Impératoire (Peucedanum ostruthium) : usages traditionnels et études sur une plante oubliée

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Aujourd’hui, nous parlons de l’impératoire, une plante des montagnes. C’est une de ces plantes oubliées qui mériterait qu’on s’y intéresse à nouveau, et je vais vous expliquer pourquoi.

Déjà, son nom est plutôt intriguant. Impératoire, ça fait… grande plante médicinale, imposante. Impératrice. On l’appelait aussi benjoin français ou benjoin de pays, probablement car on peut en faire des fumigations très aromatiques avec un parfum qui rappelle un peu les conifères. On l’appelait aussi ostrute, autruche, agró, et le nom le plus mystérieux… Fournier nous dit qu’on l’appellait « maître des maléfices »…

En tout cas, elle semble pousser en abondance dans certains coins que je commence à bien connaître. J’ai eu la chance de la goûter, de la ramasser. Je ne connais pas le statut de la ressource en France, est-elle menacée ou non ? Je vous laisse me laisser un commentaire si vous avez la réponse.

Et je suis bien conscient du fait que peut-être elle n’est pas menacée aujourd’hui, mais si on s’y intéresse, elle risque de le devenir. Donc toujours garder en tête l’impact que l’on a sur les écosystèmes.

Cela dit, aujourd’hui on parle de ses propriétés et de ce que la tradition des montagnes nous dit. Et pour ce faire, je vais utiliser l’excellent livre de Sabine Bruschweiler « Plantes et Savoir des Alpes », que je vous conseille vivement d’acheter, livre sur l’ethnobotanique des plantes des montagnes, plus précisément du val d’Anniviers.

Je vais aussi compléter avec les études que j’ai pu trouver sur la plante.

Avant de démarrer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation à être un diagnostic ou une prescription médicale. En particulier vu que l’on va parler de conditions parfois aigües qui demandent l’avis d’un médecin.

Main tenant une tige d'Imprératoire avec ses feuilles


Un peu de botanique

Bien, on commence par un peu de botanique.

L’impératoire (Peucedanum ostruthium) est une plante vivace de la famille des Apiacées. Donc cousine de l’angélique, avec qui elle va partager de nombreuses propriétés. C’est une plante d’altitude qui croît de 1 000 à 2 800 m dans les montagnes. Fournier nous dit qu’elle pousse dans les Vosges, les Alpes, le Plateau central, les Cévennes, les Corbières et les Pyrénées.

On va la trouver dans les prairies, les rocailles, au bord des ruisseaux. Un peu dans les mêmes zones que les chérophylles, les adénostyles, etc.

Sa souche est assez épaisse, ramifiée, avec des nœuds. Elle libère un suc laiteux jaunâtre lorsqu’on la casse. Et la souche donne naissance à plusieurs tiges cylindriques, creuses et striées dans leur longueur. Elle n’est pas bien haute, elle mesure de 70 cm à 1 m. Elle est très discrète comparée à l’angélique sylvestre qui peut atteindre des tailles assez impressionnantes. Là, on a une plante assez basse, avec quelques feuilles qui partent du sol.

Chaque feuille est divisée en 3 à 9 folioles fortement dentées. Fournier nous dit que la feuille ressemble un peu à celle du persil, en largement plus gros bien sûr, et on parlerait du persil plat ici.

La floraison se fait autour des mois de juillet-août. Inflorescence en ombelle car c’est une Apiacée. Les fleurs sont de couleur blanche. Sous chaque ombellule, on peut voir 3 petites bractéoles qui pointent dans la même direction. Le fruit est de couleur jaune à brunâtre, presque circulaire comme une lentille, de largeur 5 mm et entouré d’une petite bordure.

On peut utiliser la racine, les feuilles et les fruits. La racine est la partie la plus puissante, avec un goût fort qui rappelle l’angélique mais avec encore plus de force. On reste tout de même dans des parfums de carotte sauvage, de persil, de céleri.

Impératoire en fleur

Récolte

La racine se récolte à l’automne. On peut cultiver la plante si on a le bon climat et la bonne altitude. Un peu comme pour l’angélique, ses graines doivent être semées rapidement après récolte, sinon elle germera difficilement, voire pas du tout. En automne, il fallait se rendre dans les prés humides et sur les bords des chemins proches d’un torrent pour faire sa réserve de racines pour l’hiver. Les Anniviards faisaient autrefois leurs réserves près des torrents.

