Millepertuis (Hypericum perforatum)

Millepertuis (Hypericum perforatum)

Millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

L’association millepertuis-dépression est devenue inévitable. Tout le monde en parle, des plus prestigieuses revues scientifiques jusqu’à Femme Actuelle. Le millepertuis, plante complexe aux multiples facettes, a été réduit à cette simple indication. C’est bien mal le connaître.

Le but de cet article est d’apporter un peu de profondeur à cette vue unidimensionnelle, et de rappeler au passage ses indications oubliées.


Nom commun : Millepertuis, millepertuis perforé, millepertuis officinal, herbe de la Saint Jean

Nom latin : Hypericum perforatum

Famille : Hypericaceae

Constituants :

  • Naphthodianthrones (entre 0,05% et 0,6%), incluant l’hypéricine et la pseudohypéricine
  • Flavonoïdes (biapigénine, quercétine et rutine)
  • Composés phénoliques incluant hyperforine et adhyperforine
  • Procyanidines
  • Huiles essentielles

Goût :

  • Huileux, résineux
  • Légèrement amer
  • Astringent

Energétique :

  • Réchauffant (goût huileux et résineux)
  • Asséchant

Utilisation du Millepertuis

Pulmonaire

Millepertuis (Hypericum perforatum)

Cazin le qualifie de “stimulant balsamique que l’on a, à tort, abandonné”(4).

L’adjectif “balsamique” décrit une propriété qui rappelle un baume, riche en résines et pénétrante, donc pouvant atteindre les muqueuses pulmonaires afin de les calmer, les désinfecter et les « resserrer » (effet astringent).

Cazin nous dit que l’infusion des sommités fleuries peut être utile dans les catarrhes chroniques (inflammation des muqueuses bronchiques), l’asthme, certaines phtisies (tuberculose) même avec expectorations purulentes. Il l’emploie particulièrement dans les cas de catarrhes où l’état d’irritation s’établit dans la durée (donc devient chronique) avec des sécrétions plus ou moins abondantes.

Cazin l’associe volontiers à la grande aunée (Inula helenium) et le lierre terrestre (Glechoma hederacea) à parts égales pour les infections pulmonaires chroniques. Valnet confirme cette indication et recommande le même mélange(5).

Voila donc une indication très intéressante pour le millepertuis, définitivement oubliée aujourd’hui. Mais rappelons aussi que cette indication est partagée par d’autres plantes résineuses, et donc n’est pas unique au millepertuis.

Hépatique

Matthew Wood nous rappelle que les praticiens d’Europe de l’est ont le millepertuis en grande estime, et l’utilise pour des problèmes de foie, pour stimuler la détoxification hépatique en particulier(1). Wood explique qu’il peut être utilisé pour des problèmes de système nerveux entérique entrainant une mauvaise digestion, créant ainsi une charge sur le foie qui doit traiter ces résidus alimentaires mal digérés.

Cette ancienne indication est retenue par Valnet(5), qui l’utilise pour des congestions hépatiques et dyspepsies atoniques (indigestions dues à un système digestif déficient).

Nous verrons plus loin que, effectivement, le millepertuis accélère la détoxification hépatique en augmentant l’action de certaines enzymes utilisées pour métaboliser médicaments, drogues, hormones et polluants en circulation sanguine. Ceci explique ces interactions avec les médicaments.

Le foie est au centre de processus physiologiques multiples. En particulier, il fabrique les précurseurs de nombreuses hormones (cholestérol) et recycle le trop plein d’hormones en circulation. Est-il possible que, grâce à une détoxification hépatique, une personne se sente mieux psychologiquement car son équilibre hormonal est rétabli ? Cette hypothèse n’est pas à écarter.

Millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

Vulnéraire

Nous passons maintenant à l’une des indications principales du millepertuis, un endroit ou il brille bien au dessus d’autres médicinales. Le grand Paracelse qualifia le millepertuis d’arnica des nerfs.

Si vous vous trouvez face à une situation ou les nerfs ont été endommagés, faites appel au millepertuis le plus tôt possible. Et ce sont les médecins éclectiques américains qui vont nous amener le plus d’informations à ce sujet.

Ellingwood(6) nous explique que le millepertuis peut être utilisé pour les douleurs profondes et les sensations de brûlure émanant de la colonne vertébrale lorsque l’on appuie dessus (dommages infligés aux nerfs et centres nerveux dans la colonne vertébrale). Il l’utilise pour les traumatismes crâniens, les chocs et blessures infligées à la colonne vertébrale, ainsi que pour les blessures de type perforation, accompagnées de douleurs aiguës.

Millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

Cette utilisation pour les “blessures de type perforation” se retrouve chez de multiples auteurs américains de l’époque, Felter(7) et Lloyd(8)par exemple. On utilise le millepertuis lorsque l’on a marché sur un clou, lorsque l’on s’est perforé un doigt avec une agrafe, lorsque l’on s’est planté une écharde sous l’ongle et que la douleur remonte dans le bras, etc. On peut aussi l’utiliser pour les écrasements (doigt coincé dans une portière de voiture). Les extrémités (doigts, orteils) sont très innervées, donc toute blessure par perforation ou écrasement endommagera obligatoirement certains nerfs, ce qui créera une douleur aigüe, parfois insupportable.

Les homéopathes en ont aussi fait leur plante de prédilection à partir des années 1800 (Muller étant un des premiers à en parler) pour les douleurs névralgiques et les blessures dues à un traumatisme (crânien ou autre).

D’une manière générale, le millepertuis sera utile pour toute lésion affligée à la structure d’un nerf, causant une inflammation, avec douleur qui peut être suivie le long du nerf. Le nerf lui-même est touché, la couche de myéline a été endommagée. Une sciatique en est l’exemple typique. Une huile (non diluée) ou mieux une alcoolature de millepertuis diluée au taux de 20% (1 proportion d’alcoolature pour 4 proportions d’eau) est appliquée le long du nerf douloureux, la teinture mère est aussi prise en interne. Il faut être patient (plusieurs semaines) avant de constater un effet.

Il est efficace pour les nerfs enflammés dus à un pincement, parfois à la suite d’un mouvement brusque pour prévenir une chute par exemple. Matthew Wood le recommande pour les chutes sur le coccyx, une chute sur la glace, par exemple, ou une chute en skateboard.

Pour les problèmes de peau, l’huile de millepertuis agit en tant qu’anti-inflammatoire, et est en particulier utilisée pour les brulures dues à l’exposition au soleil. En Provence, l’huile rouge jouit d’une réputation méritée pour les coups de soleil. Elle peut aussi être appliquée sur tout type d’éraflures, brulures, érythèmes et peaux sèches et s’avèrera nourrissante.

