Souci
(Calendula officinalis)
Lorsqu’on me demande quelle est la première plante médicinale que l’on devrait introduire au jardin, je réponds sans hésiter le souci. Lorsque l’on prend en compte valeur esthétique, médicinale et facilité d’entretien, le souci est dur à battre. Je vous propose sa fiche complète ici, accompagnée d’une vidéo.
Notez que son cousin sauvage, le souci des prés (Calendula arvensis) aux petites fleurs jaunes orangées, peut être utilisé d’une manière interchangeable. Je vous propose des photos de C. arvensis plus bas.
Mais d’abord, une petite vidéo…
Nom commun : Souci, souci des jardins, souci officinal, calendule
Nom latin : Calendula officinalis
Famille : Asteraceae
Constituants :
- Triterpènes (particulièrement abondants) : alpha et béta-amyrine, arnidiol, faradiol, ursadiol, etc.
- Flavonoïdes (0,3 à 1,5%) : quercétine, isorhamnétine, rutine, etc.
- Acides-phénols
- Caroténoïdes : lycopène en particulier mais aussi lutéine, etc.
- Coumarines
- Saponosides (entre 2 et 10% selon la variété et l’époque de récolte)
- Polysaccharides
- Huile essentielle en faible quantité (2 à 3 ml par kg)
Goût :
- Résineux
- Amer
- Douceâtre
Energétique :
- Réchauffante
- Asséchante
Utilisation du souci
Régénérateur de la peau
Les petits problèmes de peau arrivent fréquemment : coupure, griffure, éraflure, brûlure, piqûre d’insecte, morsure, etc. Le souci n’a pas son égal pour ces situations car il agit en 3 temps :
- Il désinfecte, son action est à la fois antibactérienne (Parente, 2012) et antifongique (Efstratiou, 2012).
- Il calme l’inflammation (Preethi, 2009)
- Il stimule la régénération cellulaire.
Ce troisième point est particulièrement intéressant. Alors que de nombreuses médicinales se contentent de désinfecter, le souci permet à notre corps de fabriquer plus de tissus, et des tissus de meilleure qualité afin de rebâtir la zone endommagée. Il permet aux fibroblastes de fabriquer du collagène et des protéines de construction d’une manière plus rapide (Parente, 2012).
Cette propriété s’applique à tout type de tissu. Prenons l’exemple d’un tendon. Une étude démontre qu’une crème au souci augmente non seulement la concentration de collagène et d’autres protéines constitutionnelles dans un tendon d’Achille endommagé, mais aussi l’organisation du collagène (Aro, 2015). Grâce au souci, les tissus sont mieux structurés pendant la phase de réparation.
Comme démontré par cette étude, le souci peut donc agir sur les tissus localisés sous la peau lors d’un choc ou d’une contusion, et peut très bien s’associer à des plantes comme la consoude afin de consolider os, cartilage, nerfs, tendons, etc.
Dans les cas de plaie, le souci est particulièrement indiqué lorsqu’il y a production de pus (ref : Wood), la plante va empêcher l’infection et l’inflammation de s’étendre et va diminuer la douleur. Elle va aussi stimuler l’évacuation des déchets infectieux au travers du système lymphatique (voir plus bas).
Dans les cas de problèmes chroniques de type eczéma ou psoriasis, le souci est efficace mais il doit être utilisé sur le long terme, tous les jours en application externe, et en association à d’autres mesures en interne pour aller à la source du problème.
Pour tout problème de peau, le souci s’associe bien au plantain et/ou au millepertuis. Pour les problèmes de tissu sous-jacent, le souci s’associe bien à la consoude et/ou à l’arnica.
C’est une plante à avoir à la maison sous 2 formes : la teinture et le macérat huileux.
A l’extérieur, elle fournit un excellent topique pour le pansement des plaies, des engelures ulcérées, des brûlures dont elle hâte la cicatrisation.
Dr. Henry Leclerc

Régénérateur des muqueuses
Ce que le souci fait sur la peau, à l’extérieur du corps, il le fait aussi sur les muqueuses, à l’intérieur du corps. Pensez au souci pour tout problème de muqueuse abimée et ulcérée :
- Système digestif et respiratoire :
- Autres muqueuses :
- Vaginales (infections bactériennes ou fongiques, irritations)
- Oculaires
- Etc.
Là encore, le souci va désinfecter la zone, calmer l’inflammation et stimuler la régénération cellulaire. Une action 3 en 1 qui fait toute son efficacité. On va utiliser une teinture diluée pour tous ces cas, sauf pour les aphtes où l’on peut directement tamponner la teinture pure à l’aide d’un coton tige.
Afin de soulager ces zones abimées, mieux vaut prendre de petites quantités de souci plusieurs fois dans la journée plutôt qu’une grande quantité d’un seul coup. Pour ces applications, le souci s’associe bien au plantain et/ou à la racine de réglisse.
Stimulant lymphatique
Lorsque l’on combat une infection, les ganglions lymphatiques peuvent être enflés, cela indique que notre système immunitaire est très occupé à combattre un virus ou une bactérie. Ils peuvent devenir gros et douloureux. Et c’est dans ce contexte que le souci peut aider à faire circuler les choses, à faciliter l’évacuation.
La circulation lymphatique est aussi essentielle pour aider une plaie à se résoudre. En effet, le système immunitaire qui est responsable de la fonction de nettoyage a besoin d’évacuer les déchets au travers du système lymphatique. Le souci assure qu’il n’y a pas de bouchons sur cette autoroute secondaire (la primaire étant la circulation sanguine).
Pour cette application, le souci s’associe très bien à la racine d’échinacée qui est, elle aussi, un excellent stimulant du système lymphatique.
Varices et retour veineux
Maria Treben nous a vanté les mérites d’un onguent au souci pour les problèmes de retour veineux. Le souci, au travers de ses flavonoïdes, assure une protection du tissu des veines et assure une stabilisation du problème. De plus, la présence de coumarines permet une meilleure circulation. Le souci est particulièrement indiqué lorsqu’il y a présence de varices visibles ou de varicosités, appliqué sous forme d’onguent.

