Si vous me lisez depuis un bout de temps, vous avez remarqué que je me suis longuement intéressé à la maladie de Lyme. Tout a commencé par des lectures de l’herbaliste Stephen Buhner pour qui j’ai beaucoup d’estime. J’ai ensuite décidé d’en faire un article, puis d’en faire un autre pour la deuxième édition du livre.
Suite à ces deux comptes-rendus, des personnes sont venues me consulter pour un accompagnement complémentaire à leur Lyme diagnostiqué. J’ai donc acquis une certaine expérience, me permettant de faire, plus tard, un bilan qui correspondait à mes vues de la santé, tout en me détachant du protocole Buhner. Vous trouverez cet épisode ici.
Je continue à suivre de près ce sujet, et aujourd’hui, après lecture d’un article de Tim Ferriss, blogueur et podcasteur connu dans la sphère anglophone, ayant lui-même souffert d’un Lyme assez débilitant, j’aimerais vous parler de l’alimentation cétogène.
J’ai pratiqué l’alimentation cétogène pendant plusieurs périodes de ma vie. Je connais bien ce « régime ». Je l’ai fait « de la bonne manière » (c’est-à-dire avec précision), avec glucomètre et cétomètre. J’écris ceci car souvent, lorsque quelqu’un annonce qu’il « fait un cétogène », il fait en fait une version bassement glucidique et hautement lipidique d’une alimentation normale, et n’est absolument pas dans la zone désirée. Une alimentation cétogène n’est pas si simple que cela à mettre en place, et la première « bascule » est parfois difficile (elle l’a été pour moi).
Mais je ne suis pas là pour vous parler de mon expérience, ni pour faire l’éloge de ce type de régime. Il n’est certainement pas fait pour tout le monde, et doit trouver sa place dans des contextes précis, qu’ils soient métaboliques, neurodégénératifs ou autres.
Comme toujours, si vous avez une pathologie avec ou sans médicamentation, vérifiez avec votre médecin d’abord. Je n’en suis pas un. Ce témoignage ne constitue pas un traitement médical ni une prescription, c’est juste… un témoignage.
L’article est plutôt destiné à vous parler de l’expérience de Ferriss, comme documentée dans l’article que vous trouverez ici. Je me permettrai d’interjecter des commentaires dans un encadré en les précédant de l’acronyme NDLR (« note de la rédaction »).
Contexte
Tim Ferriss relate son expérience personnelle avec la maladie de Lyme, contractée à deux reprises, dont une forme sévère en 2014. Après un diagnostic confirmé par des laboratoires spécialisés et des infectiologues (dont Stanford), et malgré des traitements antibiotiques jugés nécessaires, ses symptômes persistent pendant neuf mois : troubles cognitifs sévères, fatigue extrême, douleurs articulaires diffuses.
NDLR : Obtenir le diagnostic d’un médecin compétent est critique ici car les symptômes de Lyme recoupent de nombreuses autres maladies : COVID long, fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique (SFC/EM), sclérose en plaques (SEP) et polyarthrite rhumatoïde (PR). Parfois, le médecin spécialiste aura une suspicion de Lyme sans confirmation claire des analyses, ce qui est mieux que rien lorsque l’on est en errance médicale.
Notez que les instances médicales rejettent généralement le terme de « Lyme chronique » au sens d’une infection bactérienne persistante et active. Il existe néanmoins des groupes de médecins et de chercheurs qui défendent la thèse de la chronicité.
Intervention : cétose stricte
Face à l’échec des approches classiques et alternatives, Ferriss adopte une alimentation cétogène stricte, avec moins de 20 g de glucides/jour et en respectant la limite de protéines conseillée en fonction de votre poids (des ouvrages seront mentionnés plus bas).
