Reishi : guide complet et pratique

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Bonjour,

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un champignon médicinal qui a plus de 2000 ans d’utilisation dans les pays asiatiques. Il a débarqué chez nous relativement récemment, et il est pris dans une sorte de grande frénésie médiatique. Les projections pour les ventes annuelles pour 2026 risquent de dépasser les 8 milliards de dollars dans le monde. On le retrouve dans des cafés et préparations confectionnés pour optimiser la productivité, pour booster l’énergie, pour graisser les rouages de la société productiviste, en d’autres termes.

De nombreuses personnes en parlent, sur les réseaux sociaux en particulier. On a un peu l’impression que c’est le café miracle à base de champignon miracle. Et quand ça nous arrive aux oreilles, on a les warning qui s’allument. Et je me suis laissé tenter, je l’avoue, je me suis acheté plusieurs de ces cafés, et j’ai laissé quelques billets, je ne vous cache pas. Mais je voulais essayer car rien de tel que l’expérience pour savoir de quoi on parle. Et clairement, certaines versions aromatisées au chocolat ont été particulièrement amicales à mes papilles gustatives.

Bon. La réalité, c’est que j’aime beaucoup le Reishi. C’est un champignon très prometteur. Mais je vais vous emmener dans un truc largement moins sexy, largement moins vendeur que cette histoire de café. Car on va parler de problèmes de santé qui sont parfois complexes. Car le chemin est long et ça demande du travail, de la patience, les bonnes formes et les bons dosages. Mais souvent, et j’ai pu le constater de nombreuses fois, les bienfaits sont là, les résultats sont là.

Du coup je vais essayer de me détacher de toute cette fièvre médiatique et faire le point avec vous. On va essayer de rester simple et pratique. Cet épisode ne sera bien évidemment pas un court épisode et on va couvrir pas mal de détails.

Avant de démarrer, je vous rappelle que l’école Altheaprovence vous propose toute une gamme de formations en ligne sur l’herboristerie appliquée, pour vous aider à comprendre comment vous pouvez accompagner vos proches ou vos clients pour différents types de problématiques de santé, toujours en complément d’un suivi médical.

Je vous rappelle aussi que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Les informations partagées dans cet épisode sont à visée éducative uniquement et n’ont pas vocation à remplacer un suivi médical.

reishi


Reishi : un peu de botanique

Un peu de botanique très rapide. Le Reishi est un champignon de la famille des Ganodermataceae. Il n’est pas utilisé en tant que champignon comestible, si vous en avez déjà vu sec, vous savez pourquoi vu sa texture. C’est très dur et ligneux. De nom latin Ganoderma lucidum pour la variété officielle, lucidum pour « brillant », qui fait référence à sa surface un peu laquée.

En médecine asiatique, dans le passé, on a utilisé différents types de Ganoderma comme Ganoderma sinense ou Ganoderma tsugae. Et nous avons de nombreuses espèces de ganoderma qui poussent en Europe, en Amérique du Nord, en Asie, même dans les forêts tropicales. Ils ont chacun leur répartition, et ils poussent sur différents types d’arbres. Chêne, frêne, hêtre, érable. D’après Christopher Hobbs, un spécialiste des champignons en Amérique du Nord, 99 % des Reishi au Japon poussent sur les pruniers, et ils sont tellement rares qu’on va trouver tout au plus quelques champignons pour chaque 100 000 pruniers. Donc de nombreux ganodermas dans le monde. Cela dit, à partir de maintenant, on ne parle que de l’espèce officielle, Ganoderma lucidum.

Le Reishi a un chapeau semi-circulaire, assez ondulé et bosselé, couvert d’une croûte lisse et brillante, de couleur brun-rouge qui tourne sur le noirâtre. Je pense que vous l’avez déjà vu en photo.

