Saveurs des plantes médicinales, deuxième partie. Je vous renvoie à la première partie si vous ne l’avez pas encore regardée. Le but, c’est d’apprendre à identifier certaines saveurs dans la nature et de les associer à certaines actions, certaines propriétés. C’est une manière de deviner, au travers de nos sens, à quoi une plante pourrait servir, même si on ne la connait pas.
Alors, bien évidemment, on ne fait pas n’importe quoi avec les plantes sauvages. Dans le sens où si vous prenez une plante au hasard, les derniers mots que vous allez prononcer, ça sera peut-être « tiens, cette forte amertume nous dit que … » et la phrase ne sera jamais terminée. Donc on ne goûte que les plantes qui n’ont pas de toxicité.
Dans le premier épisode, j’ai commencé par trois saveurs assez simples à identifier : l’amertume, l’astringence des tanins et la douceur des mucilages. On a vu que le « goût » et les capteurs qu’on a dans la bouche n’était pas suffisant pour construire ce tableau complexe qu’on appelle la saveur. Il faut aussi l’odorat, et parfois, il y a aussi d’autres sensations, de chaud, de froid, de texture, qui viennent se rajouter à ce panel pour constituer quelque chose d’assez complexe. Donc tout ça, c’est dans l’épisode 1.
Dans ce 2ᵉ épisode, on va parler de saveurs un peu plus complexes à identifier et de notions un peu plus subtiles, donc on va monter d’un niveau. Mais ne vous inquiétez pas, tout ceci reste très abordable avec un peu de pratique.
Avant de commencer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager des informations avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation d’être diagnostic ou prescription médicale.
Parlons de la saveur aromatique. Cette dimension aromatique est surtout ressentie avec le nez, et on est ici dans le monde des constituants volatiles et des huiles essentielles. Si on se bouche le nez, on n’arrivera pas à capter cette dimension. C’est donc un monde de senteurs, et les plantes dites « aromatiques » sont très nombreuses. On en trouve beaucoup dans la cuisine, car ce sont ces mêmes herbes qui vont parfumer nos aliments. Et donc au jardin aussi, vu qu’on aime bien les cultiver entre les plants de courgette et de tomate.
Pour être très réductionniste, on pourrait dire que déjà, toutes ces plantes aromatiques ont des propriétés digestives. Elles calment les spasmes (la menthe poivrée, le basilic par exemple), réduisent les ballonnements (le fenouil par exemple), réchauffent une digestion déficiente (le thym, le romarin par exemple).
Ce sont en général des plantes antiinfectieuses. Elles détruisent les bactéries, virus et champignons. C’est pour ça qu’on les utilisait dans la préparation des aliments, pour les conserver et éviter les pathogènes. Donc on peut les utiliser dans les conditions d’infection respiratoires ou urinaires ou autre. Et là, on va peut-être rechercher un aspect aromatique un peu plus fort et piquant. Le thym, l’origan, la sarriette.
Elles agissent en interne, elles agissent aussi par contact si on voulait désinfecter une plaie par exemple.
Et enfin, on a souvent une action sur le système nerveux, et intuitivement, on ressentira les plantes qui ont des arômes relaxants. Ça sera le cas pour la mélisse, la camomille romaine, la lavande. On ressent un apaisement lorsqu’on respire ces plantes. Parfois, elles auront un effet tonique sur le système nerveux et viendront nous réveiller un peu, c’est le cas du romarin, de la menthe poivrée, la lavande a cette dualité de relaxer ou stimuler en fonction de la situation.
Donc cette saveur aromatique, elle est primordiale pour naviguer dans le monde des plantes médicinales. Si ça sent fort, il est fort probable que ce soit digestif, antispasmodique, antiinfectieux et calmant ou stimulant du système nerveux. Et il est possible que ce soit toxique aussi bien évidemment, une plante comme le datura sent extrêmement fort et on ne joue pas avec.
OK, on va parler d’un goût un peu spécial qu’il vous faudra un peu d’expérience avant d’arriver à bien identifier. C’est ce qu’on appelle, dans certains courants de médecine traditionnelle, le goût salé. Mais ce n’est pas vraiment salé comme on l’entend chez nous. Chez nous, le salé, c’est le goût tiré du chlorure de sodium, le sel de table, ou de glutamate monosodique qu’on rajoute dans tellement de plats industriels aujourd’hui.
D’autres chlorures de minéraux (autres que le sodium), comme le chlorure de potassium, chlorure de calcium, chlorure de magnésium, peuvent aussi apporter cet effet salé en bouche, accompagnés d’autres goûts dont nous avons déjà parlé comme l’amertume ou l’astringence.
