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Frêne : plante pour l’arthrose, la goutte et le drainage rénal

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Bonjour,

J’étais en train de parcourir un grand classique de l’herboristerie nord-américaine, écrit dans les années 1800 (qui est un siècle assez fabuleux en Amérique du Nord avec plusieurs courants qui ont grandement influencé la pratique moderne). Et je n’avais jamais remarqué qu’on ne parle quasiment pas du frêne, parfois pas du tout. Chez nous, c’est une grande classique. Et pourtant, l’arbre est très présent en Amérique du Nord, on trouve une quinzaine d’espèces de frênes. Mais il ne s’est pas imposé comme chez nous, comme grande plante médicinale. Et je ne sais pas trop pourquoi.

En tout cas, cette réalisation m’a donné envie de vous parler du grand et majestueux frêne dans la pratique de l’herboristerie française. C’est un arbre que j’aime beaucoup utiliser dans les mélanges que je conseille. C’est un arbre sacré dans les mythologies nordiques, vous le savez peut-être. On l’appelle Yggdrasil, l’arbre-monde. Les dieux se rendent quotidiennement à Yggdrasil pour leur assemblée. Les branches s’étendent très loin dans les cieux, et l’arbre est soutenu par trois racines qui s’étendent très loin dans d’autres mondes. Je vous laisse explorer la mythologie nordique si ça vous intéresse. Nous, on va se concentrer sur ses propriétés médicinales.

Frêne, feuilles


Un peu de botanique

Les frênes sont des arbres de la famille des Oléacées, comme l’olivier, le lilas et le jasmin. On les reconnait assez facilement. D’abord, à partir des bourgeons qui sont assez gros, marron foncé tirant vers le noir pour le frêne élevé. Ensuite à leurs feuilles composées d’environ 5 paires de folioles, une de chaque côté du rachis, et d’une foliole terminale tout au bout. Les fleurs apparaissent avant les feuilles au mois de février et sont composées de grappes de pistils et d’étamines sans pétales. Et puis les fruits plats apparaissent, et eux aussi sont caractéristiques, on les appelle les « samares ». Je vous laisse regarder les photos dans vos ouvrages favoris de botanique.

Chez moi dans le Sud, on va trouver le frêne plutôt dans les zones humides, en bord de canal ou de rivière, en zone ombragée. Pour les autres zones géographiques, c’est globalement le cas aussi, mais ça va dépendre des régions, on peut le trouver dans des endroits un peu plus secs.

On trouve trois types de frênes en France. Le frêne élevé (Fraxinus excelsior), le frêne à feuilles étroites (Fraxinus angustifolia), et le frêne à manne (Fraxinus ornus). Le frêne à manne est de taille plus petite et utilisé pour récupérer cet exsudat caractéristique qui donne des blocs de couleur blanche. Je vous renvoie à ma vidéo sur la manne de frêne, tournée il y a maintenant 8 ou 9 ans je crois… et oui, c’est bien moi sur la vidéo, on change !

En tout cas, aujourd’hui, on ne parle pas de la manne de frêne mais des autres parties médicinales de l’arbre, et pour ces autres parties, on peut utiliser les trois types de frêne. La manne, elle ne provient que du frêne à manne. Les feuilles, les samares, on peut les récolter des trois frênes. Donc à partir de maintenant, je vais juste parler de « frêne » sans préciser s’il s’agit de l’élevé ou des autres. Sachant que dans les herboristeries, très souvent, ce sont les feuilles de l’élevé et accessoirement de celui à feuilles étroites, que vous allez acheter.

Fraxinus ornus


Récolte

Pour la récolte, on va surtout parler de la feuille. Elle est facile à récolter, on peut faire un beau sac relativement rapidement. On peut récolter directement sur l’arbre, attention aux chutes des échelles. J’ai malheureusement un bon ami qui a été victime d’une telle chute. Et attention de ne pas trop déplumer les branches et de cueillir un peu ici et là. Le plus simple sera de récolter à terre sur des branches taillées, c’est largement moins dangereux. On peut faire des partenariats assez sympathiques avec les élagueurs.

On fait ensuite sécher ces belles feuilles vertes à plat sur des claies de séchage. La partie centrale, le rachis de la feuille composée, n’est pas très intéressant, donc on peut l’enlever si on a la patience et lorsque la feuille est encore fraiche, pour ne garder que les folioles à faire sécher.

On peut utiliser les samares, ça s’est fait dans le passé, on en reparlera lorsqu’on abordera les formes, les quantités à utiliser et les préparations.