Je ne vais pas vous parler du Reishi sauvage car il est rare, et les sources utilisées aujourd’hui sont des sources principalement cultivées sur substrats. En tout cas nous avons une culture française déjà en place, je crois comprendre que de nouveaux producteurs s’y intéressent, donc l’achat en circuit court est possible, et le sera de plus en plus, j’espère, dans un futur proche.

Culture du Reishi sur substrat


Reishi en médecine chinoise

On commence par le Reishi en médecine chinoise. Je ne suis pas praticien en médecine chinoise et je n’ai pas étudié la médecine chinoise. Mais je la trouve assez fascinante. Souvent j’essaie de vous donner des bribes d’information basées sur ma compréhension très imparfaite de cet art, donc si vous êtes praticienne ou praticien en MTC, d’avance mes excuses car je vais tordre pas mal de choses à ma façon.

Il s’appelle Ling Zhi. Il tonifie le Qi (le Qi du coeur en particulier), nourrit le Sang et calme le Shen. Tout ceci avec majuscules pour montrer qu’on parle du « Sang » concept de médecine chinoise, et pas du sang physiologique. Tonifier le Qi et nourrir le Sang signifie que l’on va l’utiliser dans les périodes où on est particulièrement fatigué, avec souffle court, perte d’appétit, extrémités froides. L’énergie globale et la chaleur ne sont plus assez présentes, ne circulent plus assez.

Donc en faisant une simplification assez grossière, on le positionnerait comme tonique qui nous aide à traverser les périodes de fatigue et de déficience globale, de manque de circulation et de fonction. Dans les traités fondamentaux de médecine chinoise comme le Shen Nong Ben Cao Jing (rédigé vers 100 av. J.-C.), le Reishi est placé tout en haut de la hiérarchie des remèdes dits « supérieurs », caractérisés par leur absence de toxicité et leur capacité à préserver la vitalité sur le long terme justement.

Une fonction que l’on retrouve dans les plantes adaptogènes dont je vous ai déjà longuement parlé dans d’autres épisodes consacrées à ce terme « adaptogène ». Je vous ai expliqué dans l’épisode sur la schisandra que c’est un terme remis en question aujourd’hui, mais que je garde car il m’a toujours aidé dans ma pratique. Il n’est pas parfait, certes, mais comme toute caricature, il permet de cerner certaines plantes. Donc ici, on pourrait parler de tonique ou peut-être d’adaptogène.

Mais on rajoute cette partie assez particulière de « calmante du Shen ». Le Shen peut être grossièrement traduit par « Esprit ». Il inclut notre conscience, nos fonctions mentales, notre « présence », notre équilibre émotionnel. Le Shen réside dans le Cœur, où il se retire pendant la nuit pour se reposer. On dit que le Shen réside dans le Cœur et que le Sang en est le véhicule. C’est via le Sang que le Shen circule dans le corps. Pour que le Shen soit stable et bien ancré, il faut donc que le Sang soit abondant et de bonne qualité.

Si le Shen est perturbé, nous voyons apparaître des troubles du sommeil, de l’anxiété, une instabilité émotionnelle, une difficulté à rester présent et centré. Le Reishi, en nourrissant le Sang et en stabilisant le Shen via son action sur le Cœur, va donc apporter de la stabilité émotionnelle et faciliter un sommeil plus profond et réparateur.

En termes modernes, on pourrait dire qu’il agit comme un calmant du système nerveux : apaisant, qui aide à réduire l’anxiété et qui soutient un sommeil de meilleure qualité. Mais c’est important de noter qu’il n’agit pas comme un sédatif qui assomme : il stabilise plutôt, il enracine.

Il tonifie aussi le Qi des Poumons, transforme les Mucosités et calme la toux et la respiration sifflante. Ce qui nous fait penser à l’asthme, et on va élargir un peu plus, à l’asthme allergique et encore plus à toutes les allergies. On en reparle dans quelques minutes.

Je vais m’arrêter ici pour l’inspiration de médecine chinoise, mais c’est important d’en parler car vous allez voir que c’est globalement un schéma que l’on va retrouver dans les indications modernes.