Le millepertuis peut être utilisé pour le zona et les poussées d’herpes et boutons de fièvre (application locale dès que les premiers petites démangeaisons se font sentir), le virus (herpes simplex ou zoster) se logeant dans les ganglions nerveux et la douleur étant de type névrite.

Le millepertuis calme les inflammations locales et favorise une meilleure circulation autour d’un traumatisme, aidant ainsi à réduire un œdème. Pour les cas de bleus, ecchymoses, contorsions musculaires, appliquez localement une huile ou une teinture mère de millepertuis diluée (compresses). Pour ces cas-là, il se mélange évidemment très bien avec l’arnica.

Sédatif des nerfs

Cette propriété commence à se rapprocher du profil moderne d’antidépresseur. Le millepertuis relaxe les nerfs hyperactifs et hypersensibles.

Michael Moore le recommande pour les toux spasmodiques des enfants, en massant l’huile sur le dos de l’enfant dans la région des vertèbres T1 à T4 afin de relaxer les nerfs périphériques hypertoniques et responsables de cette toux.

Felter et Lloyd nous disent que “l’Hypericum a des pouvoirs indubitables sur le système nerveux”(8). Plusieurs médecins américains de l’époque l’utilisent pour les états d’hystérie. D’autres mentionnent une capacité à sortir les personnes de leurs états de morosité et de “mélancolie” passagère.

Henry(9) l’utilise chez les hystériques, mais aussi chez les maniaques et hypochondriaques. On se souviendra aussi qu’au moyen âge, on pensait que le millepertuis pouvait éloigner les esprits diaboliques ainsi que les sorcières. Il est fort possible que les dites sorcières furent simplement des femmes traversant des états de déséquilibre nerveux, et que le millepertuis ait pu aider dans certains cas.

Certains médecins des années 1800 et début des années 1900 l’utilisent pour l’insomnie de cause nerveuse, et pour les traversées difficiles (psychologiquement) des périodes clés de la vie, comme la petite enfance (urinations et terreurs nocturnes), l’adolescence (règles douloureuses), la ménopause (anxiété et troubles du sommeil), etc. L’adolescence et la ménopause étant des périodes de fluctuations hormonales, il est logique qu’une plante du foie puisse régulariser certains déséquilibres hormonaux.

États dépressifs

Le millepertuis agit sur les niveaux de neurotransmetteurs présents dans l’environnement cérébral. Certaines études le qualifient d’inhibiteur de la monoamine oxydase, d’autres d’inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine. La meilleure hypothèse que nous ayons aujourd’hui est que le millepertuis agit sur la recapture des 5 neurotransmetteurs principaux : sérotonine, noradrenaline, dopamine, acide gamma-aminobutyrique (GABA) and L-glutamate(14).

Pour mieux comprendre l’action du millepertuis, catégorisons les états dépressifs comme ceci :

  1. Dans une première phase, la personne commence à rentrer dans des états dépressifs passagers. Un choc émotionnel vient de s’opérer. Parfois, le choc est évident – un divorce, le décès d’un proche, un licenciement, etc. Parfois, plusieurs évènements se sont étalés sur des années, et une goutte fait déborder le vase. Quels que soient les déclencheurs, la personne alterne entre état dépressif et état normal.
  2. Dans une deuxième phase, la personne descend dans un état dépressif chronique et profond. Il n’y a quasiment plus de yoyos, il y a peu de moments où la personne se sent bien. Les idées noires, la morosité, l’envie de ne rien faire, l’anxiété, tout semble s’installer de manière permanente.

Le millepertuis est surtout efficace en phase 1, et peine souvent à apporter une aide en phase 2.

Michel Moore recommande le millepertuis surtout lorsque l’état dépressif est accompagné de colère. Il a observe que le millepertuis agit très bien sur les hommes traversant une période difficile. Le cas typique étant l’homme qui jusque-là réussissait beaucoup de choses, mais tout à coup doit faire face à un rejet social. Il était en pleine ascension professionnelle et s’est fait licencier. Ou peut-être sa femme l’a quitté subitement. Pour Moore, l’homme est beaucoup moins mature que la femme dans les situations de rejet, ce qui suscite une grande colère suivie de dépression. Cet échec devient une fixation, une obsession même, et la personne n’arrive pas à penser à autre chose, ressassant sans-cesse l’échec.

On notera l’association en médecine chinoise entre colère et foie, et on se rappellera que le millepertuis est aussi une plante du foie.

Il est utile pour les cas de dépressions saisonnières. Dans ces cas-là, la personne redoute l’arrivée de l’hiver, du froid, du manque de lumière, des jours qui diminuent et de la possibilité réduite à mener certaines activités. Certains lecteurs Canadiens comprendront…

D’ailleurs, le fameux phytothérapeute allemand Rudolf Weiss(13) nous donne l’explication suivante : le millepertuis induit une photosensibilité (sensibilité à la lumière), donc rend la personne plus apte à capter les rayons du soleil. Weiss nous rappelle que certains cas de dépressions peuvent être dus à un manque de mélatonine résultant d’un manque de lumière.


Cueillette

Voir ma vidéo à ce sujet.

Avant sa floraison, et si on connait mal la plante, il sera quasiment impossible de l’identifier. La plante reste relativement petite (20 à 50 cm de hauteur), et d’un vert tendre qu’il est difficile de repérer au printemps lorsque la végétation aux alentours est en pleine croissance.

Voir la photo ci-dessous. Vu d’en dessus, les feuilles arrondies s’opposent sur la tige et s’alternent en paires pour former une croix .De près, on arrive à voir les minuscules perforations de la feuille qui lui ont valu le nom d’Hypericum perforatum.

Millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

Prenez une feuille et regardez-la en transparence face à une source de lumière. Si vous arrivez à voir ces mille « pertuis », ces mille trous qui sont en fait des glandes regorgeant de principes actifs, vous êtes probablement en présence d’Hypericum perforatum.

Millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

Lorsque le millepertuis commence à fleurir, il est dur de passer à côté. On le trouve parfois en plant isolé, comme la photo ci-dessous.

Millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

Ou on le trouve dans des champs et terrains vagues où les plants se touchent et forment une couverture jaune vif qui peut être assez spectaculaire.

Le test ultime consiste à écraser une fleur encore en bouton entre ses doigts. Si vos doigts se colorent d’un beau pigment rouge foncé, vous êtes bel et bien en présence de millepertuis. Ce pigment rouge provient des étamines de la plante, et peut aussi être observé à l’œil nu lorsque l’on regarde une fleur de près (voir photo ci-dessous).

Millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

La meilleure période pour cueillir le millepertuis est :

  • Loin de la dernière pluie, sinon le millepertuis sera gorgé d’eau ;
  • Lorsque la plante vous fournit une grande quantité de fleurs toujours en bouton, c’est là où les composants actifs seront à leur maximum (certaines fleurs seront ouvertes, cueillez-les aussi ;
  • Le matin après que la rosée se soit évaporée.

Selon les régions et la température, on pourra le cueillir de fin juin à fin juillet, début juillet étant habituellement la période optimale (mais là encore, c’est le stade de floraison qui sera déterminant et pas la date).

Pour la cueillette, munissez-vous d’un bon sécateur. Une méthode simple et rapide consiste à rassembler les tiges fleuries en un petit fagot, et de couper 2 cm en dessous des fleurs en laissant un petit morceau de tige et quelques feuilles. Ceci permet d’en ramasser une grande quantité en un temps raisonnable. Voir ci-dessous.

Millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

Si vous désirez les faire sécher pour les consommer en infusion, étalez les fleurs sur un banc de séchage que vous laisserez reposer à l’ombre dans un endroit sec. Mais attention à la durée de séchage. Sécher les fleurs ouvertes et les feuilles est relativement rapide. Mais pour les fleurs encore fermées, il faut beaucoup plus longtemps. Les fleurs en boutons regorgent d’humidité, et on peut se faire piéger en pensant que tout est sec, pour voir plus tard apparaitre de la moisissure et devoir jeter le lot.

Pour contrôler si les boutons sont bien secs, écrasez-en quelques uns entre vos doigts et voyez si de l’humidité subsiste.


Préparation de l’huile rouge

On ne peut pas faire macérer la plante fraiche dans l’huile sous risque de moisissure et de fermentation. Mais afin de profiter de la quantité optimale de principes actifs, attendez que les fleurs soit quasiment sèches mais pas complètement. Elles sont froissées, fripées, presque sèches, et ont perdu la quasi totalité de leur eau.

Ensuite, placez la plante dans un grand bocal et recouvrez d’huile d’olive vierge. Laissez macérer pendant plusieurs semaines dans un endroit qui reçoit un peu de chaleur, de la lumière mais pas directement au soleil (les UVs ont la particularité de détruire beaucoup de composants actifs). Pour plus d’informations, voir l’article sur les macérats huileux.

L’huile finale doit être d’un beau rouge sombre comme un jus de cerise lorsqu’on la regarde dans un endroit non exposé à la lumière directe, et rouge vif comme du sang lorsqu’on la regarde sous la lumière du soleil. L’huile peut être appliquée le long des nerfs douloureux et endommagés, ou sur une peau irritée ou brulée.

Huile de millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

Préparation de la teinture

Si vous avez accès à des alcools de forte concentration (80° ou plus), teinturez la plante fraiche, elle contiendra plus de composants actifs. Sinon, faites sécher la plante, et teinturez-la dès qu’elle est sèche avec un alcool à 45°.

  • Pour l’alcoolature de millepertuis frais : utiliser 200 ml d’alcool à 80° ou plus pour chaque 100 g de plante (c’est-à-dire une proportion de 1:2);
  • Pour la teinture (millepertuis sec) : utiliser 500 ml d’alcool à 45° pour chaque 100 g de plante (c’est-à-dire une proportion de 1:5).

Pour plus d’informations, voir l’article sur les macérations alcooliques.

Si vous avez un millepertuis de qualité, l’alcoolature doit devenir rouge très rapidement, et même quasi instantanément si vous faites une alcoolature de plante fraiche. Voir photos ci-dessous pour une teinture mère de plante fraiche.

Teinture de millepertuis (Hypericum perforatum) - avant ajout d'alcool - Photo AltheaProvence
Avant l’ajout d’alcool
Teinture de millepertuis (Hypericum perforatum) - macération Jour 1 - Photo AltheaProvence
Après l’ajout d’alcool
Teinture de millepertuis (Hypericum perforatum) - macération Jour 3 - Photo AltheaProvence
2 jours plus tard

Dosages

Comme toujours, les dosages varient en fonction de la personne et de la situation. D’une manière assez générale :

  • Teinture de plante fraîche (préparée au ratio 1:2) : 3 à 6 ml par jour (ref : Mills & Bone) ;
  • Infusion : utiliser uniquement la plante récemment séchée, 15 g à 30 g de sommités fleuries pour un litre d’eau, boire de 2 à 4 tasses par jour;
  • Huile : application locale plusieurs fois par jour. L’alcoolature diluée peut aussi être appliquée localement en compresses (elle sera mieux absorbée).

Interactions millepertuis-médicaments

Les interactions entre les médicaments et le millepertuis sont bien connues aujourd’hui, bien qu’elles restent très complexes. Cette section est inspirée en grande partie de l’excellent “Herb, Nutrient, and Drug Interactions” de Stargrove, Treasure et McKee(12).

Voir aussi mon article sur les concepts de base pour les interactions plantes-médicaments. Vous pouvez aussi sauter l’explication suivante qui est d’ordre technique, et directement passer à la section “ce qu’il faut retenir” plus bas.

Le millepertuis induit principalement le substrat 3A4 du CYP450, et ceci d’une manière significative. Selon certaines études, il semble aussi induire d’autres substrats d’une manière secondaire (1A2, 2C9, 2C19, 2D6). Mais les différentes études in-vitro et in-vivo ne s’accordent pas toujours entre elles pour ces substrats secondaires.

Le problème principal est que de très nombreux médicaments sont métabolisés par le substrat 3A4 localisé dans la muqueuse intestinale et dans le foie.

Une induction signifie un métabolisme plus rapide du médicament qui utilise ce substrat. Si la personne prend en même temps du millepertuis et un médicament métabolisé par le substrat 3A4, le médicament sera métabolisé et donc évacué plus rapidement par le système, entrainant une quantité de médicament disponible en circulation sanguine inférieure à ce qui était prévu, donc moins efficace. Dans certains cas, l’effet est d’abord une diminution du métabolisme du médicament (créant des problèmes potentiels de toxicité du médicament), suivi par une augmentation du métabolisme (un effet biphasique).

Mais les choses ne sont pas aussi simples, car certaines études démontrent qu’une interaction médicament-millepertuis qui semblait inévitable n’est en pratique pas mesurable sur la personne. Les choses sont même très complexes, selon que l’on parle d’un composant isolé du millepertuis (hypéricine, hyperforine, etc) ou du mélange obtenu avec la plante fraiche.

Ce qu’il faut retenir : Faites preuve de prudence dès qu’il y a co-administration de millepertuis et de médicaments. Consultez votre médecin ou pharmacien avant de prendre la décision.

Pour information, voici une liste des médicaments présentant des risques d’interactions, tiré du Botanical Safety Handbook, seconde édition.