À savoir, Eric Lorrain dans son ouvrage « Grand Manuel de Phytothérapie » nous rappelle que le frêne élevé et le frêne à feuilles étroites sont inscrits sur les listes rouges mondiale et européenne des espèces quasi menacées à cause d’une épidémie fongique qui les touche. L’état de la ressource va dépendre des régions, donc renseignez-vous avant de ramasser.

fruit du frêne


 

Constituants

On parle rapidement des constituants car c’est toujours une manière intéressante de comprendre les propriétés de la plante.

Les plus connus pour le frêne sont probablement les iridoïdes & sécoiridoïdes. Oleuropéine, excelsiosides et compagnie. Ils sont anti-inflammatoires et antalgiques.

Des coumarines. Fraxine, Fraxétine, Esculétine et compagnie. Qui semblent être en partie responsables de l’effet éliminateur de l’acide urique, on va en reparler.

Des flavonoïdes antioxydants et anti-inflammatoires : quercétine, rutine, etc.

Des acides-phénols anti-inflammatoires : acide caféique, acide férulique, etc.

Des acides terpéniques : acide ursolique et oléanique. Anti-inflammatoire, correcteur des désordres métaboliques (excès glycémiques et lipidémiques).

Des tanins : qui vont lui donner un effet astringent et tonique du retour veineux. On ne va pas en reparler mais il a une activité vasculoprotectrice. Qui protège les veines contre le vieillissement prématuré lorsqu’on a une faiblesse du retour veineux.

Du mannitol en grande quantité, qui explique l’effet laxatif s’il est pris aux bonnes doses, et en partie son effet diurétique. On trouvera bien évidemment beaucoup plus de mannitol dans la manne de frêne, mais on en trouve aussi dans la feuille.

Des minéraux, en particulier potassium et calcium.

Des mucilages adoucissant.

Donc une belle complexité, qui va néanmoins lui donner un effet assez clairement anti-inflammatoire, diurétique et drainant.


Propriétés et indications

Allez, on parle maintenant des propriétés et indications. Je vais essayer de vous emmener dans des réflexions liées à l’observation et à la pratique. Donc on va plonger dans des observations des praticiens du passé pour voir ce qu’ils ont à nous dire. Ca peut paraitre un peu complexe parfois, mais ça renferme des pépites qui peuvent nous servir.

Crises de goutte

La première indication, probablement la plus connue dans la tradition, c’est pour réduire la fréquence et l’intensité des crises de goutte.  Une condition qui était associée aux revenus les plus élevés dans le passé, la royauté, la bourgeoisie, on avait l’image du viandard, du bon vivant, celui qui mange et qui boit beaucoup. Aujourd’hui, on n’a plus vraiment ce profil, on voit que les crises ont surtout une composante génétique, on en reparlera car j’aimerais vous faire un épisode dédié à l’hyperuricémie.

Mais revenons au frêne et aux crises de goutte. Ce cher Paul-Victor Fournier nous dit « C’est l’empirisme populaire qui a, sur ce point, éclairé la science médicale ». C’est-à-dire que c’est la pratique familiale de l’herboristerie qui a servi de laboratoire d’expérimentation. Il continue et nous parle d’un certain Dr Peyraud :

« [… ] après avoir vainement usé de tous les moyens connus, du moins connus de l’enseignement officiel, contre la goutte qui le tourmentait, il eut recours, sur l’indication d’un de ses client – bel exemple de modestie scientifique – à l’usage des feuilles de frêne et s’en trouva si bien que, dans un intervalle de quatre ans, il n’eut qu’un seul accès, dissipé d’ailleurs en cinq jours par le recours au même remède. »

Un autre médecin, un certain Dr Delarue, attirait l’attention de ses confrères sur ces mêmes propriétés. Une ouvrière lui conseilla  les feuilles de frêne pour soigner sa propre mère, atteinte de goutte rhumatismale chronique généralisée, avec douleurs vives, tuméfaction considérable, difficulté de mouvement allant presque jusqu’à l’impossibilité. Dès la première quinzaine, une amélioration se manifeste et en quelques mois, la malade était guérie.

Alors oui, on lit ça, on se dit… attend, ça semble un peu trop beau pour être vrai non ? OK, mais on a quoi à risquer si on essaie ? Si on n’est pas polymédicamenté et qu’il n’y a pas de risques d’interactions majeures, on a quoi à risquer d’essayer le frêne comme remède lorsqu’on a des problématiques de goutte ? La question est rhétorique, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué.