Constituants

Mais d’abord, parlons des constituants.

Les plus connus sont les polysaccharides. Ils sont nombreux. Une grosse partie des propriétés du Reishi peut être attribuée aux polysaccharides, en particulier toutes les propriétés immunitaires dont nous allons parler. Les polysaccharides les plus connus sont des bêta-glucanes. On rentre dans un peu plus de précisions en identifiant les 1,3 et 1,6-bêta-glucanes, car 1. Ils sont actifs et 2. Ils permettent de distinguer entre les polysaccharides du champignon et ceux du substrat sur lequel on les fait pousser (et donc, au passage, de détecter les falsifications et les manipulations possibles). Les bêta-glucanes sont probablement les constituants les plus faciles à doser, à mesurer, à afficher sur des étiquettes. Ce que je veux dire par là, c’est qu’ils peuvent être un argument de qualité chez certains fabricants respectueux, mais un argument marketing dans le sens « plus c’est mieux » chez d’autres fabricants peu scrupuleux.

Deuxième famille importante : les triterpènes comme les acides ganodériques, acides lucidéniques, ganodériols, ganodermanondiol, ganodermanontriol, etc. Ils démontrent des propriétés cytotoxiques et antitumorales, antivirales (notamment l’inhibition des protéases du VIH et des entérovirus – donc on note au passage des utilisations possibles), hépatoprotectrices, hypocholestérolémiantes et anti-inflammatoires. Donc vous voyez, effectivement, on ne peut pas parler que des polysaccharides.

Nous avons des protéines et peptides comme les protéines immunomodulatrices fongiques (FIP) : la plus étudiée est la Ling Zhi-8. Nous avons d’autres protéines comme la ganodermine (une protéine antifongique), des ribonucléases, des peptides antioxydants comme la GLP4, etc.

Des stéroïdes et stérols de type ergostérol avec des noms que je ne vais pas m’aventurer à prononcer mais les voici : (5α,8α)-épidioxyergosta-6,22-dién-(3β)-ol, (α)-spinastérol, etc.

Des flavonoïdes et acides phénols.

Des alcaloïdes comme les lucidimines, ganocaclicines A et B, sinensine E, et ganocochlearine.

Donc un cocktail complexe, comme d’habitude. Une portion sera extraite par l’eau. Une portion sera extraite par l’alcool. Ce qui nous amène à un procédé qui optimise l’extraction des actifs des champignons, qui s’appelle la double extraction. Une extraction à l’eau permet d’extraire la grande famille des polysaccharides, une extraction à l’alcool permet d’extraire la grande famille des terpènes, et accessoirement alcaloïdes, stéroïdes et stérols, etc. Il y a une manière artisanale et maison de faire cette double extraction (j’en ai déjà parlé sur mon site), il y a des manières très high-tech de la faire avec des machines à ultrason, des évaporations sous vide, etc.

Il y a donc une très large variété de préparations possibles, depuis la tradition asiatique qui fait une décoction longue, donc une extraction qui va tendre vers les polysaccharides. Dans mes années en Amérique du Nord, on utilisait parfois de simples teintures, donc là on va plutôt récupérer les constituants autres que les polysaccharides.

En tout cas, il n’y a pas une forme qui fonctionne et les autres qui ne fonctionnent pas. Il y a des gradients. J’ai vu des personnes qui obtenaient d’excellents résultats avec différentes formes. Cela dit, l’état de l’art nous dit effectivement que la forme optimale, la forme la plus concentrée, la plus complète, se fait par double extraction.

reishi séché


Reishi : propriétés et indications

Bien, on va maintenant parler des propriétés et indications. Je vais parsemer mes propos de références scientifiques. Quasiment toutes les études sont asiatiques d’ailleurs; chinoises principalement. Mais c’est la pratique des différents pays qui va prendre le dessus dans mon propos. Donc la question principale reste : dans quelles situations on l’utilise exactement, et pour quelles situations il donne des résultats, même si parfois les données de la science sont partielles.