La plante est photosensibilisante car elle appartient à la famille des apiacées, et contient donc des furanocoumarines. Ceci a été confirmé par plusieurs études qui ont identifié ces furanocoumarines dans les racines spécifiquement (Vogl & al., 2011, Zwirchmayr & al., 2022). Je n’ai pas trouvé d’études sur les parties aériennes. Cela dit, je ne sais pas si elle est très photosensibilisante comparée à d’autres. En tout cas, si vous faites une ramasse et que vous êtes exposé au suc (des racines en particulier), il est probablement préférable de porter des gants, ou de ne pas exposer au soleil les parties qui ont été en contact avec le suc de la plante.


Impératoire : usages culinaires en tant qu’épice

C’est une plante que l’on peut utiliser en cuisine. Mon ami Guillaume Besson, spécialiste de la cuisine des plantes sauvages, m’a fait goûter des délices à base d’impératoire. On va pouvoir épicer pas mal de choses avec. Mais je ne vais pas révéler ses secrets sans son autorisation, et puis vous pouvez venir découvrir tout ça lors de nos ateliers en montagne.

La saveur est particulière. C’est fort, avec une belle amertume, et donc pas facile à intégrer dans la cuisine. Je sais que Guillaume utilise principalement les racines sèches qu’il pulvérise pour rajouter avec parcimonie dans certaines préparations pour les relever. J’ai un dessert en tête en particulier, je n’en dirai pas plus.

L’impératoire va donner un aspect tonique au plat, et dans certains ateliers, nous avons eu des participants qui nous ont dit que l’aspect stimulant d’un petit dessert du soir avait un peu perturbé leur nuit.

Il est aussi possible d’utiliser les feuilles. Les fruits aussi (que l’on appelle vulgairement les graines), sachant que les fruits seront largement moins puissants que les racines ou les feuilles.

Bon, j’arrête là pour la partie culinaire, ce n’est pas mon expertise. Ce que je sais très bien faire, par contre, c’est consommer le résultat. Et accessoirement racler le fond du plat avec mes doigts.


Avant de vous parler des propriétés, je vous rappelle qu’AltheaProvence vous propose de nombreuses formations en ligne sur l’herboristerie pratique et appliquée aux problématiques d’aujourd’hui. Nous avons formé plus de 3500 apprenants depuis 2015. C’est de l’enseignement exclusif, basé sur l’expérience et la pratique, avec des programmes courts et des cursus longs. C’est en grande partie grâce à l’école que l’on peut vous produire régulièrement du contenu de grande qualité comme aujourd’hui, et toujours accessible gratuitement.


Propriétés traditionnelles

Historique

Allez, on passe à la partie médicinale. Dans notre passé, on en a fait une sorte de panacée à la façon du ginseng asiatique. D’ailleurs, son nom Meisterwurz, signifie « racine maîtresse, racine des racines ». Et puis le nom Impératoire, c’est la « racine impériale » nous dit Fournier. C’est le potentiel le plus intéressant que je vais retenir, son potentiel comme grande plante tonique, on va en reparler dans quelques minutes.

Nous n’avons que très peu de références traditionnelles concernant l’impératoire. Et aujourd’hui, très peu de gens s’intéressent à elle. On a encore quelques poches de savoir dans les montagnes comme on va le voir, mais le savoir est en voie de disparition. Et c’est bien dommage.

feuille d'impératoire


Impératoire : propriétés et utilisations populaires

Tonique

La première utilisation dont nous allons parler, c’est en tant que « tonique ». Et ce simple mot capture un rôle très important des plantes dans le passé. Tonique veut dire qui redonne des forces physiques et de l’élan vital à l’organisme. On parlait aussi de fortifiant, de reconstituant, de remontant. Ces plantes étaient utilisées dans les cas de grande fatigue. Et ces grandes fatigues, on les trouvait surtout lors des convalescences. Donc très souvent, dans les anciens ouvrages, les toniques sont répertoriées dans la section « convalescence ». Aujourd’hui, on les placerait plutôt dans une section fatigue et épuisement à part entière.

Elles ne sont pas excitantes comme la caféine, elles mettent beaucoup plus longtemps à agir, et semblent fonctionner d’une manière beaucoup plus large et encore mal définie aujourd’hui. Dans la 2ᵉ partie de mon épisode sur les plantes adaptogènes, dans la section « Par quelles plantes locales pourrait-on les remplacer », je vous avais proposé les racines de quelques apiacées de chez nous, spécifiquement l’angélique, la grande berce et l’impératoire comme alternatives à certaines plantes qui ne sont pas de chez nous.

