École d'herboristerie en ligne
École d'herboristerie
en ligne
Althea Provence
Apprenez à utiliser et conseiller les plantes
Pourquoi faire nos programmes ?
Derniers articles
Bonjour,
Aujourd’hui je voudrais vous parler des lamiers, car ce sont des plantes que l’on trouve un peu partout dans nos campagnes et on n’en parle pas vraiment beaucoup en tant que médicinales. On a l’impression qu’elles ne servent pas à grand-chose. Et je ne pense pas que ce soit exact. Certains lamiers me semblent décidément bien actifs.
Le plus classique de notre pharmacopée, c’est le lamier blanc, et c’est celui dont j’aimerais vous parler aujourd’hui. Et lui, j’arrive à le positionner à peu près bien. Ça va être un peu caricatural mais ça va nous aider à voir quand l’utiliser dans notre pratique.
Je vais vous parler de deux grandes sphères d’indications. La première concerne tout ce qui est écoulements de la sphère utérine. La deuxième concerne les états de sécrétions abondantes des muqueuses respiratoires supérieures. Et ne vous inquiétez pas, on va décortiquer tout ceci dans cet épisode.
Avant de démarrer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation à être un diagnostic ou une prescription médicale.
Lamier blanc, un peu de botanique
Allez, on débute, comme à notre habitude, avec un peu de botanique.
Si je vous dis tiges carrées, feuilles opposées décussées, fleurs bilabiées, fruits tétrakènes. Eh oui, on parle bien de la famille des lamiacées ici.
Le genre, c’est « Lamium », donc ce qu’on appelle les lamiers. On a pas mal de lamiers dans nos campagnes, l’amplexicaule, le lamier jaune, le lamier tacheté, le lamier pourpre, etc. Celui dont on parle aujourd’hui, c’est le lamier blanc (Lamium album).
La répartition mondiale est très vaste. Il s’étend à travers l’Europe et l’Asie, et il a été introduit et naturalisé au Royaume-Uni et en Amérique du Nord. On va le trouver dans les forêts, les zones boisées, les prairies, les talus, les berges de rivières, les bords de chemins, les sentiers, etc.
Très présent en France, sauf chez moi dans le sud-est et globalement on le trouve très peu dans la moitié sud du pays, et dans une bande à l’ouest. Je vous mettrai la carte de répartition sur mon site.
Il pousse souvent sur des sols assez riches à proximité des habitations humaines et tolère aussi bien l’ombre que le plein soleil. Facile à cultiver au jardin. Cela dit, je n’en ai jamais cultivé.
La plante se multiplie par stolons – qui sont des tiges aériennes rampantes qui s’enracinent aux nœuds pour former de nouveaux plants – et par graines (qu’on appelle « akènes »). Les graines germent après une période de dormance, souvent déclenchée par le froid et l’humidité.
Ses feuilles, opposées et pétiolées, ont un limbe en forme de cœur à bord denté en dents de scie, qui rappellent les feuilles d’ortie, mais sans les poils urticants. La plante est poilue mais elle ne pique pas. D’ailleurs, le nom vernaculaire de la plante en anglais, c’est « deadnettle », l’ortie morte. On retrouve ce nom dans les vieux écrits anglais à partir des années 1500, peut-être même avant. « Morte » probablement dans le sens « faux » ou « inoffensif », qui ne pique pas.
Les fleurs sont bilabiées (en forme de gueule ouverte), regroupées en verticilles de 6 à 12 fleurs, localisés à l’aisselle des feuilles. Elles donnent naissance à un fruit composé de 4 akènes (d’où le terme tétrakène caractéristique des Lamiacées).
Parties utilisées
Les parties utilisées sont les sommités fleuries. Certains auteurs comme Rudolf Weiss ne mentionnent que les fleurs. Je trouve que toutes les parties aériennes fleuries sont utiles, en enlevant les tiges carrées les plus grosses qui ne sont pas très intéressantes. Il m’est arrivé de n’utiliser que les feuilles et il me semble que l’effet est tout à fait satisfaisant aussi.
Fournier mentionne le fait que les racines et les tiges semblent agir sur les saignements, ce qui nous dirait que les tiges sont au minimum riches en tanins, mais largement moins riches en constituants divers et variés que le reste de la plante.
Certains auteurs mentionnent le fait que la plante est plus active lorsqu’on cueille en début de floraison. Ce qui est assez classique pour pas mal de plantes.
Constituants
En termes de constituants principaux, nous allons trouver :
- De nombreux flavonoïdes comme la quercétine, l’isoquercétine et la rutine.
- Des acides phénols tels que l’acide caféique, chlorogénique, férulique, gallique, p-coumarique, vanillique, etc.
- Des iridoïdes et séco-iridoïdes présents en grande quantité (sous forme d’hétérosides) et considérés comme des constituants majeurs de la plante.
- Une huile essentielle qui donne au lamier son odeur caractéristique.
- Des mucilages, pas beaucoup. Ce n’est pas une plante qui va laisser une forte sensation émolliente au toucher ou en bouche.
- Des tanins, pas énormément, mais on sent un côté astringent tout de même. Rudolf Weiss mentionne jusqu’à 5% du poids sec en tannins, ce qui me surprend un peu par rapport à l’effet en bouche.
Le profil en constituants nous donne déjà un avant-goût de propriétés fortement antioxydantes et anti-inflammatoires.
L’odeur et le goût sont assez complexes à décrire. C’est fort, âcre et le parfum assez fétide et pas très plaisant, je dois dire. Cette intensité disparaît au séchage, ce qui suggère que la fraction aromatique va vite se dissiper avec le temps.
Les herboristes américains lui donnent une énergétique réchauffante (dans le sens tonique, circulatoire) et asséchante. Asséchante, je suis assez d’accord. L’aspect réchauffant est un peu moins clair à définir en ressenti, mais ça va très bien rentrer dans les indications chroniques.
Lamier blanc : propriétés et vertus
Allez, on parle des propriétés et indications. Vu que c’est une plante très commune, on va trouver pas mal d’indications pour des utilisations familiales classiques. Contre les diarrhées, les ballonnements, les rétentions d’eau, les problèmes de peau, les infections hivernales, etc.
Je vais laisser toutes ces utilisations de côté, car le lamier blanc me semble largement plus intéressante pour deux types d’indications, et je vais me concentrer là-dessus. Ça va nous aider à la positionner un peu plus précisément.
Anti-inflammatoire du système respiratoire supérieur
Pour la première indication, je vais remonter dans mon passé, il y a probablement une vingtaine d’années. Je faisais une sortie avec un de mes enseignants de l’époque. Et on était en train d’identifier toutes ces petites lamiacées qui ne payent pas de mine car elles n’ont pas la flamboyance d’un thym ou d’un origan ou d’une menthe (je parle d’un point de vue aromatique).
Donc on regardait les lamiers et autres balottes, épiaires, galeopsis, etc. Et j’ai posé la question suivante : si c’est une Lamiacée, que ce n’est pas une aromatique classique, qu’elle a cette odeur un peu désagréable, un peu fétide, ça nous dit quoi ?
Et l’enseignant avait pas mal réfléchi et m’avait dit : au minimum, ce sont d’excellents anti-inflammatoires et asséchants du système respiratoire supérieur. Et je pense qu’il m’a fallu quelques années pour comprendre cette phrase.
Décortiquons. Déjà, la localisation : le système respiratoire supérieur. Le nez, les sinus, la gorge, l’oreille moyenne éventuellement. Si ces zones sont enflammées, ces plantes vont calmer l’inflammation. Elles seront aussi asséchantes, dans le sens où elles vont calmer les écoulements clairs et abondants. Dans mon esprit, on est plus dans le chronique et l’allergique que dans l’aigu et l’infectieux.
Donc un nez qui coule abondamment, qui vient peut-être irriter la gorge avec tous ces écoulements post-nasaux qui descendent à l’arrière de la gorge. Donc avec, peut-être, une gorge enflammée.
Et on va s’arrêter à ces zones-là. Si ça descend dans les poumons, on est dans le respiratoire inférieur, et ce n’est pas vraiment la spécialité de la plante.
On est plus ou moins dans la rhinite, sinusite, pharyngite, laryngite chronique, fort probablement allergique. Avec beaucoup d’écoulements. Pour l’oreille moyenne, on pensera plutôt à l’otite séreuse avec cette dimension d’inflammation chronique avec présence de liquide. On revient, en fait, à ces deux propriétés : anti-inflammatoire et asséchant.
Ici nous avons un cocktail de constituants qui est vraiment très intéressant avec des tanins, flavonoïdes, iridoïdes, mucilages. Et on peut faire de bonnes combinaisons avec plantain, verge d’or, cassissier, romarin pour ces situations.
Asséchante du système génital féminin
Le deuxième type d’indication touche le système reproducteur féminin et concerne, là encore, les écoulements. De sang ou de mucus, de glaires.
L’indication la plus mentionnée dans les ouvrages classiques, ce sont les leucorrhées (qu’on appelle aussi les « pertes blanches »). Rudolf Weiss, le fameux médecin à l’origine du renouveau de la phytothérapie moderne en Allemagne, explique qu’une fois qu’on a enlevé les cas pathologiques de leucorrhée, que l’on parle d’infections fongiques, de parasites, de carcinome (donc attention, diagnostic médical d’abord), il reste des leucorrhées sans causes apparentes.
Weiss les appelle « leucorrhées constitutionnelles ». Et à son époque, il les positionne plutôt chez les jeunes filles et jeunes femmes. Si elles sont gênantes, Weiss recommande ici les plantes en prise interne, et conseille les plantes dites « toniques utérins » ainsi que les plantes riches en silice (ça c’est intéressant), probablement pour fortifier et restructurer les tissus et faciliter la formation de collagène.
Weiss recommande ici l’achillée millefeuille, la prêle, l’alchémille ainsi que le lamier blanc. Les quatre combinées font un excellent mélange pour toutes sortes de pertes utérines.
Pour le lamier blanc en particulier, Weiss rajoute que l’application locale sur les parties génitales peut complémenter la prise en interne. Mais il insiste sur le besoin de rajouter une tonique utérine comme l’achillée pour obtenir de bons résultats. L’achillée, c’est un peu l’incontournable ici !
Petite parenthèse, Weiss parle de leucorrhée sans cause apparente, mais si une cause a été identifiée, comme dans les cas de candidose vulvo-vaginale, c’est tout à fait le type de plante et de mélange que l’on peut utiliser en interne et en externe.
On passe maintenant la parole à notre cher Henri Leclerc, qui explique que « le lamier blanc parait exercer une influence réelle sur la circulation utérine. Son suc m’a fourni un succès complet chez une jeune fille anémique dont les époques menstruelles donnaient lieu à des métrorragies et à une abondante leucorrhée; même résultat chez une arthritique à utérus scléreux et rétrofléchi, l’alcoolature de la plante était le médicament qui venait le mieux à bout de métrorragies auxquelles elle était sujette ; je lui faisais prendre cette alcoolature à la dose de 5 à 20 grammes par 30 gouttes toutes les demi-heures. »
Alors, plusieurs points à noter ici. D’abord, le fait qu’il mentionne le profil de jeune fille anémique. On est dans la faiblesse et la froideur constitutionnelle ici, manque de circulation, manque de fonction.
Ensuite, pour son deuxième cas, vous notez ici le protocole de Leclerc ? 30 gouttes toutes les demi-heures jusqu’à 5 à 20 g, c’est-à-dire, en arrondissant, jusqu’à 1 à 5 cuillères à café. On réalise que ça fait beaucoup. Mais divisées en prises de 30 gouttes très rapprochées dans la journée. Et ça, c’est un type de dosage que j’ai parfois pu recommander qui peut fonctionner remarquablement bien. Les Américains, chez qui j’avais appris ce type de dosage, appellent ça « dosage pulsé ».
Bien. On donne maintenant la parole à Valnet qui explique que le lamier blanc est un remède à spécificité utérine. Je crois qu’ils sont tous d’accords sur ce point. Il insiste sur deux indications, les pertes blanches et les métrorragies. Donc on rajoute métrorragies à nos indications, les saignements hors des règles.
Les causes principales des métrorragies aujourd’hui sont les fibromes ou polypes utérins, les problèmes d’endométriose ou d’adénomyose, le syndrome des ovaires polykystiques, la préménopause. Mais il peut aussi y avoir des causes pathologiques plus ou moins graves. Donc diagnostic médical nécessaire avant toute chose.
Ici le lamier blanc agit comme tonique vasculaire et astringent des petits vaisseaux, un peu comme une vigne rouge, alchémille ou autre astringent de la sphère utérine.
En phytothérapie américaine, on rajoute les ménorragies à la liste, c’est-à-dire les règles trop abondantes. Et effectivement, c’est une plante qu’on peut rajouter aux mélanges « règles abondantes » avec d’autres classiques comme alchémille et feuilles de framboisier.
Je vais m’arrêter là pour les indications. Comme je vous disais, la plante peut faire bien d’autres choses, mais arriver à identifier assez précisément deux domaines d’utilisation, c’est intéressant car ça nous aide à la positionner dans notre trousse à outils.
Cela dit, je ne peux pas m’empêcher de vous en donner une petite dernière qui se retrouve, là encore, chez plusieurs auteurs : les saignements pulmonaires, qu’on appelle hémoptysie. On est ici dans les problématiques de cancer du poumon et de tuberculose, donc bien évidemment, situation réservée au corps médical.
Formes et quantités
En ce qui concerne les formes et quantités.
- L’infusion reste la forme traditionnelle. Le goût n’est pas transcendant, mais ça passe. C’est un goût vert qui rappelle un peu l’épinard, très minéral, comme si c’était un peu salé, avec une petite amertume et une petite astringence. Une cuillère à dessert de feuilles coupées ou de fleurs par tasse chez Valnet, bouillir 10 minutes (donc une décoction), 2 ou 3 tasses par jour entre les repas. Je précise qu’une simple infusion des feuilles fonctionne aussi.
- Teinture ou alcoolature : 2 à 4 cuillères à café par jour chez Valnet.
- Pour l’application externe, une poignée de plante sèche dans un litre d’eau, bouillir 10 minutes, pour bain de siège par exemple.
- Et pour finir, une recette de sirop fabriqué à partir de la teinture, que l’on retrouve chez plusieurs auteurs, qui proviendrait d’un certain Florain :
- 100 g de teinture de lamier blanc
- 50 g de sirop simple (c’est-à-dire un simple sirop de sucre)
- 25 g d’eau
- Fournier conseille 1 cuillère à café toutes les demi-heures jusqu’à cessation des saignements, puis 1 cuillère à soupe toutes les 4 h. Donc dosage pulsé du sirop.
Lamier blanc : précautions
En ce qui concerne les précautions d’emploi, je n’ai rien trouvé dans les ouvrages classiques, rien dans les ouvrages modernes qui ne répertorient pas souvent cette plante. Ce qui veut pas dire qu’il n’y en a pas, juste que nous n’avons rien dans les ouvrages classiques, rien de mentionné.
