Schisandra bienfaits, partie 2 : usages modernes et précautions

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Bonjour,

Ceci est la 2ᵉ partie de ma discussion sur la baie de schisandra. Je vous remettrai le lien vers la première partie dans laquelle j’ai couvert toute la partie botanique, jardinage, tradition d’utilisation chinoise et russe. J’en profite pour vous remercier de tous les retours très sympathiques que vous nous avez envoyés. Je vois que vous avez bien apprécié la première partie.

Dans cette seconde partie, on va parler d’utilisations un peu plus modernes, et on va essayer d’intégrer cette plante dans notre pratique. Bien évidemment, ces utilisations nouvelles sont fortement inspirées de la tradition. On n’est pas partis de zéro. On ne repart jamais de zéro. Je cite à nouveau Isaac Newton qui disait : « Si j’ai vu si loin, c’est parce que je me suis tenu sur les épaules de géants. » Les géants, ce sont nos ancêtres. À nous de faire évoluer ce savoir.

Alors… Je n’aborderai plus les questions de fournisseurs ni d’impact environnemental. Mais si vous avez écouté la partie 1, vous savez à quel point cette réflexion est cruciale : nos choix de consommateurs affectent des écosystèmes, souvent à l’autre bout du monde. Avec la mondialisation, ces conséquences sont souvent invisibles – pourtant, elles existent bel et bien.

Je vais aussi vous entraîner dans des parties un peu techniques sur comment la schisandra agit sur les fonctions hépatiques. Si vous ne comprenez pas tout, c’est OK, mais c’est aussi important que je vous familiarise avec ces notions pour que vous puissiez les assimiler au fil du temps.

Je vous rappelle qu’on peut cultiver le schisandra, et opter pour des plantes issues de cultures plutôt que de récoltes sauvages. Et si on le souhaite, on peut aussi privilégier des alternatives locales, en circuit court. Ici, je propose de dissocier savoir et consommation : le premier doit librement circuler, tandis que la seconde doit rester mesurée, réfléchie.

Bien. Avant de démarrer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation à être un diagnostic ou une prescription médicale.

baies de Schisandra


Constituants de la baie de schisandra

On va tout d’abord regarder à la loupe pour voir ce que l’on trouve dans la baie de schisandra. On avait dit qu’elle a les 5 saveurs de médecine chinoise : acide, sucrée, âcre (piquante), amère et salée. Ça laisse donc présager d’une grande richesse en constituants.

Les principaux constituants de la schisandra sont des lignanes. On connaît bien les lignanes dans le monde des plantes. On en trouve dans les graines de lin (qui sont probablement l’une des sources les plus riches), dans les graines de sésame, dans les légumineuses de notre alimentation (en quantité largement plus basse que d’autres sources comme les graines de lin).

Les lignanes sont des polyphénols. Et ils sont transformés par le microbiote intestinal en entérolignanes (principalement entérodiol et entérolactone), des molécules très étudiées pour leurs effets potentiels sur l’équilibre hormonal, la santé cardiovasculaire, certains cancers hormono-dépendants (on y reviendra lorsqu’on parlera des précautions d’emploi), ils sont antioxydants et antiinflammatoires. Donc déjà, il faut avoir une flore intestinale qui fasse un bon travail de transformation, ce qui explique probablement des résultats variables d’une personne à l’autre.

Et là, dans la schisandra, on a une forte teneur en lignanes : la schisandrine A, B et C, le schisandrol A et B, la schisanthérine A, etc. Ces constituants sont considérés comme les principaux actifs responsables de nombreuses propriétés pharmacologiques telles que la protection hépatique, neuroprotectrice, antioxydante, anti-inflammatoire et anticancéreuse

Nous avons d’autres types de constituants : des polysaccharides (qui sont des constituants solubles dans l’eau) possédant des effets immunomodulateurs, antioxydants, hépatoprotecteurs et hypoglycémiants. Des triterpénoïdes qui ont démontré des activités antitumorales, anti-inflammatoires, neuroprotectrices et hépatoprotectrices.

C’est un survol, désolé mais je ne peux pas rendre justice à chacun d’entre eux, sinon il faudrait qu’on fasse la bibliographie complète juste pour les lignanes par exemple. Mais voilà, c’est d’une grande richesse, et là encore, moi qui aime me fier à une partie organoleptique, lorsque je me fais une décoction de fruits secs de schisandra, c’est une explosion de saveur en bouche. Et oui, je sais, certains constituants actifs n’ont pas de goût, alors que certains constituants qui ont beaucoup de goût n’ont pas nécessairement une forte action thérapeutique. Mais tout de même, j’adore cette évaluation des sens, et la schisandra me laisse clairement la sensation qu’elle renferme une certaine force thérapeutique.


Schisandra : propriétés et indications

Bien, je vous propose que l’on parle maintenant des propriétés et indications. Et je vais commencer par une petite parenthèse sur le terme « adaptogène ». Je vous renvoie vers mes 2 vidéos (partie 1 et partie 2) sur les adaptogènes pour couvrir toutes les bases.

Pourquoi est-ce que j’en remets une couche ? Car le terme adaptogène est un peu remis en question aujourd’hui, parce qu’il est difficile à valider par des études. Par exemple, dans la définition proposée par Brekman et Dardymov, elles permettent à notre organisme de produire une réponse non spécifique au stress. C’est-à-dire qu’elles ne se concentrent pas sur un organe ou un processus physiologique en particulier, mais permettent à tout notre système de mieux résister au stress. Elles ont un effet très large : elles agissent sur le système nerveux, sur les glandes surrénales, sur le système immunitaire, sur le système hormonal, sur le système digestif, certaines sur le système cardiaque, le foie, les reins, etc.