Pour l’impératoire, on en sait guère plus sur son aspect « tonique ». Juste un mot dans une liste de propriétés. Mais je pense que c’est l’un des domaines qui demande exploration et expérimentation. Car nous sommes dans l’ère du grand épuisement, du moins basé sur mes observations.

On utilise donc la racine ici. On fait une décoction. Et je peux vous dire qu’on n’en met pas beaucoup. J’ai fait l’erreur de vouloir la doser comme l’angélique, et c’était beaucoup trop fort. Donc je dirais de commencer par une petite cuillère à café des racines coupées en rondelles par tasse. On l’utiliserait pendant plusieurs semaines dans ces périodes de grande fatigue.

Infections hivernales

La 2ᵉ grande utilisation de ces plantes des montagnes, c’est pour les infections hivernales. Dans ces lieux, les conditions sont rudes, les infections fréquentes. On est parfois dépourvu face à des infections qui résistent aux interventions classiques. Et bien évidemment, une fois que l’on arrive à se sortir des infections majeures, on se retrouve en période de convalescence, complètement épuisé, ce qui nous ramène à l’aspect tonique de l’impératoire.

Mais là, on est dans l’infectieux. On l’utilisait pour le catarrhe chronique, qui était une inflammation persistante des muqueuses respiratoires avec production excessive de mucus. Pour utiliser des termes plus simples, une toux persistante, souvent grasse. On se lève le matin, on a les bronches encombrées, faut tousser et cracher. À l’époque, c’est beaucoup plus une situation post-infection aiguë qu’une situation allergique. Donc une infection mal résolue qui se chronicise.

On voit comment l’aspect aromatique de l’impératoire aide à ramener la circulation autour des bronches, avec un effet fort probablement mucolytique et expectorant. Qui fluidifie, qui fait sortir. Et avec sa richesse aromatique, on a probablement une partie qui est anti-infectieuse directe. Donc on ferait des décoctions de racines pour se débarrasser d’une vieille toux. On l’utilisait aussi pour « l’asthme humide », donc un asthme avec beaucoup de production de mucus, pour faire sortir ce mucus. Là encore une condition chronique.

Mais même en aigu, pendant le pic de l’infection, on l’utilisait. On voit dans la liste des indications les fièvres typhoïdes. Les fièvres intermittentes, un terme utilisé principalement pour le paludisme, à l’époque où notre pays avait encore beaucoup de zones marécageuses et que la malaria était endémique. Par contre, ici, on parle d’une plante des montagnes, et je n’ai pas connaissance de zones montagneuses dans lesquelles on avait ce problème. Donc je ne sais pas exactement de quelles maladies on parle ici, qui aurait une fièvre cyclique qui reviendrait tous les X jours. Ou alors, elle était cueillie dans les montagnes et transportée et utilisée dans les zones marécageuses. Je ne sais pas.

Dernier point, elle était classée comme sudorifique, qui fait transpirer lors des fièvres. Et ici je vous renvoie à un épisode que j’avais fait sur le sujet, le fait que cette propriété diaphorétique était considérée comme essentielle dans le passé pour accompagner une infection avec fièvre. Ce qui peut paraitre surprenant à une époque où on essaie de faire baisser la fièvre à tout prix. Il fut un temps où le médecin voulait, au contraire, observer une bonne montée en fièvre, voulait voir le malade « briser » la fièvre, et commencer à transpirer abondamment. Pour y arriver, on utilisait souvent les plantes dites diaphorétiques ou sudorifiques, voir mon épisode sur le sujet.

Voici des témoignages tirés du livre, laissez-moi vous les lire. J’ai fait de petites coupes pour racourcir un peu, mais je reste globalement fidèle au texte. D’abord, un témoignage au sujet d’un enfant que le médecin considérait comme perdu.

