Myrrhe (Commiphora myrrha)

Myrrhe

(Commiphora myrrha)

Myrrhe

La myrrhe est une résine aromatique naturelle. Son utilisation remonte aux textes de l’Assyrie antique (1700 avant JC). Elle est produite par l’arbre à myrrhe (Commiphora myrrha). Cet arbre pousse dans les pays de la corne de l’Afrique ainsi que dans la péninsule arabique.

La résine est obtenue par incision du tronc et des rameaux de l’arbre, qui vont exsuder une résine d’abord liquide, qui va durcir avec le temps. Cette résine a des propriétés multiples que j’expose dans cet article, avec un fil conducteur qui nous aide à savoir quand l’utiliser exactement.


Nom commun : Myrrhe, gomme de myrrhe, résine de myrrhe, encens de myrrhe

Nom latin : Commiphora myrrha ou C. molmol

Famille : Burseraceae (même famille que le Boswellia)

Constituants :

Techniquement parlant, la myrrhe est une gomme-oléo-résine :

  • Gommes (30–60%), composées de 20% de protéines et 65% de glucides
  • Résines (25–40%)
  • Huiles essentielles (3–8%) – furanosesquiterpènes, et les monoterpènes α-, β- and γ−bisabolène

Ce sont les résines et les huiles essentielles qui nous intéressent et que nous allons extraire dans l’alcool (voir plus bas).

Goût :

  • Amer
  • Acre
  • Aromatique
  • Balsamique

Energétique :

  • Réchauffant, tonique
  • Stimulant des muqueuses atones et épuisées
Myrrhe
Résine de myrrhe (photo de Sjschen, wikipedia)

Utilisation de la myrrhe

Action sur les muqueuses

La myrrhe, et d’une manière générale toute résine, a une action bien particulière sur les muqueuses.

C’est un stimulant dans les conditions de muqueuses ulcérées, engorgées, flasques et atones. Il faut bien comprendre ceci : nous sommes ici dans une situation post-inflammatoire. Pendant une inflammation, les muqueuses sont très actives, et sécrètent un mucus abondant. Mais si l’inflammation perdure, si le système n’arrive pas à résoudre le problème efficacement, les muqueuses vont s’épuiser et ne vont plus remplir leur fonction. Elles s’assèchent, et stagnent dans un état d’ulcération non-résolu. C’est dans cette situation que la myrrhe est intéressante.

La myrrhe stimule la circulation au travers des capillaires sanguins, ramène le sang et donc la fonction vers les muqueuses. Elle redonne la tonicité aux tissus, rétablit une sécrétion normale de mucus, et amène une résolution au problème.

Ceci est notre fil conducteur, le théorème que nous allons appliquer encore et encore dans la plupart des cas suivants.

Certains cas ne sont pas exactement “post-inflammatoires” car la myrrhe est un astringent et désinfectant tellement efficace qu’elle rend aussi service dans certaines situations inflammatoires. Mais cela doit rester l’exception plutôt que la règle.

Muqueuse Problème Forme
Bouche
  • Aphtes passagers ou chroniques
  • Gencives rouges, enflammées
  • Morsure de la joue ou de la langue
  • Egratignure, perforation des tissus de la bouche
Teinture diluée (1/10 teinture, 9/10 eau) en bain de bouche, ou diluée de moitié et appliquée en tamponnant à l’aide d’un coton tige, 3 fois par jour après les repas. C’est la plante n°1 que je recommande pour tout problème de bouche. Son action est très rapide.
Gorge
  • Mal de gorge
  • Angine
  • Pharyngite chronique (ref : Felter)
Teinture diluée (1/10 teinture, 9/10 eau) en gargarisme 3 fois par jour.
Sinus
  • Ecoulements chroniques avec congestion (ref : Christopher)
Teinture en interne, dans un peu d’eau (voir doses en fin d’article).
Estomac
  • Manque de sécrétions, apepsie (associée au Capsicum – ref : Ellingwood, ou à la gentiane – ref : Felter)
  • Gastrite
  • Ulcère
10 gouttes de teinture dans un peu d’eau, accompagnée ou non d’autres plantes, 10 minutes avant les repas.
Poumons
  • Fin de bronchite avec difficulté pour expectorer
  • Problème chronique avec épuisement de la personne
Teinture en interne, dans un peu d’eau (voir doses en fin d’article).

Estomac

Ellingwood vante ses mérites en particulier sur le manque de sécrétions gastriques.