Et c’est tout ce que j’avais à vous dire sur le lamier blanc. Je pense vraiment qu’il a sa place dans la pratique moderne et j’espère que cet épisode vous aura aidé à le positionner.
Merci pour votre écoute, je vous dis à très vite pour un nouvel épisode.
Jean-Loup Mouysset, bonjour
Bonjour.
Merci de m’accueillir dans ce magnifique lieu, Château de la Saurine. C’est un lieu que l’association Centre Ressource que tu as fondée vient d’acquérir grâce à pas mal de dons. Est-ce que tu pourrais nous parler d’abord un petit peu de ce lieu avant qu’on parle de toi? Quel est l’objectif? Qu’est-ce que tu voudrais faire ici?
Après 25 ans, Ressource a 25 ans cette année. On fête nos 25 ans. Et là, on sentait qu’il y avait un changement d’échelle à faire, une mutation. On a commencé tout petit, il y a 20 ans, avec des interventions ponctuelles, un local de 70 m², une vingtaine d’intervenants. Puis en 2011, on bascule sur Aix-les-Miles, 900 m². Il y avait un hammam, une piscine, mais que 900 m². Mais ça a été formidable pendant 15 ans. Là, on pourrait dire qu’on a été un laboratoire. On a vraiment œuvré pour aider les patients, les familles, mis en place ce qu’on appelle le fameux programme d’accompagnement thérapeutique. Donc c’est ce fameux programme qui a un impact thérapeutique.
Pour exemple, dans le cancer du sein, alors qu’on est traité de façon conventionnelle, si on ajoute ce programme, on passe de 70 à 85% de taux de guérison, donc 50% d’amélioration des taux de guérison. Et en termes de décès, on tombe de 68%, c’est-à-dire que sur la France, si c’était généralisé, ce type de programme, on passerait de 12 000 décès à 4 000.

Très significatif, on peut dire.
Ça, on a montré qu’on savait le faire, c’est-à-dire que depuis 15 ans, on a un millier de personnes qui ont participé à ce programme. Attention, on a soutenu plus de 10 000 personnes au sein de ressources, à travers des soins d’accompagnement. Mais là, je parle du programme qui a vraiment cette vocation thérapeutique, changer, faire de la prévention.
C’est la prévention tertiaire, c’est-à-dire éviter de récidiver, mais en même temps, ces gens-là se retrouvent à être les plus grands ambassadeurs pour leur famille, pour apprendre la prévention tout court. Après, l’objectif, c’est de se dire, mais bon, c’est bien, mais c’est 1300 personnes qui apprennent un cancer tous les jours en France.
On a aidé un millier de personnes, il faut que ça bénéficie à beaucoup plus de gens. Alors on a créé d’autres centres de ressources en France, il y en a dix. On a essayé ce programme, donc on a montré qu’on pouvait transmettre le savoir-faire. On a publié dans une revue scientifique, avec les deux plus grands psycho-oncologues du monde, c’est-à-dire David Spiegel et Barbara Andersen, juste les deux plus grands du monde, ça on peut le dire, et montré que c’était possible. On peut le faire, on peut accompagner les patients, on peut le faire dans la vraie vie, sans aide gouvernementale, on a réussi.
Donc maintenant, l’étape suivante, c’est comment on fait pour toucher le plus grand nombre? Aussi bien les patients, mais aussi l’entourage, et puis les soignants, parce qu’un problème qu’on a identifié, c’est que nos patients deviennent des super patients, ils prennent soin d’eux, ils deviennent maîtres d’oeuvres de leur santé, et quand ils se retrouvent des thérapeutes qui ne sont pas au niveau, c’est eux qui deviennent éduquants, et c’est dommage, ils sont perdus, ils n’ont pas de gens au niveau.
Et c’est là que ça devient indispensable de créer un lieu qui forme les soignants à l’oncologie intégrative, à cette approche qui apporte plus qu’un plus, qui transforme les soins.
On va prendre un petit peu de recul parce qu’on va resituer le contexte. On est dans l’oncologie intégrative, on va reparler un petit peu de qui tu es, de ton histoire. Donc tu es médecin oncologue et cette oncologie intégrative tu la pratiques depuis plusieurs décennies maintenant. comme tu dis, le centre Ressource au travers duquel tu rayonnes, il a 25 ans. Tu as commencé ta carrière dans les années 90 et à ce moment-là, tu racontes que tu as fait une rencontre assez déterminante avec un grand monsieur que tu viens de nommer, David Spiegel, qui est vraiment un des plus grands spécialistes de psycho-oncologie au monde.
J’ai mon opportunité, c’est que je suis interne dans les années 92, je commence. Mais bien sûr, un, je suis tout seul, deux, je suis vu comme un peu curieux par mes collègues. Je propose des aspects complémentaires. Moi, j’ai identifié seulement que le cancer, ce n’est pas qu’une maladie, si je puis dire. C’est de la souffrance, mais c’est la confrontation à la mort, à l’existence. Donc, il y a besoin d’outils bien plus puissants que ce qu’on a l’habitude. Ça touche toutes les dimensions de l’être, il faut quelque chose de structuré pour donner du sens à cette démarche. Quand je suis oncologue, j’utilise la chimio, qui est difficile, il faut qu’elle ait du sens.
Donc ça c’est ma recherche, aller dans tous les sens, sincèrement. Je comprends qu’on me regarde comme un chien bizarre, je teste l’hypnose, l’aromatothérapie, la chromatothérapie. Bon, j’ai la chance de pouvoir avoir un patron qui dit ok, je peux utiliser tout ça, mais c’est pas structuré. Et la rencontre avec David Spiegel en 1995, la possibilité de faire pendant ma formation d’oncologue, je peux partir 6 mois aux Etats-Unis dans le cadre de ma formation officielle, C’est une opportunité, donc j’ai une bourse de la Fondation de France, 6 mois là-bas, pour m’immerger dans ce lieu qui est pionnier au monde, à Stanford, puisqu’ils accompagnent les personnes atteintes de cancer, et ils ont démontré, enfin David a montré qu’avec son programme d’accompagnement, en complément des traitements, ils doublent la chance de survie des patients.
Ils les aident à vivre mieux, ce qui est déjà très bien, moins de dépression, moins d’anxiété, ils font face encore une fois à la mort et ils vivent deux fois plus longtemps, ce qui est inexplicable et sincèrement qu’aucun médicament ne fera avant l’avènement des thérapies ciblées dans les années 2000.
Donc c’est un exploit. Et donc moi ça répond à tout. Tous les critères. Je me dis, j’aide les patients à vivre mieux. Réponse humaine, réponse médicale, j’améliore leur pronostic. Donc tout est réuni. Je vais là-bas, je fonce, j’apprends, je reviens en France pour le développer. Voilà. Et l’histoire commence comme ça.
Après l’histoire, c’est que l’hôpital où je suis considère que ça manque d’ambition. Je n’ai pas la place et les moyens. Je pars de l’hôpital et je crée l’association Ressources en 2001. Et c’est là qu’on construit l’aventure.
Quand on t’entend parler de ces chiffres qui sont vraiment significatifs et déterminants, on se dit c’est où que ça bug, c’est où que ça bloque, c’est à quel endroit que le message n’arrive pas à passer envers nos politiques de santé publique. On va parler de ton livre dans lequel je pense que tu essaies d’utiliser un porte-voix vraiment pour expliquer, pour t’exprimer, et pour que ce message vienne s’essaimer un petit peu partout, y compris peut-être dans les politiques de santé. Quelque part, nous, le grand public, on est un peu choqué de voir qu’on n’en parle pas assez, en fait.
Sincèrement, ça bloque de toute façon sur un plan humain. Humainement, quand tu proposes à quelqu’un, viens, je vais te réunir avec une dizaine de personnes qui ont un cancer, comme toi, et vous allez vous réunir toutes les semaines et cheminer pendant un an ensemble. Quasiment 95% des gens disent au secours, je m’en vais.
Je ne veux pas m’enfermer dans la maladie. Ils ont du mal à comprendre que non, l’objectif n’est pas de parler de la maladie, ça va être de parler de l’expérience que vous allez vivre, quelle opportunité elle ouvre en vous, qu’est-ce que ça réveille en vous de possibilités pour aller au-delà des limites habituelles.
On veut monter l’Everest de la santé et pour y arriver, on a intérêt à être encordé. Le cancer, c’est une maladie qui isole. Votre réflexe, promis à tous, c’est de s’isoler, de s’enfermer dans la carapace. Exactement ce que veut le cancer. C’est un crabe. Il veut que vous soyez seul.
Donc, spontanément, c’est normal de se protéger, de s’isoler. Donc, d’emblée, il y a un écueil. Je ne veux pas. Ensuite, le changement fait peur à tous. Donc on a tendance à vouloir rester conservateur, de ne pas bouger, on fait les traitements, je suis passif, ils vont tout faire tout seuls.
Là, ça amène à un changement, je vais devenir actif, je vais devoir me confronter à mes peurs, ça ne fait pas envie. Et donc c’est ça que finalement la chance, la vie me l’a dit, c’est que ce n’est pas à l’hôpital qu’il faut faire ton truc. Il ne faut surtout pas que ce soit un lieu qui rappelle la maladie, il faut un lieu à l’extérieur qu’on ne confonde pas avec la maladie.
Un lieu, pour ça qu’on a dit un autre regard sur le cancer, Il fallait quand même qu’il y ait le mot cancer en ressource, qu’on comprenne que c’était autour du cancer, mais n’empêche que c’était aussi pour dire que ce n’est pas le cancer le focus, c’est la personne. Dans ce lieu, on ne va pas traiter la maladie, on va s’occuper de rendre la personne plus forte, lui donner les outils, mieux comprendre pour mieux agir, sortir de la peur et aller, comme j’ai dit, au-delà des limites, donner du sens à tout ce qui arrive.
Et donc ça, effectivement, non, c’est pas là-haut, c’est pas les politiques qui vont nous apprendre ça.
Donc c’est cette sortie de la zone de confort et cette grande remise en question que nécessite la maladie parce que c’est ça, on se réinvente finalement au travers de la maladie. C’est ce travail-là qu’il faut encourager, qu’il faut faire, qui est à premier abord très inconfortable. Donc il faut passer ces premières barrières pour rentrer dedans et c’est ce que vous faites au centre ressource avec toute l’équipe.
Il faut une immense humilité pour faire cette démarche. C’est-à-dire qu’il faut reconnaître que je suis vulnérable, que j’ai besoin d’aide. Donc ça, peu de gens sont capables de le faire. Les hommes moins que les femmes. C’est pas pour rien que 80% des gens qui viennent à Rousseau sont des femmes.
Après, c’est une observation mais c’est une réalité. Les personnes qui viennent au centre sont plus de femmes et plus les femmes atteintes de cancer du sein. Il y a une réalité de nombre, d’accord, mais en réalité, il y a encore un autre aspect. C’est que le cancer du sein est un cancer qui touche toutes les dimensions de la femme.
La mère, l’amante. Les hormones vont être mises à mal, donc tout va être perturbé. La fertilité, les cheveux qui vont tomber. Vous avez une chimio pour un cancer du côlon, les cheveux ne tombent pas. Et là, cancer du sein, ça tombe. Toutes les dimensions sont touchées, donc tout est mis en place entre guillemets pour qu’elles soient en vulnérabilité, en demande de soutien.
Et donc c’est bien elles qui vont demander le plus. Alors ça ne veut pas dire que des personnes atteintes d’autres cancers ne viennent pas. Mais encore une fois, il y a ce travail de reconnaître que je suis touché, que je ne suis pas bien. Et quand les choses se voient, c’est plus facile de dire, de reconnaître que j’ai besoin d’aide.
On a dit qu’il est difficile de changer, la peur de l’autre. Mais il y a aussi le fait de reconnaître cette démarche d’humilité. j’ai besoin d’aide et spontanément donc c’est pas le cas donc c’est pour ça qu’il y a des écueils et c’est pour ça qu’on veut ce lieu parce que là c’est un lieu j’ai pas besoin de convaincre longtemps quelqu’un pour lui dire « viens à ressources tu vas trouver du bon tu vas te faire du bien », si je lui dis d’aller à ressources d’aujourd’hui entouré de goudrons
La plupart du temps, il faut presque porter la personne à l’intérieur pour qu’elle dise «ah oui c’est génial là, c’est un cocon ». Mais là, on va avoir un lieu qui parle, qui parle de santé. Et du coup, on va donner beaucoup plus confiance sur le fait que «ça va, j’ai confiance, je vais aller dans un programme qui va me challenger, mais sur je peux compter, ça va aller mieux.
D’accord. Donc toutes ces bases-là, tu nous les expliques d’une manière assez remarquable dans ce livre «Oncologie intégrative », qui m’a l’air unique dans le monde francophone, référencé, bibliographie scientifique, enfin tout est étudié, tout est documenté. Pourquoi faut-il attendre 2023 pour avoir accès à cette information-là?
Heureusement, il y a eu le Covid et j’ai eu le temps pendant le Covid. Je ne l’avais pas avant. Après, il faut vraiment de temps de maturation. C’est vrai que c’est un livre qui fait 600 pages. Et je ne peux pas dire autrement que je n’aurais pas pu le faire avant parce qu’il a fallu le tester.
L’information qui est mise dedans, c’est parce que c’est une dizaine d’années déjà avant de conférences régulières données aux patients, et à des soignants d’ailleurs, qui m’ont fait des retours, je ne comprends pas ça, le langage n’est pas approprié, etc. Donc il y a à la fois beaucoup d’expériences scientifiques, de références scientifiques accumulées, mais il y a aussi trouver les mots, les mots justes, et arriver à avoir le recul.
Et ton expérience de ces 25-30 dernières années, finalement, ce livre solidifie toutes ces années de pratique.
Oui, et puis pareil, la légitimité, elle est dans l’expérience. Donc quand j’ai, ça fait plus de 10 ans, qu’on a publié l’étude montrant qu’on arrivait à accompagner des personnes avec des cancers métastatiques, qu’on les aidait à avoir une survie qui était doublée, non pas deux ans et demi en moyenne, là, sur le groupe qu’on a accompagné, d’espérance de vie, plus de cinq ans, cinq ans et demi. Je suis désolé, oui on se dit mince, que 5 ans. Oui mais 5 ans, en plus, avec une meilleure qualité de vie. Donc avec une intensité de vie supérieure. Ça fait la différence.
Plus toute la remise en question qu’il y a eu au travers de ce processus que tu décris si bien finalement. C’est quelque part une nouvelle vie qui démarre.
C’est nouvelles vies et même des expériences fabuleuses avec des patientes comme Jocelyne qui a pu vivre dix ans avec un cancer du pancréas métastatique, dix ans, qui du coup n’était pas qu’une patiente dans le centre, elle était devenue directrice de la crèche. Bon, c’est des histoires comme Nicolas qui témoigne dans la vidéo qu’on met sur le site, qui a 11 ans après, a un cancer du rein métastatique au cerveau, poumon bilatéral, plus rien. Il n’a plus rien. Plus de traitement. Nicole qui a depuis 15 ans et a tant rémission d’un cancer du sein métastatique alors qu’on lui avait dit vous en avez pour 18 mois. Elle n’a plus aucun traitement. Donc ces chiffres que j’ai donnés tout à l’heure, c’est toutes ces histoires, et on pourrait les accumuler, dont certaines que je cite, qui donnent des résultats qui sont totalement inattendus, voire même des miracles.
