Bonjour. Je reçois régulièrement des questions au sujet de l’herboristerie en France. J’ai donc décidé de faire une série de présentations pour répondre aux questions qui m’ont été le plus posées. C’est bien sûr ma vision du monde, on a tous une manière différente de voir les choses.
La première question, qui revient encore et encore, c’est au sujet du terme « herboristerie ». Je me souviens d’une jeune personne que j’avais prise en stage il y a quelques années, qui me disait : « L’herboristerie, mais c’est la boutique, ou c’est une pratique, c’est une philosophie, c’est quoi au juste ? »
C’est effectivement un peu tout ça réuni, donc je vais essayer de vous donner les différents niveaux de compréhension de ce mot.
On commence avec la définition la plus étroite, qui nous vient de notre tradition et notre passé. Jusqu’à récemment, en France, lorsqu’on utilisait le mot « herboristerie », on parlait de la boutique dans laquelle on vendait des plantes médicinales, en général sèches et en vrac.
Il faut s’imaginer la boutique. Les plantes étaient rangées dans des tiroirs en bois ou des grands bocaux avec des étiquettes. Sur la devanture, en décoration, il y avait parfois des bouquets secs suspendus, pour montrer au passant qu’il était au bon endroit. En rentrant, on était frappé par les parfums de plantes aromatiques… par les fortes odeurs de résines et d’épices…
Ces boutiques étaient souvent dans les villes car en campagne, on savait, en général, ramasser les quelques plantes dont on avait besoin. Dans les villes, par contre, il y avait une demande. D’ailleurs, la demande venait souvent des gens qui avaient suivi une forme d’exode rural et qui étaient venus chercher une meilleure vie en ville et qui n’avaient plus accès à leurs plantes. Au début des années 1900, on pense qu’il y avait plus de 2000 herboristeries en France.
Et puis, au fil des décennies, avec la popularité des plantes en baisse et la popularité des médicaments en hausse, les difficultés liées au certificat officiel qui n’était plus délivré depuis 1941, les pressions venant des métiers officiels de la santé, ces boutiques ont progressivement disparu (je vous ferai d’ailleurs un épisode sur le sujet – pourquoi cette disparition). C’était un constat assez triste pour les amoureux des plantes.
Mais rassurez-vous, aujourd’hui, on voit un renouveau. L’intérêt pour les plantes médicinales est de nouveau croissant. On voit de nouvelles boutiques qui apparaissent, dans les villes petites ou grandes, dans des villages même. Les métiers s’organisent, on en parlera dans un autre épisode.
Vous avez probablement des tonnes de questions sur qui a le droit de faire quoi aujourd’hui. Mais n’allons pas plus loin pour le moment, certainement pas dans tout ce qui a trait aux lois car c’est un sujet épineux. On pose juste des définitions pour l’instant.
Le point important ici, c’est que le terme « herboristerie » a signifié, en premier lieu, « boutique dans laquelle les plantes médicinales sont stockées, conseillées et vendues au consommateur ».
Ça, c’était avant.
Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Ce terme « herboristerie », on l’utilise pour désigner un ensemble de pratiques, de gestes, de connaissances et de valeurs qui nous relient à la plante. C’est largement plus qu’un simple commerce.
Je vais y inclure les 7 pratiques suivantes :
Donc je répète les 7 mots clés : identifier, cueillir, cultiver, transformer, vendre, utiliser et transmettre. Toutes ces activités font partie de l’herboristerie d’aujourd’hui. Tout ceci s’organise au travers de différentes associations métiers dont je vous parlerai dans un autre épisode.
Derrière ce mot se cache aussi un héritage. Notre savoir sur les plantes a été transmis de génération en génération. Comme le disait Newton : « Si j’ai vu plus loin, c’est parce que je me suis juché sur les épaules de géants. » Les géants, c’étaient nos arrière-grands-mères et arrière-grands-pères, et toutes celles et ceux avant eux.
Cette tradition n’est pas figée. Elle évolue avec les découvertes scientifiques et l’expérience et la pratique moderne. On peut donc, dès aujourd’hui, écrire de nouvelles pages de l’herboristerie avec de nouvelles données.
Ce qui caractérise l’herboristerie, c’est aussi une tradition autour des préparations. Nous aimons les formes simples, à la portée de tous. On n’aime pas les formes très compliquées, brevetées par des laboratoires, formule secrète avec une liste illisible d’ingrédients et d’excipients. On met en valeur les infusions, décoctions, teintures, macérats huileux, onguents et autres préparations qui nous rapprochent de la plante. Cela fait partie de notre tradition. Et ça fonctionne.
