Schisandra partie 1 : botanique, médecine chinoise et recherches russes

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Bonjour,

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’une plante qui possède une longue histoire dans la tradition médicinale de différents pays. La plante s’appelle le schisandra. Plante prometteuse certes, sans pour autant être une plante miracle. Nous verrons comment la positionner et l’utiliser exactement.

J’ai tellement de choses à vous raconter que j’ai décidé de diviser la discussion en 2 parties. Dans cette première partie, on va parler de botanique et de jardinage. On va aller faire un tour du côté de la Chine et de l’ex-Union soviétique. Et dans la deuxième partie, nous parlerons des études et de l’utilisation moderne de la plante.

Avant de plonger dans le cœur de la discussion, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation à être un diagnostic ou une prescription médicale.

Baies et feuilles de schisandra


Un peu de botanique

On débute notre discussion avec un peu de botanique. On parle ici des espèces du genre Schisandra qui appartiennent à la famille des Schisandraceae (on les avait précédemment classées parmi les Magnoliaceae et puis finalement, on a décidé que c’était une famille à part). C’est une famille relativement petite comparée à d’autres, mais qui contient une autre médicinale que nous connaissons bien, l’anis étoilé (Illicium verum).

Les schisandras sont des plantes dioïques (c’est-à-dire que certaines sont femelles, d’autres mâles, sur des plantes séparées). On les trouve principalement dans les forêts d’Asie de l’Est, en altitude et dans un climat plutôt froid. Ce sont des lianes qui s’enroulent autour de supports qu’elles vont trouver dans la végétation environnante, principalement des arbres. Elles sont ligneuses, c’est-à-dire que la tige a l’apparence du bois.

On va trouver de nombreuses espèces de schisandra qui sont médicinales, et c’est là que ça devient un peu compliqué. On utilise les fruits de la plante, c’est la partie médicinale officielle. Le nom du remède en médecine chinoise, c’est Wu Wei Zi.

La pharmacopée chinoise reconnait 2 espèces officielles au niveau du pays entier :

  • Schisandra chinensis (qu’on appelle Bei Wu Wei Zi – qui signifie la schisandra du nord) : c’est celle qui est supposée être le standard de haute qualité d’un point de vue efficacité et principes actifs.
  • Schisandra sphenanthera (qu’on appelle Nan Wu Wei Zi – la schisandra du sud) : reconnue comme une espèce médicinale à part entière.

Ensuite, au niveau des pharmacopées locales, comme celles du Chongqing et du Sichuan, on va trouver :

  • Schisandra henryi, S. pubescens, S. rubriflora (que l’on englobe sous le nom de Xi Wu Wei Zi – la schisandra de l’ouest).

Plusieurs études montrent que Schisandra chinensis est souvent mélangé ou remplacé par Schisandra sphenanthera dans les herboristeries et les produits traditionnels chinois. Sphenanthera est moins cher et ressemble visuellement à chinensis, ce qui facilite la substitution ou la confusion lors de l’achat, du stockage ou de la transformation. Cela dit, quand on regarde les analyses, on voit que les deux sont très riches en constituants actifs. Elles partagent de nombreux composés, surtout des lignanes. Mais elles ont aussi des profils différents : sphenanthera a une composition en lignanes plus diverse et parfois plus élevée, alors que chinensis est caractérisée par moins de lignanes mais avec une concentration plus élevée en schisandrol A, qui est l’une des lignages officielles (Guo, 2011)(Lu, 2018).

Ensuite, pour compliquer le tout, en ethnobotanique, on voit l’utilisation de 21 espèces soit en comestible soit en médicinale. Je vous mets d’ailleurs le lien vers un excellent article (en anglais) de Josef Brinckmann, un ethnobotaniste, qui, justement, parle de l’écologie de la plante et de l’impact de la cueillette (voir les références en fin d’article).

Eh oui, car plusieurs espèces de schisandra partagent leur habitat avec des espèces animales menacées et protégées, comme le tigre de Sibérie, le singe doré, l’ours noir d’Asie, le panda géant. C’est pour ça que, depuis le début des années 2000, plusieurs projets pour la récolte et le commerce durables ont été mis en place. Ceci pour prendre en considération les plantes et les animaux présents dans les zones de ramasse.