Équilibrant immunitaire

Et on va démarrer avec quelque chose d’assez fondamental, qui est l’action sur l’immunité. On doit cette action principalement aux polysaccharides. Le Reishi stimule une immunité trop basse. Donc on pense ici à des situations dans lesquelles la personne fait des infections régulières et on aimerait bien l’aider à renforcer son immunité. On voit ça chez la personne âgée, chez la personne immunodéprimée pour une raison ou une autre (ceci inclut le VIH), peut-être suite à un long traitement. Ça peut être en lien avec une période de grande fatigue (on va en reparler), vu que vitalité et immunité sont souvent en lien.

Le Reishi peut aussi aider lorsque l’immunité est en dysrégulation et s’en prend à des substances inoffensives, que ce soit des substances hors de notre corps (on parle alors d’allergies) ou de notre propre corps (on parle alors de maladies autoimmunes). On pourrait alors parler d’excès ici, d’une manière un peu caricaturale.

Donc l’effet global du Reishi sur l’immunité est un effet équilibrant. Ça peut être une bonne base pour les personnes ayant une immunité faible, pour les personnes ayant des terrains allergiques ou autoimmuns. Une « base », ça veut dire qu’on va souvent rajouter d’autres plantes au protocole, mais c’est une bonne fondation du protocole. Dans les allergies saisonnières par exemple, on peut prendre le reishi pendant des semaines, et par-dessus, si nécessaire, rajouter nos classiques comme plantain, ortie, cassissier, romarin, etc. si la situation le demande.

En oncologie intégrative

On va aller chercher cet aspect stimulant immunitaire dans l’accompagnement du cancer. Le Reishi est très utilisé en oncologie intégrative. C’est probablement le domaine dans lequel les études scientifiques se sont le plus concentrées.

Nous avons des données d’études sur l’utilisation en cancérologie adjuvante. Et là, le Reishi tend à améliorer :

  1. Les paramètres immunitaires (donc les fondations de la défense). On voit une protection de la fonction hématopoïétique de la moelle osseuse, ce qui va réduire la sévérité de la leucopénie, de la neutropénie et de la thrombocytopénie qui sont souvent induites par les agents chimiothérapeutiques ou les rayons. Sur humain, on voit une augmentation mesurable de certains marqueurs qui nous disent, indirectement, que le combat contre le cancer sera probablement amélioré : hausse des CD3, CD4, CD8 ou activité NK selon les essais cliniques.
  2. La réponse tumorale (donc une action plus directe et ciblée), principalement au travers des terpènes, mais pas que. Le Reishi induit l’apoptose des cellules cancéreuses au travers d’une voie intrinsèque (par la mitochondrie) et d’une voie extrinsèque (via l’activation de récepteurs membranaires). Il provoque l’arrêt du cycle cellulaire. Il inhibe le processus de métastase. Il a une action anti-angiogénique directe.
  3. La protection des organes. Protection du foie, des reins (contre la toxicité du cisplatine), du cœur (contre les lésions induites par la doxorubicine).
  4. La qualité de vie, donc le ressenti global, la vitalité, le bien-être, ce qui est extrêmement important dans ces périodes difficiles. Le Reishi semble agir sur toute une liste de désagréments. Diminution des mucites intestinales et orales, des nausées, de l’anorexie induites par les chimios de type cisplatine ou 5-FU.

Références : Jin 2012, Zhong 2019, Chen 2023, Lin 2019.

Pour rester avec la qualité de vie, nous avons un essai pilote randomisé chez 48 patientes sous hormonothérapie pour un cancer du sein qui a pu mesurer une amélioration de la fatigue, du bien-être physique, de l’anxiété, de la dépression et de la qualité de vie (Zhao 2011).