  • Les immunosuppresseurs (cyclosporine, tacrolimus)
  • Les anticoagulants (warfarine, phénprocoumone)
  • Les antiarrhythmiques (digoxine, vérapamil)
  • Les inhibiteurs calciques (nifédipine, vérapamil)
  • Les bradycardisants (ivabradine)
  • Les contraceptifs hormonaux (éthinylestradiol, noréthindrone)
  • Les anxiolytiques (quazépam, midazolam, alprazolam)
  • Les antidépresseurs (amitriptyline)
  • Les antiviraux (indinavir, nevirapine)
  • Les statines (simvastatine, atorvastatine)
  • Certains médicaments de chimiothérapie (irinotecan, imatinib)
  • Les bêta-bloquants (talinolol)
  • Les inhibiteurs de la pompe à proton (oméprazole)
  • Les antifongiques (voriconazole)
  • Les anticonvulsants (méphénytoïne)
  • Les relaxants des muscles squelettiques (chlorzoxazone)
  • Les antihistaminiques (fexofenadine)
  • Tout autre médicament métabolisé par le CYP3A4

Si vous prenez actuellement des médicaments, consultez votre médecin ou votre pharmacien pour discuter d’une interaction possible avec le millepertuis.

On parle aussi beaucoup du fait que le millepertuis peut diminuer l’efficacité de la pilule contraceptive. Cette interaction reste largement théorique basée sur l’induction du métabolisme de l’estrogène et de la progestine par le millepertuis. Malgré les bruits qui courent, les cas documentés de conceptions accidentelles sont anecdotiques, et les données provenant de la littérature scientifique sont d’après Stargrove, Treasure & McKee non conclusives(12).

Parmi ce manque de preuves conclusives, il vaut mieux là encore rester prudent, en particulier dans les cas de pilules faiblement dosées.


Précautions additionnelles

➜ Le millepertuis peut induire une photosensibilité, c’est-à-dire une sensibilité accrue aux rayons du soleil, avec risque de brûlure.

Ceci est contesté aujourd’hui, en particulier dans le monde de l’herbalisme anglophone. En revanche :

  • Plusieurs cas ont été relevés dans la littérature scientifique. Un exemple ici.
  • Ces cas surviennent en général lorsque prise d’un comprimé (extrait sec) standardisé en hypéricine et plus ou moins fortement dosé. Aucune mention d’effets secondaires de ce type avec la teinture. Avec les formes traditionnelles (infusion, teinture), en général pas de souci.
  • J’ai moi-même fait l’expérience d’une photosensibilité sévère après avoir passé une journée à ramasser du millepertuis, les doigts très rouges à me frotter le front pour enlever la transpiration. J’ai gardé des marques (brûlures) pendant 3 semaines. Les copains en ont bien rigolé (pas moi).

Conclusion : si vous prenez du millepertuis sous forme de comprimé standardisé en hypéricine, ne vous exposez pas trop au soleil.

Les probabilités de photosensibilité sont très faibles, mais elles existent. Donc comme toujours, Il vaut mieux être prudent.

Millepertuis (Hypericum perforatum) - Photo AltheaProvence

➜ A éviter si maladies du spectre du trouble bipolaire, là c’est clairement un travail de psychiatrie.

➜ A arrêter au moins une semaine avant toute intervention chirurgicale.


Références

(1) Wood, Matthew, « The Earthwise Herbal: A Complete Guide to Old World Medicinal Plants« , 2008

(1bis) Culpeper, Nicholas, « The English Physician Enlarged », 1770

(2) Dubois, F, « Histoire des Plantes Médicinales Qui Croissent Spontanément en France et en Belgique », 1848

(3) Bossu, A, « Traité des Plantes Médicinales Indigènes, Précédé d’un Cours de Botannique », 1854

(4) Cazin, F.J., « Traité Pratique et Raisonné des Plantes Médicinales Indigènes », 1850

(5) Valnet, Jean, « La phytothérapie : Se soigner par les plantes« , 1986

(6) Ellingwood, « American Materia Medica, Therapeutics and Pharmacognosy« , 1915

(7) Felter, 1922: the Eclectic Materia Medica.

(8) Felter, Harvey Wickes, Lloyd, John Uri, « King’s American Dispensatory », 1898

(9) Henry, Samuel, « A New and Complete American Medical Family Herbal », 1814

(10) Kress, Henriette, « Practical Herbs« , 2011

(11) Wood, Matthew, « The Book of Herbal Wisdom: Using Plants As Medicine« , 1997

(12) Stargrove, Treasure, McKee, « Herb, Nutrient, and Drug Interactions: Clinical Implications and Therapeutic Strategies « , 2008

(13) Weiss, Fintelmann, « Herbal Medicine« , 2000

(14) Müller WE. « Current St John’s wort research from mode of action to clinical efficacy ». Pharmacol Res. 2003 Feb;47(2):101-9. Review.

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680 réponses

    1. Le millepertuis accélère le métabolisme de la pilule contraceptive, et diminue donc son efficacité. Maintenant, de là à dire qu’il n’est pas approprié pour les femmes, il y a un gouffre à franchir. Je ne connais pas de telles contrindications dans les ouvrages classiques ou modernes. Pareil pour la prise seule, c’est une plante qui est utilisée comme « simple » (individuellement) ou mélangée à d’autres.

  1. bonjour Christophe
    En ce moment je m’intéresse d’assez près au monde canin car d’après mes renseignements , la plupart des plantes que l’on utilise pour l’humain pourraient être utilisées pour nos amis à des doses différentes , et j’ai le cas d’un chien (trouvé qu’une amie a adopté) et qui présente 2 pathologies conséquentes
    -1 une sévère dysplasie ( je vais donc collecter tout ce qui concerne le système articulaire , cartilages etc.
    – 2 la plus grave , une atteinte de la moelle sur la colonne vertébrale qui occasionne une presque paralysie de l’arrière train mais il peut quand même se déplacer . cette pathologie est sans solution mais peut rester stationnaire (dixit un ostéopathe spécialisé du monde animal , et nous pourrions lui offrir un confort de vie , peut être en fortifiant l’ensemble (du moins c’est ainsi que je ressens la problématique )
    et je me disais concernant la deuxième pathologie , par exemple que l’action du Millepertuis étant recommandé lors d’une atteinte de la structure du nerf , cela pourrait être intéressant pour l’aider à fortifier son système nerveux ,
    en fait je me dis que tout ce qui pourra l’aider , se muscler, une bonne alimentation, des plantes adaptées (et c’est là que mon attention va se fixer, trouver les plantes permettant de lui trouver un équilibre de vie et surtout de lui éviter des souffrances (même si pour l’instant il ne souffre pas )

    Auriez vous quelques pistes /plantes /protocoles à me proposer question d’avoir une logique de recherches ?

