas pathologiques de leucorrhée, que l’on parle d’infections fongiques, de parasites, de carcinome (donc attention, diagnostic médical d’abord), il reste des leucorrhées sans causes apparentes.
Weiss les appelle « leucorrhées constitutionnelles ». Et à son époque, il les positionne plutôt chez les jeunes filles et jeunes femmes. Si elles sont gênantes, Weiss recommande ici les plantes en prise interne, et conseille les plantes dites « toniques utérins » ainsi que les plantes riches en silice (ça c’est intéressant), probablement pour fortifier et restructurer les tissus et faciliter la formation de collagène.
Weiss recommande ici l’achillée millefeuille, la prêle, l’alchémille ainsi que le lamier blanc. Les quatre combinées font un excellent mélange pour toutes sortes de pertes utérines.
Pour le lamier blanc en particulier, Weiss rajoute que l’application locale sur les parties génitales peut complémenter la prise en interne. Mais il insiste sur le besoin de rajouter une tonique utérine comme l’achillée pour obtenir de bons résultats. L’achillée, c’est un peu l’incontournable ici !
Petite parenthèse, Weiss parle de leucorrhée sans cause apparente, mais si une cause a été identifiée, comme dans les cas de candidose vulvo-vaginale, c’est tout à fait le type de plante et de mélange que l’on peut utiliser en interne et en externe.
On passe maintenant la parole à notre cher Henri Leclerc, qui explique que « le lamier blanc parait exercer une influence réelle sur la circulation utérine. Son suc m’a fourni un succès complet chez une jeune fille anémique dont les époques menstruelles donnaient lieu à des métrorragies et à une abondante leucorrhée; même résultat chez une arthritique à utérus scléreux et rétrofléchi, l’alcoolature de la plante était le médicament qui venait le mieux à bout de métrorragies auxquelles elle était sujette ; je lui faisais prendre cette alcoolature à la dose de 5 à 20 grammes par 30 gouttes toutes les demi-heures. »
Alors, plusieurs points à noter ici. D’abord, le fait qu’il mentionne le profil de jeune fille anémique. On est dans la faiblesse et la froideur constitutionnelle ici, manque de circulation, manque de fonction.
Ensuite, pour son deuxième cas, vous notez ici le protocole de Leclerc ? 30 gouttes toutes les demi-heures jusqu’à 5 à 20 g, c’est-à-dire, en arrondissant, jusqu’à 1 à 5 cuillères à café. On réalise que ça fait beaucoup. Mais divisées en prises de 30 gouttes très rapprochées dans la journée. Et ça, c’est un type de dosage que j’ai parfois pu recommander qui peut fonctionner remarquablement bien. Les Américains, chez qui j’avais appris ce type de dosage, appellent ça « dosage pulsé ».
Bien. On donne maintenant la parole à Valnet qui explique que le lamier blanc est un remède à spécificité utérine. Je crois qu’ils sont tous d’accords sur ce point. Il insiste sur deux indications, les pertes blanches et les métrorragies. Donc on rajoute métrorragies à nos indications, les saignements hors des règles.
Les causes principales des métrorragies aujourd’hui sont les fibromes ou polypes utérins, les problèmes d’endométriose ou d’adénomyose, le syndrome des ovaires polykystiques, la préménopause. Mais il peut aussi y avoir des causes pathologiques plus ou moins graves. Donc diagnostic médical nécessaire avant toute chose.
Ici le lamier blanc agit comme tonique vasculaire et astringent des petits vaisseaux, un peu comme une vigne rouge, alchémille ou autre astringent de la sphère utérine.
En phytothérapie américaine, on rajoute les ménorragies à la liste, c’est-à-dire les règles trop abondantes. Et effectivement, c’est une plante qu’on peut rajouter aux mélanges « règles abondantes » avec d’autres classiques comme alchémille et feuilles de framboisier.
Je vais m’arrêter là pour les indications. Comme je vous disais, la plante peut faire bien d’autres choses, mais arriver à identifier assez précisément deux domaines d’utilisation, c’est intéressant car ça nous aide à la positionner dans notre trousse à outils.
Cela dit, je ne peux pas m’empêcher de vous en donner une petite dernière qui se retrouve, là encore, chez plusieurs auteurs : les saignements pulmonaires, qu’on appelle hémoptysie. On est ici dans les problématiques de cancer du poumon et de tuberculose, donc bien évidemment, situation réservée au corps médical.
En ce qui concerne les formes et quantités.
En ce qui concerne les précautions d’emploi, je n’ai rien trouvé dans les ouvrages classiques, rien dans les ouvrages modernes qui ne répertorient pas souvent cette plante. Ce qui veut pas dire qu’il n’y en a pas, juste que nous n’avons rien dans les ouvrages classiques, rien de mentionné.
Et c’est tout ce que j’avais à vous dire sur le lamier blanc. Je pense vraiment qu’il a sa place dans la pratique moderne et j’espère que cet épisode vous aura aidé à le positionner.
Merci pour votre écoute, je vous dis à très vite pour un nouvel épisode.