On pourrait dire qu’on ne peut pas guérir d’un cancer métastatique. Si.
Quand on vient aux journées ressources, justement, il y a toujours une partie de la journée, alors il y a les conférences, mais il y a la partie où on voit ces personnes-là qui viennent faire des spectacles, qui viennent chanter, qui vraiment se sortent de leur zone de confort. Là encore, c’est peut-être des gens qui étaient très timides à la base. qui viennent pleurer sur scène, et on pleure avec eux quand ils racontent leur histoire. C’est assez bouleversant, je trouve. Donc on a les chiffres, on a les statistiques, et il y a aussi toutes ces histoires humaines que toi tu as connues, que tu documentes dans ce livre. Un livre pour qui? C’est pour le patient, c’est pour la famille, c’est pour le médecin traitant, c’est pour l’oncologue? Il est pour qui ce livre?
J’aime bien la phrase de la personne qui m’a aidé, accompagné, je peux dire un superviseur, un peu comme quelqu’un qui fait une psychanalyse longtemps, mais moi j’avais besoin de quelqu’un qui me supervise sur le plan de l’être professionnel. En lisant le livre, il disait que pratiquement tout le monde devrait le lire.
Bon, c’est pas tout le monde parce que tout le monde ne pourra pas, mais en fait c’est pour les patients, pour leur donner les moyens de mieux comprendre, Alors c’est trop poussé par moment mais c’est pas grave, ils voient que c’est complexe, ils voient qu’il y a de la référence des faits et pas de l’opinion.
Après pour les professionnels, ils ont des réponses à des questions, des fois on va voir après, des questions précises, des aspects qu’on comprend mal, mal connus, où c’est l’inverse qui est vrai, c’est absolument l’inverse. Donc pour le pharmacien à son comptoir, il a une mine d’informations. Pour le médecin qui voudrait s’intéresser à ça, il a plein d’outils pour répondre et se sentir sécurisé dans la prescription.
Pour les naturopathes qui sont les accompagnateurs en santé d’aujourd’hui et de demain, Parce que le médecin, on ne peut pas, on est trop pris, donc on a besoin d’être là pour, ce qu’on sait faire, traiter la maladie. Mais ceux qui vont travailler sur la prévention, l’accompagnement en santé, les naturopathes, les phytothérapeutes, etc., il y a aussi de quoi leur donner.
Vous avez raison, ça vous pouvez le faire, ça soyez prudent. En tout cas, voilà la démarche selon laquelle vous devez le faire.
Il y a toute une partie, une grosse partie même du livre dans laquelle tu nous expliques vraiment tous les traitements conventionnels. Tu le fais d’une manière très imagée, tu le fais d’une manière qui nous aide vraiment à comprendre le but et l’objectif. Alors moi quand j’ai lu ça m’a fait énormément de bien parce que je pensais savoir de quoi je parle. Dans notre monde des thérapies naturelles, on a des méfiances et on a des biais envers ces traitements conventionnels. Tu m’as redonné confiance dans la manière dont tu as exposé tout ça, et de me dire que ça fait vraiment partie intégrale du processus, du cheminement, et parfois c’est vraiment nécessaire. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de choix, c’est qu’aujourd’hui, pourquoi s’en priver? Parce que ça va nous amener à une phase qui ouvre la porte. thérapie complémentaire. Vraiment tu passes beaucoup de temps à nous expliquer, est-ce que c’était un peu ce but là?
Ah oui, l’objectif était de montrer que : 1) dans un chapitre, le cancer ce n’est pas une cellule cancéreuse, c’est un cancer dans une dynamique, dans un système qui va collaborer. Donc c’est intéressant parce que ça veut dire que je peux, c’est une dynamique, ça veut dire que ce n’est pas arrêté, ce n’est pas parce que c’est là que c’est fini, c’est inéluctable. 2) Après la thérapeutique, c’est pareil, ça n’est pas un sauveur, c’est des éléments qui vont se mettre les uns après les autres, qui font la réussite. Et tout est bon qui est à sa place, mais juste trouver la juste place. La chimio ne fait pas tout, mais par contre elle a une place fondamentale.
On est entouré là d’Ifs du Pacifique dont on tire une chimiothérapie. Le Taxol, Taxoterre, c’est des molécules d’Océtaxel qui est issue de l’aiguille et le Paclitaxel qui est issue de l’écorce de l’arbre. Il nous entoure. C’est un cadeau de la nature. Maintenant, il n’a aucun intérêt à certains moments, en termes de prévention pure par exemple.
Aucun intérêt. Quand le feu est là, c’est un bon moyen d’éteindre le feu. Et effectivement, quand on est passé à un stade où il n’y a plus le feu, on peut commencer à se dire je vais mettre de l’engrais pour replanter, mais tant qu’il y a le feu, ce n’est pas le moment.
La chimio, moi je suis toujours désolé de voir même mes confrères parfois ne pas assez bien l’utiliser, pas assez puissamment, à certains moments, parce qu’ils ne croient pas à la démarche d’ensemble, parce qu’ils ne voient que leur dires «moi je vais à la chimio, ça va marcher un peu ».
Oui, mais moi si t’as permis de gagner cette partie-là et que ça me permet d’aller là, là ici j’ai une autre solution possible. Alors que si on pense tout seul, bon allez, à comment vous vous embêtez avec la chimio pour gagner trois mois? Mais ces trois mois, je vais donner un exemple.
J’ai une patiente qui vient, non pardon, sa fille vient me voir. Elle me dit qu’est-ce qu’on peut faire pour maman, on l’a mise en soins palliatifs. Elle a fait de la chimio, ça n’a pas marché, pas supporté. Elle est paraplégique, parce que la maladie comprime la moelle épinière. et elle voudrait quand même se battre.
Alors je dis écoutez, si elle veut se battre alors qu’elle est paraplégique et qu’on lui dit que c’est fini, c’est qu’il y a de l’énergie en elle, il y a une énergie de vie. En tout cas, je n’ai pas le droit de ne pas lui dire qu’on va essayer quelque chose.
Donc on fait de la chimio et ça marche.
Ça a marché quelques temps, et puis on a gagné des mois. Au bout d’un an, elle a remarché. Puis le traitement marchait plus bien, on était mal supportés, et sorti une thérapie ciblée par voie orale, qui a marché formidablement. Cette femme, elle a vécu cinq ans. On était quand même dans les années 2000.
Pas d’immunothérapie, compagnie. Elle a vécu cinq ans avec un cancer du poumon métastatique, alors qu’on l’avait condamnée dès le début. J’y croyais, je l’ai fait, mais je ne croyais pas que la chimio allait tout faire. Je croyais que ça allait permettre d’avancer, d’aller plus loin, puis j’ai associé des compléments qui manifestement n’ont pas empêché que ça marche.
Voilà. Voilà, très bien, donc toi tu as cette vision intégrative qui permet aussi de combiner les différentes approches, les naturelles, les médicamenteuses, et aussi de voir au long terme, c’est-à-dire de pouvoir dire on met un coup chimio là maintenant, on le fait, on le fait vite, on le fait bien, de telle manière à ce qu’on puisse par la suite passer à une phase peut-être un petit peu plus intégrative et naturelle, toi tu peux le faire.
Et puis c’était important d’expliquer, comment ça marche? La chimio, parce qu’on entend, la chimio, ça crée du stress oxydatif. Non, certaines chimio font du stress oxydatif. La chimio, ça détruit tout. Non, ça détruit toutes les cellules qui sont en train de proliférer. Ce sont des lentilles mitotiques.
La mitose, c’est le moment où la cellule se divise. Si la cellule est au repos, la chimio ne fera rien. C’est un serpent qui passe, les grenouilles sont là, si elles ne bougent pas, c’est bon. Si elles bougent, elles sont mortes.
C’est un maître, je dis, rigoureux. Moi j’aime bien comparer, pardon, mais l’archange Mickael qui dit, moi je tranche ce qui est mort. Ce qui est vivant, je le touche pas.
Et la chimio, elle fait son boulot, mais pas tout le boulot.
Alors, un, j’ai compris que c’était sur la mitose. Ah, je comprends mieux pourquoi c’est les cheveux qui tombent, pourquoi c’est la muqueuse digestive qui est touchée, pourquoi c’est les globules. On fabrique 2 millions de globules rouges à la seconde. Bah oui, les globules rouges, ils vont être touchés. Mais les neurones, non.
Donc, un, deuxième point, n’oubliez pas ça. Qu’est-ce qui se multiplie encore dans l’organisme? Les cellules. Mais quoi, à l’intérieur de nos cellules? Les mitochondries. Du coup, vous comprenez mieux les neuropathies. Pourquoi les taxolotaxotères, qui ne sont pas pro-oxydants ? Par contre, ils empêchent le fonctionnement de la mitochondrie. Si vous avez cette altération de la biogénèse de la mitochondrie, vous risquez d’avoir des neuropathies, puisque la mitochondrie donne de l’énergie là où il y en a le plus besoin, les muscles, les nerfs.
C’est la moitié du poids du cœur. Donc les mitochondries sont super importantes. On comprend mieux que la fatigue est le premier symptôme cancéreux. Et ça, je peux le garantir, malheureusement pour l’instant, dans la médecine qui n’est pas fonctionnelle dans son mode de pensée, elle ne comprend pas l’importance de la mitochondrie.
Et elle est en train de comprendre, par des voies qu’on n’attendait pas, la photobiomodulation par exemple, ah ça marche, c’est utilisé, ça y est, et c’est pas magique, ça aide les mitochondries, et donc là les médecins vont commencer à comprendre que l’énergie ça existe, la fonctionnalité des cellules ça existe, donc ne vous inquiétez pas ça va bouger.
D’ailleurs je fais une petite tangente mais ça me fait penser à un point et tu étais le premier à parler de ça, parce que là encore dans nos cercles, on parle souvent de réduire la consommation de sucre. Et toi tu dis oui, mais pendant la chimio, s’il y a un moment où il faut consommer du sucre, où on peut consommer du sucre, c’est à ce moment là, parce qu’on va aller allumer finalement ces cellules qui se reproduisent vite, et on va les rendre plus sensibles, susceptibles à la chimiothérapie. Et j’avais jamais entendu ça.
Eh oui, c’est l’histoire de vous allez envoyer un lapin pour qu’il sorte. Je vous ai dit qu’il faut laisser le prolifère pour que la chimio marche. Donc autant qu’effectivement, il y a à manger dehors, elles sortent du terrier. Je donne l’image des marmottes dégénérées. Au lieu de dormir, elles sortent.
Du coup, la chimio… Bon, c’est pour dire qu’il faut relativiser, il faut réfléchir et qu’il y a un moment où il faut mettre l’aspect des nutritions en premier et que le sucre, s’il n’y a que ça qui passe, ce n’est pas grave. Après, ce n’est pas dans la durée, d’accord?
Donc, on a tous tes outils, cet arsenal, on peut dire, thérapeutiques. Autour, il y a un processus que tu appelles le pacte, c’est ça, que tu mentionnes assez régulièrement dans le livre. C’est quoi ce pacte? En quoi ça consiste?
Donc, le patient va venir faire ses traitements, il s’implique. Et qu’est-ce qu’il peut faire en tant que maître d’œuvre de sa santé? Qu’est-ce que lui peut faire pour se renforcer? Le constat, il n’est pas compliqué. On regarde les études qui ont été faites et on constate que quand on dort mieux, on a de meilleurs résultats, de meilleurs résultats.
Quand on mange mieux, on a de meilleurs résultats. Éventuellement, des techniques comme le jeûne nocturne, le jeûne, peuvent aussi améliorer la tolérance et les résultats. Après, il y a le fait de marcher pendant les traitements ou d’améliorer la prévention, les risques de récidive. Mais globalement, on regarde chaque chose, on se dit, la gestion du stress, je prends une immunothérapie, j’ai un cancer du poumon, je fais une immunothérapie, si je suis dans un stress chronique important comparé à quelqu’un qui n’est pas trop stressé, j’ai 30 à 50% d’efficacité en moins. Etudes publiées, encore une fois, avec des immunothérapies qui sont à 2000 euros toutes les trois semaines. Donc, il est une évidence de se dire, waouh, une plante adaptogène qui permet de mieux intégrer ça, mieux faire face, la cohérence cardiaque, de la sophrologie, etc. Tout ce qui pourrait mettre la personne dans le calme.
Voilà. Je suis dans le combat, mais j’ai plus de chance d’y arriver quand je suis calme plutôt que totalement stressé quoi, paniqué.
Donc c’est ça que tu, au travers de ce programme PACTE en fait, c’est ça que tu essaies de mettre à disposition?
Gestion du stress, alimentation, activités physiques, améliorer son réseau social. On sait qu’une personne seule a moins de bons résultats qu’une personne pas seule.
Donc des rencontres, on vient au centre ressource, on boit un café peut-être, on discute, on partage.
Oui, mais c’est aussi apprendre à, on va travailler, la communication non violente, on va apprendre à avoir autour de son cercle avec qui je peux parler de tout, même de ma peur de mourir. Ça ne veut pas dire que j’abandonne, mais à un moment j’ai besoin de dire, et si je mourrais?
Et l’autre, d’avoir quelqu’un qui dit, ok, j’accepte de t’écouter dans cette hypothèse. Ça ne veut pas dire que ça va arriver. Si une femme dit ça à son mari, il dit, arrête de dire ça, tu vas y arriver, on ne peut pas parler. Donc à qui je peux tout dire? Avec qui je peux aller voir le médecin? Quelqu’un qui me sert de bouclier émotionnel, qui me peut poser les bonnes questions? Qui interrompt le médecin quand il commence à prendre toute la place et ne pas m’écouter. Qui c’est qui s’occupe de mes enfants? Qui c’est qui s’occupe de faire des repas?
Voilà, mon cercle, mon cercle. Peut-être moins de gens, mais des gens de qualité.
D’accord. Il faudrait que tu baisses les doses des plantes adaptogènes, Jean-Loup, parce que tu viens de nous casser une chaise.
J’ai pris de la rhodiola à midi là
C’est la surpuissance. C’est normal. Ça peut arriver. Tu nous expliques dans ce livre, en fait, l’impact que la société moderne a sur nous, sur le risque de la maladie. La pollution, l’alimentation, la liste est longue. C’est vrai qu’au bout d’un moment, la réaction pourrait être de découragement, de baisser les bras et de se dire, si c’est comme ça, j’arrête de vivre, j’arrête de manger et je m’enfuis dans une grotte. Comment tu arrives, toi quand tu parles à tes patients, à relativiser tout ça, qu’ils ne perdent pas espoir, leur donner assez de courage et de motivation justement pour remettre à plat le plus possible sans pour autant essayer de tout révolutionner.
