Marronnier d’Inde
(Aesculus hippocastanum)

Originaire des Balkans, le marronnier d’Inde fut introduit en France dans les années 1600. C’est un certain Bachelier qui rapporta quelques graines de Constantinople et les planta dans les jardins de Paris. Bachelier ne pouvait pas nous faire un plus beau cadeau ! Le marronnier est aujourd’hui cultivé comme arbre d’ornement dans toute la France.
Il nous offre de beaux fruits luisants qui, même s’ils sont impropres à la consommation, ont de grandes vertus médicinales. J’y rends hommage dans cette fiche complète et détaillée.
Voir ici ➜ ma vidéo pour la fabrication de la teinture.
Nom commun : Marronnier d’Inde, faux châtaignier, châtaignier de cheval, châtaignier de mer
Nom latin : Aesculus hippocastanum
Famille : Hippocastanaceae
Constituants :
- Saponosides triterpénoïdiques (de 3 à 6%): aescine en particulier (groupement de plus de 30 hétérosides).
- Tanins : en particulier proanthocyanidols, dans le tégument de la graine.
- Coumarines : aesculine, etc.
- Flavonoïdes : quercétine, rutine, etc.
- Lectines
- Phytostérols
- Polysaccharides
- Lipides
Goût :
- Acre
- Amer
- Astringent (asséchant en bouche)
Energétique :
- Réchauffant (fait circuler lorsque congestion)
- Asséchant (lorsque accumulation et rétention de liquide)

Propriétés du marronnier d’inde
Problèmes de retour veineux
Le marronnier d’Inde est l’un des meilleurs vénotoniques que nous ayons dans notre pharmacopée. Vénotonique signifie tonique veineux.
En d’autres termes, si vos veines ont perdu leur élasticité, si elles se déforment avec un aspect visible (ce qu’on appelle les varices) ou qu’elles se dégradent en profondeur (insuffisance veineuse profonde), le marron d’Inde vous sera d’une grande aide.
Voici les propriétés qui nous intéressent (ref : Mills & Bone) :
- Un effet anti-œdémateux : s’il y a oedème ou rétention d’eau à cause des problèmes de retour veineux, pensez à cette plante. Le marron va réduire la perméabilité des veines, il va empêcher aux liquides en circulation de se retrouver dans les tissus d’une manière anormale. Il réduit l’effet de « veine passoire » ;
- Un effet anti-inflammatoire : l’inflammation constante des structures veineuse entraine leur destruction ;
- Un effet direct sur la tonicité du tissu veineux : les veines sont plus élastiques et moins flasques ;
- Une diminution de la viscosité sanguine : le sang circule mieux.
Dans des termes plus simples :
- Les membres inférieurs sont moins gonflés ;
- Les veines sont moins enflammées ;
- Les veines sont moins déformées ;
- Le sang circule mieux au travers des veines.
Qui dit mieux ?
Le marron d’Inde peut donc être utilisé dans les cas suivants :
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Oedèmes
Mills & Bone expliquent que grâce à son action veinotonique, le marron d’Inde peut être utilisé lorsqu’il y a oedème dans les situations spécifiques suivantes :
- Syndrome du tunnel carpien ;
- Paralysie de Bell ;
- Dysménorrhée (règles douloureuses) congestive (avec congestion exagérée au niveau de l’utérus) ;
- Névralgie du trijumeau ;
- Lésions des disques intervertébraux ;
- Névralgies de compression.
Et notez ici que nous ne sommes pas en train de dire que le marron d’Inde peut soulager une névralgie du trijumeau, par exemple. Il peut par contre aider à résorber un oedème lié à cette névralgie.