Nous, on va parler principalement de Schisandra chinensis. D’un point de vue préservation de l’espèce, il y a de très fortes tensions sur la ressource sauvage. En Russie, on sait que la situation est préoccupante. Dans certaines régions de Chine aussi. L’espèce est menacée à cause de la destruction de son habitat naturel et d’une récolte trop intensive par l’homme.

Pour les projets qui se concentrent sur la ramasse durable, nous avons la fondation Fairwild qui a fait un gros travail. Nous avons un projet pilote pour la biodiversité qui a duré 5 ans (de 2007 à 2011), entre l’Union Européenne et la Chine, visant une culture de schisandra durable, de qualité bio et respectueuse des pandas. Ce projet a prouvé la viabilité d’un modèle éthique en structurant une coopérative de 22 villages pour la récolte de schisandra. Les ventes sont passées de 0,5 tonne en 2009 à 30 tonnes en 2017 pour la coopérative.

Donc oui, on voit que certains producteurs, certaines coopératives de cueilleurs chinois ont adopté des méthodes respectueuses. Mais rien comparé aux millions de kilogrammes de baies de schisandra récoltées chaque année pour la vente en Chine, au Japon, en Corée du Nord, en Corée du Sud et en Russie. La part produite selon les normes de durabilité est toujours négligeable, hélas.

Du coup, vous avez probablement des questions au sujet d’où acheter une schisandra écoresponsable. Je ne vais pas rentrer dans ce sujet car ça m’obligerait à parler de vendeurs, de marques, et ceci nous met dans des situations compliquées, mais il faut poser des questions et faire des recherches pour un achat écoresponsable.


Culture de la schisandra

Ce qui nous amène à la culture de la schisandra. La culture en France semble tout à fait possible vu la rusticité de la liane. On trouve dans des pépinières des lianes autofertiles (c’est-à-dire monoïques), donc pas besoin d’un plant mâle et femelle pour obtenir la fructification. Vous les trouverez sous le nom du cultivar « Schisandra chinensis sadova ». Parfois « sadova 1 » ou « sadovy 1 ».

Le cultivar a été sélectionné à partir de 1959 au Jardin Botanique de l’Académie Nationale des Sciences d’Ukraine (à Kyev). Il est issu de travaux de domestication menés par des chercheurs qui ont travaillé sur l’acclimatation des plantes d’Extrême-Orient. Dans la section références, sur mon site, je vous mettrai le lien vers un document avec les détails sur ce cultivar, publié dans les Annales de l’Université des Sciences de Varsovie.

La question, bien évidemment : quel est l’impact sur la teneur en constituants actifs comparé à l’espèce sauvage ? Je vous mettrai des références dans l’article, il semble que ce cultivar donne une bonne teneur en constituants, et même parfois supérieure à l’espèce sauvage (Szopa, 2018)(Szopa, 2019).

Ce cultivar semble mondialement reconnu pour sa fructification abondante. Et c’est le standard utilisé dans les projets de culture durable pour sa résistance au froid (jusqu’à -30°C) et sa richesse en principes actifs.

Retour au jardin. La plante est très résistante au froid. Le climat idéal sera frais, peut-être un climat montagneux. Il faudra un sol riche en humus, légèrement acide avec un pH entre 5 et 6.

Elle apprécie une position ombragée. Pas de soleil brûlant, pas de sécheresse. La schisandra a un système racinaire superficiel qui ne supporte pas le manque d’eau. Dans son milieu naturel, on la trouve habituellement en lisière de forêts mixtes, sous une lumière tamisée, parfois sur les berges d’un cours d’eau.

Du coup, le climat méditerranéen, on laisse tomber. J’ai un cultivar sadova au jardin chez moi dans le Vaucluse depuis peut-être 3 ou 4 ans et il vivote même à l’ombre. Probablement à mettre dans un « jardin-forêt », avec une canopée qui la protège et qui lui permet de s’accrocher et de grimper. Sinon : treillis, pergola, etc. Faut qu’elle puisse s’accrocher.

Les experts nous disent qu’il faut laisser la plante se développer librement pendant les premiers 2 à 3 ans après plantation. Ensuite, on sélectionne entre 1 et 3 tiges parmi les plus vigoureuses et on les attache à un support pour qu’elles croissent verticalement. Les tiges qui rampent au sol ne produiront ni fleurs ni fruits.

