Lotier corniculé (Lotus corniculatus) : propriétés calmantes, sommeil et précautions d’usage

Partager

Vous avez probablement marché dessus sans le savoir. C’est une petite plante discrète des prés et des talus qui fait de magnifiques fleurs jaunes, parfois tachetées d’orange. Elle est très abondante dans nos campagnes, et elle a des propriétés qu’un célèbre médecin phytothérapeute français a découvertes par pur hasard. Sur un malentendu en fait.

Dans cet épisode, je vous parle du lotier corniculé.

Avant de démarrer, je vous rappelle que l’école Altheaprovence vous propose toute une gamme de formations en ligne sur l’herboristerie appliquée, pour vous aider à comprendre comment vous pouvez accompagner vos proches ou vos clients pour différents types de problématiques de santé, toujours en complément d’un suivi médical.

Je vous rappelle aussi que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Les informations partagées dans cet épisode sont à visée éducative uniquement et n’ont pas vocation à remplacer un suivi médical.

plusieurs pieds de lotier corniculé, montagne en arrière plan

 


Lotier corniculé : un peu de botanique

Allez, un peu de botanique pour commencer. Le lotier est une plante vivace de la famille des Fabacées que vous allez trouver un peu partout en France. Elle est herbacée (c’est-à-dire qu’elle ne fait pas de bois au fil des années, contrairement à d’autres plantes). Elle est relativement basse, parfois couchée au ras du sol. On la trouve en général sur les pelouses, dans les champs, sur les talus; au bord des chemins. Très courante dans nos campagnes.

Les feuilles sont alternes, trifoliées (donc 3 folioles), avec 2 stipules qui vont former avec les 3 folioles un groupe de 5. Donc ça ressemble à 5 folioles, mais techniquement, ce sont 3 folioles et 2 stipules.

Nous avons des inflorescences en grappe. Ce sont des fleurs papillonacées, donc 1 étendard, 2 ailes et une carène composée de 2 pétales. La couleur est en général jaune mais on trouve aussi des versions teintées d’orange et parfois ça peut tirer sur le rouge.

Le fruit est une gousse, typique là encore des Fabacées, et cette gousse est prolongée par une petite corne, d’où le nom de lotier corniculé. Un autre nom de la plante, c’est « pied de poule », qui vient de la disposition des gousses en éventail.

Elle est assez polymorphe, c’est-à-dire que certaines caractéristiques de la plante vont varier en fonction du milieu. On peut avoir des variations de la taille, de la forme des folioles, de la couleur des fleurs, de la pilosité. Ce qui peut paraitre un peu déroutant lorsqu’on n’a pas vu ces différentes variations car on pourrait croire que ce sont différentes espèces. Donc comme toujours, faites-vous accompagner par des gens qui connaissent la plante si vous voulez l’identifier.

plant de lotier corniculé, feuilles et fleurs

 

Parties utilisées

Les parties utilisées sont soit les fleurs, soit la partie aérienne fleurie (donc feuilles, fleurs et tiges). On récolte au moment de la floraison qui peut durer plusieurs mois. En général, le pic de floraison se trouve autour de juin-juillet dans de nombreuses régions.

On coupe les parties qui nous intéressent, on fait sécher bien à plat dans un endroit sec, et on peut conserver sec ou transformer frais, on parlera des formes et préparations dans quelques minutes.

 


Constituants

En ce qui concerne les constituants, nous avons 3 grandes classes :

  • Des flavonoïdes (quercétine, naringénine, kaempférol, etc.), probablement responsables en grande partie des effets sur le système nerveux dont nous allons parler.
  • Des tanins condensés ou pro-anthocyanidols, qui ont en général un effet tonique cardiovasculaire, en particulier sur le retour veineux. Bien que cette propriété ne soit pas mentionnée dans la tradition, du moins pas à ma connaissance.
  • Et des hétérosides cyanogènes dont nous allons reparler en détail.

Lotier corniculé : utilisations médicinales

Allez, on parle de propriétés médicinales du lotier. Et pour ce faire, on va faire intervenir un grand médecin français qui s’appelle Henri Leclerc et qui a grandement contribué à la pratique moderne de la phytothérapie en France. C’est plus ou moins lui qui a amené le lotier dans la pharmacopée française apparemment. Je vous raconte l’histoire.

Une de ses patientes, qui est fermière, a des problèmes de conjonctivite et elle est très nerveuse, ce qui lui donne des palpitations et des troubles du sommeil. Pour sa conjonctivite, il lui dit de se préparer une infusion de mélilot pour en faire un collyre.

Sauf que la patiente se trompe complètement et utilise du lotier au lieu du mélilot. Et au lieu de l’utiliser en collyre, elle boit la tisane de lotier. Résultat : ses yeux ne s’arrangent pas vraiment. Mais là où c’est surprenant, c’est que sa nervosité s’améliore. En moins d’une semaine, elle dort bien, ses palpitations se calment. Et Leclerc décide de creuser. Il teste le lotier sur d’autres patients avec les mêmes symptômes nerveux. Et bingo : ce n’était pas un coup de chance, c’était vraiment le lotier qui faisait l’effet. Une belle découverte, mais complètement par hasard.