  • « J’ai eu un fils qui avait été voir un concours de ski et il n’avait pas mis de bonnet. Il avait sept ans. Il est arrivé ce soir-là, il était bien mal. Pendant la nuit, j’ai vu qu’il était très malade et le lendemain j’ai appelé la doctoresse. Il nous connaissait plus, il parlait dans le vide. La doctoresse m’a appelée hors de la chambre et m’a dit : « Votre fils est perdu. Il a la méningite, l’otite et la sinusite. Pour une chose, il faudrait de la glace, pour une autre chose, il faudrait de la chaleur. » Trois jours avant, la route avait été barrée par un éboulement, alors on pouvait pas l’amener à l’hôpital. Toute la nuit j’ai installé […] une plaque en fer et des charbons […] et je râpais un peu de la racine dessus. Alors ça faisait une bonne odeur et une grosse fumée. En plus j’avais un entonnoir et j’avais en plus fait un rouleau avec un journal pour bien diriger la fumée. […] Le lendemain, la doctoresse est venue et elle m’a dit : « Mais il est sauvé ! » Sa figure était brune tant que je l’avais fumigé. Alors j’ai dit la vérité. Elle m’a dit que c’était vraiment un miracle.

Voici un autre témoignage au sujet d’une pneumonie.

  • « Mon mari avait eu une pneumonie. Il a été chez le médecin à Sierre et, à la radiographie, le poumon était noir. En rentrant, il a fait une cure de tisane de feuilles d’impératoire, à raison de deux tasses par jour. Lorsqu’il est retourné chez le médecin après trois semaines, celui-ci fut tout étonné de voir un poumon tout à fait blanc à la radiographie et a absolument voulu savoir ce qui avait provoqué une guérison aussi rapide. »

Les études nous apportent des informations en plus. L’ostruthine, qui est l’une des coumarines de la plante, est fortement antimycobactérienne (Palmioli et al., 2019). Les coumarines inhibent les pompes d’efflux de certaines mycobactéries, sachant que ces pompes sont un mécanisme de résistance aux antibiotiques (Lammel et al., 2020). Ce qui nous ferait dire que la plante a peut-être, effectivement, du potentiel pour combattre les maladies comme la tuberculose (Bhanwala et al., 2025).

Troubles digestifs

On utilisait l’impératoire pour les troubles digestifs. On la positionnait comme stomachique et carminative. Elle stimulait le manque d’appétit qu’on voyait souvent, là encore, dans les convalescences. Elle était considérée comme tonique digestive pour une relance lors des périodes de faiblesse. Elle calmait les crampes et les ballonnements.

Voilà, une utilisation simple et très répandue dans les campagnes, à une époque où on pouvait avoir une infection entérique, ou peut-être tomber malade à cause de nourriture avariée. La section « digestion » des ouvrages traditionnels est souvent remplie de plantes, et on y trouve de nombreuses plantes amères et aromatiques comme l’impératoire.

Utilisations externes, fumigations

On l’utilisait en externe, soit en fumigation (on a déjà entendu le témoignage au sujet de l’enfant), soit en bains. En tout cas on retrouve la fumigation dans de nombreux cas, et ça ce n’est pas très courant en général, mais pour l’impératoire, on y avait recours assez souvent. D’où son nom de benjoin français.

Je vous donne quelques témoignages ici.

  • Pour les furoncles et abcès, la plante était connue pour son pouvoir de « tirer très fort », elle faisait mûrir les abcès.
    • « Ma fille aînée, à quinze ans, a eu un gros furoncle juste à l’épine dorsale dans le dos. Il était immense, rouge et vilain. Je voulais la faire aller chez le docteur. Elle ne voulait pas, elle avait trop peur qu’il coupe. Je l’ai mise entre deux tabourets et je l’ai bien fumigée. Quand j’ai fait deux ou trois fois, ça a percé. Ça tombait goutte à goutte sur l’entonnoir, du pus, du sang et de l’eau. On a fait deux ou trois jours ça et c’était fini. ».
  • Suite à une fracture, on faisait des bains de feuilles d’impératoire.
  • Pour les plaies ouvertes, on faisait une fumigation de la racine sur la plaie. Pour les contusions, on faisait des cataplasmes de feuilles. Témoignages :
    • « […] On avait un gamin ici et la dame est venue voir si on avait de ces feuilles. On a été chercher. Il avait une blessure et après ça ramassait du pus. On a mis cette feuille d’agró dessus et la plaie a séché tout de suite. En peu de temps c’est parti. »
    • « La voisine mettait les feuilles au congélateur et les donnait à un monsieur qui avait la jambe ouverte. C’était la seule chose qui lui valait. Il faisait des compresses avec. »

Les études nous disent que les feuilles présentent une activité antiinfectieuse à large spectre contre les bactéries et champignons (Danna et al., 2025, Garzoli et al., 2022). On peut aussi observer une capacité remarquable de cicatrisation, avec une très bonne absorption et pénétration transdermique des constituants (Chen et al., 2025). Donc ici on pensera à des macérats huileux peut-être (la méthode « par intermédiaire alcoolique » me semble préférable ici), on penserait aux teintures diluées dans de l’eau et appliquées in situ lorsqu’on ne peut pas mettre de gras.