Donc OK, vous l’aurez compris, le frêne peut aider à réduire la fréquence des crises de goutte, et probablement l’intensité, au travers d’un effet draineur de l’acide urique au travers des reins. Et même s’il n’y a pas crise de goutte, il pourra aider à réduire l’uricémie, les taux d’acide urique en circulation sanguine qui risquent de créer inflammation et dépots si on ne fait rien.

L’effet du frêne, c’est un effet très diurétique et qu’on appelle parfois, dans le monde des plantes, « uricosurique ». Donc si vous croisez ce terme dans certains ouvrages, vous saurez à quoi il fait référence.

frêne, arbre

 

Arthrose, rhumatismes

On élargit la discussion et on inclut maintenant toute douleur et inflammation articulaire qui n’est pas forcément de la goutte. Que l’on appelle ça l’arthrose, les rhumatismes ou autre, c’est une utilisation qui est très présente dans la tradition aussi.

A un premier niveau assez simple, on peut utiliser la feuille de frêne comme anti-inflammatoire articulaire assez générique, pour tout type de situation rhumatismale chronique. C’est d’ailleurs une plante dont on parle beaucoup la formation sur la santé ostéoarticulaire de l’école Altheaprovence.

Fournier nous cite un certain Dr Decaux qui a prescrit avec succès, chez les arthritiques et les goutteux, les feuilles de frêne en infusion, soit seules, soit en association avec d’autres plantes comme la reine-des-prés ou le cassissier. Et à l’époque, on n’a pas encore la gemmothérapie, donc là on parle du cassissier feuille, je vous en avais déjà parlé dans un autre épisode. Et on reconnaitra ici la tisane des centenaires du docteur Leclerc. Donc effectivement, on retrouve souvent le frêne dans différents mélanges pour mieux vieillir, des mélanges qui ont pour but de prendre soin des articulations, de la circulation, de l’inflammation.

Un autre mélange, d’un laboratoire allemand et qui s’appelle Phytodolor, a été étudié comme anti-inflammatoire et analgésique articulaire (études probablement financées par le laboratoire bien que la section « conflit d’intérêts » ne soit pas présente dans l’étude, donc je ne peux pas confirmer). Voici la formulation :

  • 60 % écorces et feuilles de peuplier tremple
  • 20 % écorce de frêne
  • 20 % de solidage verge d’or

Voilà, c’est intéressant, l’art des mélanges et des associations.

Une information importante donnée par Fournier : si chronicité de la situation, il faut appliquer pendant des périodes assez prolongées, donc patience, les cures sont parfois longues.

Rhumatismes subaigus et saisonniers

On va maintenant passer à un peu plus de spécificités. Et ici on va donner la parole à François-Joseph Cazin car il est considéré comme un grand praticien des campagnes en son temps, on parle des années 1800. Il dit avoir vu réussir ce moyen, aussi simple que facile, contre un rhumatisme articulaire subaigu à récidives saisonnières.

Subaigu, ça veut dire entre la forme aiguë, courte et intense, et la forme chronique. Donc là, on monte d’un cran par rapport aux petites douleurs chroniques précédentes. On est dans un état un peu entre deux, mais on n’est pas dans le rouge, enflé et aigu. La partie « récidive saisonnière », c’est intéressant. Ça veut dire que ce n’est pas un rhumatisme qui est problématique tout le temp. Et à l’époque de Cazin, ça se passe dans les campagnes, dans des maisons froides et mal chauffées. Et le froid-humide semble aggraver encore plus que le froid sec. Alors, cette partie froid ou froid-humide, c’est moi qui la rajoute, basée sur ma connaissance de la problématique, pas Cazin, mais il est fort possible que Cazin parle de cette situation-là.

Cazin nous dit que non seulement le mal s’est rapidement dissipé, mais on a pu en prévenir le retour en utilisant le frêne pendant dix à quinze jours. Et effectivement s’il y avait une composante saisonnière, on pourrait faire la cure à un moment où on voit que les douleurs risquent de revenir en fonction du temps, en fonction de la saison.

Essayons de comprendre la situation ici. Le froid provoque une vasoconstriction, une tension musculaire, elle rend plus sensible aux signaux de la douleur. Dans certaines études, on voit que le liquide synovial des articulations contient plus de médiateurs inflammatoires lorsqu’il est exposé au froid (Kim 2024). Le liquide synovial est épaissi, c’est moins lubrifié. Il est possible qu’au travers de propriétés circulatoires, le frêne permette de débloquer un peu les choses ici. Et pourquoi pas l’associer à une application de chaud sur les articulations, ou le mettre dans un baume réchauffant avec d’autres plantes un peu rubéfiantes.