Ce qui nous amène aux propriétés et indications :

  • Antispasmodique, qui relaxe les muscles. On parle ici probablement des muscles lisses (c’est compliqué de trouver des informations précises sur le lotier vu que ce n’est pas une plante très utilisée et très documentée). Ces muscles lisses se trouvent au niveau digestif, utérin, urinaire, donc cette action va relaxer les crampes et les spasmes à ces endroits-là. Mais ce n’est pas vraiment une indication traditionnelle pour la plante. Ce qui va nous intéresser par contre, d’un point de vue action sur les hyperexcitabilité nerveuses, c’est le fait que nous avons aussi des muscles lisses dans les artères, et que cette action fera, je pense, légèrement baisser la tension artérielle. Et lorsqu’on relâche un peu la tension artérielle, on relâche aussi l’état de tension global de la personne.
  • Sédatif, qui calme le système nerveux.
  • Hypnotique léger, qui provoque le sommeil.
  • Un effet antidépresseur démontré sur animaux (Gürağaç, 2020)

Donc globalement, le profil du lotier : calmant, relaxant, apaisant, fait légèrement baisser la tension artérielle lorsque celle-ci a une composante neurotonique, c’est-à-dire des montées de la tension d’origine nerveuse. Et relâche la personne tendue comme un arc.

On peut faire de bonnes combinaisons sous forme de tisanes ou de teintures/alcoolature. Avec le mélilot ou l’aspérule odorante pour créer un effet d’apaisement le soir avant d’aller au lit. Avec l’aubépine et l’agripaume pour calmer une hyperexcitabilité cardiaque, avec l’accord de votre médecin bien sûr.

Avec le millepertuis pour des situations de dépression légère à modérée, ou dépressions saisonnières. Avec le houblon pour des nuits difficiles, si pas de contre-indications. Je ne vais pas vous mentionner les contre-indications des plantes des associations, je vous laisse aller consulter les différentes fiches sur mon site ou ailleurs, sinon on va y passer des heures. Mais c’est important de le faire.

Une petite note au sujet du lotier pour les troubles du sommeil : il a cette réputation d’aider la personne lorsqu’il y a des réveils nocturnes. C’est sa petite spécialité. Peut-être que la personne n’a pas de mal à s’endormir, mais va se réveiller pendant la nuit et aura du mal à se rendormir.

 


Formes et dosages

En ce qui concerne les formes et les dosages.

  • Pour la tisane, Fournier conseille une cuillère à soupe des fleurs sèches pour une tasse d’eau bouillante, 3 à 4 tasses par jour.
  • Leclerc recommande de 2 à 3 g d’extrait fluide par jour, en prise de 50 gouttes. Alors, il parle ici d’extrait fluide selon la définition du codex pharmaceutique, c’est-à-dire 1 g d’extrait fluide correspond à 1 g de plante sèche. Ce qui est une forme qui est, en moyenne, 5 fois plus concentré qu’une teinture. Donc ça commence à faire de fortes doses de teinture.
    • Donc je vais me démarquer du grand Leclerc ici, et vous conseiller une 30’aine de gouttes de teinture ou alcoolature 2 à 3 fois par jour comme point de départ. Cela dit, ponctuellement, si pas de contre-indications, je pense qu’on peut prendre des doses plus élevées si nécessaire. En revanche, il nous faut aussi parler des précautions.


Lotier corniculé : précautions

Pourquoi est-ce que je vous ai parlé d’associations possibles avec d’autres plantes ? Est-ce que la plante n’est pas utilisable seule, bien dosée, et sur de longues périodes ? Basé sur les données que nous avons à notre disposition, peut-être pas.

Elle contient ce qu’on appelle des glycosides cyanogénétiques. Ces glycosides seront décomposés pour donner de l’acide cyanhydrique, qui est fortement toxique. Alors, on ne va pas s’affoler pour autant. Ce sont de faibles quantités. Mais on va devoir prendre cela en compte.

On va en trouver dans certains phénotypes de lotier, certaines variations, si vous voulez, qui sont quasi impossibles à distinguer des autres. Pour dire les choses d’une manière plus simple, certains lotiers en contiendront plus que d’autres, et vous ne pourrez pas dire lesquels. Cela va aussi varier selon la saison (Foulds & Grime, 1972).

J’ai trouvé une étude qui dit que les espèces cultivées semblent en contenir beaucoup plus que les espèces sauvages. Cela dit, les espèces sauvages en contiennent (Blaim, 2015). Toutes les références sont à la fin de cet article, si vous voulez aller plus loin.

Cet acide cyanhydrique est libéré après une blessure des tissus, par exemple lors de la coupe de la plante fraîche ou d’une macération dans de l’eau tiède ou chaude (avec une température supérieure à 40°C) (Conn, 1979).