Principes clés :
- Cétose stricte en pesant les aliments au départ (pas de « low-carb flou »)
- Apport lipidique ≥ 70 % des calories
- Surveillance des cétones sanguines (avec appareil fiable type Keto-Mojo, Go-Keto ou similaire)
- Supplémentation en électrolytes (Na, K, Mg) avec poudres électrolytes pour sportifs (sans sucre)
- Activité physique modérée
- Marche post-prandiale
Ferriss déconseille fortement :
- Les produits « keto ultra-transformés » (rajoutant du pseudo sucré, pseudo desserts, etc)
- Les écarts glucidiques répétés
- Les versions hyperprotéinées du keto
L’auteur évoque l’intérêt de précéder le régime cétogène par une période de jeûne intermittent respectant une fenêtre de pause alimentaire de 16 à 18 h (ex : manger entre 12 h et 20 h pour la version 16 h de pause, et manger entre 12 h et 18 h pour la version 18 h de pause – d’autres variations sont envisageables bien évidemment, pour ceux qui préfèrent jeûner le soir plutôt que le matin par exemple).
NDLR : la mention du cétogène « strict » est importante ici car il existe de nombreuses variantes, et de nombreuses tolérances individuelles aux quantités de glucides et protéines permises. Lorsque je pratiquais cette alimentation (je l’ai fait sans interruption pendant plus de 8 mois), j’avais aussi une pratique sportive quasi-journalière, et ma tolérance aux glucides et protéines sans sortir de la zone de cétose était élevée. Ferriss suggère ici de démarrer avec les définitions strictes, qui sont de 20 g de glucides max/jour (c’est une quantité très faible lorsqu’on a l’habitude d’une alimentation traditionnelle) et autour de 80-90 g de protéines/jour pour mon cas.
Afin de mieux « basculer », Ferriss mentionne le jeûne intermittent 16/8 ou 18/6. En ce qui me concerne, après 2 tentatives échouées à cause de la grande fatigue ressentie, il a fallu que je pratique le jeûne hydrique pendant d’abord 24 h, puis 48 h, puis 72 heures pour « débloquer » les choses et faire une nouvelle tentative de régime cétogène qui, cette fois, s’avérera concluante. J’en ai donc conclu que ma flexibilité métabolique était quasi-nulle aux premières tentatives. Et qu’il fallait prendre son temps, faire les choses graduellement pour un tel changement d’alimentation (jamais une évidence pour moi).
Résultats observés :
Observation faite sur lui-même puis appliquée à 4 connaissances avec un taux de réussite de 100% (gardez en tête la taille faible de l’échantillon)
- Disparition complète des troubles cognitifs en moins d’une semaine
- Résolution durable de tous les symptômes en 4 à 6 semaines
- Absence de rechute depuis plus de 10 ans
- Retour ultérieur à une alimentation non cétogène sans perte des bénéfices
Ferriss observe un seuil fonctionnel personnel autour de 1 mmol/L de β-hydroxybutyrate sanguin (mesuré avec un cétomètre, appareil indispensable lorsque l’on veut gérer la situation de manière précise), au-delà duquel apparaissent :
- Clarté mentale accrue
- Endurance cognitive
- Réduction marquée de la fatigue
Hypothèses : pourquoi et comment cela fonctionne ?
1. Affamer la bactérie
Ferriss découvre a posteriori un élément clé grâce au chercheur Dominic D’Agostino qu’il a interviewé plusieurs fois sur sa chaîne. Borrelia burgdorferi, l’agent de la maladie de Lyme (ou d’autres bactéries en fonction du lieu de vie) :
- Ne possède ni cycle de Krebs fonctionnel ni chaîne respiratoire mitochondriale
- Elle dépend donc majoritairement de la glycolyse (utilisation du glucose) pour obtenir son énergie
La cétose réduit drastiquement la disponibilité en glucose et pourrait limiter la survie ou l’activité bactérienne. Ferriss précise que cette hypothèse n’explique pas tous les cas (la bactérie peut utiliser d’autres substrats comme le glycérol), mais qu’elle constitue une piste mécanistique cohérente.