Inflammations aiguës et manque de vigueur

On va encore monter d’un cran. Cazin parle de rhumatisme articulaire aigu cette fois, avec douleur vive et épanchement de sérosités. Donc là, c’est gonflé et ça fait vraiment mal. Cazin nous dit que les feuilles de frêne se montrent d’autant plus efficaces que les personnes sont moins vigoureux, les symptômes de réaction inflammatoire moins intenses.

C’est comme (je ne sais pas si l’image est bonne) chez quelqu’un qui fait une infection hivernale mais qui n’a pas une bonne montée en fièvre. Il fut un temps où le médecin n’aimait pas ça du tout, car il savait que pour qu’une infection se résolve par voies naturelles, il fallait une bonne montée en fièvre, il fallait « percer la fièvre » et arriver à ce moment où on commence à transpirer abondamment, on se découvre et on peut entamer la redescente en température. Je vous avais fait un épisode dédié à ce concept-là. Ici, ça serait un peu pareil, le patient dit au médecin que ça fait vraiment mal, c’est gonflé, mais c’est pas forcément très rouge, et à l’époque de Cazin, on se dit probablement que la crise inflammatoire devrait être là, visible, rouge et chaude, avoir un début et une fin, et là ça n’arrive pas à bien démarrer. Vous voyez ce que je veux dire ? Bon, beaucoup de spéculation de ma part ici, mais j’essaie de lire entre les lignes pour voir ce que ces praticiens essaient de nous faire passer.

Cazin nous dit que le frêne sera bénéfique ici, car il a une action plus ou moins révulsive (adjectif important) sur les intestins, la peau ou les voies urinaires. Donc il va activer ces voies-là, qui sont des voies d’élimination. Et là on est dans la vision du drainage. Vu que localement, ça ne bouge pas assez, qu’il n’y a pas assez de réaction, de vie, on va irriter ailleurs et stimuler ces émonctoires, emmener l’inflammation ailleurs en irritant ailleurs, et au passage emmener les substances inflammatoires vers la porte de sortie. Peut-être la personne n’est pas active, elle est sédentaire, affaiblie, avec une mauvaise circulation.

Bon, faisons une petite pause. Tout ce que nous dit Cazin, c’est basé sur quoi ? Sur l’observation fine. Sur l’expérience d’un médecin de campagne qui a vu de très nombreux cas.

Donc je résume les situations dont nous avons parlé :

  • Les inflammations articulaires chroniques, d’une manière assez générique, et si on ne veut pas se prendre plus la tête que ça, on peut s’arrêter là. Le frêne est utilisable.
  • Les inflammations articulaires d’intensité moyenne avec une composante de récidive saisonnière, peut-être à cause du froid et de l’humidité, et mon hypothèse – peut-être que le frêne refait circuler ce qui stagne à cause du froid tout en calmant l’inflammation.
  • Et pour finir, dans les douleurs articulaires aiguës mais avec une personne qui manque de vigueur, qui manque de réactivité, de circulation, de réponse inflammatoire visible. On penserait peut-être à certaines personnes âgées ici.

Est-ce qu’il faut prendre ceci au pied de la lettre ? Non, mais si vous êtes curieux, ça va vous emmener plus loin dans l’étude des plantes. Ça nous aide à parfois reconnaitre des situations dans lesquelles telle ou telle plante pourrait se distinguer des autres basé sur les observations du passé (et ça, c’est bien sûr à garder en tête car parfois, les constitutions évoluent).

Draineur ostéoarticulaire générique

Est-ce qu’on ne pourrait pas élargir encore plus cette propriété de draineur rénal, d’éliminateur de substances proinflammatoires, à toute problématique ostéoarticulaire et musculotendineuse chronique ? On penserait à quoi ici ? Eh bien peut-être des tendinopathies, des syndromes du canal carpien, des fibromyalgies avec douleurs articulaires et musculaires, etc.

Ce n’est pas le frêne qui va tout résoudre ici, bien évidemment. On aura souvent d’autres plantes, d’autres galéniques, une prise en interne, une application locale. Mais dans la fondation de la stratégie, une composante qui calme l’inflammation et stimule l’élimination rénale, c’est une bonne idée. Et là, la forme tisane sera inégalable pour stimuler le drainage.

Prévention des calculs urinaires

Je vous donne une dernière utilisation du frêne, dans la prévention des calculs urinaires, chez la personne qui a déjà fait une crise de coliques néphrétiques et qui aimerait bien éviter un bis repetita.

On va retrouver le frêne dans les mélanges à tisanes diurétiques, et au passage il va probablement calmer l’inflammation du parenchyme rénal, de la structure rénale qui a peut-être été abîmée il n’y a pas très longtemps à cause du passage de calculs.