La plante va perdre ses feuilles pendant l’hiver. Chaque année, au début du printemps (avant la reprise de la phase végétative), on taille les plantes pour supprimer toutes les tiges faibles. Et on va aussi tailler les rameaux de l’année précédente juste au-dessus du 12ᵉ au 15ᵉ bourgeon. Et on va arroser régulièrement et abondamment. Au pied de la plante, on met du fumier composté et une belle couche de paillage.

D’un point de vue maladies, vu que la plante demande de l’humidité, les maladies cryptogamiques semblent être le problème principal en culture, souvent lié à un manque de circulation d’air ou à un excès d’eau stagnante. L’oïdium par exemple. On peut avoir des pucerons qui s’attaquent aux jeunes pousses du printemps et provoquent l’enroulement des feuilles. Attention aux escargots et limaces lorsque les plants sont encore jeunes. Attention aux coups de chaud et de sécheresse, c’est probablement la menace principale.

Apparemment, si on s’occupe bien de la plante et qu’elle se plait dans la région, elle commence à produire des fruits 4 à 6 ans après la plantation, et un plant peut produire entre 1 et 5 kg de fruits. La récolte se fait de septembre à novembre, le fruit est séché au four à des températures qui peuvent monter à 60 à 70°C. La baie sèche sera de couleur foncée, rouge brunâtre à rouge noirâtre et ratatinée un peu comme un raisin sec.

La plante est cultivée à grande échelle, en particulier en Chine, Corée du Sud et Russie. Donc acheter une schisandra de source cultivée est tout à fait possible.

branche de schisandra avec grappes de baies


Utilisations traditionnelles

Bien, à ce stade je vous propose que l’on parle de l’histoire de la schisandra dans les différents courants de médecine du monde et de ses utilisations traditionnelles.

Schisandra et médecine chinoise

Et nous allons démarrer avec la médecine traditionnelle chinoise, qui nous a fait connaître la plante en Occident. On l’appelle la baie aux cinq saveurs, car elle est à la fois acide, sucrée, âcre (piquante), amère et salée. Si vous goûtez la baie séchée, vous constaterez que l’acidité domine immédiatement, tandis que les autres saveurs apparaissent plus progressivement lors de la mastication. La graine est surtout amère et piquante, alors que la pulpe et la peau apportent des notes plus sucrées et légèrement salées, en plus de l’acidité. Et en médecine chinoise, ces goûts et ces saveurs nous donnent des indications sur les propriétés et indications du remède.

Pour vous parler des propriétés, je vais me lancer dans un peu de Médecine Traditionnelle Chinoise. Si vous pratiquez la MTC, soyez indulgent avec moi, ce n’est pas ma spécialité, je n’ai qu’une vague compréhension de cette magnifique pratique. De plus, une plante utilisée seule en MTC, c’est une exception. Elle est presque toujours intégrée à une formulation complexe, qu’elle soit issue des textes classiques ou composée sur mesure, afin de créer une synergie et d’équilibrer les effets du mélange. Donc je vais probablement écorcher pas mal de choses, mais j’aimerais que ça nous donne une base qui nous amène vers les indications modernes.

Comme on l’a vu, elle a les 5 saveurs, ce qui est une caractéristique assez rare, lui permettant de pénétrer dans les 5 méridiens d’organes principaux. Ce qui va, par extension, influencer tout le système. C’est l’une des rares plantes à avoir un spectre aussi large.

Premier point, on dit que la schisandra « tonifie les Reins et retient le Jing ». En MTC, les Reins ne correspondent pas seulement aux reins anatomiques. On utilise d’ailleurs une majuscule pour chaque organe, pour montrer qu’ils représentent un système entier. Pour les Reins, on parle du système central lié à l’énergie vitale, la croissance, la vitalité, la sexualité, la longévité.

Lorsqu’on parle de « tonifier les Reins », on parle d’une action profonde qui vient renforcer les réserves énergétiques, la capacité de régulation, de reproduction et de maintien de l’organisme. On est un peu au cœur des processus vitaux ici.