Hémorroïdes
N’oublions pas que les hémorroïdes sont une déformation de veines bien particulières – celles qui se trouvent autour et à l’intérieur de l’anus et du rectum. Il est donc tout à fait logique et bénéfique d’utiliser le marronnier d’Inde dès que vous commencez à ressentir les premiers signes.
Dans ce contexte, une prise en interne et une application externe accélèrera la résolution du problème.
Le docteur W.T. Fernie note la teinture de marron d’Inde prise avant les repas et avant d’aller au lit soigne quasiment tous les cas d’hémorroïdes sans complications en l’espace d’une semaine (ref : Wood).
Congestion du foie
L’action du marron d’Inde sur les problèmes de retour veineux est probablement en partie due à son action décongestionnante du foie. Le foie est un organe très vascularisé. Il filtre le sang provenant de la circulation générale et de la veine porte, cette dernière apportant un sang très riche en nutriment.
Le foie est aussi un organe très sollicité aujourd’hui, épuisé chez certains à cause d’un excès de polluants et/ou de nourriture. Tout ceci peut amener à un état de congestion, c’est-à-dire qu’il y a trop de trafic autour du foie. Un embouteillage en quelque sorte. Ceci va entraver un bon retour veineux : le sang qui remonte des jambe et de la région pelvienne aura du mal à circuler au travers ce bouchon.
Le marronnier d’Inde va soulager cette situation de congestion et d’engorgement (ref : Felter).
Congestion de la prostate
Valnet étend le concept de congestion au petit bassin et à la prostate. La congestion de la prostate est fréquente aujourd’hui chez l’homme inactif : la position assise crée une stase veineuse. Chez l’homme ayant une vie sédentaire et souffrant d’adénome, le marron d’Inde peut donc décongestionner la zone.
Leclerc confirme : « Le marron d’Inde m’a fourni d’excellents résultats chez des malades présentant de la congestion et de l’hypertrophie de la prostate« .
Divers
- En cas de couperose, lotionner le visage et disposer de compresses à garder 10 minutes tièdes sur les parties atteintes (Mulot) ;
- Excellent remède contre le mal aux reins, que nous nommons communément lumbago (Mulot) ;
- En médecine animale, Wood nous rappelle que la plante était jadis utilisée pour fabriquer des liniments pour soulager les spasmes musculaires chez les chevaux (Wood) ;
- Sous Napoléon Ier, à l’époque du blocus continental, les médecins militaires se servaient de l’écorce de marronnier afin de lutter contre les fièvres en remplacement du quinquina (Mulot).

Contrindications et précautions
- Ne pas appliquer sur une plaie ouverte ;
- La plante peut provoquer une irritation digestive chez la personne sensible ;
- Ne pas utiliser si ulcère gastrique ou duodénal ;
- Comme la plupart des plantes, ne pas utiliser pendant la grossesse et l’allaitement ;
- La plante pourrait interagir avec les médicaments anticoagulants.
Toxicité
Mills & Bone expliquent que malgré son inclusion dans les livres sur les plantes toxiques, le risque de toxicité associée à une prise interne et aux doses courantes est très faible. Les études sur animal démontrent que la toxicité est beaucoup plus élevée en injection intraveineuse (présence de saponosides). Je ne vais pas faire le résumé ici du travail de ces deux auteurs, voir leur ouvrage mentionné dans la section Références ci-dessous.
Préparation du marronnier d’Inde
Parties utilisées
Aujourd’hui on utilise principalement les graines. Vous trouverez facilement les graines concassées ou en poudre dans les herboristeries. Mais encore mieux, apprenez à les reconnaître lorsque vous vous baladez dans les parcs et jardins publics. Attention aux déchets et excréments d’animaux qui peuvent polluer la graine.
Ramassez la graine et concassez-la comme montré dans la vidéo. Vous pouvez ensuite la faire sécher (utilisez le four à basse température si nécessaire) puis transformez-la en teinture. Surtout gardez l’écorce (tégument) de la graine. La graine a un goût douceâtre à premier abord mais devient vite amère et âcre, plutôt désagréable.
Attention, ne conservez pas les marrons entiers pendant l’hiver car il est probable qu’ils moisissent, le séchage étant compliqué sous forme entière. Concassez-les le plus rapidement possible.
L’écorce des branches était aussi utilisée jadis. Mulot nous rappelle que c’est l’écorce des branches de plus de 3 ans qui doit être utilisée pour une meilleure efficacité. L’écorce est séchée puis transformée en teinture (si vous pouvez la réduire en poudre avant, cela permettra une meilleure extraction). Mais franchement, pas la peine de s’embêter avec l’écorce si vous avez accès aux fruits.