Et donc, c’est compliqué de valider ce positionnement dans des études. Car justement, pour une étude, il faut une hypothèse spécifique et mesurable. Donc là, on dit : c’est trop vague, ce n’est pas mesurable et validable scientifiquement, donc faut arrêter d’employer ce terme.

Mais les Russes ont pu l’observer. Malheureusement dans des études sur des animaux de laboratoire. Ils ont soumis ces pauvres animaux à du chaud, du froid, du bruit, des produits chimiques, l’immobilisation, etc. Toutes sortes de stress, et ils ont vu que le corps réagit d’une manière très large. Des ulcérations de l’estomac. Des ulcérations du côlon. Une augmentation du poids des glandes surrénales. Une atrophie du système immunitaire, en particulier du thymus. Tout semble réagir, donc c’est extrêmement dur à mesurer et à contrôler tout ça. Un extrait de baie de schisandra a pu, dans ces situations, réduire la production des hormones de stress, stabiliser le poids des glandes surrénales, stabiliser le poids du thymus, les ulcérations de la muqueuse gastrique, les microsaignements digestifs, etc. (voir Barnaulov and Shanin, 1991, dans la revue de Panossian). Mais du coup, oui, c’est compliqué de structurer des études en double aveugle contre placebo qui viendraient mettre un tampon sur ce terme d’adaptogène.

Mais pour le rôle du praticien, qui consiste à aider les gens à retrouver un état de mieux-être, je trouve la définition très utile. Car elle reflète des observations bien réelles. Malmenés par des stress de nature physique (chaud, froid, effort) ou psychique (une menace perçue en général), nous puisons dans nos ressources et nous sortons de la zone d’adaptation et d’équilibre. Ces plantes nous aident à y revenir, lentement mais sûrement, en reconstruisant nos capacités et notre résilience.

Fatigue de la vie

La schisandra ne fait pas exception à cette règle. La première indication, c’est donc la fatigue de la société moderne. Ce que j’entends par là, c’est une combinaison de fatigue physique, car on a un peu trop tiré sur la ficelle. On a demandé à notre corps d’effectuer des tâches au-delà de notre capacité de récupération. Au fil des semaines et des mois, on a donc accumulé un déficit, on a creusé un trou. A vouloir insister, par obstination ou par manque de choix, car parfois entre le boulot, les enfants, la maman qui souffre d’Alzheimer et le courrier de la banque qui dit qu’on a encore un découvert, on se sent complètement impuissant.

La baie de schisandra peut nous aider à surmonter la fatigue physique et émotionnelle associée à ce genre de situation. Je ne vais pas vous mettre toute la bibliographie qui valide cette indication car Alexander Panossian l’a fait pour nous dans sa revue de 2008, la liste est longue et de nombreuses études sont en langage russe et n’ont jamais été traduites. 2008, ça commence à dater un peu, mais Panossian étant probablement la référence dans les études russes, je vais lui faire confiance.

La schisandra, globalement, augmente l’endurance et les capacités de travail physique, ainsi que l’endurance et les capacités de travail mentales et cognitives. Dit dans des termes largement plus simples, elle ramène l’énergie dans le corps et dans la tête.

Le bâton pour mieux se battre ?

Je vous rappelle aussi ce que je vous ai expliqué dans le premier épisode. Rien n’est gratuit dans cette petite phrase. On ne crée pas de l’énergie de rien. Il y aura un prix à payer si on ne corrige pas l’exposition aux facteurs qui nous ont mis dans cette situation. Là encore, je vais utiliser une expression qui va vous parler : grâce à la plante adaptogène bien dosée, je peux me retrouver un peu plus vite… dans le mur ! Je le sais car j’ai commis cette erreur.

Je l’ai commis sur moi, le grand pressé qui a toujours un peu trop de projets en tête et un peu trop de casseroles sur le feu. Et je l’ai commis en tant que praticien, à mal conseiller ces adaptogènes, à ne pas savoir expliquer que dans certaines périodes de la vie, ce n’est pas une adaptogène qu’il faut. C’est reprendre sa vie en main. Et savoir dire non.

Donc, qu’en déduit-on ? La schisandra peut aider la personne fatiguée et malmenée par la vie, qui doit continuer encore un peu car elle n’a pas le choix, ou qui a finalement compris la leçon mais qui n’arrive pas à se sortir du trou. On appelle ça épuisement ou burnout, peu importe. Ça, c’est une partie commune à de nombreuses plantes adaptogènes. Ce sont des « toniques », dans le sens ancien du terme, qui soutiennent les fonctions. Pas dans le sens caféine ou amphétamines. Les résultats ne seront pas rapides, mais au fil des mois, ils seront en général au rendez-vous si la plante est bien dosée.

Maintenant, on va aller au-delà de cette base commune des adaptogènes qui est déjà extrêmement utile, soit dit en passant. Mais on va aller plus loin et regarder de petits points de différentiation qui rendent la baie schisandra un peu différente des autres adaptogènes.