La partie « retient le Jing » est intéressante. Le Jing, c’est l’essence vitale de la personne. Et s’il y a une faiblesse générale, on peut, en quelque sorte, avoir des pertes excessives de cette essence. Une manifestation de ces pertes, la partie observable si vous voulez, ce sont des pertes vaginales, pertes séminales, mictions trop fréquentes, transpiration excessive, transpirations nocturnes, diarrhées chroniques. Une soif aussi, vu qu’il y a toutes ces pertes de fluides.

Ici, on voudrait empêcher le capital vital de s’échapper. Le terme « astringer le Jing » est parfois utilisé. Vous vous rappelez du terme « astringent » dans le monde des plantes avec les tanins, on empêche les pertes de liquide en tannant les muqueuses et en tonifiant les tissus. Ici, on dit que la schisandra vient astringer le Jing et empêcher les fuites excessives par pertes de liquides corporels.

L’image ici, c’est la personne faible globalement, mais localement aussi avec faiblesse des tissus, des muqueuses, des sphincters qui ne retiennent plus. Finalement, la schisandra « rassemble ce qui se disperse ». Elle redonne de la structure à un corps qui perd son essence à cause de la fatigue profonde.

Une autre indication : la schisandra apaise l’Esprit (qu’on appelle le Shen). Le Shen, c’est la conscience, l’esprit créateur, l’ensemble des fonctions psychiques et spirituelles qui nous permettent d’interagir et de nous adapter à l’environnement. Le Shen siège dans le Cœur.

Quand le Shen est agité, on peut ressentir de l’anxiété, de la nervosité, mal dormir, avoir des palpitations cardiaques. La schisandra vient calmer cette hyperactivité mentale et émotionnelle. Elle vient aussi calmer et contenir le Qi du Cœur pour ne pas qu’il ne parte dans toutes les directions. Cœur, Esprit, émotions sont étroitement liés dans ce modèle.

On va rajouter une indication. Au vide des Reins, on va rajouter un vide des Poumons. Il y a une toux chronique, un essoufflement, parfois un sifflement un peu comme quand on a de l’asthme. Cette toux n’est pas grasse, pas de chaleur ou d’infection, c’est une toux de vide, sèche, chronique, avec fatigue respiratoire. Souffle court. On dit que la schisandra vient astringer la perte d’énergie du poumon et de ce fait, stoppe cette toux d’épuisement.

En MTC, on dit que le Poumon gouverne le Qi, mais le Rein l’enracine (ou le saisit). Dans la toux chronique que je vous décris ici, en fait, le Rein est trop faible pour « saisir » l’énergie du Poumon et la tirer vers le bas pour l’enraciner. C’est pour ça que la Schisandra est géniale ici : elle tonifie le Poumon (en haut) et le Rein (en bas) pour rétablir cette connexion.

D’ailleurs, petite mise en garde, justement parce qu’elle « enferme » (astringe), elle est traditionnellement déconseillée en phase aiguë d’une infection (quand on veut évacuer un virus ou une forte fièvre), pour ne pas « enfermer le mal à l’intérieur ».

Donc, globalement, si on essaie de retenir un profil très simple ici, finalement, ça serait la personne épuisée physiquement et nerveusement.  On parle de fatigue profonde, un grand vide d’énergie, et une perte constante de cette énergie vitale.

Je suis conscient de l’immense simplification que je viens de faire de la pensée orientale. Mais j’aimerais qu’elle permette de faire le pont entre la tradition millénaire et les utilisations modernes que nous verrons en partie 2. Que les gardiens de la tradition chinoise me pardonnent ce raccourci, que j’ai tenté de faire dans un but pédagogique et pour offrir une image accessible à l’esprit occidental.

Schisandra et médecine russe

Bien. Le deuxième volet de l’utilisation historique de la schisandra va nous amener à une période beaucoup plus contemporaine et aux recherches de l’après-guerre en Russie. Le nom russe de la schisandra, c’est Limonnik, car l’odeur de l’écorce et des feuilles de la plante rappelle un peu celle du citron, et l’acidité de la baie est supérieure à celle du citron (elle contient beaucoup d’acides organiques).

C’est une grande plante médicinale qui va occuper une place incontournable dans la pharmacopée russe.