Formes utilisées
Les formes à favoriser est la teinture ou l’extrait fluide. Ce sont les formes les plus efficaces.
Voir ici ➜ ma vidéo pour la fabrication de la teinture.
- Fruits en poudre
- Pulvérisé au moulin à café, en gélule (mieux) ou mélangé à une compote, yaourt, etc. Le goût n’est pas agréable.
- Décoction
- De l’écorce des branches de plus de 3 ans. Bouillir 15 minutes (Valnet).
- Des fruits secs concassés. Laissez bouillir 5 minutes. Retirez du feu et laissez infuser 10 minutes (Mullot).
- Ces préparations aqueuses peuvent aussi être appliquées en compresses sur les jambes ou hémorroïdes.
- Teinture
- Des fruits secs – 1:5 alcool à 60° (faute d’alcool à 60°, un alcool à 45° fait aussi l’affaire).
- Une teinture diluée peut être appliquée en externe (1 volume teinture pour 4 d’eau).
- Extrait Fluide
- Des fruits secs.
- Macérat huileux
- Des fruits secs, par intermédiaire alcoolique (qui donnera un bien meilleur résultat). Appliquer sur les jambes ou hémorroïdes.
- Extrait standardisé
- Extrait 5:1 standardisé à 40 à 50 mg d’escine (Mills & Bone)
Doses
- Fruits en poudre
- 1 à 2 g par jour (Mills & Bone).
- Décoction
- Une poignée des copeaux d’écorce pour 1 litre d’eau, boire en 2 jours (Valnet)
- 40 g de marrons concassés pour un litre d’eau, 1 ou 2 tasses entre les repas pendant 21 jours.
- Teinture
- 5 à 15 gouttes par jour (Moore)
- 10 gouttes avant chaque repas de 15 à 20 jours par mois (Leclerc)
- 20 à 40 gouttes par jour, avant les repas, par période de 10 à 15 jours par mois (Valnet)
- 5 à 15 ml par jour (Mills & Bone)
- Extrait Fluide
- 5 à 20 gouttes par prise (Grieve)
- Extrait standardisé
- 200 mg de 2 à 3 fois par jour (Mills & Bone)
Note sur les dosages : comme vous pouvez le constater, les dosages varient en fonction des auteurs. Moore et Leclerc estiment que de faibles doses de teinture sont suffisantes. Mills & Bone vont jusqu’à 15 ml par jour. Bienvenue au monde merveilleux de la phytothérapie, monde dans lequel il n’y a pas vraiment de consensus pour les formes et dosages ! Frustrant n’est-ce pas ?
Je vous donne mon évaluation : la plante fonctionne très bien à faibles doses. Les doses de Moore, disons 10 à 15 gouttes 3 fois par jour, sont suffisantes dans la plupart des cas.
La plante agit rapidement, dans l’heure après la prise. S’il n’y a aucun soulagement pour vos problèmes de retour veineux ou hémorroïdes au bout de 2 à 3 jours, à ce moment là, vous pouvez augmenter progressivement les doses.
Voici une très bonne association : avec le fragon (Ruscus aculeatus).

Références
- Felter, Harvey Wickes, « The Eclectic Materia Medica« , Pharmacology and Therapeutics », 1922
- Grieve, « A Modern Herbal« , 1931
- Leclerc, Henry, « Précis de Phytothérapie », 1973
- Mills, Bone, « Principles and Practice of Phytotherapy« , 2013
- Mulot, Marie-Antoinette, « Secrets d’une herboriste« , 24ème édition
- Wood, Matthew, « The Earthwise Herbal: A Complete Guide to Old World Medicinal Plants« , 2008




199 réponses
Bonjour, je viens juste d’apprendre les merveilleux effets thérapeutiques du marronnier d’Inde. J’ai récolté les marrons de mon marronnier l’automne dernier car je les trouvais décoratifs. Ils sont parfaitement séchés. Ma première question, est-ce qu’ils sont trop vieux pour être utilisé? Maintenant, j’ai de beaux bourgeons qui seraient prêts à être utilisés….comment pourrais -je les utiliser (j’aurais besoin que ce soit clairement expliqué si possible )?
s’ils ont bien été conservés , s’il n’y a pas de moisissures et qu’en plus ils sont de l’automne , de mon point de vue ils sont encore très bons.
la cueillette des bourgeons en préparation est d’un autre autre , on entre en « gemmothérapie » et la fabrication des macérats glycérinés de bourgeons est différente d’une macération alcoolique
leur usage est différent aussi