Globalement, les essais cliniques restent petits, hétérogènes et parfois fragiles d’un point de vue méthodologique, avec des formulations très différentes du Reishi d’une étude à l’autre. Donc c’est dur de comparer les formes et les dosages. En pratique, par contre, en oncologie adjuvante, je pense qu’on a assez de données de la pratique aujourd’hui, dans différents pays, pour dire que le Reishi peut vraiment aider la personne à traverser ces périodes difficiles, à rendre l’immunité plus forte, à améliorer la vitalité, le tout sans traces de toxicité.

Bien évidemment, pour tout ce qui touche à l’intégration des substances naturelles dans un protocole en oncologie, il vous faudra valider avec votre équipe médicale pour éviter les risques d’interaction.

Longues périodes de fatigue

On a parlé du Reishi comme remontant, comme stimulant de la vitalité, ce qui va lui donner une belle place dans toute situation de fatigue longue, de fatigue profonde, de fatigue chronique. On pense à des Lyme chronique, à des fibromyalgies. On va devoir lui donner du temps ici en fonction de la situation. Il faut parfois faire des accompagnements qui durent plusieurs mois pour des terrains particulièrement déficients, épuisés par le stress de la vie ou de la maladie.

Calmer et aider à mieux dormir

Et en même temps, et c’est ça que je trouve si intéressant avec le Reishi, il calme le système nerveux lorsque celui-ci est surstimulé, et il va aussi favoriser un meilleur sommeil. Les deux états étant liés, bien évidemment.

Et même dans les états de grande fatigue, le sommeil est parfois très perturbé. Ce qui est extrêmement frustrant pour la personne, elle est constamment épuisée et son sommeil est très léger, très mouvementé. Le Reishi peut aider ici.

Protecteur du foie, des reins, du système nerveux

Le Reishi est hépatoprotecteur (Chiu 2017). C’est-à-dire qu’il protège le foie contre les substances qui l’abîment. Il est indiqué lorsqu’il y a élévation des marqueurs inflammatoires hépatiques (transaminases et GammaGT). Ce n’est pas la seule plante qui a cet effet, on connait bien le chardon-marie ou le desmodium pour ces indications-là. Je vous ai expliqué que bien d’autres plantes comme la racine de pissenlit, la racine de bardane ou le romarin ont aussi un effet hépatoprotecteur.

Mais regardez ce qu’on peut faire ici. On peut commencer à combiner les propriétés multiples. Imaginez une personne qui traverse une chimiothérapie pour un cancer, qui est particulièrement fatiguée, et qui a une élévation des marqueurs hépatiques due à la chimio, une situation très classique. Bon, on pourrait faire d’une pierre trois coups, bien que personnellement, je rajoute très volontiers le chardon-marie ici pour faire bouger les choses un peu plus vite.

On a vu il y a quelques minutes qu’il était aussi néphroprotecteur, c’est-à-dire protecteur des reins lorsqu’il y a risque de néphrotoxicité. Ce qui peut aussi arriver lors des chimios.

Et pour être exhaustif, je dois vous dire que certains cas d’hépatotoxicité ont été rapportés dans la littérature scientifique après ingestion de Reishi (Wanmuang 2007). Est-ce que le produit était mélangé avec des substances douteuses ? Est-ce que c’est le Reishi lui-même, vu que parfois on a des réactions surprenantes avec les plantes chez certains individus ? On en avait parlé dans l’épisode sur les cas de toxicité de l’ashwagandha si vous vous souvenez. Ici, je n’ai pas assez d’information pour vous dire.

Autres propriétés

Est-ce que le Reishi a d’autres propriétés ? Oui, c’est l’une des substances naturelles les plus étudiées, et ça fait un peu tourner la tête.