Une dimension calmante

Par-dessus cet effet tonique dans les grandes périodes d’épuisement, on a un effet calmant dans les périodes de stress. Ce qui parait peut-être paradoxal. Car dans notre esprit, on se dit soit ça stimule, soit ça calme. Eh bien ça peut faire les deux. On revient à la définition d’une plante adaptogène, qui stimule ou calme les fonctions afin de ramener vers un état d’équilibre.

La schisandra peut aider à calmer un système cardiovasculaire qui réagit fortement au stress. Ceci peut inclure des palpitations cardiaques ou une tension artérielle un peu trop élevée. Bien sûr, consultez un médecin si cette situation vous arrive.

La schisandra est utilisée dans les cas d’insomnie et de sommeil agité provoqué par le stress. Elle est utilisée dans les cas d’anxiété et de forte irritabilité. Dans les cas de moral bas et de période dépressive aussi. Le facteur sous-jacent ici étant identifié, c’est-à-dire une période stressante de la vie qui n’en finit pas de durer.

Je pense qu’il serait bon de noter aussi que dans les périodes d’épuisement profond, on peut aussi être dans des états de tension et d’anxiété intense. Donc tension nerveuse et émotionnelle et relâchement global coexistent. Forte tension d’un côté, fort relâchement de l’autre. Là encore, penser à la schisandra.

baies de schisandra séchées


Une petite pause pour vous parler de l’école AltheaProvence, centre de formation certifié Qualiopi.

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Améliore la détoxification hépatique

Une autre propriété remarquable de la schisandra, c’est l’amélioration de la détoxification hépatique. Voici ce que démontrent les études relativement récentes sur animaux (Addissouky, 2024) :

  • La schisandra stimule la production de glutathion, qui est un antioxydant clé pour éliminer les toxines. Ceci va activer les enzymes de phase 2 (comme les glutathion-S-transférases), ce qui explique son effet « détoxifiant » général. Je fais très rapide ici, mais lorsque ça coince aujourd’hui dans les processus de détoxification hépatique, c’est la phase 2 qui n’est pas assez efficace. Je vais compliquer un peu plus les choses dans quelques minutes lorsque je vous parle des précautions, désolé. Mais pour l’instant, retenez ceci : elle améliore la phase 2 et diminue le risque de « bouchons » entre la phase 1 et la phase 2, une problématique assez bien reconnue aujourd’hui.
  • Elle améliore aussi la protection des hépatocytes contre les dommages infligés par le stress oxydatif. Ces radicaux libres peuvent être créés lors de l’élimination de substances toxiques par le foie. Grâce à la schisandra, on constate la diminution du stress oxydatif et des marqueurs inflammatoires du foie, diminution du niveau de fibrose et de nécrose provoquée par les toxines.

Pour les études sur l’humain, on a quelques études qui sont de faible qualité avec de petits effectifs. On note néanmoins que chez des patients atteints d’hépatite B, la schisandra prise pendant 6 à 12 semaines réduit les marqueurs inflammatoires hépatiques et améliore la qualité de vie. On voit des améliorations similaires chez des patients atteints d’hépatite C.

Chez des personnes souffrant de stéatose hépatique non alcoolique, un extrait de schisandra administré pendant 6 mois diminue les taux d’ALT et d’AST, tout en améliorant les indicateurs de qualité de vie. Étude sans groupe contrôle, malheureusement.

Il est bon de faire une pause ici et de réfléchir à cette propriété de la schisandra. On améliore la détoxification hépatique de phase 2 et l’élimination des toxines tout en protégeant le foie contre l’inflammation provoquée par ces substances. C’est très intéressant. Poussons le raisonnement un peu plus loin. Si je vous parle de situations qui sont caractérisées par une fatigue chronique et une suspicion d’exposition à des toxines, est-ce que vous voyez de quoi je parle ?

Ce sont des conditions qui impliquent souvent une errance de diagnostic. On parle parfois d’hypersensibilité chimique multiple. Parfois ça s’entremêle avec un syndrome de fatigue chronique, une fibromyalgie, une maladie de Lyme chronique. Il y a souvent une inflammation chronique et systémique, le corps est en état d’alerte permanent, ce qui épuise les ressources de la personne.

Il semble y avoir, en tout cas, une forte réactivité à des produits chimiques courants dans l’environnement, même à faibles niveaux. Peut-être des peintures, parfums, produits de nettoyage, émissions d’usines, etc.

Vous voyez comment, dans ce contexte, une plante comme la schisandra pourrait aider ? Elle soutient les fonctions d’une manière large durant les périodes de fatigue, diminue la charge inflammatoire, et aide le foie, notre usine de détoxification, à éliminer les substances irritantes avec un minimum de dégâts sur les hépatocytes. L’indication ici serait donc fatigue chronique avec hypersensibilité chimique, ou fatigue chronique avec suspicion de charge toxique détectée, peut-être, par bilan sanguin.

Ou encore, je rajoute période de fatigue et de stress avec hypersensibilité aux allergènes. Donc une situation allergique qui est ressentie comme beaucoup plus intense car période de surmenage. La schisandra viendrait agir au niveau de la fatigue, de la réaction immunitaire et inflammatoire, et de la clearance des complexes inflammatoires. Voilà, j’espère que vous arrivez à situer ce que j’ai en tête, et cette superposition fatigue et surcharge irritante, allergénique ou toxique nécessitant une détox hépatique efficace.