    1. Bonjour Sabine,
      Je pense que j’essayerais de trouver le fil conducteur, et il me semble que ce soit l’inflammation. Les deux sont des problèmes structurels, en particulier 1, mais ceci s’exprime ensuite comme une inflammation constante qui amène des lésions progressive et au long terme une déformation. Je pense que c’est la piste que j’adopterais si c’était mon chien, afin d’améliorer sa qualité de vie.
      Les plantes pulvérisées peuvent souvent être rajoutées à la nourriture du chien, qui est largement moins difficile que le chat lorsqu’il s’agit de nouveaux gouts.

  2. Bonjour, encore!
    J’ai laissé macérer mon huile de millepertuis un mois donc, derrière le pare-brise de ma voiture (!) et protégée des UV par un sac en papier opaque, mais elle n’est pas devenue rouge du tout…elle garde sa couleur jaunâtre d’huile d’olive…
    Elle est donc de mauvaise qualité et à jeter???
    Qu’en pensez-vous?
    Cordialement,
    Rita

      1. J’ai eu la même mésaventure cette année, en récoltant sur les mêmes plantes que d’habitude, et en utilisant le même procédé. J’en ai parlé à des producteurs d’huiles essentielles, macérats et autres, et on m’a dit qu’en fonction des années, la coloration était plus ou moins vive et parfois quasiment nulle sans que ce soit un défaut lié au mode d’obtention. Malgré cela l’odeur est bien présente et pas du tout rance, et l’effet sur les brûlures reste bien net. Peut-être que dans ce cas tous les effets attendus ne seront pas au rendez-vous, mais je ne pense pas qu’il faille la jeter, elle marche au moins pour appaiser les brûlures.

    1. bonjour rita , bonjour Christophe
      ne serait ce pas du Millepertuis d’ornement ? (je ne connais pas son nom latin) Ce pourrait expliquer cet échec ?

  3. Bonjour Christophe
    Dans son livre « La santé à la Pharmacie du Bon Dieu » Maria Trében conseille de laisser macérer l’huile de millepertuis au soleil ou un endroit chaud. Vous déconseillez le soleil à cause des UV qui dégradent les antioxydants de la plante. Pensez-vous que Maria Trében ne connaissait pas ce risque ou bien est-ce une autre manière de fabriquer l’huile de millepertuis?
    Merci Christophe

    1. Bonjour Martine,

      Je pense qu’il y a de nombreuses façons de fabriquer son huile. Et de nombreuses hypothèses et théories, certaines qui se contredisent. Je base mes méthodes sur ma compréhension mécanique et chimique du processus d’extraction. Le fait suivant n’est plus à prouver : les UVs du soleil oxydent les huiles, et détruisent les composants fragiles des plantes. Ceci étant dit, dans mes nombreuses discussions sur le sujet, je constate que de nombreuses personnes laissent leur huile au soleil, et que cela donne un excellent produit.

      Donc… dans mes articles, j’essaye d’être précis et perfectionniste. Dans la pratique, il faut se fier à son intuition, faire des essais, et en tirer ses propres conclusions. Si vous avez envie de faire une huile exposée au soleil, faites vous plaisir, et vous verrez que vous obtiendrez une bonne huile thérapeutique. Peut être pas aussi optimale que si elle n’avait pas été exposée aux UVs, mais tout à fait satisfaisante pour un usage commun.

      Maria Treben préconisait aussi de simplement faire « frire » la plante dans du saindoux. Je suis convaincu que cela donne aussi une excellente préparation.

      1. Bonjour Christophe,

        En lisant les commentaires plus bas concernant l’huile placée au soleil, je suis maintenant rassurée car j’ai failli jeter mon huile qui a été exposée au soleil. Néanmoins, grâce à vos bons conseils, je ne referai pas la même chose l’an prochain!

  4. Bonsoir!
    Whaouh, quel article!!!
    Moi qui cherchais des infos sur le séchage du millepertuis, j’ai appris plein de choses super intéressantes sur cette merveilleuse plante du soleil!
    Pour l’instant, j’attends qu’il fasse beau pour récolter; le pays basque, c’est magnifique, mais c’est humide! Surtout avec les inondations de ce week-end…
    A votre avis, le moment propice sera celui ou la terre est bien sèche au toucher?
    Comment savoir si la plante ne regorge pas d’humidité?
    Puis quelques questions pratiques…
    Je comptais faire sécher la plante pour une utilisation en infusion mais d’après vous, les principes actifs seraient plus présents sur la plante fraîche; je vais donc tenter la teinture mère.
    Pour la teinture mère, et un alcool à 70 quel est le temps de macération?
    Faut-il filtrer le mélange une fois macéré?
    Combien de temps se conserve la teinture?
    Dans quelles conditions?
    Merci encore pour votre précieux site , une mine d’or pour les amateurs d’herbes pas folles!

    1. Bonjour Rita,
      – Le moment propice est, dans mon humble avis, plusieurs jours après la dernière pluie, avec un sol qui a bien séché. Ceci étant dit, si j’avais à choisir entre un millepertuis au moment optimal, avec la plupart des fleurs en boutons et quelques fleurs ouvertes et un sol humide, ou un millepertuis avancé, avec des fleurs qui commencent à faner et un sol bien sec, je choisirais la première alternative, avec un beau millepertuis qui vient juste de s’ouvrir. De toute façon, le test est simple : belle teinture d’un rouge sang ? Alors pas de problème.
      – L’infusion de plante récemment séchée est relativement efficace. J’en parle peu car il est parfois dur de trouver un millepertuis récemment séché. Mais si c’est vous qui cueillez, vous pouvez l’utiliser en infusion. Je préfère personnellement la teinture car plus facile à doser.
      – Pour la teinture avec un alcool à 70 et une plante déjà déshydratée en partie, il faudra une dizaine de jours. Mais vous verrez, au bout de quelques minutes, la teinture sera déjà rouge.
      – Filtrer une fois le marc pressé, au filtre à café non blanchi
      – La teinture se conserve des années si bien faite, dans un endroit obscur et frais (une cave)

      1. Bonjour Christophe,
        Merci pour ces réponses claires et précises!
        Un autre petite question, avec un alcool à 70, je peux directement faire macérer la plante fraîchement cueillie?
        Si non, combien faut-il la sécher?
        Puis je voulais connaître les proportions de plante pour faire de l’huile de millepertuis, très efficace pour les douleurs de sciatique.
        Encore bravo pour votre site passionnant et merci de partager vos connaissances de manière si originale!

  5. Bonsoir,
    Votre article est très complet, vous êtes une aide précieuse pour tous les amateurs de plantes et de naturopathie. Je me demandais cependant si les interactions avec les traitements en cours étaient valable également pour l’huile en usage externe ?
    Avec mes remerciements.
    Sophie.