Je ne pourrais pas faire à la place ce travail de pourquoi je me lève tous les matins, même si par contre c’est suggéré dans le travail, mais je ne peux pas faire le travail à leur place. C’est-à-dire que, est-ce que vous avez envie de guérir ou pas ? La question est posée, le travail est fait dans le programme, c’est vrai, mais à un moment, je suis obligé de montrer des choses.
En février, là, une étude est sortie qui compare, je viens d’avoir un cancer, on suit 800 survivants du cancer, et on les suit sur des années. Il y a ceux qui mangent peu industriel, moyennement, beaucoup. 58% de mortalité de plus chez ceux qui mangent beaucoup, je ne dis pas 100%, beaucoup industriel, comparé à ceux qui mangent peu industriel.
Vous pouvez soit vous effrayer, soit vous dire, waouh, j’ai intérêt à manger fait maison. Je vais me faire à manger maintenant. Trois fois par jour, je peux me faire du bien. Deux, trois fois par jour. Je mange bio, 25% de cancer en moins. Ah bon? Voilà. Je prends le complément vitamine D, multivitamine.
Dans le cancer du sein, 25% de récidive en moins.
Bon, ben…
Non mais tu vas présenter comme ça, en fait, finalement on peut présenter toutes ces données-là d’une manière très névrotique, un peu comme présenter dans les médias aujourd’hui, on veut faire peur à tout le monde, et puis on peut le présenter aussi comme tu viens de le faire, c’est-à-dire que chacun de ces chantiers-là est une source d’opportunité pour aller mieux, et tout à coup on se dit ben c’est des nouveaux outils, je ne savais même pas que j’avais à ma disposition, donc… J’avais une question qui m’a toujours un peu travaillé parce que je pense que quand on est dans le soin, à un moment ou à un autre, on doit faire face à ce type de comportement. Lorsqu’on a une maladie qui nous menace, qui menace notre survie, il y a cette recherche inconsciente d’un sauveur. Et toi, ce que tu essaies de faire, c’est tout sauf le sauveur, c’est au contraire de dire les outils sont en vous. J’aimerais vous les donner, vous les communiquer. Est-ce que tu observes ça ? Est-ce que tu arrives à désamorcer ça ? Est-ce que tu arrives à emmener la personne d’une attitude tout à fait passive, dans laquelle on a été habitué avec le système de santé aujourd’hui quand même, il faut le dire, où tu es là, tu attends qu’on te donne la solution à renverser ça à 180 degrés et dire non, maintenant c’est vous le pilote ici.
Ressources. C’est le nom qui m’est venu, les deux pieds dans l’eau en Martinique, avant de trouver le nom, c’était en 2000, le nom de l’association, avec Haussain-Gudhier. Donc ressourcez-vous et retournez à l’intérieur, parce que vous avez des solutions. Après vous identifierez bien sûr des gens à l’extérieur, des compétences et autres.
Ça ne veut pas dire que tout passe par vous, Vous êtes le maître d’oeuvre. Donc allez, on va apprendre à se poser, aller voir à l’intérieur, expérimenter les choses. Qu’est-ce qui est bon pour moi ? Il y en a un qui fait de la gestion du stress, c’est Jacobson, je ne sais pas si vous le connaissez.
Je serre le poing, je le relâche et je vois la différence et ça me détend. Il y en a qui vont faire la pleine conscience, la cohérence cardiaque. Trouvez votre moyen pour vous recentrer. Donc tout ça c’est à expérimenter, ça ne peut pas être théorique. Donc ça on le vit dans le centre, on l’expérimente et au fur et à mesure on se rend compte que c’est efficace, c’est tout.
Et que ça apporte, ça ne fait pas tout, mais ça apporte sa pierre et ça donne une grande sérénité parce qu’on a le sentiment de faire ce que l’on doit faire.
J’ai quelqu’un qui va m’accompagner au départ bien sûr, je suis nouveau au centre ressources. J’ai eu ce diagnostic qui m’est tombé dessus comme un sac de briques et donc je suis toujours un peu la tête qui tourne. Je sais que je vais être accueilli d’une manière bienveillante. On va un peu me guider, on va me dire alors voici ce que vous avez à votre disposition et ainsi commence l’aventure on va dire.
C’est ça. C’est l’image de… Il y a un tremblement de terre. Qu’est-ce qu’on fait tous? On arrive avec des couvertures, de la soupe chaude. Et ça, on va dire… Je m’excuse. Il faut le faire. Tout le monde est là. Après, pour accompagner la reconstruction de l’île qui a été détruite par le tremblement de terre, C’est là que c’est plus compliqué et c’est là qu’on intervient non seulement dans cette phase d’accueil, de rassurance, mais après il faut reconstruire et donc il faut donner les moyens et les outils pour, dans la durée, aider la personne à s’autonomiser de nouveau, avec de nouveaux outils puisque Après le cancer c’est plus jamais comme avant, on a une nouvelle vie, c’est plus la même chose.
Tu consacres une belle partie du livre au jeûne, qui est un sujet qui est tellement controversé, qui devient tabou, quasiment, aujourd’hui, dans la profession médicale. Je trouve ça très frustrant parce qu’on a tout de même une quantité de données scientifiques qui sont extrêmement intéressantes. Qu’est-ce qui t’a convaincu d’inclure le sujet dans ce livre? Est-ce que tu dois faire face à beaucoup de réticences de tes collègues?
Alors réticence, oui. Les références aujourd’hui en France, elles se réfèrent à des études, comme je cite, de 2017. Donc elles ont juste 9 ans de retard. Alors que je ne l’ai pas dans le livre, puisque l’actualité n’est pas actualisée, mais est sortie juste après que j’ai terminé le livre, une mise au point du National Cancer Institute, donc l’équivalent de l’Inca français, sur le sujet, en montrant qu’il n’y a pas de débat sur le fait que le jeûne intermittent, je ne peux parler que de ça parce que le jeûne long, je manque de données, mais le jeûne intermittent court en cancérologie, que ce soit un jeûne avant une chimio ou le jeûne nocturne. C’est bon, il y a tout pour expliquer comment ça fonctionne, pourquoi c’est intéressant. Et donc il n’y a pas de débat sur le fait que ça améliore la qualité de vie et ça améliore très très très probablement, pour l’instant et encore très très probablement, l’efficacité des traitements, que ce soit les chimios, hormonothérapie, immunothérapie, radiothérapie.
Donc on a les arguments, les études précliniques, l’application dans Nature, il y en a des dizaines, chez les animaux. On a des études cliniques qui sont quand même très parlantes. Cancer du sein, un jeûne nocturne de 13 heures en mangeant tôt le soir, 36% de récidives en moins. Quand on sait qu’une hormone thérapie, c’est 66%, on ne peut pas le dénigrer.
Ce n’est pas un remplacement, c’est un outil possible. Des personnes qui veulent éviter un cancer de prostate, donc des hommes sont suivis, ils font le jeûne nocturne pareil, c’est 46% de cancer de prostate en moins. Bon voilà, et après le jeûne avant les traitements aussi améliore la tolérance avec des explications rationnelles, des tests biologiques qui confirment que ça a du sens, c’est pas de la magie.
Donc je pense que c’est bien de mettre les choses et j’aime rappeler dès le départ que c’est de la responsabilité des médecins de ne pas s’opposer à des thérapeutiques potentiellement favorables. surtout quand elles sont à la portée de main des patients. Parce que, quand on regarde bien, le cancer provoque… un des aspects fondamentaux de l’annonce du cancer, c’est l’impuissance. Et c’est le sentiment le plus compliqué pour l’être humain. Eh bien, le fait de pouvoir s’investir, faire un jeûne, c’est la personne qui le fait, c’est de sa responsabilité, elle peut le faire, c’est fondamental pour le faire sortir de ce sentiment d’impuissance. Et donc dire c’est pas bien ou c’est dangereux, ne le faites pas, c’est grave, parce que vous privez les gens d’une possibilité, un, de se rendre acteur, de sortir de l’impuissance, et deuxièmement d’une solution qui est clairement utile. Voilà. Si après elle n’est pas prouvée, mais qu’elle n’est pas dangereuse, on peut y mettre des choses pour atténuer, mais s’y opposer fermement alors que les arguments sont forts et qu’en plus c’est pas dangereux…
Ne pourrait-on pas parler de perte de chance ici aussi ?
Oui, après on est clair, on ne fait pas de jeûne chez quelqu’un qui est dénutri, on pose des bases comme pour tout.
Non mais je veux dire, perte de chance de ne pas faire un jeûne intermittent justement.
Oui, ben là après on peut parler de perte de chance finalement, c’est-à-dire qu’on le voit aujourd’hui, on peut le dire comme ça, l’approche alternative dans une étude c’est très clair, c’est dans des cancers où il y a des traitements très efficaces comme le cancer du sein, colon, c’est jusqu’à 8 fois plus de risque de mourir.
Donc c’est une perte de chance majeure si vous êtes alternatif. Si je suis conventionnel, on a les résultats qu’on connaît, si vous êtes intégratif, vous avez un gain de chance de 29% en moyenne. C’est une moyenne, et suivant ce qu’on fait, on peut aller bien sûr au 50% dont j’ai parlé tout à l’heure, voire plus.
Donc aujourd’hui c’est une perte de gain de chance que de ne pas être intégratif.
Je continue sur ce sujet-là qui me passionne. On rentre dans la micronutrition et l’utilisation des plantes médicinales. On ne va pas parler de plantes médicinales obscures commandées sur internet qui viennent de je ne sais quel pays. On parle de notre pharmacopée traditionnelle qu’on connaît bien. Il me semble que ce qu’on appelle le ratio bénéfice sur risque lors d’un traitement en oncologie reste globalement assez positif. De notre côté, on nous fait très peur au sujet du risque d’interaction, ce qui nous amène dans un principe d’extrême précaution qui ressemble de mon point de vue parfois un petit peu à de la paralysie. Comment naviguer entre ces deux extrêmes?
Toujours l’information. Mieux comprendre pour mieux agir. Et avec cette règle qui est toujours de parler de quelque chose sur le plan qualitatif et sur le plan quantitatif. Je prends l’exemple d’un médicament. Prenez l’aspirine pour calmer une mal de tête. Combien? Si je prends 1 mg, ça ne passera rien. Même 100 mg, je vais avoir un effet anti-thrombotique, donc je vais fluidifier le sang. Mal de tête, rien. En pharmacopée, on le sait très bien, dans le Vidal, il y a marqué pharmacodynamie et pharmacokinétique. Pharmacodynamique, c’est comment le médicament agit, qu’est-ce qu’il fait, et on va devoir préciser à quelle dose. Et la toxicité, c’est pareil d’ailleurs. On a une liste comme ça, on prend peur. il y a des toxicités, n’y pense même pas. A la dose que tu vas prendre, il n’y a aucun risque. Mais si on ne le sait pas, panique à bord. Donc c’est la même chose que pour les médicaments.
Et le Vidal est un très bon outil pour aller regarder si les plantes sont autorisées ou pas. Il n’y en a que deux qui ressortiront vraiment. Enfin, il y en a plus souvent dans certains médicaments, mais globalement, vous avez le millepertuis et le pamplemousse. qui vont ressortir et après c’est intéressant de se dire le pamplemousse ça n’est vrai que si vous le prenez un médicament par voie orale et c’est là que l’information est super importante parce que là les gens ont entendu que le pamplemousse posait problème sauf que la substance qui est censée interagir avec les cytochromes du foie n’arriveront jamais au foie, parce qu’elles ne traverseront pas l’intestin, il y a une liaison covalente, covalente ça veut dire définitive, avec les cytochromes présents dans les cellules de l’épithélium digestif, vous n’aurez pas de passage sanguin.
Donc aucune interaction avec le foie. Donc beaucoup de médicaments, du coup, ça ne leur posera aucun problème. Certains médicaments, et il y en a très peu en fait en cancérologie, mais il faut juste aller vérifier sur le Vidal. Ce sera marqué, interdit avec le pamplemousse. Et certains ne posent aucun problème.
Certaines thérapies ciblées posent problème. Et parfois intraveineuses, alors là, il n’y a aucun, aucun souci. Après, on va aller pousser le truc en disant que le pamplemousse, c’est embêtant. Si c’est des pépins de pamplemousse, ce n’est pas pareil. C’est des flavonoïdes, c’est-à-dire des antioxydants, c’est antibactérien, antiviraux. Aucun problème, aucune interaction.
Et donc voilà, il faut être dans la même pensée. Les plantes, en phytothérapie, vous savez qu’avec le mode de fonctionnement, le dosage qu’il faut utiliser, le mode de préparation qui fait qu’on va avoir telle action ou telle autre. Mais ce n’est pas aussi simple que ça. Je prends du pamplemousse, donc je vais avoir un problème. Ça dépend comment vous l’utilisez.
Tu consacres un chapitre à la mélatonine. Est-ce que tu pourrais nous dire ce qui rend cette molécule si importante et presque centrale à ta pratique?
Je suis à l’aise avec la mélatonine et il me fallait des exemples forts. Ce livre n’est pas une encyclopédie, il ne dit pas tout. Je pense qu’il est là pour montrer une voie, une façon de penser, d’aborder la question de l’oncologie intégrative. Il ne répond pas à toutes les questions, on est bien d’accord.
Mais il vous permettra par contre de lire des livres et de traduire et de mieux comprendre comment il faut aborder les choses. Donc la mélatonine c’est un très bon exemple parce que quand j’ai été à Stanford et que j’ai découvert le livre de John Bock sur médecine naturelle et cancer dans la bibliothèque encore une fois de Stanford, un livre fabuleux qui répertoriait toutes les études scientifiques autour des compléments naturels, C’est celui que j’ai le plus regardé, le plus vu.
Et comme c’est une substance qu’on fabrique, j’ai trouvé ça super intéressant de s’intéresser à quelque chose sur lequel on ne peut pas être allergique. On ne peut pas avoir d’intolérance à la mélatonine puisqu’on la fabrique depuis qu’on est né. Et c’est une molécule phare qui a donné des résultats vraiment très intéressants, parfois même en monothérapie dans des cancers désespérés, des résultats. Bon, après, on le sait, je le dis clairement, ça ne sera qu’exceptionnel que ça peut avoir des résultats remarquables, c’est un traitement d’appoint, c’est un complément, beaucoup d’intérêt dans l’approche pour mieux tolérer les traitements, et c’est un exemple même de thérapie multicible, c’est-à-dire qu’on ne peut pas limiter la mélatonine, comme beaucoup de substances naturelles, à une seule fonction.
Et ça c’est intéressant parce que plus on multiplie les fonctionnalités dans une molécule et moins elle a de risques d’effets secondaires. C’est logique puisqu’elle disperse entre guillemets ses modes d’action. Elle aura plus de chances d’agir là où vous avez du manque. Donc voilà, c’est une thérapie multiscible. C’est un très bon exemple, très bien documenté au plan scientifique. C’est pour ça aussi que je l’ai pris. Il y a beaucoup de publications.