Emménagogue
Le souci stimule le flux sanguin vers l’utérus afin de lui redonner sa fonction. On retrouve cette indication chez Leclerc et Cazin, des médecins pouvant se vanter d’une longue expérience de terrain.
Cette action permet de rétablir les règles lorsqu’elles ont été supprimé, ce qui place le souci dans la même catégorie que l’armoise commune, qui dans mon humble avis est plus efficace que le souci pour ce contexte bien précis. On peut bien sûr combiner les deux.
Diaphorétique
Le souci stimule l’ouverture des pores de la peau. Il facilite donc les échanges de chaleur pendant les fièvres, le mécanisme de transpiration étant essentiel pour garder la température interne sous contrôle. Il peut s’associer à la fleur de sureau (Sambucus nigra) ou aux sommités fleuries d’achillée millefeuille (Achillea millefolium).
Leclerc explique qu’il peut être substitué à la bourrache (Borrago officinalis), une autre diaphorétique classique.
Autre
- Les fleurs macérées dans le vinaigre peuvent faire disparaitre les verrues.
- La plante, comme beaucoup d’autres médicinales, est diurétique.
Précautions et contrindications
Il peut y avoir une réaction allergique chez la personne allergique aux astéracées. Ceci est rare. A part ceci, aucune précaution particulière connue.
Préparation du souci
Parties utilisées
Certains ne ramassent que les pétales orangés. Si c’est votre cas, vous passez à coté de nombreux constituants essentiels. Afin de pleinement bénéficier des propriétés du souci, cueillez les capitules entiers, réceptacle vert et sépales inclus. Ce réceptacle collant est riche en terpènes qui sont responsable d’une grande partie des propriétés du souci.
Coupez le capitule entier et faites sécher à plat sur une grille dans un endroit ombragé et bien ventilé. Le séchage est relativement long ce qui est normal, la fleur est grosse et épaisse. Ecrasez le coeur de plusieurs fleurs afin de vous assurer qu’il soit bien sec. En effet, très souvent, le coeur reste humide, ce qui peut entrainer une pourriture de la fleur lorsque vous la passez en stockage.
Gardez vos fleurs de souci dans des sacs en papier ou s’ils sont bien séchés dans un bocal. Notez que l’exposition à la lumière leur feront perdre leur belle couleur orangée (destruction des caroténoïdes et donc perte d’une partie des propriétés).

Formes utilisées
- Teinture
- Teinture des fleurs fraîches au taux de 1:2 avec de l’alcool à 90° (la meilleure préparation).
- Teinture des fleurs sèches au 1:5, alcool à 65° (taux d’alcool élevé car présence de terpènes).
- Infusion
- Possible mais déconseillée car certains composants ne sont pas solubles dans l’eau. Ce n’est pas une préparation optimale.
- Macérat huileux
- L’une des meilleures préparations que je connaisse, tellement polyvalente, essentielle dans la pharmacie familiale. A partir du macérat, vous pouvez fabriquer un onguent ou une crème.
- Leclerc donne la recette suivante pour l’eczéma squameux et l’impétigo
- Teinture de souci : 5 g
- Oxyde de zinc, lanoline et vaseline à quantités égales pour obtenir 10 g
- Mélanger et appliquer un peu de pâte
- Fournier donne la recette de pommade suivante :
- 4 à 6 g de suc frais (à l’extracteur de jus) mêlé à du beurre (600 g) ou de la graisse.
- Cataplasme
- De la fleur fraîche écrasée au pilon ou de la fleur sèche imbibée avec un peu d’eau chaude.
Doses
- Teinture
- 5 à 30 gouttes jusqu’à 4 fois par jour dans un peu d’eau (ref : Moore)
- 30 gouttes 3 fois par jour dans un peu d’eau (ref : Corjon)
- 1 à 4 ml 3 fois par jour (ref : Hoffmann)
- 2 à 4 g par jour (ref : Valnet)
- Infusion
- 1 cuillère à dessert dans une tasse d’eau bouillante. Infuser 10 minutes. Une tasse avant les repas. Décoction 30 g par litre (feuilles et fleurs). Ref : Valnet.
- 5 g de fleurs par tasse (sudorifique). Ref : Fournier.
- 1 à 2 g de fleurs par tasse (dépuratif et laxatif). Ref : Fournier.
- 20 g par litre à la dose d’un litre par jour (diurétique). Ref : Fournier.
- Macérat huileux, onguent, crème, cataplasme
- Appliqué au besoin, application renouvelée 2 ou 3 fois par jour si nécessaire.