Du coup, on se dit tiens… c’est quoi la partie commune… sodium, calcium, potassium, magnésium… est-ce qu’il n’y aurait pas un truc lié à la richesse en minéraux ? Et effectivement, c’est tout à fait ça. Ce qu’on appelle « goût salé » dans certains courants d’herboristerie, c’est en fait un goût minéral. C’est un goût « vert » que j’aurais un peu du mal à vous décrire, mais qui peut inclure un petit fond salé.
L‘ortie, par exemple, aurait ce qu’on appelle ce goût salé-minéral.
Dans l’énergétique américaine, ce goût est associé à des substances très nutritives, très nourrissantes, car riches en minéraux. Ce sont des plantes qui reconstruisent la vitalité en apportant les briques de construction. Elles nourrissent le système nerveux aussi, un système tellement gourmand en minéraux pour faire la transmission du signal. Elles nourrissent le système ostéoarticulaire. Elles nourrissent le sang, après un effort qui a consommé beaucoup de ressources, on les verrait un peu comme des boissons électrolytes.
On va retrouver ce goût dans les parties aériennes de l’avoine (qu’on appelle la paille d’avoine), dans les parties aériennes du trèfle rouge, les parties aériennes de la luzerne. Ce sont des plantes que l’on peut laisser infuser assez longtemps pour venir tirer le plus gros des minéraux. Les herboristes américains laissent volontiers infuser ces plantes toute une nuit.
Parlons du goût sucré. Dans le dernier épisode, on avait parlé de la douceur des mucilages. On avait dit que ce n’est pas vraiment sucré, mais ça laisse une sorte de sensation de douceur en bouche qui pourrait être confondue avec du très légèrement sucré. Ça, c’était dans l’épisode précédent, la sensation de douceur en bouche apportée par les mucilages.
Ici, on parle d’un goût largement plus sucré. En général, on est ici dans les grandes plantes toniques au sens de la médecine chinoise ou ayurvédique, comme la réglisse, le ginseng, le jiaogulan, la maca. Un peu moins pour la racine d’ashwagandha ou d’astragale de Chine, mais c’est un peu là tout de même, ce petit goût sucré.
Trois choses à noter ici :
Ce goût sucré est associé aux plantes qui reconstruisent la vitalité, on est dans les plantes toniques qui agissent sur les grands états de déficience. Donc appropriées pour les états de convalescence, de grandes fatigues qui durent, d’états d’épuisement.

On parle maintenant du goût, ou du moins de la sensation chaude et épicée, qu’on appelle aussi « piquante ». On a vu que cette saveur-là utilisait des circuits qui étaient bien particuliers, les mêmes circuits que ceux utilisés pour véhiculer la sensation de douleur.
On retrouve cette saveur dans le poivre, dans le gingembre, dans le piment.
Que fait la plante ? Elle crée une irritation locale et passagère. C’est quoi une irritation ? C’est un apport de sang. Et donc de chaleur. Et de nutriment. Et donc de fonction. Les plantes à la saveur épicée sont de grandes circulatoires qui, au travers d’un processus d’irritation, ramènent la fonction vers un endroit du corps devenu « froid » physiologiquement. Une zone de stagnation. C’est parfois une stratégie qu’on utilise pour une condition qui était aiguë dans le passé, qui a basculé dans le chronique et qu’on a envie de réveiller pour ramener à la résolution.
C’est une saveur que l’on recherche lorsqu’on a envie d’appliquer du chaud localement. Par exemple, lorsqu’on se réveille le matin et qu’on est tout raide et qu’on a mal aux articulations, ou qu’on a une spondylarthrite ou autre condition chronique avec une envie de chaud, ces plantes vont nous aider dans cette phase de remise en mouvement, de dérouillage matinal.
Ou lorsqu’on a envie de chaud à l’intérieur. C’est ce petit plus que l’on obtient l’hiver lorsqu’on rentre d’une longue promenade dans le froid, et qu’on rajoute une pincée de piment dans un chocolat chaud. Ou un peu de gingembre dans un bon thé noir. Lorsqu’on est dans un état fébrile, ces plantes auront un effet sudorifique, donc nous aident à transpirer. Je vous renvoie à mon épisode sur les plantes diaphorétiques et sudorifiques que vous aviez particulièrement apprécié.
Parlons maintenant de l’âcreté, qui est un goût identifié dans la pratique de médecine éclectique des années 1800 et début 1900 aux États-Unis. C’est un goût un peu particulier qu’on va ressentir en fond de bouche, au niveau de la gorge. C’est un goût fort et pénétrant, qui crée une irritation des muqueuses, et qui aura un effet sédatif et antispasmodique plus ou moins puissant en fonction de la plante.