On connaît les effets à différents dosages.
Et c’est ça aussi, on a le fait du dosage. Dès 0,5 mg, c’est-à-dire la dose physiologique qu’on fabrique, il y a un effet sur l’immunité. Il faut être à 10 mg pour avoir un effet oncostatique, c’est-à-dire un effet de blocage. Et puis, il faut être à 20 mg pour être antioxydant.
Ça ne fait pas tout, ça fait des choses à certains niveaux. C’est un très bon exemple pour comprendre que vous devez toujours parler en termes de quantitatif, qualitatif. Sinon, on aboutit à ces erreurs fondamentales qu’on entend. La vitamine E est dangereuse? Non. L’étude, c’est la vitamine E de synthèse, à forte dose, donnée chez des gens non carencés, isolément, c’est-à-dire sans autres substances associées, eh bien c’est dangereux parce que ça augmente les cas de récides de cancer du poumon par exemple.
Et quand on calcule, on réfléchit à la vitamine E, on se dit mais comment ça se fait que vous la donniez toute seule? Elle ne fonctionne pas toute seule. Si vous la donnez, c’est un antioxydant, d’accord, mais après une fois qu’elle est sous forme oxydée, elle va s’accumuler et elle va devenir toxique.
Si vous ne mettez pas de l’acide lipoïde ou de la vitamine C pour la recycler, vous allez accumuler ce produit et ça va devenir toxique et c’est ce qui se passe. Et la détoxication au niveau de l’organisme, ça n’a jamais fonctionné qu’avec une chose. Donc voilà, c’est un exemple typique d’une information qui devient fausse parce qu’elle n’est pas complète. Et donc, on va dire que là, en médecine, nous ne pouvons pas donner de leçons à des gens en phytothérapie. On peut juste se dire que nous-mêmes, il faut qu’on fasse attention. On doit être très attentif à ce qu’on dit.
Et en parlant de phytothérapie, justement, tu as un chapitre consacré à certaines plantes. Et on va retrouver les grands classiques, et on se pose la question, c’est toujours le curcuma, le thé vers le soja, il y a toujours les mêmes qui reviennent, on les connaît bien ces plantes parce qu’on les a étudiées en long, en large et en travers, mais il y a aussi la partenelle, la reine des prés, quand on est arrivé là, on a vu le plantain, la mauve, il y a une pharmacopée qui est d’une richesse de dingue, et pourtant on va toujours s’exprimer sur ces 3, 4, 5. Pourquoi ? C’est quoi le truc ?
Alors là aussi, on ne peut parler que de ce qu’on connaît bien, je trouve. On est légitime que si on parle de quelque chose qu’on maîtrise bien, qu’on connaît bien. Mais comme ce ne peut pas être un catalogue ce livre, mais oui il y a des trésors, il y en a plein. Et c’est là que c’est intéressant d’avoir des thérapeutes qui sont spécialisés et qui à la fois ont compris le concept général et qui du coup l’appliquent à leur spécialité, la phytothérapie, et qui ont un panel bien plus large parce que le curcuma est parfois pas possible, il y a des contre-indications.
Il y a d’autres, le boswellia, l’encens, c’est ça. Enfin, il y a d’autres plantes anti-inflammatoires, le bourgeon de cassis, je ne sais pas. Donc c’est là que c’est intéressant d’avoir des gens formés, vraiment importants, pour qu’on puisse ouvrir le panel et proposer quelque chose de beaucoup plus adapté à chaque personne.
Sachant que très souvent, il y a un manque de données aussi. On va se baser sur l’expérience, sur la tradition. On ne peut pas vraiment se reposer sur des études double aveugle avec placebo. On n’aura pas de…
À vous, à ce moment-là, de ne pas avoir forcément de certitude, mais d’éléments suffisamment de sécurité. Il faut avoir des éléments suffisants de sécurité pour dire, OK, je ne fais mal et j’ai des arguments 1, 2, 3, OK.
Améliore-t-on la qualité de vie de la personne? Est-ce que ce n’est pas l’étoile du berger, finalement?
Ah, c’est l’étoile du berger ! Aujourd’hui, on peut le dire, à chaque fois qu’on arrive à améliorer la qualité de vie des patients, évidemment sans avoir un effet empêchant l’efficacité des traitements, et de façon durable donc, eh bien on a une amélioration du pronostic. La qualité de vie qui est déjà un objectif qui est beau, puisque la vie elle a de l’intérêt que si elle peut être appréciée, Mais après, si ça a un impact sur la qualité de vie, on voit, on met les gens dans la meilleure situation, on a de meilleurs résultats.
Il y a une très belle étude qui a fait polémique, mais qui pourtant a été débattue et qui a été publiée sur l’homéopathie et cancer du poumon randomisée double aveugle, d’accord ? 50 patients qui prenaient l’homéopathie individualisée, 50% de l’homéopathie placebo et 50% prise en charge classique. Tous ont le traitement classique. Au bout de trois mois, ceux qui prennent l’homéopathie sont améliorés sur tous les critères de qualité de vie, tous. Et on regarde l’espérance de vie sur un an, 30% d’amélioration de la survie.
Etude randomisée de double aveugle. Elle a été challengée et elle a été confirmée, donc c’est une étude publiée qui montre que c’est pas l’homéopathie qui a traité le cancer. C’est l’homéopathie qui a permis de mieux supporter, de mieux suivre le traitement, de mieux sortir de la peur, de mieux dormir, etc.
Et résultat, ça marche mieux.
C’est vraiment l’histoire d’un plat gastronomique qui n’est pas assaisonné. Désolé, repart en cuisine. Elle a un peu de sel et de poivre. Ce n’est pas ça qui a soigné, mais c’est ça qui a sublimé l’efficacité.
Bien qu’on nous dira les chantiers ont été trop faibles, trop petits, mais on prend ce qu’on a de toute manière.
L’étude randomisée double aveugle, machin, là vous ne pouvez plus arriver à ces arguments-là. Ce n’est plus possible. Et ce n’est pas la seule étude. On sait qu’il y a, je crois, plus de 140 études randomisées qui sont dans les critères en homéopathie, de façon générale. Et après, si on sort du concept mécanistique et qu’on rentre dans le concept informationnel, ce qu’on voit avec la photobiomodulation, ce qu’on voit avec un téléphone portable. Un appui sur un bouton peut envoyer une bombe.
Donc l’information c’est très important, le signaling cellulaire c’est important. Ça ne marche pas que par la chimie les choses.
Soyons fous, imaginons que ta vision se réalise pleinement comme tu l’entends ici au Château de la Sorine. Tous tes projets ont des financements, tout fonctionne exactement comme tu voulais et tu réécris ce livre dans 5 ans, dans 10 ans, c’est la deuxième édition, la troisième édition peut-être. À quoi il ressemblerait? Est-ce qu’il y aurait des choses différentes?
Oui, j’aimerais bien déjà avoir fait une deuxième édition. Puis le temps me manque.
Oui, je reprendrai des chapitres sur le jeûne, je rajouterai des études récentes qui renforcent, confortent les choses. Je rajouterai quelque chose sur les interactions. Donc ça, ça fait partie des compléments de formation. J’en ai mis, mais c’est des passages, alors que je ferai un bon chapitre. Et puis après, je pense qu’il faudrait un lexique que l’IA pourrait nous faire facilement, d’ailleurs. Un bon lexique, et puis des fiches peut-être plus pratiques aussi à la fin pour que ça soit encore plus accessible pour tous.
Mais après, ce livre c’est juste une porte vers la santé intégrative, vers un nouveau paradigme de la santé. Donc après il faut y entrer. Ce livre n’est pas un but en soi, c’est plutôt une impulsion. Et donc après, c’est d’entrer dans ces formations. Et donc demain, ce n’est pas le livre qui fait tout, c’est je viens à ressources et puis en France, il y a une culture qui s’est mise en place, des formations en santé intégrative dans tous les domaines.
une collaboration entre les différentes professions, une culture de la prévention. On fait visiter le domaine à des enfants pour qu’ils voient les plantes médicinales, etc. On leur fait fabriquer des baumes, des pommades avec Sabine et toute l’équipe, avec Althea, on développe tout ça. On fait des colonies de vacances santé pour les enfants, ils vont se régaler à fabriquer, à faire, à manger, à manger sain. Des choses qui sont vivantes, des aliments vivants. On leur fait expérimenter ça, parce que ça, c’est plus fort que tout. On a des séjours de ressourcement ici.
Les gens peuvent venir une semaine, s’immerger, avoir des soins en groupe, en individuel, du matin au soir. Pas trop tard pour qu’ils aient du temps de respiration, mais 9h, 17h, ils sont en programme. On fait de la prévention, on invite des entreprises à venir pour leurs employés passer un week-end.
Oui, le centre d’aquathérapie, le hammam et compagnie, mais pas que. Des cours, vous allez cuisiner, vous allez manger sain, vous allez expérimenter un massage, un vrai massage, pas que musculaire, un travail émotionnel. Vous allez expérimenter la santé intégrative sur un week-end, vous immergez dedans. ça va être un lieu qui va être ça, un campus qu’on soit malade, aidant, bien portant, mais on veut préserver sa santé.
Ce lieu sera fait pour tous, en hébergement, dans des programmes, à l’université de la santé intégrative, le programme qui correspond.
Le mot clé finalement c’est campus, la santé de demain passe par l’éducation aujourd’hui de la population.
Je pense que c’est mieux comprendre pour mieux agir, il faut mettre de la lumière.
D’accord. Si une personne demande un traitement en oncologie et qu’elle veut bénéficier d’un accompagnement, comment est-ce qu’on peut faire? Est-ce qu’on va trouver un centre ressource ? Est-ce qu’il faut se déplacer ? Comment on fait ?
Si on parle centre ressource, il y en a 10 en France. Il y en a 5 en formation. Donc ça va bouger. Il y a Montpellier-Perpignan qui se prépare, 3, Bordeaux. Enfin bon, donc ça se multipliera. Ceci étant, il y a des associations autres qui ont pas même de ressources mais qui vont dans cette dynamique-là.
Il n’y aura pas ce fameux programme d’accompagnement. Mais c’est déjà un bon début d’être dans ce lieu avec de l’info, de l’échange, des soins. Vous avez des instituts Rafaël. Vous avez Les Amis de l’Institut [Andrée Dutreix] à Dunkerque. Vous aurez la Maison Autour près de Paris. Donc il y a des associations qui existent, qui font, qui œuvrent et qui peuvent déjà être des points d’ancrage.
Ensuite, il y a des réseaux aussi qui se créent, Quatre Février, c’est une application. Donc nous, on va collaborer avec eux pour qu’on va pas faire tout ce qu’ils font eux. Et les gens qui sont loin, peut-être même en Afrique du Nord, en Francophonie, en Suisse, au Québec, à Tahiti, qui ne peuvent pas venir, pourraient, à travers ces réseaux, avoir des soutiens.
Toutes ces formations en présentiel se font aussi en distanciel. Donc il y aura ces accès là aussi. Donc on va développer ces stratégies pour soutenir les gens à distance, s’il le faut ou pas.
Très bien. Et si on veut soutenir le projet, comment fait-on?
Il y a plein de moyens pour aider, en parler, en parler à des gens qui ont des moyens. Ça, ça vaut drôlement le coup. On pourra investir dans ce lieu, parce que c’est vrai qu’on a besoin de millions, il faut le dire, pour les travaux d’aménagement, le centre d’aquathérapie.
Retenez que ce lieu sera toujours et toujours accessible à tous. Ça n’appartient à personne. Ce lieu, c’est ressource et ça n’appartient à personne. Ce n’est pas un lieu de profit. Par contre, c’est un lieu où il y aura une boutique, où il y aura une participation demandée aux gens s’ils peuvent.
La participation est solidaire. Elle est pour permettre aux autres de pouvoir venir aussi. Donc on peut aider financièrement au fonctionnement, on peut aider en faisant connaître, en allant chercher des mécènes. Vous pouvez devenir mécène. Le ménage est fait par un mécène. Les avocats, les milliers d’euros sont mécènes. Donc on peut être mécène en compétence, on peut être thérapeute qui offre ses soins.
C’est un lieu exceptionnel pour les thérapeutes, parce que c’est un lieu qui les sort de leur isolement. On va ici travailler en collaboration avec les autres. Voilà. Après, on fera en sorte, si possible, dans certains cas, de rétribuer les intervenants, mais dans la mesure du possible. Mais si vous êtes bénévole, c’est très bien.
Et puis, oui, on peut inventer des événements qui sont au profit de ressources et autres. Il y a plein de choses possibles.
Jean-Loup, un immense merci pour ton travail, ta philosophie, ça nous fait du bien à tous, merci.
Merci, je suis ravi de voir cette collaboration, ces portes qui s’ouvrent avec toi, Althea, je te suivais, je suis enthousiasmé, je ne connais pas tout ça, je me suis intéressé, mais je ne connais pas tout ça, je ne connais pas tout le monde de la phytothérapie et d’un potentiel qui est exceptionnel.
Merci.
Bonjour,
Ceci est la 2ᵉ partie de ma discussion sur la baie de schisandra. Je vous remettrai le lien vers la première partie dans laquelle j’ai couvert toute la partie botanique, jardinage, tradition d’utilisation chinoise et russe. J’en profite pour vous remercier de tous les retours très sympathiques que vous nous avez envoyés. Je vois que vous avez bien apprécié la première partie.
Dans cette seconde partie, on va parler d’utilisations un peu plus modernes, et on va essayer d’intégrer cette plante dans notre pratique. Bien évidemment, ces utilisations nouvelles sont fortement inspirées de la tradition. On n’est pas partis de zéro. On ne repart jamais de zéro. Je cite à nouveau Isaac Newton qui disait : « Si j’ai vu si loin, c’est parce que je me suis tenu sur les épaules de géants. » Les géants, ce sont nos ancêtres. À nous de faire évoluer ce savoir.
Alors… Je n’aborderai plus les questions de fournisseurs ni d’impact environnemental. Mais si vous avez écouté la partie 1, vous savez à quel point cette réflexion est cruciale : nos choix de consommateurs affectent des écosystèmes, souvent à l’autre bout du monde. Avec la mondialisation, ces conséquences sont souvent invisibles – pourtant, elles existent bel et bien.
Je vais aussi vous entraîner dans des parties un peu techniques sur comment la schisandra agit sur les fonctions hépatiques. Si vous ne comprenez pas tout, c’est OK, mais c’est aussi important que je vous familiarise avec ces notions pour que vous puissiez les assimiler au fil du temps.
Je vous rappelle qu’on peut cultiver le schisandra, et opter pour des plantes issues de cultures plutôt que de récoltes sauvages. Et si on le souhaite, on peut aussi privilégier des alternatives locales, en circuit court. Ici, je propose de dissocier savoir et consommation : le premier doit librement circuler, tandis que la seconde doit rester mesurée, réfléchie.
Bien. Avant de démarrer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation à être un diagnostic ou une prescription médicale.