Avant de poster, merci de lire les instructions ici
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12 réponses
merci
Le Lamier blanc est très présent en Côte d’Or, la plante est magnifique ! Pour l’invité… j’ai la même à la maison… mdr…
Toujours très intéressant…pour se soigner avec les produits fournis par la nature.
Bonjour!!!! Comme d’hab, passionnant, bien documenté, avec sa note d’humour et souvenirs…. En Centre – Var, comme vous, je n’ai pas ce joli lamier blanc dans mon jardin…En revanche, j’ai le pourpre que j’utilise dans mes salades pour son petit goût d’humus….terre…ou champignon selon les papilles. Mon intérêt pour l’article concerne les propriétés sur l’appareil respiratoire supérieur. A 78 ans je commence des séries d’otites séreuses (non douloureuses) sans causes décelées + ce que vous décrivez.. (J’envisageais des inhalations d’infusions de thym). Lors d’articles anciens vous disiez: si on n’a pas la plante adéquate (lamier blanc), par défaut on peut en utiliser une de la même famille (lamier pourpre pour moi) même si les effets sont un peu moindres.
Puis-je utiliser le lamier pourpre dans cette indication selon la préparation préconisée? Merci infiniment.
PS: le lamier pourpre est couvert d’abeilles…
bonjour Jujube
je reprends la réponse au commentaire précédent
Le lamier blanc est le plus étudié avec des propriétés prouvées, le pourpre partagerait surtout les effets anti-inflammatoires, antioxydants et hémostatiques, le jaune serait plus « tonique printanier » et cicatrisant traditionnel mais avec moins de preuves scientifiques actuelles.
Merci Christophe pour ce partage ! Concernant les autres lamiers pourpre ou jaune ont -ils les mêmes propriétés ?
Bonjour Marie
à ma connaissance ces lamiers ne sont pas interchangeables à 100%
Le lamier blanc est le plus étudié avec des propriétés prouvées, le pourpre partagerait surtout les effets anti-inflammatoires, antioxydants et hémostatiques, le jaune serait plus « tonique printanier » et cicatrisant traditionnel mais avec moins de preuves scientifiques actuelles.
cette belle plante chez nous dans la Marne on l’appelle l’Ortie Blanche, plus joli nom que ortie morte, par contre j’ai toujours pensé, qu’elle avait les même vertus que l’ortie
on en apprend tous les jours, et c’est bien. dommage j’en ai pas dans le jardin, seulement celles qui adorent nous entendre crier aïe aïe
aïe ou ouille ouille ouille suivant la région. Merci Christophe et à toute l’équipe pour tout cet enseignement que vous partagez avec nous.
Bonjour,
Je vis également en région parisienne et c’est vrai que l’ortie blanche est l’appellation la plus commune par ici. Pour ma part, je l’utilise très prosaïquement en mélange de feuilles dans mes potages avec les autres plantes comestibles de printemps, juste blanchies 3 minutes, et j’avoue que je m’en régale! 🙂
Merci à Christophe et à toute l’équipe d’Althéaprovence pour ces belles vidéos et transcriptions.
Bonjour Christophe,
Je crois vous avoir déjà manifesté mon admiration pour votre savoir et sa transmission. Vous êtes ma source préférée de connaissance en dehors des ouvrages spécialisés. C’est clair, précis, et vraiment passionnant!
Le lamier blanc m’a particulièrement intéressée car il pousse naturellement dans un coin de mon jardin mi-ombre et je le laisse faire! J’avais l’habitude de consommer ses feuilles en salades (mélangées à d’autres) mais le goût n’est pas terrible. Par contre je vais essayer les infusions pour les voies respiratoires hautes et surtout je découvre avec vous ses propriétés pour l’hémophtysie. Si j’avais su, je l’aurais essayé quand j’ai eu des crises. Je prenais plutôt de la prêle, assez efficace aussi.
J’aimerais beaucoup participer à votre stage, mais malheureusement ma modeste retraite ne me permet pas d’envisager ce genre de dépenses supplémentaires.
Constatant votre grand intérêt pour les ouvrages anciens, je voudrais vous demander si vous seriez intéressé par un livre de « Médecine perfective » de 1809, tome premier par Jacques-André Millot, seconde édition. Il est en assez bon état, sauf le dos de la couverture. Il traite de la santé des femmes et des nouveaux nés, de l’allaitement, de la vaccination et de bien d’autres choses… Bien cordialement Clara Murner
bonjour Clara
merci pour votre message, j’ai transmis à Christophe
Merci Christophe pour ces éclairages très enrichissants, je n’aurais jamais pensé au lamier pour ces usages spécifiques. Je l’ai personnellement utilisé à chacune de mes infections urinaires chroniques, mélangé à 2 autres plantes (verge d’or et bruyère) et j’ai toujours trouvé qu’il aidait grandement à atténuer les symptômes. À moins que ce ne soit le mélange des 3 finalement… En tout cas, c’est une plante qui fait partie de ma trousse de secours urinaire ^^