    1. Bonjour Sophie,
      Je pense que la quantité absorbée au travers de la peau est telle que les inquiétudes au sujet des interactions n’ont pas lieu d’être. Evidemment, si j’étais dans une situation extrême, par exemple sous immunosuppresseur et en attente d’une greffe d’organe, je n’irais même pas prendre le risque d’appliquer l’huile rouge en externe. Pour des cas plus mondais, je pense sincèrement que les risques d’interactions sont minimes voire inexistants.

  6. Bonjour,
    Je suis diététicienne et je débute un cursus en herboristerie de 3 ans, je voulais vous féliciter pour votre site. Compétence, clarté, sérieux, passion, humilité… tout y est.
    Bravo et merci pour tout ce savoir partagé gratuitement.

  7. Bonjour, pour info et pour plus de crédibilité de cette page, 2 ou 3 détails à rectifier ; au chapitre interaction millepertuis-médicaments, Les tricycliques et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine son bien des antidépresseurs mais les benzodiazépines avec, entre autre, le Xanax sont des anxiolytiques. Pour les « anestetiques », il doit s’agir des anesthésiques… Et pour compléter, certaines pilule contraceptives. cordialement.

  8. Bonjour,
    Comme chaque année, j’ai fait mes petites cueillettes et notamment celle de millepertuis dans différentes régions afin de faire mon huile rouge annuelle.
    Mais cette année je rencontre un problème, certaines de mes macérations ne se colorent pas de rouge (cela fait maintenant plus dix jours) et certaines ont pris une teinte rose rouge assez rapidement (et encore je trouve que c’est assez lent par rapport à d’habitude) mais les autres bouteilles ont plutot une couleur jaune marron mais ne rougissent pas. J’ai donc tenté un bain marie (bien que j’ai toujours peur de détériorer la qualité de l’huile d’olive) et je n’ai toujours pas de rouge à l’horizon.
    Je suis certaine d’avoir cueilli du millepertuis perforé, depuis le temps je le reconnais.
    Avez vous une explication quant à ce phénomène ?
    Bien cordialement

    1. Bonjour Manon,
      Si vous êtes positive sur l’identification, alors la seule explication qui me vient en tête est la suivante : le millepertuis était regorgé d’eau (pluies ? sol encore bien trempé ?), qui fait que les composants actifs se retrouvent dilués.
      D’une manière générale, je vous dirais que cette année est un peu spéciale, je trouve, pour les cueilleurs. Le printemps a été vraiment moche dans la plupart des régions de France, et les plantes en ont souffert. Je trouve les plantes moins belles, avec moins de fleurs, moins de parfum.

      1. Merci de votre rapide réponse,
        Bizarrement je n’ai pas l’impression que les plantes étaient particulièrement mouillées …
        Pensez vous que du coup l’huile que j’ai obtenu (couleur jaune marron foncé) est inutilisable ou qu’elle contient tout de même les mêmes propriétés ?

    2. bonjour
      je fais une petite incursion dans le sujet
      j’ai le même souci
      je viens de cueillir des sommités de millepertuis et j’ai mis de l’alcool à 70°, c’est déjà rouge
      j’utilise les mêmes plans qui poussent dans mon jardin et l’huile ne se colore pas, même mes essais avant les pluies de ces derniers temps
      ça me chagrine beaucoup du coup

      1. L’huile a infusé pendant assez longtemps ? L’alcool se colore tout de suite pour la teinture mère. Par contre, pour l’huile, il faut un bout de temps, parfois une à deux semaines.

        1. d’accord, je pensais que c’était plus rapide, je suis trop impatiente, cela ne fait qu’une semaine en fait
          merci pour tout tes articles que je relis régulièrement
          juste une question pour le millepertuis: quand on le froisse on a les doigts rouges, est ce que c’est valable pour tous les millepertuis?

            1. donc si mes doigts se teintent en rouge c’est le bon millepertuis? je m’y perds un peu

            2. Il existe plus de 400 hypericum, et je ne saurais dire si le test des doigts rouges est suffisant pour identifier l’espèce qui nous intéresse, H. perforatum. Mieux vaut s’en tenir aux clés d’identification classiques (perforations de la feuille lorsqu’on la regarde à la lumière, etc).

  9. Bonjour Christophe

    j’ai filtré le tout. Je verrai si l’eau se sépare de l’huile dans quelques jours.
    Pensez-vous qu’il serait préférable de chauffer l’huile au bain marrie pour faire évaporer l’eau ou non?
    L’odeur « normale » de l’huile de millepertuis est comparable à quoi ? Une odeur légèrement fleurie, légèrement fruitée?
    En tout cas celle que j’avais fait à chaud avait une légère odeur agréable, un léger parfum de fleur.

    1. Oui, faire chauffer gentiment au bain-marie est une méthode que j’ai parfois employé pour mes huiles qui avaient « mal tourné », mais je pense que la décantation + siphon est plus direct et efficace. Recherchez l’odeur obtenue avec votre macération à chaud.

  10. Malheureusement mon bocal est hermétique. Je n’ai pas mis dessus juste un morceau de tissus, je ne savais pas, je pensait qu’il devait être bien fermé. Par contre dès qu’un peu de vapeur se met sur les parois à l’intérieur du bocal, je l’ouvre et j’essuie celle-ci. Je vais essayer de filtrer comme vous dites et puis on verra bien 48 heure après si l’eau se sépare de l’huile. Dommage.

    Mais sinon sauriez-vous me décrire l’odeur « normale » d’un tel macérât ? Est-ce une légère odeur fleurit, fruitée?

  11. Bonjour,

    j’ai fait macérer du millepertuis dans de l’huile d’olive pendant 1 mois. C’est une macération à froid. Avant j’ai fait sécher 2 jours les fleurs pour qu’elle soient fripées, qu’elles aient perdu un peu d’eau.
    L’huile est maintenant bien rouge (couleur jus de cerise). Cependant je voudrais savoir si l’huile n’a pas rancit. Qu’elle doit être l’odeur de la macération ? Actuellement cela sent je dirais un peu comme le vinaigre balsamique. est-ce normal ?

    La dernière fois j’en avais fait une à chaud et cela n’avait pas la même odeur (une petite odeur très légèrement fruitée.
    Cordialement

    1. Bonjour Samuel,
      Je m’inquiète un peu de l’odeur vinaigrée qui pourrait être un signe d’un départ de fermentation. Avez vous pensé à laisser le bocal ouvert, avec juste un morceau de tissus dessus pour éviter la poussière ? Il faut laisser s’échapper l’humidité le plus possible. Si c’était moi :
      – je filtrerais le tout
      – je laisserais reposer le filtrat pendant 48 heures
      – je regarderai si solution aqueuse au fond du récipient. Même si toute petite quantité, il faudra la séparer (siphonner la partie huileuse).
      Il n’est peut être pas trop tard pour sauver ce beau mélange, j’espère !