D’ailleurs, une étude nous dit que les feuilles peuvent être employées à la place des racines avec une efficacité similaire ou même supérieure à celle des racines, spécifiquement pour la partie réparation des plaies et anti-inflammatoire (Danna et al., 2022). Toutes les références sont en fin d’article.

Conditions urinaires et gynécologiques

La plante était utilisée pour les conditions urinaires et gynécologiques. En cas d’infection urinaire, on utilisait la fumée de racines râpées sur des braises chaudes.

  • « Lorsque l’on a des faiblesses de vessie, il faut s’asseoir deux à trois fois sur le seau avec une couverture et rester jusqu’à ce que la fumée s’arrête. La fumée désinfecte et on n’a plus rien. »

Bien sûr, ces pratiques ne se font plus aujourd’hui. N’allez pas faire n’importe quoi et vous bruler.

Médecine vétérinaire

On voit une utilisation assez répandue en médecine vétérinaire. Témoignages :

  • « Un bélier s’était cassé la patte, il était perdu, il ne pouvait plus se coucher, il ne mangeait plus. […] Avec une marmite, on a mis des charbons rouges dedans et on coupait des racines dessus. On est allé, avec mon père, deux ou trois fois ça a coulé et il était guéri. »
  • « L’impératoire, on la servait aussi pour le bétail quand ils avaient des panaris. Alors on mettait des cataplasmes dessus. Parce que le panaris, ça ramassait du pus. Il y avait cela et il y avait le serpolet que l’on mettait aussi. On mettait autour du sabot et on mettait un sac et on l’attachait et on laissait deux, trois jours comme ça. ».

Désinfection de l’air

Et enfin, on l’utilisait pour désinfecter l’air d’une pièce, un peu comme on ferait brûler des feuilles de sauge, du genévrier, ou de l’encens.

  • « On mettait le feu aux racines et on passait dans la maison pour enlever les mauvaises odeurs. Ça sentait bon ; vous savez quand on était je ne sais combien dans une chambre… »

impératoire avec les Alpes en arrière plan


Impératoire : formes et dosages

En ce qui concerne les feuilles et les dosages, voici ce que nous dit notre cher Paul-Victor Fournier :

  • Infusion ou décoction : 15 à 30 g de racine par litre d’eau, 2 tasses par jour. Une feuille fraîche pour 1 litre d’eau en infusion contre les maux de ventre.
    • Pour les racines, je peux vous dire d’ores et déjà que vu la force et le goût prononcé, c’est trop dosé. Commencez par une petite cuillère à café des racines coupées en rondelles par tasse et ajustez en fonction de votre tolérance.
  • Poudre : 1 à 2 g comme excitant, 3 à 6 g comme fébrifuge. La poudre en externe pour déterger les ulcères.
  • Teinture : 30 g de racine pulvérisée pour 500 g d’alcool ; ajouter 8 g d’anis ; laisser macérer 8 jours ; à prendre par petites cuillerées dans une infusion de camomille ou de sauge.
  • • Masticatoire : racine mâchée contre les maux de dents et la paralysie de la langue, nous dit Fournier (je ne suis pas sûr de quelle condition il s’agit pour la paralysie).
  • Cataplasmes :
    • Poudre mêlée à de l’axonge (c’est-à-dire du saindoux, très utilisé à l’époque de Fournier)
    • Feuilles fraîches écrasées au rouleau à pâtisserie ou avec une bouteille.
    • Feuilles sèches ramollies dans l’eau chaude, ou plus fréquemment dans du lait.
    • On peut y ajouter du sel, du serpolet, ou enduire les feuilles de résine de mélèze. L’utilisation d’eau-de-vie pour ramollir les feuilles accentue le pouvoir désinfectant.
  • Bains : quelques poignées de feuilles sèches ou fraîches cuites dans une marmite d’eau pour des bains de pieds, de jambes ou de corps complet.
  • Fumigations : racines sèches brûlées ou racines râpées sur des braises ou sur le fourneau pour diriger la fumée (à l’aide d’un entonnoir ou d’un journal roulé) sur les zones infectées ou pour désinfecter les pièces.