Immunité basse

Voici une autre utilisation assez typique de quasiment toutes les adaptogènes. La schisandra fournit un excellent soutien à un système immunitaire trop bas, avec tendance à attraper des infections à répétition. Les études nous montrent qu’un stress aigu peut temporairement augmenter la force de l’immunité et fournir une protection contre les infections, ce qui semble logique. Mais que le stress chronique vient, au contraire, inhiber les fonctions immunitaires.

Donc là encore, on imagine la personne fatiguée par le stress de la vie, qui puise dans ses réserves, et qui va se trainer des infections à répétition, qu’elles soient respiratoires, urinaires ou autres.

Les Russes ont d’ailleurs formulé un mélange qui s’appelle Timusol constitué de 3 proportions d’échinacée et 1 proportion de schisandra pour stimuler une immunité faible.

Fatigue post infectieuse

Une autre utilisation possible : pour une fatigue post-infectieuse, une situation qui semble de plus en plus courante. C’est-à-dire qu’on a pris cher pendant l’infection, et ensuite, une fatigue chronique s’installe, accompagnée, là encore, d’une situation inflammatoire systémique. La schisandra me semble bien choisie pour cette situation.

La schisandra constitue une bonne addition dans un protocole pour accompagner un syndrome post-COVID, que l’on appelle aussi couramment « covid long« .


Formes et quantités

Pour les formes et les quantités, je vais vous donner les recommandations d’un herbaliste américain que j’aime beaucoup. Il s’appelle David Winston, c’est un praticien expérimenté.

  • La teinture préparée avec un ratio 1:5 avec de l’alcool à 60°, 2 à 4 ml par prise, 3 à 4 prises par jour.
  • La décoction des baies : 1 à 2 cuillères à café des baies sèches dans une tasse d’eau. Faire frémir 5 à 10 minutes, puis laisser infuser encore 20 à 30 minutes. Prendre la moitié de cette tasse 3 fois par jour. En ce qui me concerne, je simplifie avec 2 tasses entières par jour.
  • Les gélules des baies sèches en poudre : de 1 à 2 gélules de 400 à 500 mg, 2 à 3 fois par jour. Ce qui nous fait une fourchette entre 800 mg et 3 g par jour. Je sais, c’est frustrant d’avoir une fourchette aussi large, mais cela dénote le fait que 1. Nous avons tous une sensibilité différente à certaines plantes et 2. L’intensité de la situation est différente aussi. Donc il faut savoir et pouvoir ajuster.

Précautions

Voici des précautions à noter. Je vais vous emmener dans des points assez techniques, mais il est important de le faire.

  • Nous avons de rares cas de réactions allergiques à la plante, certaines de type cutané (prurit ou urticaire).
  • La schisandra peut potentialiser les effets des barbituriques.
  • Attention au point suivant : dans les études sur humains, la schisandra a un impact significatif sur le métabolisme des médicaments par le cytochrome P450. Spécifiquement, on voit une inhibition puissante du CYP3A4 et du transporteur P-GP (Seo 2021; Zhang 2022; Zhao 2017; Fan 2009; Jiang 2010; Xin 2007; Xin 2009). Cela veut dire que si un médicament est métabolisé par cette enzyme hépatique CYP3A4 (ce qui est le cas pour de nombreux médicaments), le métabolisme sera ralenti, et vous aurez plus de médicament que prévu en circulation sanguine, le risque étant celui d’une toxicité par surdosage. Dans certaines études, on voit une augmentation de 51% de la concentration maximale du médicament dans le plasma sanguin, dans une autre on voit une augmentation de 262 à 339%. On l’a vu pour du talinolol (un bêta-bloquant), pour du tacrolimus (un immunosuppresseur), pour du midazolam (un puissant sédatif et hypnotique). C’est énorme comme pourcentage. Certaines études parlent d’une inhibition supérieure à celle observée pour le jus de pamplemousse, qui est considéré comme l’un des inhibiteurs les plus puissants.
    Bilan : si vous prenez des médicaments, il faudra consulter votre pharmacien ou votre médecin ici. Ne pas balayer ce point sous le tapis. Les risques d’interaction sont réels.
  • Certaines données suggèrent que certains lignanes de la schisandra pourraient interagir avec les récepteurs des œstrogènes, mais leur activité œstrogénique reste mal caractérisée et on ne les classe pas clairement parmi les phytoestrogènes classiques. De plus, les phytoestrogènes sont très mal compris aujourd’hui, et ce sont des modulateurs des récepteurs, des freinateurs de certains processus cellulaires. Mais vu qu’on adopte une vue simpliste, on va parfois dire que la schisandra est contre-indiquée si passé de cancer hormonodépendant. Ce qu’on voit en réalité, dans les études, c’est que les extraits ou les constituants isolés de schisandra, au contraire, inhibent la prolifération des cellules cancéreuses mammaires ER+, et ça va se faire via l’induction de l’apoptose et l’arrêt du cycle cellulaire. C’est donc un effet antiprolifératif. Références sur mon site. Certains chercheurs suggèrent même une synergie potentielle avec la chimiothérapie. Et bien évidemment, validez toujours avec votre oncologue.
  • Étant donné que le CYP3A4 participe au métabolisme de certaines hormones sexuelles, son inhibition avec la schisandra pourrait théoriquement ralentir la clairance (c’est-à-dire l’élimination) de ces hormones (en particulier lorsqu’elles sont en excès). Je n’ai trouvé aucune étude pour le confirmer, donc cela reste hypothétique. En pratique, l’impact réel sur les concentrations circulantes d’œstrogènes, de progestérone ou d’androgènes ne dépend pas que du métabolisme hépatique bien sûr, leur régulation dépend surtout de l’axe hypothalamus‑hypophyse‑gonades et de nombreux mécanismes complémentaires.