  • Il est antidiabétique et hypoglycémiant. Donc intéressant en accompagnement de tout trouble métabolique.
  • Hypolipidémiant et protecteur contre l’athérome. Il diminue les excès de LDL et VLDL. Nous avons des données cliniques des années 1980 sur les bienfaits dans les maladies coronariennes.
  • Antihypertenseur et antithrombotique.
  • Neuroprotecteur, donc intéressant dans toute maladie neurodégénérative.
  • Anti-inflammatoire articulaire et général. On en a déjà parlé mais j’en rajoute une couche. Vous voyez ces états inflammatoires associés à un état de grande fatigue : fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique, Lyme chronique, etc. On va penser au reishi.
  • Antiviral, antibactérien, antifongique et antiparasitaire
  • C’est un régulateur du microbiote intestinal
  • C’est un protecteur des os
  • Il aide à combattre le mal des montagnes et a été utilisé pour aider les grimpeurs en Chine.
  • Etc.

Donc on pourrait passer toute une journée à parcourir toutes les propriétés et indications du Reishi. Et ça serait vraiment intéressant d’aller chercher toutes les études cliniques qui ont eu lieu dans les années 1980 en Chine et au Japon. Je crois comprendre que c’est une décennie très intéressante pour l’expérience clinique. Mais d’un autre côté, je pense que plus la liste est longue, et moins on arrive à retenir de choses, moins on arrive à positionner le Reishi dans la pratique.

Donc j’en reviens à quelque chose de simplifié :

  • Immunité trop basse
  • Allergies ou autoimmunité
  • Oncologie intégrative
  • Périodes de grande fatigue
  • Périodes de stress avec troubles du sommeil (et il y a plein d’autres plantes pour ça, on est d’accord)
  • Et lorsque le corps doit encaisser la toxicité de certaines substances qui peuvent avoir un impact sur le foie, les reins, les os, la muqueuse digestive ou autre. C’est un grand protecteur.

Reishi sauvage sur un tronc


Formes et quantités

On parle maintenant de formes et de quantités. A ce stade, si vous vous intéressez un minimum aux champignons médicinaux, vous vous posez peut-être la question : faut-il utiliser le mycélium de Reishi, ou plutôt le carpophore (c’est-à-dire ce qu’on appelle le champignon lui-même), ou les deux ? Et c’est un gros débat dans les cercles de mycothérapie. Pour le Reishi, on utilise le carpophore.

Vous entendrez qu’il faut utiliser des formes liquides car on ne digère pas la chitine et les actifs sont emprisonnés dans la chitine. Ce n’est pas aussi noir et blanc que ça. C’est une histoire de gradation d’efficacité. J’ai vu de beaux résultats avec des poudres très fines de carpophores de Reishi pris en gélule et bien dosé. Et ce n’était pas de l’extrait sec. Mais oui, globalement, si vous faites une belle double extraction, les actifs seront beaucoup plus assimilables. Sachant qu’un extrait sec est globalement une double extraction (du moins si l’extrait sec est bien réalisé) qui a été évaporée pour ne laisser qu’une poudre qui sera ensuite mise en gélules. Là encore toute une discussion sur comment l’extrait sec est réalisé pour ne rien abîmer, etc.

Globalement, je l’avoue, c’est compliqué. Je vois passer pas mal de produits, et la complexité du produit rend la navigation difficile. On a différents types d’extraits, de différentes parties de plantes. Donc désolé mais il faut que je simplifie.

Les formes, par ordre d’efficacité croissante :