Constituants de la baie de schisandra
On va tout d’abord regarder à la loupe pour voir ce que l’on trouve dans la baie de schisandra. On avait dit qu’elle a les 5 saveurs de médecine chinoise : acide, sucrée, âcre (piquante), amère et salée. Ça laisse donc présager d’une grande richesse en constituants.
Les principaux constituants de la schisandra sont des lignanes. On connaît bien les lignanes dans le monde des plantes. On en trouve dans les graines de lin (qui sont probablement l’une des sources les plus riches), dans les graines de sésame, dans les légumineuses de notre alimentation (en quantité largement plus basse que d’autres sources comme les graines de lin).
Les lignanes sont des polyphénols. Et ils sont transformés par le microbiote intestinal en entérolignanes (principalement entérodiol et entérolactone), des molécules très étudiées pour leurs effets potentiels sur l’équilibre hormonal, la santé cardiovasculaire, certains cancers hormono-dépendants (on y reviendra lorsqu’on parlera des précautions d’emploi), ils sont antioxydants et antiinflammatoires. Donc déjà, il faut avoir une flore intestinale qui fasse un bon travail de transformation, ce qui explique probablement des résultats variables d’une personne à l’autre.
Et là, dans la schisandra, on a une forte teneur en lignanes : la schisandrine A, B et C, le schisandrol A et B, la schisanthérine A, etc. Ces constituants sont considérés comme les principaux actifs responsables de nombreuses propriétés pharmacologiques telles que la protection hépatique, neuroprotectrice, antioxydante, anti-inflammatoire et anticancéreuse
Nous avons d’autres types de constituants : des polysaccharides (qui sont des constituants solubles dans l’eau) possédant des effets immunomodulateurs, antioxydants, hépatoprotecteurs et hypoglycémiants. Des triterpénoïdes qui ont démontré des activités antitumorales, anti-inflammatoires, neuroprotectrices et hépatoprotectrices.
C’est un survol, désolé mais je ne peux pas rendre justice à chacun d’entre eux, sinon il faudrait qu’on fasse la bibliographie complète juste pour les lignanes par exemple. Mais voilà, c’est d’une grande richesse, et là encore, moi qui aime me fier à une partie organoleptique, lorsque je me fais une décoction de fruits secs de schisandra, c’est une explosion de saveur en bouche. Et oui, je sais, certains constituants actifs n’ont pas de goût, alors que certains constituants qui ont beaucoup de goût n’ont pas nécessairement une forte action thérapeutique. Mais tout de même, j’adore cette évaluation des sens, et la schisandra me laisse clairement la sensation qu’elle renferme une certaine force thérapeutique.
Schisandra : propriétés et indications
Bien, je vous propose que l’on parle maintenant des propriétés et indications. Et je vais commencer par une petite parenthèse sur le terme « adaptogène ». Je vous renvoie vers mes 2 vidéos (partie 1 et partie 2) sur les adaptogènes pour couvrir toutes les bases.
Pourquoi est-ce que j’en remets une couche ? Car le terme adaptogène est un peu remis en question aujourd’hui, parce qu’il est difficile à valider par des études. Par exemple, dans la définition proposée par Brekman et Dardymov, elles permettent à notre organisme de produire une réponse non spécifique au stress. C’est-à-dire qu’elles ne se concentrent pas sur un organe ou un processus physiologique en particulier, mais permettent à tout notre système de mieux résister au stress. Elles ont un effet très large : elles agissent sur le système nerveux, sur les glandes surrénales, sur le système immunitaire, sur le système hormonal, sur le système digestif, certaines sur le système cardiaque, le foie, les reins, etc.
Et donc, c’est compliqué de valider ce positionnement dans des études. Car justement, pour une étude, il faut une hypothèse spécifique et mesurable. Donc là, on dit : c’est trop vague, ce n’est pas mesurable et validable scientifiquement, donc faut arrêter d’employer ce terme.
Mais les Russes ont pu l’observer. Malheureusement dans des études sur des animaux de laboratoire. Ils ont soumis ces pauvres animaux à du chaud, du froid, du bruit, des produits chimiques, l’immobilisation, etc. Toutes sortes de stress, et ils ont vu que le corps réagit d’une manière très large. Des ulcérations de l’estomac. Des ulcérations du côlon. Une augmentation du poids des glandes surrénales. Une atrophie du système immunitaire, en particulier du thymus. Tout semble réagir, donc c’est extrêmement dur à mesurer et à contrôler tout ça. Un extrait de baie de schisandra a pu, dans ces situations, réduire la production des hormones de stress, stabiliser le poids des glandes surrénales, stabiliser le poids du thymus, les ulcérations de la muqueuse gastrique, les microsaignements digestifs, etc. (voir Barnaulov and Shanin, 1991, dans la revue de Panossian). Mais du coup, oui, c’est compliqué de structurer des études en double aveugle contre placebo qui viendraient mettre un tampon sur ce terme d’adaptogène.
Mais pour le rôle du praticien, qui consiste à aider les gens à retrouver un état de mieux-être, je trouve la définition très utile. Car elle reflète des observations bien réelles. Malmenés par des stress de nature physique (chaud, froid, effort) ou psychique (une menace perçue en général), nous puisons dans nos ressources et nous sortons de la zone d’adaptation et d’équilibre. Ces plantes nous aident à y revenir, lentement mais sûrement, en reconstruisant nos capacités et notre résilience.
Fatigue de la vie
La schisandra ne fait pas exception à cette règle. La première indication, c’est donc la fatigue de la société moderne. Ce que j’entends par là, c’est une combinaison de fatigue physique, car on a un peu trop tiré sur la ficelle. On a demandé à notre corps d’effectuer des tâches au-delà de notre capacité de récupération. Au fil des semaines et des mois, on a donc accumulé un déficit, on a creusé un trou. A vouloir insister, par obstination ou par manque de choix, car parfois entre le boulot, les enfants, la maman qui souffre d’Alzheimer et le courrier de la banque qui dit qu’on a encore un découvert, on se sent complètement impuissant.
La baie de schisandra peut nous aider à surmonter la fatigue physique et émotionnelle associée à ce genre de situation. Je ne vais pas vous mettre toute la bibliographie qui valide cette indication car Alexander Panossian l’a fait pour nous dans sa revue de 2008, la liste est longue et de nombreuses études sont en langage russe et n’ont jamais été traduites. 2008, ça commence à dater un peu, mais Panossian étant probablement la référence dans les études russes, je vais lui faire confiance.
La schisandra, globalement, augmente l’endurance et les capacités de travail physique, ainsi que l’endurance et les capacités de travail mentales et cognitives. Dit dans des termes largement plus simples, elle ramène l’énergie dans le corps et dans la tête.
Le bâton pour mieux se battre ?
Je vous rappelle aussi ce que je vous ai expliqué dans le premier épisode. Rien n’est gratuit dans cette petite phrase. On ne crée pas de l’énergie de rien. Il y aura un prix à payer si on ne corrige pas l’exposition aux facteurs qui nous ont mis dans cette situation. Là encore, je vais utiliser une expression qui va vous parler : grâce à la plante adaptogène bien dosée, je peux me retrouver un peu plus vite… dans le mur ! Je le sais car j’ai commis cette erreur.
Je l’ai commis sur moi, le grand pressé qui a toujours un peu trop de projets en tête et un peu trop de casseroles sur le feu. Et je l’ai commis en tant que praticien, à mal conseiller ces adaptogènes, à ne pas savoir expliquer que dans certaines périodes de la vie, ce n’est pas une adaptogène qu’il faut. C’est reprendre sa vie en main. Et savoir dire non.
Donc, qu’en déduit-on ? La schisandra peut aider la personne fatiguée et malmenée par la vie, qui doit continuer encore un peu car elle n’a pas le choix, ou qui a finalement compris la leçon mais qui n’arrive pas à se sortir du trou. On appelle ça épuisement ou burnout, peu importe. Ça, c’est une partie commune à de nombreuses plantes adaptogènes. Ce sont des « toniques », dans le sens ancien du terme, qui soutiennent les fonctions. Pas dans le sens caféine ou amphétamines. Les résultats ne seront pas rapides, mais au fil des mois, ils seront en général au rendez-vous si la plante est bien dosée.
Maintenant, on va aller au-delà de cette base commune des adaptogènes qui est déjà extrêmement utile, soit dit en passant. Mais on va aller plus loin et regarder de petits points de différentiation qui rendent la baie schisandra un peu différente des autres adaptogènes.
Une dimension calmante
Par-dessus cet effet tonique dans les grandes périodes d’épuisement, on a un effet calmant dans les périodes de stress. Ce qui parait peut-être paradoxal. Car dans notre esprit, on se dit soit ça stimule, soit ça calme. Eh bien ça peut faire les deux. On revient à la définition d’une plante adaptogène, qui stimule ou calme les fonctions afin de ramener vers un état d’équilibre.
La schisandra peut aider à calmer un système cardiovasculaire qui réagit fortement au stress. Ceci peut inclure des palpitations cardiaques ou une tension artérielle un peu trop élevée. Bien sûr, consultez un médecin si cette situation vous arrive.
La schisandra est utilisée dans les cas d’insomnie et de sommeil agité provoqué par le stress. Elle est utilisée dans les cas d’anxiété et de forte irritabilité. Dans les cas de moral bas et de période dépressive aussi. Le facteur sous-jacent ici étant identifié, c’est-à-dire une période stressante de la vie qui n’en finit pas de durer.
Je pense qu’il serait bon de noter aussi que dans les périodes d’épuisement profond, on peut aussi être dans des états de tension et d’anxiété intense. Donc tension nerveuse et émotionnelle et relâchement global coexistent. Forte tension d’un côté, fort relâchement de l’autre. Là encore, penser à la schisandra.
Une petite pause pour vous parler de l’école AltheaProvence, centre de formation certifié Qualiopi.
Depuis 10 ans, nous accompagnons des milliers d’apprenants au travers de cursus complets et de formations à la carte, avec une mission claire : vous donner les clés pour utiliser les plantes dans votre vie en toute sécurité, toujours en complémentarité d’un suivi médical.
En rejoignant l’école, vous accédez à une formation complète tout en participant à faire vivre ce projet de transmission autour des plantes médicinales. Nous serions ravis de vous accompagner dans cette aventure.
Améliore la détoxification hépatique
Une autre propriété remarquable de la schisandra, c’est l’amélioration de la détoxification hépatique. Voici ce que démontrent les études relativement récentes sur animaux (Addissouky, 2024) :
- La schisandra stimule la production de glutathion, qui est un antioxydant clé pour éliminer les toxines. Ceci va activer les enzymes de phase 2 (comme les glutathion-S-transférases), ce qui explique son effet « détoxifiant » général. Je fais très rapide ici, mais lorsque ça coince aujourd’hui dans les processus de détoxification hépatique, c’est la phase 2 qui n’est pas assez efficace. Je vais compliquer un peu plus les choses dans quelques minutes lorsque je vous parle des précautions, désolé. Mais pour l’instant, retenez ceci : elle améliore la phase 2 et diminue le risque de « bouchons » entre la phase 1 et la phase 2, une problématique assez bien reconnue aujourd’hui.
- Elle améliore aussi la protection des hépatocytes contre les dommages infligés par le stress oxydatif. Ces radicaux libres peuvent être créés lors de l’élimination de substances toxiques par le foie. Grâce à la schisandra, on constate la diminution du stress oxydatif et des marqueurs inflammatoires du foie, diminution du niveau de fibrose et de nécrose provoquée par les toxines.
Pour les études sur l’humain, on a quelques études qui sont de faible qualité avec de petits effectifs. On note néanmoins que chez des patients atteints d’hépatite B, la schisandra prise pendant 6 à 12 semaines réduit les marqueurs inflammatoires hépatiques et améliore la qualité de vie. On voit des améliorations similaires chez des patients atteints d’hépatite C.
Chez des personnes souffrant de stéatose hépatique non alcoolique, un extrait de schisandra administré pendant 6 mois diminue les taux d’ALT et d’AST, tout en améliorant les indicateurs de qualité de vie. Étude sans groupe contrôle, malheureusement.
Il est bon de faire une pause ici et de réfléchir à cette propriété de la schisandra. On améliore la détoxification hépatique de phase 2 et l’élimination des toxines tout en protégeant le foie contre l’inflammation provoquée par ces substances. C’est très intéressant. Poussons le raisonnement un peu plus loin. Si je vous parle de situations qui sont caractérisées par une fatigue chronique et une suspicion d’exposition à des toxines, est-ce que vous voyez de quoi je parle ?
Ce sont des conditions qui impliquent souvent une errance de diagnostic. On parle parfois d’hypersensibilité chimique multiple. Parfois ça s’entremêle avec un syndrome de fatigue chronique, une fibromyalgie, une maladie de Lyme chronique. Il y a souvent une inflammation chronique et systémique, le corps est en état d’alerte permanent, ce qui épuise les ressources de la personne.
Il semble y avoir, en tout cas, une forte réactivité à des produits chimiques courants dans l’environnement, même à faibles niveaux. Peut-être des peintures, parfums, produits de nettoyage, émissions d’usines, etc.
Vous voyez comment, dans ce contexte, une plante comme la schisandra pourrait aider ? Elle soutient les fonctions d’une manière large durant les périodes de fatigue, diminue la charge inflammatoire, et aide le foie, notre usine de détoxification, à éliminer les substances irritantes avec un minimum de dégâts sur les hépatocytes. L’indication ici serait donc fatigue chronique avec hypersensibilité chimique, ou fatigue chronique avec suspicion de charge toxique détectée, peut-être, par bilan sanguin.
Ou encore, je rajoute période de fatigue et de stress avec hypersensibilité aux allergènes. Donc une situation allergique qui est ressentie comme beaucoup plus intense car période de surmenage. La schisandra viendrait agir au niveau de la fatigue, de la réaction immunitaire et inflammatoire, et de la clearance des complexes inflammatoires. Voilà, j’espère que vous arrivez à situer ce que j’ai en tête, et cette superposition fatigue et surcharge irritante, allergénique ou toxique nécessitant une détox hépatique efficace.
Immunité basse
Voici une autre utilisation assez typique de quasiment toutes les adaptogènes. La schisandra fournit un excellent soutien à un système immunitaire trop bas, avec tendance à attraper des infections à répétition. Les études nous montrent qu’un stress aigu peut temporairement augmenter la force de l’immunité et fournir une protection contre les infections, ce qui semble logique. Mais que le stress chronique vient, au contraire, inhiber les fonctions immunitaires.
Donc là encore, on imagine la personne fatiguée par le stress de la vie, qui puise dans ses réserves, et qui va se trainer des infections à répétition, qu’elles soient respiratoires, urinaires ou autres.
Les Russes ont d’ailleurs formulé un mélange qui s’appelle Timusol constitué de 3 proportions d’échinacée et 1 proportion de schisandra pour stimuler une immunité faible.
Fatigue post infectieuse
Une autre utilisation possible : pour une fatigue post-infectieuse, une situation qui semble de plus en plus courante. C’est-à-dire qu’on a pris cher pendant l’infection, et ensuite, une fatigue chronique s’installe, accompagnée, là encore, d’une situation inflammatoire systémique. La schisandra me semble bien choisie pour cette situation.
