BDH9 : Revue d’études sur le basilic

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Bonjour, bienvenue dans ce 9ᵉ épisode de ma série « Brèves des herbes », une série dans laquelle je passe en revue des études scientifiques sur les plantes, études qui ont attiré mon attention ces derniers temps. Et aujourd’hui, je nous ai préparé un épisode spécial basilic !

Je vous rappelle l’état d’esprit de ces revues. Je ne cherche pas de grandes vérités, mais plutôt de nouvelles idées, de nouvelles directions pour notre pratique, que ce soit une pratique familiale ou professionnelle. Idées que nous pourrions par la suite valider dans notre pratique, justement.

Aujourd’hui, on va passer en revue plusieurs études sur Ocimum basilicum, le basilic commun. Pas le basilic sacré (qu’on appelle aussi tulsi), mais celui qu’on a tous dans nos jardins, nos balcons, nos cuisines. Petite note au passage : le basilic sec du commerce est souvent très décevant, donc achetez-en chez un fournisseur si vous n’en avez pas au jardin.

Avant de plonger dans les détails, deux petites remarques. Toutes les études que l’on va voir sont des essais cliniques iraniens. C’est une concentration géographique assez frappante, qui s’explique probablement par la place du basilic dans la médecine traditionnelle persane et par l’intérêt académique iranien pour valoriser cette pharmacopée.

Deuxième remarque : on va essayer de distinguer en permanence deux choses. Vous lirez souvent que les résultats sont statistiquement significatifs. Ceci nous dit simplement que la différence observée entre le groupe intervention et le groupe contrôle a peu de chances d’être due au hasard. C’est une première étape nécessaire. Mais ensuite, on aimerait surtout savoir si c’est significatif d’un point de vue clinique. C’est-à-dire, est-ce que les résultats sont suffisamment larges pour faire une vraie différence dans la pratique.

Prenons un exemple. Je rentre un peu dans les détails et ensuite je reviens à des points plus simples, ne vous inquiétez pas. Entre une p-valeur de 0,001 sur une amélioration de deux points sur une échelle qui en compte cent, et une p-valeur de 0,04 (moins significative que 0,001, mais toujours acceptable car inférieure au seuil conventionnel de 0,05), et supposons ici qu’il y a une amélioration de 40 points sur la même échelle, ce n’est pas la même chose du tout. Je pense qu’il faut qu’on garde cette distinction en tête, pour ne pas tirer des conclusions trop enthousiastes.

feuilles de basilic commun


Étude sur le basilic 1 — Arthrose du genou en application topique

Première étude sur l’arthrose du genou. En 2024, une équipe iranienne publie dans le journal Frontiers in Pharmacology un essai randomisé en double aveugle, avec un contrôle qui n’est pas un placebo mais un traitement de référence, en l’occurrence, un gel de diclofénac, un anti-inflammatoire non stéroïdien que les médecins prescrivent en première intention dans l’arthrose du genou. Cent patients ont été randomisés. Le groupe basilic recevait une huile de basilic en application locale sur le genou, trois fois par jour pendant quatre semaines.

Attention, ce n’était pas un simple macérat huileux. Voici la préparation utilisée : des feuilles de basilic frais ont été pressées pour en extraire le jus. Le jus a été combiné à de l’huile de sésame pressée à froid dans une proportion de 2:1. Donc 2 fois plus de jus de basilic que d’huile. Le mélange a été chauffé doucement pour faire évaporer l’eau, donc on obtient une préparation huileuse à la fin qui est probablement d’un magnifique vert. A priori l’évaporation ne s’est pas faite sous vide, donc je me pose la question sur la quantité de substances aromatiques perdues dans le processus d’évaporation.

Les critères pour juger les résultats : douleur sur échelle visuelle analogique, angle de flexion du genou, score WOMAC qui combine douleur, raideur et fonction physique. Les deux groupes (basilic et diclofénac) se sont améliorés de manière notable, et surtout, il n’y a pas eu de différence significative entre les deux. Autrement dit, l’huile de basilic était aussi efficace que le gel anti-inflammatoire de référence.