Allez, c’est terminé pour 2 longs épisodes sur la schisandra, cette baie qui venait du froid. J’espère que vous avez trouvé l’information utile. Quelle richesse dans ce fruit, en tout cas.

Merci d’être là et de nous soutenir. Je vous retrouve très vite dans un prochain épisode.

grappe de baies de schisandra


Schisandra : références

Panossian A, Wikman G. Pharmacology of Schisandra chinensis Bail.: an overview of Russian research and uses in medicine. J Ethnopharmacol. 2008 Jul 23;118(2):183-212. doi: 10.1016/j.jep.2008.04.020. Epub 2008 Apr 24. PMID: 18515024.

Jafernik, K., Motyka, S., Calina, D., Sharifi‐Rad, J., & Szopa, A. (2024). Comprehensive review of dibenzocyclooctadiene lignans from the Schisandra genus: anticancer potential, mechanistic insights and future prospects in oncology. Chinese Medicine, 19. https://doi.org/10.1186/s13020-024-00879-0.

Barnaulov, O.D., Shanin, S.N., 1991. Stress-limiting effect of phytopreparations: endocrine system and detrimental environmental factors. In: Abstracts of the Fourth All-Union Conference, November 1991. Ministry of Health of USSR, Moscow, p. 27.

Addissouky, T., Sayed, I., Ali, M., Alubiady, M., & Wang, Y. (2024). Schisandra chinensis in Liver Disease: Exploring the Mechanisms and Therapeutic Promise of an Ancient Chinese Botanical. Archives of Pharmacology and Therapeutics. https://doi.org/10.33696/pharmacol.6.052.

Seo, Hyung-Ju, Seung-Bae Ji, Sin-Eun Kim, Gyung-Min Lee, So-Young Park, Zhexue Wu, Daeui Jang, and Kwang-Hyeon Liu. “Inhibitory Effects of Schisandra Lignans on Cytochrome P450s and Uridine 5′-Diphospho-Glucuronosyl Transferases in Human Liver Microsomes.” Pharmaceutics 13, no. 3 (March 2021): 375.

Zhang, Feng, Jianxiu Zhai, Na Weng, Jie Gao, Jun Yin, and Wan-sheng Chen. “A Comprehensive Review of the Main Lignan Components of Schisandra chinensis (North Wu Wei Zi) and Schisandra sphenanthera (South Wu Wei Zi) and the Lignan-Induced Drug–Drug Interactions Based on the Inhibition of Cytochrome P450 and P-Glycoprotein Activities.” Frontiers in Pharmacology 13 (March 11, 2022): 857483.

Zhao, Jin, Tao Sun, Jing-Jing Wu, Yun-feng Cao, Zhen Fang, Hong-Zhi Sun, Zhi-tu Zhu, Kun Yang, Yong-Zhe Liu, Frank J. Gonzalez, and Jun Yin. “Inhibition of Human CYP3A4 and CYP3A5 Enzymes by Gomisin C and Gomisin G, Two Lignan Analogs Derived from Schisandra chinensis.” Fitoterapia 119 (June 2017): 44–51.

Fan L., Mao X.Q., Tao G.Y., et al. Effect of Schisandra chinensis extract and Ginkgo biloba extract on the pharmacokinetics of talinolol in healthy volunteers. Xenobiotica. 2009;39(3):249–254.

Jiang W., Xu J., Li H.D., et al. Effects of Schisandra sphenanthera extract on the pharmacokinetics of tacrolimus in healthy volunteers. Drug Metabolism and Disposition. 2010.

Xin H.W., Wu X.C., Li Q., Yu A.R., Zhong M.Y., Liu Y.Y. Effect of Schisandra sphenanthera extract (Wuzhi tablet) on the pharmacokinetics of tacrolimus in healthy volunteers. European Journal of Clinical Pharmacology. 2007;63:721–725.

Xin H.W., Wu X.C., Li Q., et al. Effects of Schisandra sphenanthera extract on tacrolimus pharmacokinetics in renal transplant recipients. European Journal of Clinical Pharmacology. 2009;65:841–846.

Au sujet des phytoestrogènes et du cancer hormonodépendant :

Kim, M., Lee, H., Hong, S., & Yang, W. (2017). Schizandra chinensis exhibits phytoestrogenic effects by regulating the activation of estrogen receptor-α and -β. Chinese Journal of Integrative Medicine, 1-5. https://doi.org/10.1007/s11655-017-2966-y.

Kim, S., Min, H., Lee, E., Kim, Y., Bae, K., Kang, S., & Lee, S. (2010). Growth inhibition and cell cycle arrest in the G0/G1 by schizandrin, a dibenzocyclooctadiene lignan isolated from Schisandra chinensis, on T47D human breast cancer cells. Phytotherapy Research, 24. https://doi.org/10.1002/ptr.2907.

Kwon, O., Woo, H., Koo, Y., Kim, J., Yang, J., & Kim, S. (2025). Inhibitory Effects of Schisandra chinensis Seed Extracts on Breast Cancer. Biomedical Science Letters. https://doi.org/10.15616/bsl.2025.31.1.19.