L’herboristerie inclut aussi de grandes réflexions pour l’avenir. L’intérêt grandissant pour les plantes médicinales, c’est une excellente nouvelle. Mais ça nous invite aussi à réfléchir. Car la demande croissante met une forte pression sur des ressources naturelles déjà fragiles. Il faut savoir qu’une grande partie des plantes du commerce provient encore de cueillettes sauvages. Qu’une énorme partie est importée et ne provient pas de productions locales. Et qu’un marketing qui nous vend toujours plus de beauté, de force et de jeunesse contribue à la problématique.
Il nous faut donc inventer une herboristerie durable, fondée sur :
L’herboristerie, c’est aussi respecter l’humain. L’herboristerie défend le droit de chacun à se soigner de manière naturelle et éclairée, dans une logique complémentaire à la médecine conventionnelle, jamais en opposition ni même en remplacement.
Allez, je résume. Hier, l’herboristerie, c’était une boutique.
Aujourd’hui, c’est :
Bien, maintenant que nous avons posé le terme « herboristerie », je vous propose de discuter du terme « herboriste » et de tous les métiers qui lui sont rattachés. Et ça, c’est dans le prochain épisode.
En attendant, pour aller plus loin, je vous invite à lire le magnifique livre de Thierry Thévenin « Plaidoyer pour l’herboristerie« . Il a déjà 12 ans, et pourtant il n’a pas pris une ride.
Et pour comprendre l’histoire des herboristes en France des années 1800 à la suppression du certificat en 1941, je vous invite à lire « Les herboristes au temps du certificat » d’Ida Bost, Ida que j’avais interviewée il y a déjà quelques années.
A très vite pour la suite de la discussion…
Avant de poster, merci de lire les instructions ici
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6 réponses
Bonjour Christophe,
A NYONS, j’ai posé une question à l’un des principaux organisateur de cet événement (un régal !), pour moi essentielle :
– avec la codification de ce beau/bon savoir ancestral, quel sera le statut des Herboristes qui auront eu une formation/transmission familiale, avec, par exemple leur grand-mère (en ce qui me concerne, depuis l’âge de 10 ans) ?
– ne risque-t’on pas la part sombre d’un corporatisme figé, réglementant la cueillette (même pour soi uniquement ) ?
Mes questions ont soulevé les sourcils ; agité les yeux en dessous et contraint les lèvres à susurrer que rien n’était encore établi pour cette « population-là ». En savez-vous un peu et seriez-vous d’accord pour partager l’information , Merci Christophe . Cordialement Michèle – JONQUIERES 84
Bonjour Michèle
voici la réponse de Christophe :
« Merci pour ce commentaire Michèle. Nous devrons constamment avoir en tête le piège de la création de nouvelles castes. Je ne connais pas encore tous les intervenants qui seront impliqués dans les réflexions futures, mais j’en connais assez pour dire que ce n’est pas l’intention. Mais je vois aussi que plus on veut être intégré dans un système, plus il faut faire des compromis. Cela dit, c’est aussi une clé pour avancer et mettre fin à la précarité de nos métiers. Il faudra faire la distinction entre les gages de qualité, d’engagement, de protection du public, et les contraintes paralysantes. Je ne sais pas où se trouve le juste milieu. Je dois avouer qu’à ce stade, j’essaie de partir sur des bases neuves, d’écouter tous les intervenants sans juger. Idéalement, il y aura des parcours formels dans lesquels on a étudié et appris le métier au travers de canaux reconnus, d’autres où il y aura validation des acquis au travers de l’expérience. Nous ferons au mieux. »
Merci Christophe et bravo pour votre implication ; à vous et votre équipe.
Excellent « papier » sur le thème de ľherboristerie que je cernais mal puisque pour moi, c’était un métier interdit depuis 1941 (le bras droit de Pétain futur fondateur de ľOréal). Et pourtant, je connais des boutiques d’herboristerie tant à Paris qu’en province.
J’attends avec impatience et plaisir la suite des « papiers » sur ce thème.
Continuez aussi les videos.
BRAVO pour votre oeuvre.
Merci, Christophe, pour cet article si important !
Au passage, merci aussi de me faire prendre conscience qu’à notre manière, puisque nous identifions, cueillons, cultivons, transformons et utilisons les plantes au quotidien, nous sommes aussi… des herboristes !
1000% d’accord avec votre définition élargie qui rejoint ce concept Sud-américain qu’on aime bien, précisément paraguayen je crois, de « bonne vie » : non seulement de bien se nourrir et de savoir/pouvoir se soigner soi-même (se soigner commence par se nourrir !), mais aussi et avant tout d’être en harmonie avec l’environnement qui nous porte, et le faire fleurir.
Hâte de lire la suite
Christian & Dominique
Tres belle initiative de votre part.
il était très difficile de trouver des herboristeries vraies.
dans les campagnes les plantes sont comme les légumes, elles font parties du quotidien et des saisons
Je m’abonne de suite
merci