C’est un résultat important pour deux raisons. D’abord, à ma connaissance, c’est la première étude de ce type comparant une huile de basilic un peu spéciale à un  gel anti-inflammatoire. Ensuite, le diclofénac topique, même s’il est mieux toléré que la forme orale, n’est pas anodin non plus sur le long cours, avec des irritations cutanées possibles et, pour les patients qui en utilisent beaucoup, une absorption systémique non négligeable. Disposer d’une alternative naturelle efficace est donc plutôt intéressant.

Ce que j’aimerais tester ici, c’est l’efficacité d’un macérat huileux traditionnel, il faudrait vraiment concentrer le produit (donc le procédé par intermédiaire alcoolique dont je vous parle maintenant depuis 2010 me semble très approprié ici, si on travaille sur plante sèche). On pourrait faire sur plante fraiche en chauffant un peu, pour faire ce qu’on appelle une « digestion à la chaleur », en n’oubliant pas un processus de décantation pour éliminer une éventuelle présence d’eau.

Voilà pour cette première étude.

arthrose du genou, douleur


Étude sur le basilic 2 — Symptômes de la ménopause

On reste en 2024, toujours en Iran, et on parle de symptômes de la ménopause. Étude publiée dans l’European Journal of Medical Research. Soixante femmes ménopausées, âgées de quarante à soixante-cinq ans, étude randomisée en triple aveugle, c’est-à-dire que ni les patientes, ni les soignants, ni les analystes ne savaient qui recevait quoi. Le groupe actif a reçu 500 mg par jour d’extrait de feuille d’Ocimum basilicum en capsule (nous n’avons hélas pas la concentration de cet extrait, donc on ne peut pas calculer une équivalence sur plante sèche). Le groupe contrôle a reçu un placebo, le tout pendant un mois. L’évaluation se faisait avec la Menopause Rating Scale, à deux semaines et à un mois du démarrage.

Le groupe basilic a montré des scores significativement plus bas aux deux moments de l’évaluation, donc un effet positif de diminution des symptômes. L’effet portait surtout sur les bouffées de chaleur, les sueurs, les troubles du sommeil et la fatigue. L’amélioration est jugée cliniquement significative dès deux semaines, ce qui est un délai d’action plutôt rapide pour une intervention à base de plantes.

Après un mois de supplémentation quotidienne, les femmes du groupe basilic présentaient une réduction moyenne de 39 % de leurs symptômes (avec un score passant de 11,3 à 6,9 sur l’échelle) par rapport au groupe placebo qui voit une amélioration de 11 %.

Ce qui rend cette étude solide : le triple aveugle, la mesure répétée dans le temps qui permet de voir l’évolution de l’effet, et l’utilisation d’une échelle connue et validée. Les limites : soixante patientes, c’est petit pour une indication aussi fréquente que la ménopause. La durée d’un mois ne dit rien de la persistance de l’effet au-delà. Et on ne connaît pas la concentration de l’extrait sec, cette partie est vraiment dommage, surtout qu’en général on trouve l’info dans la version complète de l’étude. Et ici je n’ai rien trouvé.iquement le sommeil. Et la dose était deux fois plus faible : 250 mg d’extrait de basilic par jour, contre placebo. On ne connait toujours pas la concentration de l’extrait, mais je pense que c’est exactement la même préparation que précédemment.


Étude sur le basilic 3 — Troubles du sommeil de la ménopause

Les outils d’évaluation sont, là encore, des standards internationaux : le Pittsburgh Sleep Quality Index pour la qualité globale du sommeil, et l’Insomnia Severity Index pour la sévérité de l’insomnie. Les résultats sont plutôt clairs : amélioration significative aux deux échelles, et amélioration jugée cliniquement significative dès deux semaines, exactement comme dans l’étude précédente.

Après un mois, on note une réduction de 59 % des troubles du sommeil (alors qu’on a une réduction de 2 % pour le groupe placebo) et une diminution de 49 % de la sévérité de l’insomnie (alors qu’on a une réduction de 9 % pour le groupe placebo).

Le point intéressant ici, c’est la cohérence avec l’usage traditionnel, chose que j’ai découverte au passage. Le basilic est utilisé depuis des siècles dans la médecine persane comme sédatif léger. On voit donc confirmation de cette propriété, sur une population — les femmes ménopausées — où l’insomnie est un motif de consultation extrêmement fréquent.

Les limites sont les mêmes que pour l’étude précédente : petit échantillon, durée courte.