L’action de la myrrhe sur le système digestif est directe. Elle augmente rapidement l’efficacité des fonctions digestives, stimule les glandes peptiques d’une manière extrême. Elle augmente l’appétit et améliore l’absorption et l’assimilation des nutriments.”

Cette situation d’atonie gastrique est classique chez la personne âgée, les sécrétions gastriques diminuant avec l’âge. Elle est en particulier intéressante chez la personne qui manque d’appétit et qui est en situation de dénutrition, ce qui peut arriver à la suite d’une longue maladie, ou chez la personne anorexique par exemple.

Ellingwood l’associe au piment (Capsicum), Felter à la gentiane (Gentiana lutea).

Similaire au mastic (résine du Pistacia lentiscus), la myrrhe a une solide réputation pour l’éradication de l’helicobacter pylori, à ce stade non-confirmé par les études cliniques. Sachant qu’une forte proportion des gastrites ou ulcères d’estomac est provoquée par l’helicobacter, la myrrhe peut avoir un rôle prépondérant à jouer dans ce contexte.

En pratique : pour une atonie digestive, utilisez 20 gouttes de teinture de gentiane et 10 gouttes de teinture de myrrhe dans un peu d’eau, à prendre 10 minutes avant chaque repas pour relancer une digestion déficiente.

myrrhe
Franz Eugen Köhler, Wikimedia

Poumons

La myrrhe ramène vitalité et tonus aux muqueuses pulmonaires. Là encore, je cite Ellingwood :

Elle stimule la sécrétion des muqueuses lorsque les muqueuses sont inactives, elle restaure les fonctions de ces muqueuses lorsque la sécrétion est excessive, comme dans les conditions catarrhales. Dans les situations déficientes ou excessives, elle restaure la condition normale.”

Elle rééquilibre donc dans les deux directions plutôt que de stimuler de manière aveugle, une action régulatrice que l’on retrouve chez de nombreuses plantes.

Felter contrindique son utilisation pour toute période inflammatoire. La sécrétion excessive mentionnée par Ellingwood ne fait donc pas référence à la première phase inflammatoire de la bronchite. Au contraire. Felter nous donne cette précision essentielle :

La myrrhe apporte une grande valeur dans les bronchites chroniques avec relaxation des tissus, sécrétions abondantes, malsaines, épuisantes, accompagnées de difficulté pour faire remonter le crachat.

Ceci la rend intéressante en fin de bronchite, lorsque les muqueuses sont épuisées et n’arrivent plus à secréter un mucus de qualité, ou lors d’une rechute, ou comme le dit Felter lorsque la bronchite devient chronique.

La myrrhe se combine bien avec l’échinacée pour combattre une infection, et avec d’autres plantes expectorantes (Thymus vulgaris) ou anti-inflammatoires (Glycyrrhiza glabra) pour les poumons.

En pratique : en fin de bronchite, si la personne a du mal à expectorer un mucus devenu trop épais, prenez 10 gouttes de teinture de myrrhe plusieurs fois par jour, associée à une infusion de thym et de réglisse. Relancez l’immunité avec l’échinacée. Voir aussi mon article sur la bronchite.

Résolution des plaies

Nous appliquons ici le même raisonnement que pour les muqueuses : nous utilisons la myrrhe lorsque la plaie est flasque, atone, purulente. Après tout, on dit que les soldats Grecs s’en servaient pour nettoyer prévenir l’infection des blessures ou contrôler la progression de la gangrène.

Un autre épisode nous est conté par Samuel Thomson, père de la médecine thomsonienne aux 19è siècle aux Etats-Unis. Thomson enfant s’ouvrit le pied d’un coup de hache. Le premier poste de secours nécessitant plusieurs jours de voyage, Thomson arrive à destination avec une plaie en putréfaction et une septicémie. Le père de Thomson demande au médecin “mon fils va-t-il mourir ?”. Le médecin répond “bien sur qu’il va mourir… mais pas de sa blessure.” Grâce à la poudre de myrrhe, le médecin put sauver l’enfant.

En Arabie Saoudite, la myrrhe est le remède le plus utilisé après le miel pour les lésions du pied chez le diabétique.

En pratique : une pincée de résine pulvérisée directement sur la plaie, ou la teinture diluée au 1/5 (20% teinture, 80% eau) appliquée délicatement avec une gaze stérile.

Antiseptique

La résine de myrrhe est un puissant désinfectant et antiseptique. C’est pour cela qu’elle est particulièrement efficace lorsque les muqueuses sont ulcérées à cause d’une infection bactérienne sous-jacente. Une gastrite ou ulcère causé par l’helicobacter pylori est un bon exemple.