Lee, D., Kim, Y., Chin, Y., & Kang, K. (2021). Schisandrol A Exhibits Estrogenic Activity via Estrogen Receptor α-Dependent Signaling Pathway in Estrogen Receptor-Positive Breast Cancer Cells. Pharmaceutics, 13. https://doi.org/10.3390/pharmaceutics13071082.

Jafernik, K., Motyka, S., Calina, D., Sharifi‐Rad, J., & Szopa, A. (2024). Comprehensive review of dibenzocyclooctadiene lignans from the Schisandra genus: anticancer potential, mechanistic insights and future prospects in oncology. Chinese Medicine, 19. https://doi.org/10.1186/s13020-024-00879-0.

Xu, X., Rajamanicham, V., Xu, S., Liu, Z., Yan, T., Liang, G., Guo, G., Zhou, H., & Wang, Y. (2019). Schisandrin A inhibits triple negative breast cancer cells by regulating Wnt/ER stress signaling pathway.. Biomedicine & pharmacotherapy = Biomedecine & pharmacotherapie, 115, 108922 . https://doi.org/10.1016/j.biopha.2019.108922.

Yang, H., Zhan, X., Zhao, J., Shi, W., Liu, T., Wei, Z., Li, H., Hou, X., Mu, W., Chen, Y., Zheng, C., Wang, Z., Wei, S., Xiao, X., & Bai, Z. (2024). Schisandrin C enhances type I IFN response activation to reduce tumor growth and sensitize chemotherapy through antitumor immunity. Frontiers in Pharmacology, 15. https://doi.org/10.3389/fphar.2024.1369563.

Fang, Y., Pan, J., Wang, P., Wang, R., & Liang, S. (2025). A comprehensive review of Schisandrin B’s preclinical antitumor activity and mechanistic insights from network pharmacology. Frontiers in Pharmacology, 16. https://doi.org/10.3389/fphar.2025.1528533.

13 réponses

  1. Merci pour ces deux vidéos sur Shcisandre. Par hasard en même temps je lisais un ouvrage de médecine traditionnelle orientale du Japon (Kampo, en japonais, mais d’origine chinoise). À la base formé chez l’ARH, mais je suis toujours un apprenti. Je me pose des questions depuis quelque temps sur ces plantes adaptogènes cultivées en France ou ailleurs et leurs teneurs en principes actifs. Bref, je suis content que vous ayez abordé cette plante.

  2. Bonjour Sabine, bonjour Christophe
    Je découvre la Schisandra au travers de cet article et du précédent, et son champ d’application comme adaptogène me parle beaucoup au vu de mes symptômes. L’ashwagandha aussi, que j’ai commencé il y a environ 1 semaine et j’ai l’impression que mon sommeil s’améliore tout doucement. Ma question : est-il intéressant de prendre 2 plantes adaptogènes en parallèle, ou vaut-il mieux en prendre une seule pendant quelques temps (combien environ ?) avant d’en introduire une autre ? ou une seule pendant une longue période, le temps qu’elle s’exprime pleinement et en profondeur, et tester l’autre + tard éventuellement ?
    Merci d’avance de votre réponse

    1. bonjour Sandrine
      c’est du cas par cas, techniquement oui on peut en prendre 2 en même temps, et là c’est vous et votre ressenti qui sera le guide , vous pouvez tester une par une noter dans un journal de bord ce qui se passe (c’est bien de noter ça permet d’ancrer les sensations dans du factuel ) puis ensuite tester avec les deux et continuer de noter (ça prend du temps mais au moins vous entrez plus en profondeur )

      1. Merci Sabine 🙂 Les adaptogènes ont besoin de temps pour s’exprimer, j’aime ça, elles nous ramènent au temps long, un appel à ralentir et sentir, en finesse et en profondeur

  3. Bonjour et merci pour toutes ces informations et découverte sur la schisandra2. Christophe, tu nous permets de bien comprendre les bénéfices et les puissances de cette plante qui regorge de capacités surprenantes. C’est un noble enseignement à elle toute seule.
    Gratitudes pour ton nouvel éclairage sur les adaptogènes, néanmoins je garde cette façon de les nommer, rappelant la notion d’adaptation et donc de mode d’emploi en termes de fréquences et de dosage et bien sûr des subtilités qui différencient les adaptogènes…
    Prendre soin de sa santé, c’est comme tu le dis si bien : reprendre sa vie en main. Et savoir dire non ! Mais nous sommes encadrés dans un système (un symptôme = un médoc) ! Prenons-en bien conscience et là le « NON » prend toute son importance si on veut réellement entrer en symbiose avec toutes ces plantes santé ! En médecine Chinoise on ne soigne pas un organe ou un symptôme mais l’ensemble des corps qui nous meuvent ! Je retrouve là, la logique des adaptogènes qui apaisent notre mal être sans brutalité en respectant les équilibres, elles interagissent sur les liaisons harmonisant les fonctions complémentaires de la chaine des organes (Shen et Jing)…
    Au chapitre « améliore la fonction hépatique » tu abordes des points très importants qui à mon sens soulignent la puissance de la schisandra et la prise de conscience de ne pas faire n’importe quoi. La schisandra stimule la production de glutathion et notamment la protéine glutathion-S-transférases ce qui permet de réduire le stress oxydatif dans les cellules et par conséquent l’élimination des médocs partiellement métabolisés, ainsi que certains toxiques naturels dans l’organisme… C’est important de bien considérer les interactions possibles avec nos stress et nos fragilités notamment hépatiques (centre de la contrariétés) ! d’où les erreurs possibles avec ces adaptogènes mal utilisées.