Impératoire : précautions

En ce qui concerne les précautions, nous n’avons que très peu de données, comme vous pouvez vous l’imaginer, vu que la plante n’est connue que dans les montagnes et elle n’a jamais fait partie, à ma connaissance, de la pharmacopée officielle.

Cela dit, Fournier nous dit qu’à doses excessives, il y aurait danger d’hémorragie en cas de prise en interne.

En externe, l’impératoire doit être employée avec prudence car elle « tire très fort » sur les plaies, comme nous le disent les témoignages des montagnards. Cela tire parfois un peu trop, au point de laisser une plaie ouverte.

Voilà ce que je voulais partager au sujet de l’impératoire. Tout ce savoir, toutes ces pratiques se sont perdues. Je vous rappelle que certaines de ces conditions nécessitent une intervention médicale aujourd’hui. Par contre, à une époque où le médecin n’était pas forcément disponible ou qu’on ne pouvait pas atteindre l’hôpital pour une raison ou une autre, les plantes locales sauvaient des enfants, des femmes, des hommes. Ne l’oublions pas car cela fait partie de notre mémoire collective.

Merci d’être là en tout cas. Je vous retrouve très vite pour un prochain épisode.


Références

Vogl, S., Zehl, M., Picker, P., Urban, E., Wawrosch, C., Reznicek, G., Saukel, J., & Kopp, B. (2011). Identification and quantification of coumarins in Peucedanum ostruthium (L.) Koch by HPLC-DAD and HPLC-DAD-MS.. Journal of agricultural and food chemistry, 59 9, 4371-7 . https://doi.org/10.1021/jf104772x

Zwirchmayr, J., Cruz, D. C., Grienke, U., Tammela, P., & Rollinger, J. (2022). Short Lecture “Deciphering the Anti-Infective Properties of Peucedanum ostruthium: Biochemometry Identifies Ostruthin as Pluripotent Anti-Infective Agent”. GA – 70th Annual Meeting 2022. https://doi.org/10.1055/s-0042-1758924

Palmioli, A., Bertuzzi, S., De Luigi, A., Colombo, L., La Ferla, B., Salmona, M., De Noni, I., & Airoldi, C. (2019). bioNMR-based identification of natural anti-Aβ compounds in Peucedanum ostruthium.. Bioorganic chemistry, 83, 76-86 . https://doi.org/10.1016/j.bioorg.2018.10.016

Lammel, C., Zwirchmayr, J., Seigner, J., Rollinger, J., & De Martin, R. (2020). Peucedanum ostruthium Inhibits E-Selectin and VCAM-1 Expression in Endothelial Cells through Interference with NF-κB Signaling. Biomolecules, 10. https://doi.org/10.3390/biom10091215

Bhanwala, N., Katiyar, R., Kumar, S., Datusalia, A. K., & Khatik, G. L. (2025). Network pharmacology and in silico investigation into the therapeutic potential of phytoconstituents of Peucedanum ostruthium as anti-tubercular agents. Health Sciences Review. https://doi.org/10.1016/j.hsr.2025.100219

Danna, C., Mainetti, A., Belaid, S., La Camera, E., Trombetta, D., Cornara, L., & Smeriglio, A. (2025). Unveiling the Pharmacognostic Potential of Peucedanum ostruthium (L.) W.D.J. Koch: A Comparative Study of Rhizome and Leaf Essential Oils. Plants, 14. https://doi.org/10.3390/plants14132047

Garzoli, S., Iriti, M., & Vitalini, S. (2022). Chemical composition, antiradical and phytotoxic activity of the essential oil from Peucedanum ostruthium W.D.J.Koch leaves. Journal of Phytomolecules and Pharmacology. https://doi.org/10.56717/jpp.2022.v01i02.011

Chen, C.-Y., Wang, G.-H., Kuo, J.-T., Lin, Y.-T., Huang, H.-J., Chang, Y.-C., & Chung, Y.-C. (2025). Ultrasound-assisted extraction of Peucedanum ostruthium leaves: a feasible alternative to rhizomes for industrial applications. Frontiers in Pharmacology, 16. https://doi.org/10.3389/fphar.2025.1636312

Danna, C., Bazzicalupo, M., Ingegneri, M., Smeriglio, A., Trombetta, D., Burlando, B., & Cornara, L. (2022). Anti-Inflammatory and Wound Healing Properties of Leaf and Rhizome Extracts from the Medicinal Plant Peucedanum ostruthium (L.) W. D. J. Koch. Molecules, 27. https://doi.org/10.3390/molecules27134271

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