Dans la plupart des cas, il serait incorrect de penser que la bactérie est à la source du problème. En effet, c’est souvent une faiblesse constitutionnelle qui est à la source du problème. Dans le cas de l’helicobacter, la personne a une digestion déficiente avec hypoacidité, une situation qui s’est établie lentement, avec souvent un stress chronique à la source. Cette situation d’hypoacidité a facilité l’installation de la bactérie, qui a par la suite créé l’ulcération.

Quel que soit l’origine, la myrrhe a l’avantage d’apporter cette double action tonique et astringente tout en nettoyant la zone d’un éventuel pathogène.

Cette propriété antiseptique est aussi très intéressante pour les poumons en cas de bronchite.

myrrhe
Teinture avec résidu au fond du bocal – voir notes sur la confection plus bas

Immunostimulante

Moore explique que la résine de myrrhe stimule la synthèse de neutrophiles dans la moelle épinière. Dans les 24 heures qui suivent la prise, le nombre de neutrophiles peut doubler, avec un recyclage plus rapide des anciens neutrophiles. Il est important d’avoir un bon niveau de neutrophiles en circulation sanguine car ils agissent en première ligne de défense, détruisant les cellules étrangères ou infectées lorsqu’ils les rencontrent.

Les neutrophiles sont en particulier épuisés après une infection virale. Une personne souffrant de neutropénie (pas assez de neutrophiles) développe des infections souvent et facilement. Moore recommande donc la myrrhe pour stimuler l’immunité innée (ref : Moore, SWSBM curriculum).

Autres conditions affectant les muqueuses

Les conditions suivantes bénéficieront de l’action de la myrrhe, prise en interne :

  • Leucorrhée (écoulement vaginal) (ref : Ellingwood), avec sensation de lourdeur au niveau de l’utérus (ref : Felter) ;
  • Présence de mucus dans les urines (ref : Ellingwood) ;
  • Traditionnellement utilisée au Moyen-Orient pour gérer la glycémie sanguine chez les diabétiques de type 2.

Préparation de la myrrhe

Parties utilisées

  • Résine de l’arbre, achetée en herboristerie, relativement bon marché (dans les 3 ou 4 euros les 50 grammes, qui donneront 250 ml de teinture, laquelle quantité durera des années)

Formes utilisées

  • Teinture (1:5 – alcool à 90°)
    • Remuez régulièrement pendant 2 semaines ;
    • La résine et les huiles essentielles seront dissoutes dans l’alcool. Les gommes ne sont pas solubles dans l’alcool et se déposent au fond du bocal. Ce dépôt est normal. Voir photo ci-dessus ;
    • Notez bien : la résine n’est soluble que dans l’alcool pur, un alcool dilué ne pourra pas faire un travail satisfaisant.
  • Résine pulvérisée
    • Placez la résine au réfrigérateur pendant 24 heures, puis sortez-là et passez-là immédiatement au moulin à café ;
    • La poudre peut être rajoutée à du dentifrice à raison de 10% pour une meilleure hygiène buccale ;
    • Notez bien : manipuler la résine implique salir d’une manière permanente certains ustensiles comme le moulin à café. Ces ustensiles doivent être nettoyés à l’alcool pur.
  • Gélules de la résine pulvérisée

Doses

  • Teinture
    • 5 à 20 gouttes, jusqu’à 3 fois par jour (ref : Moore)
    • La teinture se trouble au contact de l’eau, le liquide résultant a une teinte laiteuse (non, ce n’est pas du pastis)
  • Résine pulvérisée
    • Une pincée sur une plaie infectée ou qui a du mal à se résoudre
  • Gélules
    • 1 à 2 gélules de taille “O” jusqu’à 3 fois par jour (ref : Moore)

Références

(1) Dabos KJ, Sfika E, Vlatta LJ, Giannikopoulos G. The effect of mastic gum on Helicobacter pylori: a randomized pilot study. Phytomedicine. 2010 Mar;17(3-4):296-9. doi: 10.1016/j.phymed.2009.09.010. Epub 2009 Oct 29.

Livres et ouvrages cités :

  • Christopher, John, « The School of Natural Healing », 1996
  • Ellingwood, « The American Materia Medica, Therapeutics and Pharmacognosy », 1919
  • Felter,« The Eclectic Materia Medica, Pharmacology and Therapeutics », 1922
  • Moore,« Herbal Materia Medica », 5th Edition, 1995
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43 réponses

  1. Bonjour s’il vous plaît je recherche en urgence familiale de myrrhe de celle qui coule elle même ? ou peut je l’achèter s’il vous plaît ? situation urgente

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