Mais il faut qu’on rembobine un peu et que je vous parle de la période soviétique des plantes adaptogènes. C’est une époque pendant laquelle les chercheurs russes ont pour mission de trouver des substances qui permettent de donner à leurs soldats, athlètes, astronautes, danseurs, joueurs d’échecs, un avantage d’un point de vue résistance à tout type de stress. Stress à l’effort et au froid pour les soldats, stress physique pour les athlètes et astronautes, stress psychologique pour les joueurs d’échecs, etc. Je vous avais déjà beaucoup parlé de la contribution des Russes sur le sujet des plantes adaptogènes à partir des années 1960, qui a été un travail monumental à l’époque. Je vous remettrai le lien vers les deux épisodes en question sur mon site (partie 1, partie 2).

D’ailleurs, c’est le toxicologue Nikolaï Lazarev qui a forgé ce terme « adaptogène » en 1947. Il cherchait à définir des substances capables d’augmenter la résistance de l’organisme face à des agresseurs de nature très différente (physique, chimique ou émotionnelle). Par la suite, ses successeurs Brekhman et Dardymov ont poursuivi ce travail en établissant les critères scientifiques officiels de ces plantes, avant qu’Alexander Panossian ne reprenne le flambeau pour les études plus contemporaines. Donc ces noms-là, si vous les croisez, ce sont les piliers de la recherche russe sur les adaptogènes : Lazarev, Brekhman, Dardymov, Panossian.

Pour les plantes, ils ont très souvent démarré avec des études ethnobotaniques, car quoi de mieux que la tradition pour sélectionner, au fil des générations, les plantes toniques qui nous aident à stimuler nos capacités.

Pour la schisandra, il y aura des études dans la région du fleuve Amour en particulier, pas très loin de la frontière avec la Chine. Là-bas, les baies et les graines étaient utilisées par les chasseurs Nanaïs (un peuple toungouse) pour améliorer la vision nocturne, comme tonique physique et pour réduire la faim, la soif et l’épuisement. Ils disent que la schisandra donne la force de suivre une zibeline (qui est une sorte de martre) toute la journée sans manger. Vous pouvez vous imaginer que ceci va grandement intéresser les chercheurs pour l’appliquer aux soldats soviétiques.

A partir des années 1940, les chercheurs font des analyses phytochimiques sur 40 formulations différentes, dont plus de 200 infusions, décoctions, teintures, extraits. Ce n’est qu’en 1951 que l’on isole pour la première fois la schisandrine, qui appartient à la famille des lignanes. On identifiera par la suite toute une famille de lignages parfois désignée simplement par ce terme « schisandrine ». Ce sont ces lignanes qui sont associées à l’amélioration des performances physiques et mentales.

C’est sur cette base que la plante sera reconnue par la médecine officielle de Russie au début des années 1960. Il faut noter que jusqu’en 1978, moins de 60 préparations à base de plantes seront officiellement acceptées par la médecine russe. La schisandra en fera partie.

Depuis 1960, les préparations de Schisandra occupent une position bien établie au sein de la médecine russe, et des monographies spécifiques pour les fruits et les graines de Schisandra chinensis sont apparues dans diverses éditions de la Pharmacopée nationale. Les registres d’État incluent le fruit entier et la graine, et pour les formes, la forme entière des baies, la forme teinture et la forme comprimés.

Nous avons peu de comptes-rendus en anglais de la masse d’études. La plupart sont en russe et n’ont jamais été traduites. Nous avons 470 études non traduites sur les 552 références publiées entre 1927 et 1959 (Panossian, 2008). Une quantité énorme d’informations très détaillées reste relativement inaccessible aux scientifiques occidentaux.

D’après Panossian, les propriétés de la schisandra ont été confirmées par plus de 40 ans d’utilisation de la plante en tant que remède médicinal officiel en Russie.

Je vous résume ici une masse d’études réalisées entre les années 1940 et 1980 et effectuées sur animaux ou sur humains (Panossian, 2008). Et je pense qu’à cette époque du régime soviétique, les études ne sont pas tendres, ni sur les animaux, ni sur les humains. Et je sais bien qu’elles ne le sont toujours pas sur ces pauvres animaux de laboratoires.