  • Poudre fine du carpophore : 1,5 à 3 g par jour en moyenne, sachant qu’on peut monter jusqu’à 10 g dans certains cas. C’est le champignon séché et réduit en fine poudre. En gélule ou intégrée dans une compote ou autre. C’est la forme la moins digeste, mais loin d’être inefficace.
  • Décoction : 3 à 15 g du champignon sec par jour d’après les pharmacopées traditionnelles. On fait des décoctions longues ici, certaines recettes mentionnent plusieurs heures, on attend que le liquide réduise. Ce qui sera bien évidemment gourmand en énergie. Je vous donne la recette de David Winston du côté américain : 30 à 60 g du champignon sec et coupé en fins morceaux, dans 1 litre d’eau, faire frémir tout doucement pendant 2 à 4 heures jusqu’à réduction de moitié et prendre jusqu’à 3 ou 4 tasses par jour. Une préparation riche en polysaccharides, mais peu concentrée en terpènes. Et tout à fait active, un peu de respect pour les millénaires de médecine chinoise.
  • Extrait sec : il sera en principe standardisé en béta-glucanes, et encore mieux en 1,3 et 1,6 béta-glucanes. Tout ceci va dépendre du laboratoire, des procédés d’extraction. Pour les dosages, tout va dépendre de la concentration de l’extrait sec. Les concentrations tournent souvent autour des 10:1, c’est-à-dire concentré 10 fois par rapport au champignon sec, avec un dosage dans les 500 mg 1 à 2 fois par jour.
  • Extrait liquide en double extraction : de 1 à 2 ml, de 2 à 3 fois par jour, en augmentant graduellement, et en fonction des objectifs et de la personne. A prendre entre les repas dans un peu d’eau à température ambiante.

On fait des cures longues, avec une prise quotidienne. Pas de pauses nécessaires ici. Il faut du temps, soyez patient.

Pour la qualité des produits, mieux vaut se rapprocher du fabriquant et demander les procédés de fabrication, les labels de qualité, les résultats d’analyse, etc. Car dès qu’on rentre dans le monde des poudres et des extraits secs, je peux vous dire qu’il y a énormément de triche, malheureusement. Et énormément de très bons produits aussi. Il faut du temps pour explorer ce petit monde.

boisson au reishi


Reishi : précautions

En termes de précautions :

  • Contre-indiqué si prise d’anticoagulants ou d’immunosuppresseurs
  • Ne pas utiliser si vous avez une allergie à certains champignons
  • Et pour finir, les études sur animaux montrent que les triterpènes du Reishi peuvent inhiber certains cytochromes impliqués dans le métabolisme des médicaments. Donc risque d’interactions médicamenteuses, et si médicaments à marge thérapeutique étroite, risque élevé. Globalement, dans le doute, si vous prenez des médicaments, demandez conseil à votre pharmacien.

Voici qui termine ce long épisode sur le Reishi. C’est le plus court que je pouvais faire sur un champignon aussi riche et un marché des compléments alimentaires aussi complexe. Je vous souhaite de trouver de bons fournisseurs, et vous savez que je ne donne plus cette information aujourd’hui car ça me met dans des positions délicates. Donc j’espère que vous allez trouver le bon produit, car c’est un outil assez puissant lorsqu’on sait le manipuler.

Merci d’être là, on se retrouve très vite pour un nouvel épisode.

pousse de reishi


Références

Projections des ventes mondiales annuelles : www.grandviewresearch.com/industry-analysis/reishi-mushroom-market-report

Chen, S.-N., Nan, F., Liu, M., Yang, M.-F., Chang, Y.-C., & Chen, S. (2023). Evaluation of Immune Modulation by β-1,3; 1,6 D-Glucan Derived from Ganoderma lucidum in Healthy Adult Volunteers, A Randomized Controlled Trial. Foods, 12. https://doi.org/10.3390/foods12030659

Jin, X., Beguerie, J. R., Sze, D., & Chan, G. C. (2012). Ganoderma lucidum (Reishi mushroom) for cancer treatment.. The Cochrane database of systematic reviews, 6, CD007731 . https://doi.org/10.1002/14651858.cd007731.pub2

Zhong, L., Yan, P., Lam, W., Yao, L., & Bian, Z. (2019). Coriolus Versicolor and Ganoderma Lucidum Related Natural Products as an Adjunct Therapy for Cancers: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Frontiers in Pharmacology, 10. https://doi.org/10.3389/fphar.2019.00703

Zhao, H., Zhang, Q., Zhao, L., Huang, X., Wang, J., & Kang, X. (2011). Spore Powder of Ganoderma lucidum Improves Cancer-Related Fatigue in Breast Cancer Patients Undergoing Endocrine Therapy: A Pilot Clinical Trial. Evidence-based Complementary and Alternative Medicine : eCAM, 2012. https://doi.org/10.1155/2012/809614

Lin, Zhi-Bin & Yang, Baoxue. (2019). Ganoderma and Health Pharmacology and Clinical Application: Pharmacology and Clinical Application. 10.1007/978-981-32-9421-9.