La schisandra constitue une bonne addition dans un protocole pour accompagner un syndrome post-COVID, que l’on appelle aussi couramment « covid long« .
Formes et quantités
Pour les formes et les quantités, je vais vous donner les recommandations d’un herbaliste américain que j’aime beaucoup. Il s’appelle David Winston, c’est un praticien expérimenté.
- La teinture préparée avec un ratio 1:5 avec de l’alcool à 60°, 2 à 4 ml par prise, 3 à 4 prises par jour.
- La décoction des baies : 1 à 2 cuillères à café des baies sèches dans une tasse d’eau. Faire frémir 5 à 10 minutes, puis laisser infuser encore 20 à 30 minutes. Prendre la moitié de cette tasse 3 fois par jour. En ce qui me concerne, je simplifie avec 2 tasses entières par jour.
- Les gélules des baies sèches en poudre : de 1 à 2 gélules de 400 à 500 mg, 2 à 3 fois par jour. Ce qui nous fait une fourchette entre 800 mg et 3 g par jour. Je sais, c’est frustrant d’avoir une fourchette aussi large, mais cela dénote le fait que 1. Nous avons tous une sensibilité différente à certaines plantes et 2. L’intensité de la situation est différente aussi. Donc il faut savoir et pouvoir ajuster.
Précautions
Voici des précautions à noter. Je vais vous emmener dans des points assez techniques, mais il est important de le faire.
- Nous avons de rares cas de réactions allergiques à la plante, certaines de type cutané (prurit ou urticaire).
- La schisandra peut potentialiser les effets des barbituriques.
- Attention au point suivant : dans les études sur humains, la schisandra a un impact significatif sur le métabolisme des médicaments par le cytochrome P450. Spécifiquement, on voit une inhibition puissante du CYP3A4 et du transporteur P-GP (Seo 2021; Zhang 2022; Zhao 2017; Fan 2009; Jiang 2010; Xin 2007; Xin 2009). Cela veut dire que si un médicament est métabolisé par cette enzyme hépatique CYP3A4 (ce qui est le cas pour de nombreux médicaments), le métabolisme sera ralenti, et vous aurez plus de médicament que prévu en circulation sanguine, le risque étant celui d’une toxicité par surdosage. Dans certaines études, on voit une augmentation de 51% de la concentration maximale du médicament dans le plasma sanguin, dans une autre on voit une augmentation de 262 à 339%. On l’a vu pour du talinolol (un bêta-bloquant), pour du tacrolimus (un immunosuppresseur), pour du midazolam (un puissant sédatif et hypnotique). C’est énorme comme pourcentage. Certaines études parlent d’une inhibition supérieure à celle observée pour le jus de pamplemousse, qui est considéré comme l’un des inhibiteurs les plus puissants.
Bilan : si vous prenez des médicaments, il faudra consulter votre pharmacien ou votre médecin ici. Ne pas balayer ce point sous le tapis. Les risques d’interaction sont réels. - Certaines données suggèrent que certains lignanes de la schisandra pourraient interagir avec les récepteurs des œstrogènes, mais leur activité œstrogénique reste mal caractérisée et on ne les classe pas clairement parmi les phytoestrogènes classiques. De plus, les phytoestrogènes sont très mal compris aujourd’hui, et ce sont des modulateurs des récepteurs, des freinateurs de certains processus cellulaires. Mais vu qu’on adopte une vue simpliste, on va parfois dire que la schisandra est contre-indiquée si passé de cancer hormonodépendant. Ce qu’on voit en réalité, dans les études, c’est que les extraits ou les constituants isolés de schisandra, au contraire, inhibent la prolifération des cellules cancéreuses mammaires ER+, et ça va se faire via l’induction de l’apoptose et l’arrêt du cycle cellulaire. C’est donc un effet antiprolifératif. Références sur mon site. Certains chercheurs suggèrent même une synergie potentielle avec la chimiothérapie. Et bien évidemment, validez toujours avec votre oncologue.
- Étant donné que le CYP3A4 participe au métabolisme de certaines hormones sexuelles, son inhibition avec la schisandra pourrait théoriquement ralentir la clairance (c’est-à-dire l’élimination) de ces hormones (en particulier lorsqu’elles sont en excès). Je n’ai trouvé aucune étude pour le confirmer, donc cela reste hypothétique. En pratique, l’impact réel sur les concentrations circulantes d’œstrogènes, de progestérone ou d’androgènes ne dépend pas que du métabolisme hépatique bien sûr, leur régulation dépend surtout de l’axe hypothalamus‑hypophyse‑gonades et de nombreux mécanismes complémentaires.
Allez, c’est terminé pour 2 longs épisodes sur la schisandra, cette baie qui venait du froid. J’espère que vous avez trouvé l’information utile. Quelle richesse dans ce fruit, en tout cas.
Merci d’être là et de nous soutenir. Je vous retrouve très vite dans un prochain épisode.
Schisandra : références
Panossian A, Wikman G. Pharmacology of Schisandra chinensis Bail.: an overview of Russian research and uses in medicine. J Ethnopharmacol. 2008 Jul 23;118(2):183-212. doi: 10.1016/j.jep.2008.04.020. Epub 2008 Apr 24. PMID: 18515024.
Jafernik, K., Motyka, S., Calina, D., Sharifi‐Rad, J., & Szopa, A. (2024). Comprehensive review of dibenzocyclooctadiene lignans from the Schisandra genus: anticancer potential, mechanistic insights and future prospects in oncology. Chinese Medicine, 19. https://doi.org/10.1186/s13020-024-00879-0.
Barnaulov, O.D., Shanin, S.N., 1991. Stress-limiting effect of phytopreparations: endocrine system and detrimental environmental factors. In: Abstracts of the Fourth All-Union Conference, November 1991. Ministry of Health of USSR, Moscow, p. 27.
Addissouky, T., Sayed, I., Ali, M., Alubiady, M., & Wang, Y. (2024). Schisandra chinensis in Liver Disease: Exploring the Mechanisms and Therapeutic Promise of an Ancient Chinese Botanical. Archives of Pharmacology and Therapeutics. https://doi.org/10.33696/pharmacol.6.052.
Seo, Hyung-Ju, Seung-Bae Ji, Sin-Eun Kim, Gyung-Min Lee, So-Young Park, Zhexue Wu, Daeui Jang, and Kwang-Hyeon Liu. “Inhibitory Effects of Schisandra Lignans on Cytochrome P450s and Uridine 5′-Diphospho-Glucuronosyl Transferases in Human Liver Microsomes.” Pharmaceutics 13, no. 3 (March 2021): 375.
Zhang, Feng, Jianxiu Zhai, Na Weng, Jie Gao, Jun Yin, and Wan-sheng Chen. “A Comprehensive Review of the Main Lignan Components of Schisandra chinensis (North Wu Wei Zi) and Schisandra sphenanthera (South Wu Wei Zi) and the Lignan-Induced Drug–Drug Interactions Based on the Inhibition of Cytochrome P450 and P-Glycoprotein Activities.” Frontiers in Pharmacology 13 (March 11, 2022): 857483.
Zhao, Jin, Tao Sun, Jing-Jing Wu, Yun-feng Cao, Zhen Fang, Hong-Zhi Sun, Zhi-tu Zhu, Kun Yang, Yong-Zhe Liu, Frank J. Gonzalez, and Jun Yin. “Inhibition of Human CYP3A4 and CYP3A5 Enzymes by Gomisin C and Gomisin G, Two Lignan Analogs Derived from Schisandra chinensis.” Fitoterapia 119 (June 2017): 44–51.
Fan L., Mao X.Q., Tao G.Y., et al. Effect of Schisandra chinensis extract and Ginkgo biloba extract on the pharmacokinetics of talinolol in healthy volunteers. Xenobiotica. 2009;39(3):249–254.
Jiang W., Xu J., Li H.D., et al. Effects of Schisandra sphenanthera extract on the pharmacokinetics of tacrolimus in healthy volunteers. Drug Metabolism and Disposition. 2010.
Xin H.W., Wu X.C., Li Q., Yu A.R., Zhong M.Y., Liu Y.Y. Effect of Schisandra sphenanthera extract (Wuzhi tablet) on the pharmacokinetics of tacrolimus in healthy volunteers. European Journal of Clinical Pharmacology. 2007;63:721–725.
Xin H.W., Wu X.C., Li Q., et al. Effects of Schisandra sphenanthera extract on tacrolimus pharmacokinetics in renal transplant recipients. European Journal of Clinical Pharmacology. 2009;65:841–846.
Au sujet des phytoestrogènes et du cancer hormonodépendant :
Kim, M., Lee, H., Hong, S., & Yang, W. (2017). Schizandra chinensis exhibits phytoestrogenic effects by regulating the activation of estrogen receptor-α and -β. Chinese Journal of Integrative Medicine, 1-5. https://doi.org/10.1007/s11655-017-2966-y.
Kim, S., Min, H., Lee, E., Kim, Y., Bae, K., Kang, S., & Lee, S. (2010). Growth inhibition and cell cycle arrest in the G0/G1 by schizandrin, a dibenzocyclooctadiene lignan isolated from Schisandra chinensis, on T47D human breast cancer cells. Phytotherapy Research, 24. https://doi.org/10.1002/ptr.2907.
Kwon, O., Woo, H., Koo, Y., Kim, J., Yang, J., & Kim, S. (2025). Inhibitory Effects of Schisandra chinensis Seed Extracts on Breast Cancer. Biomedical Science Letters. https://doi.org/10.15616/bsl.2025.31.1.19.
Lee, D., Kim, Y., Chin, Y., & Kang, K. (2021). Schisandrol A Exhibits Estrogenic Activity via Estrogen Receptor α-Dependent Signaling Pathway in Estrogen Receptor-Positive Breast Cancer Cells. Pharmaceutics, 13. https://doi.org/10.3390/pharmaceutics13071082.
Jafernik, K., Motyka, S., Calina, D., Sharifi‐Rad, J., & Szopa, A. (2024). Comprehensive review of dibenzocyclooctadiene lignans from the Schisandra genus: anticancer potential, mechanistic insights and future prospects in oncology. Chinese Medicine, 19. https://doi.org/10.1186/s13020-024-00879-0.
Xu, X., Rajamanicham, V., Xu, S., Liu, Z., Yan, T., Liang, G., Guo, G., Zhou, H., & Wang, Y. (2019). Schisandrin A inhibits triple negative breast cancer cells by regulating Wnt/ER stress signaling pathway.. Biomedicine & pharmacotherapy = Biomedecine & pharmacotherapie, 115, 108922 . https://doi.org/10.1016/j.biopha.2019.108922.
Yang, H., Zhan, X., Zhao, J., Shi, W., Liu, T., Wei, Z., Li, H., Hou, X., Mu, W., Chen, Y., Zheng, C., Wang, Z., Wei, S., Xiao, X., & Bai, Z. (2024). Schisandrin C enhances type I IFN response activation to reduce tumor growth and sensitize chemotherapy through antitumor immunity. Frontiers in Pharmacology, 15. https://doi.org/10.3389/fphar.2024.1369563.
Fang, Y., Pan, J., Wang, P., Wang, R., & Liang, S. (2025). A comprehensive review of Schisandrin B’s preclinical antitumor activity and mechanistic insights from network pharmacology. Frontiers in Pharmacology, 16. https://doi.org/10.3389/fphar.2025.1528533.
Bonjour,
Je suis tombé sur une étude, toute récente de 2026, qui a pour titre « YouTube comme source de désinformation pour l’autogestion des nausées matinales ». Le contexte : les nausées et vomissements de la grossesse. Les chercheurs ont sélectionné les 45 vidéos YouTube (en anglais) les plus visionnées dans leur intégralité. Au total, 85 recommandations distinctes ont été identifiées. Moins de 10 % d’entre elles reposaient sur des preuves scientifiques, tandis que 5 % présentaient un risque pour la sécurité de la mère et du fœtus (Geusens, 2026).
C’est pour cette raison que je ne m’étais encore jamais exprimé sur le sujet sur ma chaîne. Car c’est une discussion délicate et complexe.
Cela dit, que ces vidéos existent ou pas, la population consomme de plus en plus de plantes médicinales. Il y a une forte demande. On le voit dans les pays qui ont toujours une pratique traditionnelle en place. Par exemple, dans une étude de 2024 sur des femmes enceintes dans un hôpital en Éthiopie, on voit que 60 % des femmes utilisent des remèdes à base de plantes (Feyisa, 2025).
Et pas que dans les pays en voie de développement. Une étude australienne très récente montre que 68% des femmes ont utilisé les plantes pendant leurs grossesses (Bowman, 2025), dont la fameuse feuille de framboisier (qui est probablement la plante la plus utilisée aujourd’hui dans les dernières semaines de grossesse).
Que penser de tout ceci ? Certains pensent que vu qu’on l’a toujours fait, il n’y a pas de problème, sinon ça se saurait. D’autres estiment que c’était, et que c’est toujours, une pratique sauvage qui n’a plus lieu d’être et qui introduit des risques significatifs pour la mère et le foetus.
Et ma position, je vais vous dire où elle se trouve. Cela ne vous surprendra pas. Quelque part au milieu. Le problème, c’est qu’au milieu, c’est pas très confortable. Car la société actuelle veut nous pousser vers les extrêmes. Choisis ton camp. Eh bien je le choisis en fonction du contexte particulier. Et c’est ce que je vais tenter de vous expliquer dans cet épisode.
Pourquoi un engouement pour les plantes
D’abord, posons-nous la question: pourquoi les femmes prennent-elles des plantes pendant la grossesse. Une méta-analyse de 2018 nous donne les raisons suivantes (Bowman, 2018).
- D’abord, un désir de choix, d’autonomie et de participer activement à sa propre santé. Ça, c’est respectable, que l’on se sente responsable de sa santé, encore faut-il être en mesure de faire un choix éclairé, bien sûr ;
- La croyance que « naturel » veut dire « sécuritaire ». Ça, c’est beaucoup plus problématique, car cette supposition est fausse. Si on pense que la plante est assez active pour soigner, ça vient aussi avec le revers de la médaille, qui est qu’elle est assez puissante pour perturber, voire intoxiquer. On ne peut pas prendre juste un seul côté de la médaille.
- Un focus sur le bien-être. Je spécule un peu ici, mais je pense que ça veut dire une attitude proactive de réfléchir à ce qu’on peut rajouter à l’hygiène de vie pour optimiser la grossesse, d’un point de vue apport de micronutriments peut-être.
- Une forte préférence pour un accouchement naturel. Ici aussi on a probablement le biais cognitif de se dire « naturel = sécuritaire », ce qui n’est pas forcément le cas lorsqu’on parle de plantes médicinales et d’un petit être en pleine croissance.
- Une expérience positive des thérapies complémentaires dans le passé. OK, ces pratiques ont fait leurs preuves dans la vie de la personne, donc elle est ouverte et désireuse de continuer pendant sa grossesse.