  • Nous avons augmentation des performances physiques avec des individus qui nagent plus longtemps sous schisandra
  • La plante augmente la résistance à la fatigue chez les individus soumis à une charge physique
  • Elle augmente le seuil de résistance à la chaleur
  • Elle augmente la capacité de survie lorsqu’on soumet des individus à des pressions en oxygène 4 fois supérieures à la normale
  • On résiste mieux aux conditions de basse pression.
  • On résiste mieux au froid, à l’immersion dans l’eau froide.

C’est ce type d’effet que les Russes ont appelé « adaptogène ». Des plantes qui permettent à une personne de mieux s’adapter à tout type de stress, qu’il soit environnemental, physique ou psychoémotionnel. Et lorsque ces plantes ont été découvertes (la schisandra, l’éleuthérocoque, la rhodiole, le rhapontique), elles ont très vite été utilisées à grande échelle dans une Union soviétique en recherche d’excellence, de puissance, de dominance. Elles sont devenues les substances stimulantes de plusieurs générations de soldats, d’astronautes, d’athlètes, etc.

Et lorsque vous verrez ces propriétés, vous serez probablement tenté d’y voir un remède miracle. Et effectivement, ces effets peuvent être mal compris ou mal utilisés.

Croyez-moi, on ne génère pas de l’énergie à partir de rien. On n’augmente pas les performances sans qu’il y ait un prix à payer, à un moment ou à un autre. Ce n’est pas gratuit, tout ça. L’utilisation judicieuse des plantes adaptogènes, comme la schisandra, consiste à déterminer à quel moment elles deviennent un vrai outil du cheminement vers le mieux-être, et pas une béquille qui masque un surmenage. Ou de l’huile qui vient graisser les rouages d’une société en demande constante de toujours plus de productivité.

Donc oui, je termine cet épisode sur une note philosophique. Mener sa vie, gérer sa vitalité, sa fatigue, le faire sans abimer les ressources de la planète, sans s’abimer soi-même, au long terme. Pas facile, je vous l’accorde. Mais l’objectif est noble, alors autant le poursuivre.

N’y voyez aucune tentative de donner des leçons. J’ai moi-même utilisé ces plantes à mauvais escient et à bon escient. J’ai parfois conseillé ces plantes à un moment qui n’était pas idéal pour la personne, et je les ai parfois conseillées exactement aux bons moments. 20 ans plus tard, j’apprends toujours et j’ai l’impression de commencer à peine à voir à quel moment elles sont vraiment utiles.

C’est tout pour cet épisode. On continue très bientôt avec une 2ᵉ partie qui se concentrera sur des études et une utilisation un peu plus moderne, dans laquelle on parlera de quantité et dosages spécifiques et de précautions d’emploi.

J’en profite pour vous remercier d’être là. Vraiment. Je finis souvent par cette petite phrase mais sincèrement, j’apprécie votre soutien, vos commentaires et vos encouragements. Donc juste, merci. A bientôt.


Schisandra : références

Article de Josef Brinckmann : https://www.herbalreality.com/herbalism/sustainability-social-welfare/species-specific-sustainability/schisandra-harvesting-from-the-habitat-of-the-amur-tiger-to-the-giant-panda-bear/

Szopa A, Klimek-Szczykutowicz M, Kokotkiewicz A, Maślanka A, Król A, Luczkiewicz M, Ekiert H. Phytochemical and biotechnological studies on Schisandra chinensis cultivar Sadova No. 1-a high utility medicinal plant. Appl Microbiol Biotechnol. 2018 Jun;102(12):5105-5120. doi: 10.1007/s00253-018-8981-x. Epub 2018 Apr 23. PMID: 29687144; PMCID: PMC5959991.

Szopa A, Klimek-Szczykutowicz M, Kokotkiewicz A, Dziurka M, Luczkiewicz M, Ekiert H. Phenolic acid and flavonoid production in agar, agitated and bioreactor-grown microshoot cultures of Schisandra chinensis cv. Sadova No. 1 – a valuable medicinal plant. J Biotechnol. 2019 Nov 10;305:61-70. doi: 10.1016/j.jbiotec.2019.08.021. Epub 2019 Sep 5. PMID: 31494211.