Globalement, ici, il faut créer un effet de balai sur les reins, un effet diurétique, pour éviter la sursaturation en solutés, pour éviter les dépôts. Vous le savez probablement, l’intervention principale ici, c’est de boire. Là encore un sujet largement abordé dans la formation sur la santé du système urinaire proposée par l’école Altheaprovence.

frêne, bourgeons


Formes et quantités

En ce qui concerne les formes et les quantités, je conseille en général la simple tisane des feuilles. C’est la forme qui a été la plus éprouvée, et comme je vous disais, on veut stimuler l’élimination au niveau rénal, cela fait partie de la stratégie, donc la tisane sera parfaite de ce point de vue-là.

Pour les quantités, vous pouvez faire la classique cuillère à soupe des feuilles coupées par tasse. Sinon au goût si c’est un peu fort pour vous. Et notre cher docteur Valnet recommande d’ajouter du jus de citron pour rendre la préparation plus buvable.

Les ouvrages classiques donnent des dosages largement plus élevés, de 30 à 60 g par litre d’infusion ou de décoction. Donc on peut faire une décoction des feuilles qui va concentrer un peu plus la préparation, la rendre un peu plus forte. Valnet nous dit « faire bouillir puis infuser 10 minutes ». Et pour les quantités, 30 g c’est déjà beaucoup pour les sensibilités d’aujourd’hui, et 60 g, n’y allez pas, trop fort.

En ce qui concerne l’utilisation des fruits, des samares. Fournier nous dit qu’elles contiennent encore plus de principes actifs que les feuilles. Le docteur Leclerc conseillait une poudre consommée à raison de 4 à 15 g par tasse dans une tisane. Il nous parle aussi d’un sirop prescrit aux « vieux arthritiques » dans lequel il porte la dose jusqu’à 125 g de poudre par litre d’eau bouillante, ce liquide servant de base pour son sirop. Et là, on retourne un peu dans la vision du frêne pour aller « irriter » et activer les choses, réveiller tous les processus d’élimination chez la personne âgée.

Pour les samares, Fournier mentionne 10 à 30 g par litre en décoction prolongée. Si vous n’avez jamais testé les samares, allez-y doucement au départ. Et en ce qui me concerne, je n’ai pas de recul sur leur utilisation contrairement à la feuille.

On utilisait autrefois la décoction de l’écorce comme fébrifuge, c’est-à-dire pour faire baisser la fièvre. C’est pour ça qu’on l’appelait aussi « quinquina d’Europe », à une époque où la malaria sévissait dans les zones humides de notre pays et ces fameuses « fièvres intermittentes » étaient une grosse préoccupation des médecins. Fournier mentionne 15 à 60 g d’écorce par litre, une tasse avant chaque repas. Je n’ai aucun recul sur l’utilisation de l’écorce.


Précautions

En ce qui concerne les précautions.

  • Le frêne peut parfois provoquer une accélération du transit et un petit effet laxatif. On m’a récemment dit que c’était probablement à cause de l’utilisation des feuilles de frêne contenant plus de manitol, c’est-à-dire feuilles de frêne à feuilles étroites. Je n’en doute pas, cela dit, j’ai aussi observé cela chez la personne ayant les intestins très sensibles et consommant des feuilles de frêne élevé.
  • Le frêne est contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale ou cardiaque, sauf si accord du médecin.

Et c’est tout ce que je voulais vous dire pour cette grande plante médicinale de la tradition française. Un vrai atout vu qu’il est présent un peu partout. Attention à la préservation des écosystèmes, cette réflexion n’est pas optionnelle aujourd’hui, et le frêne est menacé par certaines infections dans certaines régions, donc renseignez-vous, profitez du travail d’élagage pour récupérer les feuilles sur les chutes, etc. En tout cas, si les problématiques articulaires sont de mise dans votre famille, c’est un outil à ne pas négliger lorsqu’on lui donne assez de temps pour fonctionner.

Merci d’être là, je vous retrouve très bientôt pour un nouvel épisode.

Frêne, fleur


Références

Gundermann KJ, Müller J. Phytodolor–effects and efficacy of a herbal medicine. Wien Med Wochenschr. 2007;157(13-14):343-7. doi: 10.1007/s10354-007-0436-4. PMID: 17704984.

Kim, S.-H., Sindhuri, V., Koo, M.-J., Jeon, S. H., Kim, S., & Koo, S. (2024). Effects of Repeated Exposure to Ambient Cold on the Development of Inflammatory Pain in a Rat Model of Knee Arthritis. Life, 14. https://doi.org/10.3390/life14111428

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