  12. oui elle avait un beau rouge , pour le goût n’ayant pas vraiment de références pour comparer , je dirais un peu âpre en bouche

    je me fais la réflexion en vous répondant à quel point mon vocabulaire olfactif et gustatif est pauvre, voire médiocre
    depuis quelque temps , avec les cueillettes je sens et je goûte et ensuite pour essayer d’exprimer ce que j’ai senti ou goûté …. les mots précis me manquent ….!

    merci pour votre gentillesse et bonne soirée

  13. un énorme merci pour ces précisions
    je viens de filtrer ma teinture mère de millepertuis , je l’ai laissé en macération une semaine dans un alcool à 50%….et puis ensuite je me suis dit que c’était peut être un peu rapide.. pensez vous qu’elle soit inactive ?

    1. Non, elle sera active. En pratique, si l’on fait une analyse du contenu d’une teinture mère jour après jour, on s’aperçoit que peut-être 80% des composants ont été relâchés au bout de quelques jours. Bien sur, cela dépend de la plante et du composant, je fais une généralisation. Et il vaut toujours laisser 2 à 3 semaines pour être sur de son coup. Mais si vous arrêtez avant pour le millepertuis, et que la teinture est d’un beau rouge, a un bon goût caractéristique (il vous faudra un peu d’expérience pour apprendre à bien le connaitre), vous devriez avoir une belle et bonne teinture.

  14. Je vois qu’il y a du plomb dans la pante (LEAD), cela est certainement du à l’environnement (voitures, gaz d’échappement etc.). La plante absorbe probablement une petite partie de cette pollution ?
    En tout cas la quantité de principes actifs est impressionnante.

  15. Merci de cette réponse complète qui a parfaitement répondu à mes interrogations. J’ai appris beaucoup de choses.

  16. Bonjour,

    lorsque vous faites l’huile ou la teinture mère, mettez-vous aussi les feuilles en plus des fleurs ? Je pose la question car vous dites plus haut dans votre article que les feuilles possèdent des glandes regorgeant de principes actifs. De plus je n’arrive pas voir sur les photos s’il y a les feuilles avec. Faut-il ces principes actifs des feuilles aussi dans les préparations ?Dans les glandes de ces feuilles il y a quoi ? De l’hypericine, de l’hyperforine ? Y a-t-il la même chose dans les fleurs ?
    Est-ce les principes actifs des feuilles ou des fleurs qui font devenir ces préparations rouge ?

    Cela fait beaucoup de questions, désolé …
    Bonne journée

    1. Oui, je met 5 cm des parties aériennes terminales, qui contiennent fleurs et feuilles. Bien que la majorité de la préparation doit être la fleur, une certaine proportion de feuille est, pour moi, désirable.
      C’est l’hypericine qui donne la couleur rouge à la teinture/huile, et on l’utilise comme marqueur de qualité, sachant que si l’hyperforine est encore active dans la plante, les autres composants le seront certainement aussi.
      Mais nous savons aujourd’hui que l’action du millepertuis n’est due ni à son hypéricine, ni à son hyperforine seule, mais bel et bien au totum de la plante.

      Voici une liste de composants actifs. « PLANT » veut dire que le composant se trouve dans la fleur comme dans la feuille. « FLOWER » signifie uniquement dans la fleur. « Seed » représente la graine. « Stem » la tige. « Root » la racine. Pour « Essential oil », pas sur, signifie probablement qu’il faut distiller la plante entière pour obtenir ce composant d’une manière détectable. « ppm » = partie par million. « tr » = trace.

      (+)-EPICATECHIN Plant
      (-)-EPICATECHIN Plant
      ASCORBIC-ACID Plant 1,300 ppm; Seed 395 ppm
      BRENZCATECHIN Plant
      CADINENE Essential Oil
      CADMIUM Leaf 1 – 7 ppm; Plant 1 – 5 ppm; Root 1 – 3 ppm
      CAROTENE Seed 165 ppm
      CAROTENOIDS Plant
      CARYOPHYLLENE Essential Oil
      CERYL-ALCOHOL Plant
      CHLOROPHYLL Plant
      CHOLINE Plant
      CINEOLE Essential Oil
      CIS-TROLLIXANTHIN Flower
      EMODINANTHRANOL Plant
      EO Plant 600 – 3,500 ppm; Seed 3,300 ppm
      FAT Seed 328,000 – 328,000 ppm
      FLAVONOIDS Flower 117,100 ppm
      GURJUNENE Plant
      HYPERFORIN Plant
      HYPERICINS Plant 95 – 4,660 ppm
      HYPERICODIHYDROANTHRONE Plant
      HYPERIN Plant
      HYPEROSIDE Plant
      IMANIN Plant
      ISOHYPERICIN Plant
      ISOQUERCITRIN Plant
      ISOVALERIC-ACID-ESTER Plant
      LEAD Leaf 6 – 18 ppm; Plant 2 – 12 ppm; Root 4 – 5 ppm
      LIMONENE Plant
      LUTEIN Flower
      LUTEOXANTHIN Flower
      MANNITOL Plant 11,000 – 20,000 ppm
      METHYL-2-OCTANE Essential Oil
      MYRCENE Essential Oil
      MYRISTIC-ACID Plant
      N-DECANAL Essential Oil
      N-NONANE Essential Oil
      N-OCTANOL Essential Oil
      NOVOIMANIN Plant
      PALMITIC-ACID Plant
      PECTIN Plant
      PHENOL Plant
      PHLOBAPHENE Plant
      PHLOROGLUCINOL Plant
      PHYTOSTEROLS Plant
      PINENE Essential Oil
      PROTEIN Seed 181,000 – 207,000 ppm
      PROTOHYPERICIN Plant
      PROTOPSEUDOHYPERICIN Plant
      PROVITAMIN-A Plant 130 ppm
      PSEUDOHYPERICIN Plant
      PSEUDOHYPERICODIHYDROANTHRONE Plant
      PYROGALLOL Plant
      QUERCETIN Plant
      QUERCITRIN Plant
      RESORCYNOL Plant
      RUTIN Plant
      SAPONIN Seed
      SITOSTEROL Plant
      STEARIC-ACID Plant
      TANNINS Flower 162,000 ppm; Leaf 124,000 ppm; Plant 51,400 – 92,700 ppm; Seed 121,000 ppm; Stem 38,000 ppm
      TROLLICHROME Flower
      VIOLAXANTHIN Flower

      1. Dans un autre article « Manganèse et cuivre » vous dites que le millepertuis contient le plus haut taux de cuivre, par contre je n’en vois pas dans cette liste?