    J’ai une petite question au « chapitre Précautions » :
    – Selon ma compréhension ; Inhiber est opposé à stimuler, l’inhibition interdit, bloque des effets (élimine)… Alors comment la schisandra peut potentialiser des barbituriques si elle participe à l’activation de leur inhibition ?
    – Faut-il comprendre que lorsqu’un médicament est métabolisé par la puissance de l’enzyme hépatique CYP3A4 (supérieur au jus de pamplemousse) ; le métabolisme alors ralenti se traduit par plus de concentration de médicament restant en circulation sanguine, émanant ainsi une toxicité par surdosage stagnant ?
    – Dit autrement, cette forme d’inhibition ne supprime pas mais en ralentit l’absorption ?
    – Ou, pourrait-on déduire que la schisandra aurait un rôle métabolique amplificateur sur le puissant effet inhibiteur de l’enzyme hépatique CYP3A4, en accélérant la vitesse d’élimination du médoc, ce qui aurait un impact sur la clairance (réduction de la demi-vie du médoc dans l’organisme) ? et là je comprends l’inhibition par la schisandra… ?
    Namaskar

    1. Bonjour Pascal,

      Merci pour ton message et ton regard toujours éclairant, curieux, explorateur. Je réponds directement à tes questions.

      – Selon ma compréhension ; Inhiber est opposé à stimuler, l’inhibition interdit, bloque des effets (élimine)… Alors comment la schisandra peut potentialiser des barbituriques si elle participe à l’activation de leur inhibition ?

      L’inhibition concerne l’enzyme (codée CYP3A4) qui métabolise la molécule au niveau du foie et de l’intestin grêle (principalement). Cette fameuse CYP3A4 est l’une des plus mentionnée car une voie majeure de métabolisme pour de nombreux médicaments (il y en a d’autres avec d’autres noms comme CYP2D6, CYP2C9, etc). Si tu inhibes la capacité du foie à éliminer la molécule, tu gardes plus de cette substance en circulation sanguine. Donc tu la potentialises.

      – Faut-il comprendre que lorsqu’un médicament est métabolisé par la puissance de l’enzyme hépatique CYP3A4 (supérieur au jus de pamplemousse) ; le métabolisme alors ralenti se traduit par plus de concentration de médicament restant en circulation sanguine, émanant ainsi une toxicité par surdosage stagnant ?

      Lorsque je parle de puissance ici, je parle de puissance d’inhibition de l’enzyme (avec des substance comme le jus de pamplemousse) ou de puissance d’induction (à l’inverse) avec des plantes comme le millepertuis pour le CYP3A4 (induction veut dire qu’on accélère le métabolisme au travers de cette enzyme). Pour le reste, tu as bien compris, c’est un risque de toxicité par surdosage. La discussion devient particulièrement délicate pour tout médicament à marge thérapeutique étroite.

      – Dit autrement, cette forme d’inhibition ne supprime pas mais en ralentit l’absorption ?

      Absolument, et elle est transitoire, elle dure quelques heures, parfois jusqu’à 72 heures comme pour le jus de pamplemousse (mais c’est plutôt une exception de compter en nombre de jours, à ma connaissance – on parlerait plutôt d’heures).

      – Ou, pourrait-on déduire que la schisandra aurait un rôle métabolique amplificateur sur le puissant effet inhibiteur de l’enzyme hépatique CYP3A4, en accélérant la vitesse d’élimination du médoc, ce qui aurait un impact sur la clairance (réduction de la demi-vie du médoc dans l’organisme) ? et là je comprends l’inhibition par la schisandra… ?

      C’est l’inverse. On ralentit la clairance, donc on « potentialise » l’action de la molécule, ce qui pourrait aller jusqu’au surdosage pour certaines classes de médicaments à marge thérapeutique étroite. Et pourtant, d’un autre côté, la schisandra permet une meilleure détox de phase II, avec cette histoire de glutathion. Donc d’un côté elle ralentit le CYP3A4 qui participe à la phase I (ce n’est pas la seule enzyme, il y en a d’autres que la schisandra ne touche probablement pas, mais c’est tout de même la majeure), et elle « accélère » la (ou du moins permet une meilleure) phase II. Le résultat, si on essaie de comprendre la pharmacodynamique exacte, est complexe pour notre petit cerveau.

      1. Merci Christophe pour cet éclairage. La langue Française de par sa précision est parfois compliquée pour la gymnastique de notre petit cerveau dès que l’on entre dans des sujets qui poussent à la réflexion et à la cohésion des termes employés…
        Les précisions que tu nous as transmises sur la schisandra nous éveillent à plus de réflexions sur l’utilisation des plantes médicinales. Tu soulignes l’importance des interactions sur notre organisme en liaison avec l’éventuelle chimie externe usitée. Pour moi ça sous entendant un éveil sur les effets complexes de la chimie consécutive à notre alimentation lors du transit digestif. Comprendre ce que l’on mange avant d’être ce que l’on mange prends ici encore plus de sens… Merci à toi de nous sensibiliser sur la compréhension de nos maux en nous responsabilisant sur la prise en charge de notre santé.
        Merci Sabine pour tes relais sans failles…
        pascal

    2. Bonjour Pascal
      voici la réponse de Christophe
      Bonjour Pascal,

      Merci pour ton message et ton regard toujours éclairant, curieux, explorateur. Je réponds directement à tes questions.