Références
Efstratiou E, Hussain AI, Nigam PS, Moore JE, Ayub MA, Rao JR. Antimicrobial activity of Calendula officinalis petal extracts against fungi, as well as Gram-negative and Gram-positive clinical pathogens. Complement Ther Clin Pract. 2012 Aug;18(3):173-6.
Parente LM, Lino Júnior Rde S, Tresvenzol LM, Vinaud MC, de Paula JR, Paulo NM. Wound Healing and Anti-Inflammatory Effect in Animal Models of Calendula officinalis L. Growing in Brazil. Evid Based Complement Alternat Med. 2012;2012:375671.
Aro AA, Perez MO, Vieira CP, Esquisatto MA, Rodrigues RA, Gomes L, Pimentel ER. Effect of Calendula officinalis cream on achilles tendon healing. Anat Rec (Hoboken). 2015 Feb;298(2):428-35.
Preethi KC, Kuttan G, Kuttan R. Anti-inflammatory activity of flower extract of Calendula officinalis Linn. and its possible mechanism of action. Indian J Exp Biol. 2009 Feb;47(2):113-20.
Moore, Michael, Materia Medica, 2ème Edition
Corjon, Gilles, « Se Soigner Par Les Plantes« , 2015
Hoffmann, David, « Medical Herbalism« , 2003
Valnet, Jean, « La phytothérapie : Se soigner par les plantes« , 2001
Fournier, Paul-Victor, « Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France« , 1947




308 réponses
Bonjour, je suis toute débutante et je souhaite apprendre à faire de teinture et autre remèdes naturels. Je souhaite commencer par le souci (et le thym) pour faire un desinfectant pour les plaines ouverte. Je souhaite aussi faire un macérat huileux par intermédiaire alcoolique (en application externe sur les jambes lourdes) J’ai passé a la droguerie (j’habite en Suisse) et je constate que l’alcool pur coûte très cher. La droguiste m’a vendu un alcool dénaturé au camphre en m’assurant que pour une application externe ça ne pose pas de problème.
Je lis maintenant dans le livre de Christophe Bernard « Grand manuel pour fabriquer ses remède naturel » qu’il est déconseillé d’utiliser un alcool dénaturé pour ce genre de préparation.
Au vu de ce que m’a dit la droguiste et de ce que je connais sur le camphre, je pense que c’est possible mais je voulais quand même poser la question. A votre avis puis-je utiliser de l’alcool dénaturé au camphre pour des préparations en usage externe ?
Je profite de vous remercier de tout ce travail de transmission que vous faites. Je suis touchée de pouvoir avoir accès à du contenu de qualité pour tous le monde.
Un grand merci.
Flavie
Bonjour Flavie
Pour un puriste c’est non , maintenant il faut s’adapter , pour un usage externe je pense que c’est possible , mieux vaut une qualité pas forcément au top que rien du tout.
Merci beaucoup Sabine
Bonjour Sabine,
pour faire un macérât ou une teinture avec des fleurs fraiches, on les laisse sécher auparavant, mais jusqu’à quel stade ? Est-ce que si on attend la dessiccation totale, elles ne perdent pas un peu de leurs propriétés ?
Merci pour votre aide, Sandrine
Bonjour Sandrine
Pourriez vous préciser votre question ?, car je n’ai pas compris
Bonjour, je souhaiterais savoir combien de temps on laisse les fleurs sécher avant de fabriquer un macérât huileux ou une teinture. Merci bien
Bonjour Sandrine
Il faut vérifier , il n’y a pas de règles précises , tout dépend du lieu, du climat, des conditions de séchage, le mieux est de les toucher et observer leur couleur et lorsque vous sentez sous vos doigts que c’est bien sec alors c’est le bon timing; si vous les oubliez , et qu’elles ont pâli ben c’est qu’elles ont perdu de leurs vitalité
ou bien-sur Sabine pas de règle universelle ! Cette fleur étant plus charnue, notamment son réceptacle, je me suis posée mille questions, là où je suis à l’aise avec le millepertuis, les pâquerettes, le plantain etc …
Bonjour,
Le calendula étant répérateur des muqueuses digestives, peut-on l’utiliser sous forme de macérat huileux par voie interne ?
Je lis dans l’article qu’il peut-être utilisé en teinture mère par voie interne. Pourrait-on en utiliser 1 cuillère à café dans la salade, par exemple ?
Merci
Bonjour Agnés
dans la mesure où l’huile est comestible , il n’y a pas de raison de ne pas pouvoir l’ingérer , là où cela pourrait poser problème c’est concernant les dosages