Et donc, en conclusion, pourquoi ne pas rajouter du basilic dans un mélange à tisane pour les troubles du sommeil de la femme ménopausée ? Ou si on veut éviter un réveil pour aller aux toilettes à cause de l’infusion, un mélange de teintures (ou alcoolatures) qui intègre le basilic ?

basilic fleurs


Étude sur le basilic 4 — Anxiété dans la dépression majeure

Prochaine étude, parue tout récemment dans Brain and Behavior, est intéressante car on n’évalue pas le basilic seul, on l’évalue en adjuvant pour les cas d’anxiété dans la dépression majeure. Soixante patients souffrant de trouble dépressif majeur, déjà sous sertraline (un antidépresseur de la famille des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), ont été randomisés pour recevoir, en plus de leur traitement, soit un sirop de basilic (5 ml tous les soirs), soit un placebo, pendant quatre semaines. L’évaluation portait sur l’anxiété avec l’échelle de Hamilton, et sur la dépression avec l’inventaire de Beck.

Pour le sirop, j’ai trouvé l’info ici. Une dose de 5 ml de sirop contient 1,1 g d’extrait hydroalcoolique de basilic. Donc 1,1 g de teinture préparée à partir de feuilles sèches pour chaque cuillère à café. Le reste, c’est du sucre. Donc on pourrait essayer de répliquer les résultats ici avec simplement une dose de 1,1 g de teinture dans un peu d’eau. Ce qui fait, à la louche, 1,1 ml. Donc dans les 25 à 30 gouttes.

Les résultats sont positifs : amélioration significative à la fois sur l’anxiété et sur les symptômes dépressifs, avec une bonne tolérance et aucun événement indésirable rapporté.

Le groupe basilic a vu une réduction de 47 % de ses symptômes dépressifs (contre 27 % dans le groupe placebo) et une diminution de 61 % de l’anxiété (contre 28 % dans le groupe placebo). Ces résultats sont d’autant plus marquants que les scores post-traitement dans le groupe basilic sont passés de la catégorie « sévère » à « léger » pour l’anxiété et de « sévère » à « modéré » pour la dépression, tandis que le groupe placebo est resté dans des catégories de sévérité plus élevées.

La conclusion des auteurs est qu’on tient peut-être un adjuvant économique et accessible à tous pour les patients qui restent anxieux malgré leur traitement médical, ce qui est un cas de figure assez fréquent.

Cela dit, la limitation de l’étude, la voici : elle n’est qu’en simple aveugle, pas en double aveugle. Seuls les patients ignoraient ce qu’ils recevaient, pas les évaluateurs. C’est une faiblesse méthodologique notable, en particulier pour une variable subjective comme l’anxiété ou la dépression, où le jugement de l’évaluateur joue probablement un rôle considérable.

En conclusion, cela nous ouvre une autre piste, celle du basilic rajouté à un traitement antidépresseur pour soulager l’anxiété résiduelle, avec accord du médecin, bien évidemment.


Conclusion

En tout cas, pour conclure cette revue d’études, ce qu’on peut clairement dire, c’est que le basilic n’est pas qu’une simple plante aromatique pour la salade de tomates. Et qu’il n’est clairement pas un placebo végétal.

Merci d’être là. On se retrouve très vite pour un prochain épisode.


Références

Rahimi, M., et al. « A randomized double-blind active-controlled clinical trial on the efficacy of topical basil (Ocimum basilicum) oil in knee osteoarthritis. » Frontiers in Pharmacology 15 (2024): 1377527.

Hesami, P., et al. « The effect of oral capsules containing Ocimum basilicum leaf extract on menopausal symptoms in women: a triple-blind randomized clinical trial. » European Journal of Medical Research 29, no. 1 (2024): 469.

Kashani, L., et al. « The effect of oral capsule of Ocimum basilicum leaf extract on sleep quality and insomnia severity in menopausal women: A randomized clinical trial. » Phytotherapy Research 37, no. 6 (2023): 2555-2562.

Talaei, A., et al. « Basil (Ocimum basilicum) to Alleviate Anxiety in Patients With Major Depressive Disorder: A Randomized Placebo-Controlled Clinical Trial. » Brain and Behavior 15, no. 1 (2025): e70994.

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