        1. Effectivement l’analyse spectrographique que j’ai dans mes fichiers ne mentionne pas le cuivre, alors que l’étude  » manganèse et cuivre  » donne la feuille riche en cuivre. Je ne pourrai par contre pas expliquer pourquoi, sauf que ce sont deux études de laboratoires différents…

  17. Bonjour,

    Je fais macérer du millepertuis pas complètement sec comme vous avez dit dans de l’huile d’olive. J’ai fait sécher les fleurs fraîches pendant environs 48h donc les feuilles et les fleurs étaient un peu fripées. J’ai mis une feuille de papier autour du bocal pour empêcher les UV de passer et je met le bocal au soleil. C’est donc une macération à froid. Étant donné que les fleurs n’étaient pas « complètement » sèches, mais juste un peu, faudra-t-il faire une décantation à la fin du processus (après filtrage) ? Si oui comment le fait-on ?
    J’ai lu sur le site d’henriette kress que lors d’une macération à chaud avec bain marie, après le filtrage, l’huile est mise dans un pot et au repos pendant 4 à 7 jours. Au bout de cette période l’huile est au dessus et l’eau en dessous. Il faut alors tirer uniquement l’huile au dessus avec une seringue et jeter le reste.
    Faut-il procéder comme cela aussi avec ma macération à froid? Sachant qu’il restait « un peu » d’eau dans la plante?

    Merci d’avance pour votre aide.

    1. Bonjour,
      Oui, il faudra peut être une décantation car il se peut qu’il reste un peu d’eau. Vous le verrez vite. L’eau se retrouve au fond, l’huile au dessus. Filtrez, ne pressez pas le marc, et laissez reposer 1 ou 2 jours, regardez au fond du bocal. S’il y a une couche, même fine, décantez à l’aide d’une louche ou en faisant un siphon. Il y aura un peu de perte d’huile, ce n’est pas bien grave. Mieux vaut laisser un peu d’huile au dessus de l’eau plutôt que de jeter toute l’huile dans 6 mois car l’eau (chargée en bactéries) a fait fermenter l’huile.

      La méthode d’henriette est donc valide pour la macération à froid (la durée d’attente me parait un peu longue sachant que la séparation eau/huile se fait assez rapidement).

      En pratique, dans la plupart des cas, je ne fais aucune décantation car la plante est bien fripée lorsque je la mets en macération. Elle est quasi sèche. Je le ramasse fin juin en provence, et le temps est en principe très sec et le millepertuis contient donc peu d’humidité. L’huile ne contient pas d’eau (ou disons que la quantité n’est pas notable à l’oeil nu). Je n’ai pas de problèmes de fermentation.

      Bonne préparation !

  18. Bonjour Christophe, je viens du Québec et je suis herboriste traditionnelle. Avez-vous déjà entendu parlé de l’utilisation de l’huile de millepertuis comme protection solaire ? Ça semble bizarre à première vue à cause de l’effet photosensibilisant, mais quand j’ai lu cela (Susun Weed, Herbmentor…) j’ai eu envie de l’essayer. J’ai contacté un collègue pharmacien spécialisé en produits naturels, jean-Yves Dionne, pour voir s’il aurait une explication logique à tout cela. Il est allé de ses hypothèses : la molécule responsable de cette photosensibilité est l’hypéricine. D’ailleurs, à part votre histoire, les cas de photosensibilités ont été noté sur du bétail qui avait mangé la plante ou chez des humains ayant consommé des extraits standardisés d’hypéricine (3 à 5 fois la dose que l’on prend avec des teintures en herboristerie). Alors J-Y m’a dit que peut-être, si on prend le millepertuis par voie interne, la molécule se retrouve donc dans la circulation, dans les cellules puis, la peau exposée au soleil absorbe les rayons qui pénètrent dans la peau et, en contact avec l’hypéricine, cause des dommages. Mais peut-être que si on applique la molécule sur la peau, alors la molécule absorberait les rayons au lieu que ce soit la peau… Bien évidemment, tout dépend du degré d’absorption de l’huile et de sa concentration. Bref, j’ai quand même eu envie de l’essayer pour en avoir le coeur net. Et bien depuis maintenant plus de 4 ans, l’huile de millepertuis est devenue chez nous la première source de protection solaire. Le résultat est que la peau bronze plus facilement et développe mieux sa mélanine, elle apprend à se protéger naturellement. Bien entendu, tout cela de pair avec une exposition intelligente et progressive dans la saison. J’en ai parlé à plusieurs personnes autour de moi et depuis je n’ai que de bons commentaires et ceux qui l’essayent l’adoptent. Et, si jamais la peau est un peu plus rouge que l’on aurait souhaité à la fin de la journée… on n’a qu’à mettre de l’huile de millepertuis pour apaiser le tout et virer tout ça au bronze !
    Peut-être y a-t-il une synergie qui se crée entre l’huile végétale (généralement olive ou tournesol) et le millepertuis pour que cet effet se produise. J’imagine que dans votre cas, la molécule pure était trop concentrée sur votre front et vos mains
    Voilà… un partage que je trouvais fort intéressant.
    Au plaisir et bon été !
    Catherine Lalonde

    1. Merci Catherine pour ce partage. Mon expérience est en effet un peu à part, car après avoir passé quelques heures à ramasser les fleurs, j’avais les mains couvertes de pigments, qui se sont retrouvés purs sur ma peau, mélangés à la sueur. L’huile va délivrer ces composants d’une manière bcp plus douce. Votre expérience avec cette « crème solaire naturelle » reflète celle d’autres herbalistes comme Henriette Kress. L’explication du pharmacien est intéressante. Je ne l’ai jamais essayé moi-même dans ce contexte, mais j’ai beaucoup utilisé l’huile de chaparal (Larrea tridentata) avec les mêmes résultats. Le tout est effectivement de pratiquer une exposition raisonnée.

      De toute façon, les crèmes solaires sont très contestées aujourd’hui. Je n’en mets pas la plupart du temps, en faisant attention de ne pas trop rougir. A l’avenir, j’essayerai l’huile de millepertuis.

      Bon été à vous aussi!

  19. Très bon article et très complet !
    Ce qui est particulièrement appréciable dans cet article, ce sont les références au savoir ancien des « guérisseurs » (et guérisseuses), ainsi qu’aux herboristes comme Gazin. Il s’en dégage toujours comme un air de véracité, un peu oublié de nos jours, du fait de la minutie et de la précision de leurs observations.
    Merci pour tout ce travail, qui peut nous éviter bien des recherches.

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