2. Effets mitochondriaux et énergétiques
Le régime cétogène est associé à :
- Une augmentation de la biogenèse mitochondriale
- Une amélioration de la fonction énergétique cellulaire
- Une stimulation de la mitophagie
Expliqué dans des termes plus simples :
La mitochondrie est la partie de la cellule qui fournit l’énergie (ATP) pour tout notre système. C’est une petite centrale de production d’énergie. Le régime cétogène permet de faire le « grand ménage » dans nos cellules en recyclant les centrales énergétiques fatiguées pour en construire de nouvelles, plus nombreuses et plus performantes, fonctionnant avec un carburant plus propre.
3. Effets anti-inflammatoires documentés
Le principal corps cétonique circulant, le β-hydroxybutyrate (BHB) :
- Inhibe l’inflammasome NLRP3
- Module la signalisation immunitaire liée à l’inflammation (à travers le récepteur HCA2)
- Réduit la résistance vasculaire périphérique (Ferriss mentionne son syndrome de Raynaud ici)
Conséquences possibles :
- Diminution de la neuroinflammation
- Amélioration de la circulation sanguine
- Réduction des douleurs articulaires
- Amélioration de la cognition

Lyme et psychiatrie métabolique
D’un point de vue mental/émotionnel, Ferriss rapproche la maladie de Lyme de nombreux troubles :
- Dépression, anxiété, bipolarité, TOC, TDAH
- Maladies neurodégénératives
Il s’appuie sur les travaux du psychiatre Chris Palmer (Harvard) qui explique que les troubles mentaux peuvent être, dans de nombreux cas, des troubles métaboliques du cerveau.
La personne souffrant d’un Lyme chronique est souvent en proie à ces états de « mélasse mentale » (un terme utilisé par ceux qui en souffrent) ou autre état de mal-être émotionnel, probablement lié à une inflammation cérébrale marquée.
Dans ce contexte, le régime cétogène fournirait :
- Une source d’énergie alternative aux neurones, bypassant ainsi la voie du glucose
- Une stabilisation de l’excitabilité neuronale
- Un effet anti-inflammatoire cérébral
Conclusion et avertissements de fin
Loin de moi l’idée de positionner le régime cétogène comme miraculeux ou « soignant » de nombreuses maladies. Je pense qu’on le connait assez, à ce stade, pour dire qu’il fournit de nombreux bénéfices pour peu de risques dans des situations de santé spécifiques.
Est-il fait pour tous en prévention de toutes maladies ? Non, trop contraignant, avec des points encore inconnus (impact sur la flore intestinale, impact sur la lipidémie sanguine pour une proportion de la population qui semble voir une augmentation significative du LDL, etc.)
En revanche, dans des contextes très précis comme un Lyme chronique, on est en droit de se poser la question : quel est le risque de tester ? Toute intervention de santé n’est ni blanche, ni noire. Le niveau de gris doit être déterminé en fonction du ratio bénéfices/risques.
N’oublions pas que ce régime n’est pas d’hier. Il démarre dans un contexte hospitalier aux États-Unis dans les années 1920 pour aider les enfants épileptiques. Depuis, nous avons accumulé une somme de données. C’est une intervention métabolique ancienne, avec un faible coût de mise en place, biologiquement plausible comme nous l’avons vu, et potentiellement transformative chez certaines personnes.

Quelques contre-indications strictes, nécessitant consultation médicale :
- Diabète sous insuline ou autres médicaments hypoglycémiants
- Grossesse, allaitement
- Pathologies rénale, hépatique ou pancréatique
- Antécédents de troubles du comportement alimentaire
Globalement, si vous avez une pathologie avec ou sans médicaments, consultez votre médecin pour voir si ce type d’alimentation comporte des précautions particulières.
Je termine par la citation de Ferriss :
« Pour certains, comme moi, cela peut littéralement changer une vie. »