Le séchage réduit la libération d’une manière significative. Cela dit, pas complètement, et une infusion de plante sèche, ou une teinture de plante sèche, peut encore en contenir des traces (jusqu’à 5 mg/kg de matière sèche, Vetter, 2000).

Les fleurs sont moins concentrées en glycosides cyanogénétiques que les autres parties de la plante (0,1–0,5 mg/g de matière sèche). Cela dit, elles en contiennent une petite quantité, surtout en période de floraison active (Foulds & Grime, 1972).

De petites quantités d’acide cyanhydrique seront détoxifiées par le foie. Cela dit, des quantités plus importantes peuvent surcharger la capacité du foie et créer une intoxication cyanidrique.

En Belgique, sa commercialisation en tant que plante médicinale est réglementée en raison de ce risque (Arrêté royal de 1997).

Voilà, j’ai terminé avec les données brutes. Du coup, voici ce que je vais en déduire, afin de garder un certain principe de précaution :

  • Plutôt utiliser les fleurs que toute la partie aérienne.
  • Plutôt faire sécher d’abord, pour transformer ensuite en teinture ou en tisane.
  • Réserver le lotier à un usage occasionnel si on le prend seul, ou l’utiliser en plus petites quantités dans un mélange à tisane ou teintures si on veut l’utiliser sur le plus long terme. Et encore, on fera des pauses régulières. C’est pour cela que je vous ai parlé d’associations possibles, pour vous donner des idées.
    • Je pense qu’on peut faire des prises ponctuelles plus élevées que les doses suggérées il y a quelques minutes, et dans la mesure du raisonnable, si la plante fournit un soulagement que d’autres plantes ne fournissent pas. Et si on n’a pas les contre-indications suivantes. On en revient toujours au ratio bénéfices/risques.
  • Éviter en cas de grossesse, allaitement ou pathologies hépatiques car c’est le foie qui va prendre la charge.
  • Ce n’est pas une plante que je donnerais à des enfants, on a des plantes bien plus douces pour calmer un système nerveux en état d’hyperexcitation.
  • Et si cela vous préoccupe, vous pouvez bien évidemment privilégier des plantes totalement inoffensives comme la camomille matricaire, la mélisse, le tilleul et bien d’autres.

Voilà pour mes conclusions. Mon but ici n’est pas de vous faire peur, mais de vous donner l’information. On ne peut pas balayer tout ceci sous le tapis. D’autres plantes contiennent des glycosides cyanogénétiques comme la passiflore. Pour Passiflora incarnata, les feuilles en contiennent (et c’est la partie que l’on utilise en herboristerie), mais les études ne donnent pas de concentrations, donc je ne peux pas comparer avec les teneurs du lotier.

En ce qui me concerne, c’est une plante que j’ai testée sur moi, que j’ai conseillée à certaines personnes avec qui je travaille, et je n’ai pas l’intention de l’évincer de ma boîte à outils. Mais j’ai l’intention de suivre les précautions que je vous ai énumérées.

Et c’est tout pour le lotier. Merci d’être là, merci de nous soutenir, ça nous permet de continuer à faire ce travail de fond et de vous en faire profiter. Et on se retrouve très vite pour un nouvel épisode !


Références

Gürağaç Dereli FT, Khan H, Sobarzo-Sánchez E, Akkol EK. Antidepressant Potential of Lotus corniculatus L. subsp. corniculatus: An Ethnobotany Based Approach. Molecules. 2020 Mar 12;25(6):1299. doi: 10.3390/molecules25061299. PMID: 32178424; PMCID: PMC7144109.

EFSA (2019). Scientific Opinion on the risks for human health related to the presence of cyanogenic glycosides in foods. EFSA Journal, 17(12), e05922.

Vetter, J. (2000). Toxicity of cyanogenic glycosides in food. Journal of Food Composition and Analysis, 13(2), 173-180.
Foulds, I., & Grime, G. P. (1972). The distribution of cyanogenic glycosides in Lotus corniculatus. Journal of Ecology, 60(3), 751-761.

Conn, E. E. (1979). Cyanogenic compounds in plants and their pharmacological effects. Phytochemistry, 18(5), 759-764.

SPF Santé publique (Belgique). (2026). Liste des plantes réglementées en médecine non conventionnelle. Arrêté royal du 29 août 1997 (modifié en 2021).

Blaim, H., & Nowacki, E. (2015). Cyanogenesis in Lotus and Trifolium species. 19-26. https://doi.org/10.5586/aa.1979.003

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Avant de poster, merci de lire les instructions ici

Découvrir plus
Mentions légales - Conditions Générales de Vente - Conditions Générales d'Utilisation

Abonnez-vous à la lettre d’information gratuite de Christophe afin de garder ou retrouver la santé grâce aux plantes. En vous abonnant, vous recevrez le livret gratuit « Les 6 plantes pour les petits bobos de tous les jours ».