      1– Selon ma compréhension ; Inhiber est opposé à stimuler, l’inhibition interdit, bloque des effets (élimine)… Alors comment la schisandra peut potentialiser des barbituriques si elle participe à l’activation de leur inhibition ?

      L’inhibition concerne l’enzyme (codée CYP3A4) qui métabolise la molécule au niveau du foie et de l’intestin grêle. Cette fameuse CYP3A4 est l’une des plus mentionnée car une voie majeure de métabolisme pour de nombreux médicaments (il y en a d’autres avec d’autres noms comme CYP2D6, CYP2C9, etc). Si tu inhibes la capacité du foie à éliminer la molécule, tu gardes plus de cette substance en circulation sanguine. Donc tu la potentialises.

      2– Faut-il comprendre que lorsqu’un médicament est métabolisé par la puissance de l’enzyme hépatique CYP3A4 (supérieur au jus de pamplemousse) ; le métabolisme alors ralenti se traduit par plus de concentration de médicament restant en circulation sanguine, émanant ainsi une toxicité par surdosage stagnant ?

      Lorsque je parle de puissance ici, je parle de puissance d’inhibition de l’enzyme (avec des substance comme le jus de pamplemousse) ou de puissance d’induction (à l’inverse) avec des plantes comme le millepertuis pour le CYP3A4 (induction veut dire qu’on accélère le métabolisme au travers de cette enzyme). Pour le reste, tu as bien compris, c’est un risque de toxicité par surdosage. La discussion devient particulièrement délicate pour tout médicament à marge thérapeutique étroite.

      3– Dit autrement, cette forme d’inhibition ne supprime pas mais en ralentit l’absorption ?

      Absolument, et elle est transitoire, elle dure quelques heures, parfois jusqu’à 72 heures comme pour le jus de pamplemousse (mais c’est plutôt une exception de compter en nombre de jours, à ma connaissance – on parlerait plutôt d’heures).

      4– Ou, pourrait-on déduire que la schisandra aurait un rôle métabolique amplificateur sur le puissant effet inhibiteur de l’enzyme hépatique CYP3A4, en accélérant la vitesse d’élimination du médoc, ce qui aurait un impact sur la clairance (réduction de la demi-vie du médoc dans l’organisme) ? et là je comprends l’inhibition par la schisandra… ?

      C’est l’inverse. On ralentit la clairance, donc on « potentialise » l’action de la molécule, ce qui pourrait aller jusqu’au surdosage pour certaines classes de médicaments à marge thérapeutique étroite. Et pourtant, d’un autre côté, la schisandra permet une meilleure détox de phase II, avec cette histoire de glutathion. Donc d’un côté elle ralentit le CYP3A4 qui participe à la phase I (ce n’est pas la seule enzyme, il y en a d’autres que la schisandra ne touche probablement pas, mais c’est tout de même la majeure), et elle « accélère » la (ou du moins permet une meilleure) phase II. Le résultat, si on essaie de comprendre la pharmacodynamique exacte, est complexe pour notre petit cerveau.

  4. Je réponds à M. Filion,

    On peut se procurer la Schisandra au Québec, auprès de la pépinière Casse-Noisette :

    https://cassenoisettepepiniere.com/products/schisandra-chinensis-baies-aux-cinq-saveurs?srsltid=AfmBOoqZMffMRv16mbi6ftQAT5wVojhYpLJmR-uFTtm8hr_0lw_FHEk8

    Pépinière Casse-Noisette
    info@cassenoisettepepiniere.com
    (819) 227-1052
    320, rang de la Rivière Sud-Ouest, Maskinongé, Québec
    J0K 1N0

    Cette plante devrait convenir parfaitement à notre climat.

    N. Roy

  5. Bonjour, merci pour cette belle découverte. J’ai un Covid long depuis 5 ans, je suis sous anti depresseur, c’est le seul médicament que je prends, pensez vous que la Schisandra pourrait interagir ? Aucun médecin que je consulte n’est capable de me le dire…. Je prends une gélule de 500 mg par jour depuis 2 ou 3 semaines , suite à cet article j’aimerais bien augmenter un peu la dose…..
    Merci pour toute cette connaissance partagée ❤️

    1. Bonjour Angélique
      Difficile de répondre pour votre cas personnel (il faut comprendre le terrain etc…)
      Disons qu’il n’y a pas vraiment d’études chez l’humain sur l’association entre la schisandra et les antidépresseurs.
      Par contre, on sait que la schisandra peut modifier certaines enzymes du foie qui servent à éliminer beaucoup de médicaments, dont plusieurs antidépresseurs.
      Donc en théorie, elle peut soit augmenter les effets du traitement (avec plus d’effets secondaires), soit les diminuer (avec une perte d’efficacité).
      Comme on ne sait pas bien prévoir dans quel sens ça va aller, on recommande en général d’être prudent, surtout si le traitement est récent, instable ou s’il y a plusieurs médicaments. https://www.frontiersin.org/journals/pharmacology/articles/10.3389/fphar.2022.816036/full
      Le mieux reste d’en parler avec un professionnel de santé avant d’associer les deux.

  6. pas sûr de retrouver cette plante chez nous au Québec et je sais pas si elle serait viable chez moi

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