C’est un goût associé à des plantes puissantes dans la tradition américaine, comme la Lobelia, l’anémone pulsatille (qui est toxique donc on ne joue pas avec si on ne sait pas exactement ce que l’on fait). La lobelia a aussi une toxicité mais elle est tellement émétique qu’on vomit en général avant d’atteindre le point de toxicité. Cela dit, pour la lobelia aussi, on ne fait pas n’importe quoi si on ne connait pas la plante.
Le kava-kava a cet effet en bouche. Chez nous, on va retrouver ce goût dans la racine de valériane, beaucoup plus dans la racine de centranthe rouge qui est encore plus âcre que la valériane. Un peu dans la cataire. Difficile à décrire cette saveur tant qu’on a pas ressenti cette sensation.
En tout cas, toutes ces plantes sont fortement antispasmodiques. Elles soulagent les spasmes et les contractions. Et certaines sont de puissants calmants et sédatifs du système nerveux. Bon, c’est pas une saveur avec laquelle on débute, on se la garde pour un peu plus tard.

On va terminer avec une dernière saveur associée à une sensation. C’est la saveur résineuse.
On va avoir une combinaison de goûts et de parfums. Aromatiques, un peu amère, avec des notes de pin, de sapin, parfois des notes citronnées, camphrées.
Côté sensation, ça laisse une impression épaisse, définitivement collante, un peu huileuse en bouche ou sous les doigts. Ces plantes vont laisser des traces dans les bouteilles ou dans le verre si on utilise un extrait liquide. Ça colle à la paroi.
Dès qu’on détecte quelque chose de collant et résineux, on sait que la plante sera fortement antiseptique et qu’on peut l’utiliser pour tout ce qui est ulcération, blessure, tissus enflammés. Pour les soins de la bouche, de la gorge, de la muqueuse digestive. Très efficaces dès qu’on a une inflammation associée à de petites poches d’infection rebelle.
On trouve ces résines dans les plantes résineuses, logique. Tous les conifères (pin, sapin, épicéa). Mais aussi le bourgeon de peuplier. Dans la grindelia. La myrrhe, boswellia, les encens, etc.
Allez, on va s’arrêter là. Entre le premier épisode et celui-ci, ça vous fait une belle petite bibliothèque de saveurs à expérimenter. Toujours avec prudence bien évidemment.
Et n’oubliez pas les formations de l’école AltheaProvence si vous voulez aller plus loin dans votre apprentissage de l’herboristerie et des plantes médicinales, avec un enseignement exclusif, basé sur l’expérience et la pratique.
Merci pour votre écoute et à très bientôt pour un nouvel épisode.
Avant de poster, merci de lire les instructions ici
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10 réponses
Bonjour Christophe,
Merci pour tous tes articles hyper intéressants. J’aime beaucoup le nouveau site. Je voulais te signaler qu’il n’y a pas de fiche de plante concernant le jiaogulan. Est-ce volontaire ? J’aime beaucoup cette plante si facile à soigner et à reproduire et je partage les infos la concernant avec des amis, la fiche serait très utile.
Amitiés et merci pour tout ton travail que je suis en permanence.
Catherine
Hello Catherine
Christophe en a fait une fiche dans la formation » Santé du système nerveux » mais je lui pose la question 🙂
re coucou Catherine
En fait si il y a une fiche jiaogulan 🙂 https://www.altheaprovence.com/jiaogulan-gynostemma-pentaphyllum/
Merci Christophe pour ces « posts » clairs et essentiels que je lis avec beaucoup d’assiduité.
Les « simples » ont un langage aromatique puissant qu’il faut savoir décrypter, rien n’est là par hasard dans la nature ou tout est le complément de l’autre. Le visuel interroge surprend par la beauté, le détail des couleurs, le toucher transmet le vivant le sensible, l’existence, l’olfaction est un langage enivrant, le goûter est partage, découverte, expérimentation, un langage bienfaisant du soin… Respect à ce TOUT que nous foulons tous les jours sans y prendre suffisamment d’attention.
Bien à vous, toute l’équipe de Althéa Provence, vous qui nous transmettez et relayez de la positivité
pascal
Approche très intéressante et clairement exposée que je découvre!
C’est très intéressant, le tout c’est de retenir toutes ces informations pour le moment utile. certaines plantes sont pas facile à trouver. Merci pour cet envoi.
merci pour cette approche ‘naturelle, non chimique, celle que je ressents si bien..merci pour votre générosité
merci beaucoup un plaisir de ses infos bonne été Léopold
Je vous remercie pour ces deux articles sur les plantes medicinales !
bonjour. c’est très passionnant vos explications sur les plantes. j’aime beaucoup les infusions. je diversifie beaucoup . c’est du bon travail que vous faites. félicitations. bonne continuation dans votre quête… Danielle.