Papier contenant les informations relatives au cultivar « sadova » ou « sadovy » : Annals of Warsaw University of Life Sciences – SGGW Horticulture and Landscape Architecture No 38, 2017: 43–50 (Ann. Warsaw Univ. of Life Sci. – SGGW, Horticult. Landsc. Architect. 38, 2017) DOI 10.22630/AHLA.2017.38.5

Panossian A, Wikman G. Pharmacology of Schisandra chinensis Bail.: an overview of Russian research and uses in medicine. J Ethnopharmacol. 2008 Jul 23;118(2):183-212. doi: 10.1016/j.jep.2008.04.020. Epub 2008 Apr 24. PMID: 18515024.

Lu Y, Chen DF. Analysis of Schisandra chinensis and Schisandra sphenanthera. J Chromatogr A. 2009 Mar 13;1216(11):1980-90. doi: 10.1016/j.chroma.2008.09.070. Epub 2008 Sep 26. PMID: 18849034.

Guo Z, Zhao A, Chen T, Xie G, Zhou M, Qiu M, Jia W. Differentiation of Schisandra chinensis and Schisandra sphenanthera using metabolite profiles based on UPLC-MS and GC-MS. Nat Prod Res. 2012;26(3):255-63. doi: 10.1080/14786419.2010.537272. Epub 2011 Aug 23. PMID: 21859375.

8 réponses

  1. Comme toujours, un article hyper-intéressant !
    J’ai effectivement aperçu, dans certains rayons bios de compléments alimentaires le mot « schisandra » (tout comme rhodiola etc…).
    Je trouvais le nom bien sympa, tout en me disant « à quoi ça sert ? » et « d’où ça vient ? » : merciiiii, j’ai la réponse (avec la suite en 2ème partie, j’y verrai plus clair) !!!

  2. Bonjour Christophe. Je te dis aussi « merci d’être là » pour la sincérité de tes explications, le sens profond de tes recherches pour une meilleure compréhension de ce monde vivant qui nous entoure et qui nous est réciproquement complémentaire… Oui gratitudes à toi et ton équipe bienveillante pour nous transmettre ce savoir expérimental que tu sais moduler au fil du temps…
    D’après les nombreuses lectures que j’ai parcourues au sujet de ces passionnantes adaptogènes, j’en retire une prudence d’emploi (le terme écoute est peut être plus adapté). Ces plantes de couleur verte comme les autres ont la capacité de moduler avec un effet protecteur des « stress sans les inhiber » avec une stimulation douce et non déterminée (brutale) faisant la subtile différence entre les effets agonistes et antagonistes.
    Quand on a « commencé à comprendre ces modes d’actions on devient plus attentif aux possibles interactions au long cours de la prise de ces substances qu’elles soient d’origines naturelles ou chimiques. Ça explique aussi qu’une dose n’est pas universelle mais adaptable (sens du mot adaptogène).
    La nature n’aime pas qu’on lui dicte trop longtemps nos lois mais accepte de l’aide pour corriger certains de nos excès. Ensuite le plus complexe est d’arriver à déterminer l’adaptogène qui nous convient et d’en mesurer les effets à moyen ou long terme. Avec un peu d’âge, on se permet de penser que les stress sont différents qu’il faut sans doute re-déterminer l’une ou l’autre de ces adaptogènes à notre moment de vie… Bref il me semble raisonnable d’adapter l’importance d’essayer à faible dose et d’écouter notre ressenti, ça me paraît essentiel.
    Voilà comment je « lis » la puissance intelligente des adaptogènes…
    J’ai hâte d’écouter ton 2e épisode. Ce thème est en parfaite adéquation avec l’actualité mondiale… Gratitudes à toute l’organisation d’humaine Althéa Provence
    pascal

  3. Merci pour cet article intéressant qui me fait connaître une nouvelle plante, un nouveau remède ancestral.
    Je suis juste curieuse et aime découvrir le monde qui nous entoure et toutes ses richesses.
    Belle journée et à bientôt pour la 2e partie.

  4. Merci Christophe, super intéressant comme d’habitude ! Merci de faire ce travail de vulgarisation pour nous Bonne journée

  5. Merci tant et tant, vous êtes une référence incroyable, un puits de connaissance et je vous admire.
    Je vis au Québec, l’hiver est rigoureux cette année. Ce qui me permet aussi de rester dans la chaumière devant
    mon écran et suivre vos vidéos.
    J’aspire à me souvenir de tout ce que j’entends, apprends…

    Gratitude infinie
    Patricia

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