Chiu HF, Fu HY, Lu YY, Han YC, Shen YC, Venkatakrishnan K, Golovinskaia O, Wang CK. Triterpenoids and polysaccharide peptides-enriched Ganoderma lucidum: a randomized, double-blind placebo-controlled crossover study of its antioxidation and hepatoprotective efficacy in healthy volunteers. Pharm Biol. 2017 Dec;55(1):1041-1046. doi: 10.1080/13880209.2017.1288750. PMID: 28183232; PMCID: PMC6130508.

Wanmuang H, Leopairut J, Kositchaiwat C, Wananukul W, Bunyaratvej S. Fatal fulminant hepatitis associated with Ganoderma lucidum (Lingzhi) mushroom powder. J Med Assoc Thai. 2007 Jan;90(1):179-81. PMID: 17621752.

9 réponses

  1. Merci beaucoup Christophe, oui c’est 1 champignon vraiment intéressant.
    Alors j’ai peu de plaquettes en raison de la dégradation des cellules qui les fabriquent dans la moëlle osseuse, et d’habitude je fuis les plantes qui fluidifient le sang. Mais j’ai cru comprendre que le reishi serait quand même indiqué dans mon cas, d’autant que je coche beaucoup des autres indications possibles, alors puis-je l’utiliser ?
    J’ai envie de privilégier l’extrait liquide en double extraction.
    Merci par avance pour ta réponse, enfin celle de Sabine, merci à vous 2 🙂

    1. J’ai tenté la culture d’autres champignons à partir d’une culture de mycélium que l’on m’avait fourni. Donc préparation et stérilisation du substrat, culture du mycélium, et attente de l’apparition des sporophores. Mais pas du reishi. C’est globalement un énorme travail, je crois que pour l’instant je m’en tiendrai aux plantes 🙂

  2. Coucou Christophe,
    Tu connais forcément Guillaume Lopez, très calé sur les champignons et spécifiquement leurs vertus thérapeutiques, qui a étudié aussi au Japon. Il a écrit des livres (« le génie méconnu et discret des champignons » entr’autres] très très documentés et sérieux sur le sujet, ET…. diffuse des produits de grande qualité (très peu mais très bien) sous la marque Provivant .
    Il me semblait que tu l’avais interviewé…j’ai pas rêvé ???

  3. Bonjour,
    très bon article et bien documenté. Vous avez raison de souligner l’importance du substrat de culture car, malheureusement les dosages des polysaccharides d’un grand nombre de produits sont trompeurs, les polysaccharides du substrat n’ayant pas la valeur thérapeutique de ceux du champignon.
    Concernant les précautions d’emploi, la fondation MEDINA a publié des études montrant le très faible risque d’interaction médicamenteuse des extraits de champignon médicinaux avec les cytochromes hépatiques.
    De plus, le Reishi étant immunomodulant, les précautions évoquées me semblent relever d’un excès de zèle en matière d’application du principe de précaution mais cela n’engage que moi.
    Cordialement

  4. Bonjour Christophe,
    Super interessant, merci pour toutes ces recherches ! Je me suis aussi laissée tentée par les substituts de café aux champis qui ont au moins le mérite de m’avoir aidée à me sevrer du vrai café !
    Aurais tu quelques pistes de fabricants de confiance, pour l’utiliser comme protecteur des organes pendant une chimio ? Merci d’avance !

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