- Et pour finir, une méfiance, une perte de confiance dans le système médical. Et ça, c’est problématique. Ce n’est pas le bon modèle pour le futur. Le seul modèle qui tienne la route, c’est celui de la coexistence respectueuse et de la complémentarité.
Donc si on résume, on voit qu’il y a une forte demande de la part des femmes, le désir de se prendre en main, de se mettre au centre de sa propre santé, de demander des choix. Et ça, il faut l’encourager.
Par contre, il faut aussi s’adapter et fournir une information solide et sécuritaire. Et là, on rentre dans un sujet délicat, qui est vraiment le but de cet épisode. Comment aider les femmes au mieux à faire un choix éclairé ?
J’en profite pour vous rappeler un point très important : je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Si vous êtes enceinte et que vous avez des doutes sur tel ou tel choix, consultez votre gynécologue obstétricien, c’est le seul habilité aujourd’hui pour vous aider à trancher.
Risques des plantes pendant la grossesse
Alors, la première des choses que l’on va faire, c’est de voir quels sont les risques de prendre des plantes pendant la grossesse. Sont-ils réels ? Globalement, pour toutes plantes médicinales confondues, oui, les risques sont réels.
Nous savons aujourd’hui que les constituants des plantes traversent le placenta. Et certains comportent des risques. Les risques, globalement, sont les suivants, et ce sont des risques génériques pour toute substance, qu’elle soit naturelle, médicamenteuse, des toxines environnementales, etc.
- Effets tératogènes (c’est-à-dire malformations congénitales)
- Toxicité fœtale sans malformation structurelle
- Toxicité sur la mère
- Effets à long terme sur le bébé (on parle en post-natal ici – troubles de la croissance, troubles neurologiques, etc)
- Risque de fausses couches ou de prématurité
Grossesse et plantes médicinales : des risques réels
Tous ces risques sont réels avec les plantes en fonction du type de plante, des constituants et de la dose.
Comme vous pouvez vous en douter, entre une pincée d’origan dans la fricassée de légumes et une alcoolature d’origan, prise à la cuillère à café, pendant plusieurs jours, pour un effet antiinfectieux car il y a cystite, il y a un monde de différence. Entre une pincée de cannelle dans une viennoiserie et un extrait concentré de cannelle pris en gélules pendant plusieurs mois pour des troubles métaboliques, là encore, un monde de différence.
La pincée alimentaire est acceptable, les fortes doses d’extraits concentrés, globalement, ne le sont pas.
Une première passe pour faire cette réflexion consiste à regarder certaines propriétés. La plus problématique est probablement l’aspect emménagogue de certaines plantes comme l’armoise, l’absinthe, l’achillée millefeuille, les sauges, la rue des jardins. Ce sont des plantes problématiques.
Dans le passé, on utilisait les plantes emménagogues en cas de retard ou d’absence de menstruations. Hmmm. À une époque où les méthodes de contraception étaient limitées ou inaccessibles, que faut-il entendre par retard ou absence de règles ? Eh oui, certaines de ces plantes – en particulier lorsqu’elles étaient utilisées à fortes doses – pouvaient être associées à des pratiques visant à interrompre une grossesse. Parfois, le processus était tel que la mère passait aussi au bord de l’intoxication et de la mort.
Donc la propriété emménagogue, dans le monde des plantes, c’est probablement l’une des plus problématiques pendant la grossesse.
On évite aussi les plantes riches en alcaloïdes comme l’agripaume ou la fumeterre. Les plantes contenant des alcaloïdes pyrrolizidiniques sont particulièrement problématiques pour le fœtus, on pensera ici à la consoude, la bourrache (l’huile des graines n’est pas problématique, les parties aériennes le sont), le grémil et d’autres. Nous avons les plantes riches en substances aromatiques de la famille des cétones (comme l’hysope ou la sauges), des phénols (comme l’origan ou la sarriette), des aldéhydes aromatiques (comme la cannelle de Ceylan ou pire la cannelle de Chine).
Là encore, la quantité et la galénique comptent. Une pincée de sarriette sur un fromage de chèvre, c’est alimentaire. Une alcoolature de sarriette à la cuillère à café, c’est problématique. Et là, on ne parle même pas des huiles essentielles qui sont dans une catégorie à part.
Donc vous voyez, on peut faire une première passe de raisonnement et de classification en éliminant certaines propriétés et certains constituants. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aller plus loin.
Plantes pendant la grossesse : niveau de preuve
Quels sont les niveaux de preuve que l’on peut espérer trouver dans les études pour faire une bonne classification ?
Je vous avais fait deux épisodes sur les différents types d’études scientifiques que nous avons à notre disposition (partie 1 et partie 2). Je ne sais pas si vous aviez regardé ces épisodes, mais j’avais divisé les types d’études en 2 catégories, les études observationnelles et les études interventionnelles.
Le plus haut niveau de preuve accepté, aujourd’hui, on le trouve dans la catégorie interventionnelle et c’est l’étude clinique en double aveugle contre placebo. C’est ce qu’on va faire si on veut tester, par exemple, l’efficacité de la camomille matricaire pour les brûlures d’estomac. D’un côté, on va donner une dose bien spécifique, avec une galénique bien spécifique, de camomille matricaire à des personnes souffrant de brûlures d’estomac. D’un autre côté, on donne un placebo qui ressemble de très près à ce qu’on a donné à l’autre groupe. On sélectionne les personnes d’une manière très stricte à l’entrée selon certains critères, on randomise les groupes, etc. Et on mesure la différence entre les deux.
Si on transpose ce modèle à la femme enceinte, et si on voulait tester la sécurité (ou, dit d’une autre manière, la toxicité) d’une plante, il faudrait que le groupe intervention prenne la plante, avec les risques que cela comporte pour la maman et le fœtus. C’est inconcevable, bien évidemment.
Donc ce niveau de preuve-là, sauf exception lorsque l’on sait que la plante est non toxique pour la maman et le bébé, faut oublier. On a une pincée d’études pour des plantes comme le gingembre pour la nausée du premier trimestre, car aujourd’hui, on est assez confiant que le gingembre ne pose pas de problèmes. Par exemple une étude de 2018 qui montre l’efficacité d’une prise de 2 fois 500 mg (Sharifzadeh, 2018). Mais c’est une exception.
Il nous reste donc :
- Les études in vitro : évaluation de la toxicité cellulaire ou des effets sur des cultures de tissus (ex. : cellules placentaires) dans un tube à essai.
- Les études animales : observation des effets tératogènes (malformations fœtales), toxiques ou abortifs sur des modèles comme les rats ou les souris.
- Les études épidémiologiques et observationnelles, c’est-à-dire des études de populations, de grands échantillons, dans lesquels on n’intervient pas, mais on note si la femme prenait telle ou telle plante pendant sa grossesse, et les effets potentiels sur sa grossesse ou le bébé. On tire des corrélations ici, et pas des liens de causalité, je vous rappelle. Mais effectivement, dans un pays comme l’Inde, vous vous imaginez qu’on arrive à tirer des corrélations entre consommation de curcuma et risques sur la grossesse par exemple. La plante semble assez sûre, en supposant bien évidemment qu’elle n’ait pas été contaminée par des pesticides ou métaux lourds ou autre.
- Des études de cas individuelles, qui sont rapportées par des médecins, lorsqu’ils prennent le temps de le faire, sur la prise de telle ou telle plante qui aurait pu causer des problèmes.
- Les données de pharmacovigilance, qui sont des signalements vers les organismes d’État des différents pays lorsqu’on a noté un cas de toxicité.
Données de la tradition
Et enfin, n’oublions pas les données de la tradition. Eh oui, car même si elles sont imparfaites, elles peuvent nous aiguiller.
Si, dans la tradition, la feuille de framboisier a été utilisée pendant si longtemps par les Cherokees et les Iroquois en Amérique du Nord, cette information a du poids. Elle compte. Car dans notre passé, on n’était pas stupide non plus et on observait d’une manière fine.
Cela dit, histoire de ne pas me faire piéger par mes propres biais (eh oui, car j’aime beaucoup les plantes), il faut aussi reconnaitre que certains problèmes, comme le poids d’un bébé qui serait un peu plus faible que la normale, ou un retard de croissance physique ou cognitif qui serait à peine un peu plus lent que la moyenne… est-ce qu’on l’aurait noté, dans le passé ?
Je ne sais pas. J’ai mes doutes. En tout cas, on doit inclure ces données tout en reconnaissant leurs limites.
Conclusion sur les données
Du coup, globalement, est-ce que la masse de toutes ces données combinées est parfaite ? Non. C’est une grosse salade.
Est-ce qu’on doit les mettre à la poubelle ? Surtout pas ! Ce sont des données, et même si elles sont imparfaites, nous n’avons pas mieux.
Donc à partir de cette masse d’information, avec des niveaux de preuve divers et variés, depuis le tube à essai jusqu’à l’étude observationnelle à grande échelle en passant par la tradition, il faut pouvoir en tirer des classifications. Et pas juste oui ou non. Pas juste blanc et noir. Il va falloir se retrousser les manches et être prêt à travailler dans le gris.
Ce travail-là, c’est un énorme travail. Il doit être fait par des groupes ou des sociétés savantes, qui idéalement comporteraient des intervenants pluridisciplinaires – médecins, pharmacologues, sages femmes, infirmières, praticiens travaillant avec la femme enceinte. Pour ensuite émettre un avis équilibré, informé, avec toutes les précautions nécessaires.

Grossesse et plantes médicinales aujourd’hui : principe d’extrême précaution
Au lieu de ça, qu’a-t-on aujourd’hui ? Nous avons une vue binaire. Si nous n’avons pas le niveau de preuve le plus élevé et pas le moindre doute sur l’inocuité de la plante, elle sera contrindiquée pendant la grossesse. Cette position est intenable et inacceptable.
Intenable car dans ce contexte aussi restrictif, la population le fera de toute manière. Elle le fera basé sur d’autres opinions, des livres, des influenceuses et influenceurs, avec un risque largement plus élevé de faire n’importe quoi.
Inacceptable car la femme enceinte a, elle aussi, besoin d’aide et de soutien pour améliorer sa qualité de vie. Elle aura des nausées, peut-être des troubles du transit, peut-être des infections urinaires, peut-être des problématiques largement plus sérieuses.
Et dans ce contexte-là, on ne peut pas dire « bon » ou « pas bon ». C’est simpliste comme approche. On ne peut que parler du ratio bénéfices sur risques. Ce n’est pas « la plante ou rien ». C’est « la plante ou le médicament ». Et là, c’est différent. Quel est le risque associé au médicament pour la maman et le fœtus. Eh oui. Donc la discussion devient: « la plante, bien que n’ayant pas un niveau de risque zéro, est-elle moins risquée que le médicament ».
Aujourd’hui, personne ne peut faire cette analyse par manque de données. Et personne ne s’y risquera car il y a un risque médico-légal. Et soyons clairs, seul le médecin est habilité à prendre ce genre de décisions. Et je suis convaincu que nous, praticiens des plantes, avons un rôle de conseiller à jouer. Pas de décision, nous ne sommes pas formés pour ça. Mais du conseil.
D’abord, il nous faudrait ce travail de classement. C’est un travail que l’on arrive à trouver sous différentes formes dans les pays anglophones. Dans ces pays-là, le praticien des plantes n’est pas intégré au système de santé, mais les systèmes sont plus permissifs et moins punitifs. D’ailleurs, je vous ai expliqué mon point de vue sur le sujet dans mon épisode sur l’herbalisme dans les pays anglophones, pourquoi ces pays ont permis une pratique plus assumée que chez nous.
Du coup, j’aimerais vous donner un exemple de classification, mis au point par deux personnages que j’apprécie beaucoup, qui sont Simon Mills et Kerry Bone.
J’ai essayé de faire ce travail dans ma formation Accompagnement de la femme, ainsi que dans Fertilité, Grossesse, Allaitement et Postpartum. Les deux formations incluent un outil (un tableur en fait) dans lequel j’ai répertorié plus de 500 plantes avec différents niveaux de preuves en fonction d’auteurs que j’ai recensés et que je considère fiables. Le but étant de fournir l’information à la femme enceinte pour qu’elle puisse démarrer un dialogue avec son équipe médicale.
J’en profite pour faire un petit appel à l’action. Lorsque vous achetez les formations de l’école AltheaProvence, vous nous permettez de fonctionner, vous nous permettez de faire toutes ces recherches et ce travail chaque mois, et qu’on essaie de vous restituer le plus fidèlement possible. Donc si vous avez envie de vous former, nous serions heureux de vous accompagner dans ce projet.
Mais revenons à Mills & Bone. Ils ont recensé les plantes les plus communes, et ont suivi une classification bien connue du système médical aux États-Unis, développé par la Food and Drug Administration (FDA), avec les lettres A, B, C, D et X.
Je vous explique la philosophie, puis je vous donne les catégories. Si on a des données sur des femmes enceintes, qui ont pris la plante sans problèmes notables, ça nous donne un niveau sécuritaire plus élevé. Lorsqu’on a moins de données sur des femmes enceintes, on regarde les données sur animaux et on essaie de conclure du mieux possible. A un moment, on va trouver peu de données sur les femmes enceintes, peu de données sur animaux (ou des données problématiques sur animaux), et on va donc descendre dans la catégorie et le niveau de confiance..
Voici comment ils définissent ces catégories. Et pour chaque catégorie je vous donnerai 2 exemples de plantes, sachant qu’elles en contiennent beaucoup plus.
Catégorie A : Plantes qui ont été prises par de nombreuses femmes enceintes sans impact notable sur le fœtus. Par exemple, le gingembre et le framboisier.
Catégorie B1 : Plantes qui ont été prises par un nombre limité de femmes enceintes sans impact notable sur le fœtus. Donc là, la taille de l’échantillon humain diminue. Mais nous avons des données sur animaux qui n’ont pas démontré d’augmentation du risque sur le fœtus. Par exemple, Mills & Bone vont mettre la bardane et le chardon-marie ici.
Catégorie B2 : Plantes qui ont été prises par un nombre limité de femmes enceintes sans impact notable sur le fœtus. Et les études sur animaux sont inadéquates ou manquantes, mais les données existantes sur animaux ne démontrent aucune augmentation du risque sur le fœtus. Donc là, on a encore moins d’info, mais celles qu’on a ne sont pas inquiétantes. Par exemple, la gentiane et la verge d’or, qui ne sont pas d’utilisation commune durant la grossesse.
Catégorie B3 : Plantes qui ont été prises par un nombre limité de femmes enceintes sans impact notable sur le fœtus. Par contre, les études sur animaux ont démontré une augmentation des dommages sur le fœtus, le risque sur humain étant incertain. Par exemple, achillée millefeuille et marrube ici.
Catégorie C : Plantes qui, basé sur leur effet pharmacologique, ont causé ou sont suspectées d’avoir causé des effets problématiques sur le fœtus ou le nouveau-né sans provoquer de malformation. Ces effets peuvent être réversibles. Ici, on trouve la sauge officinale et la busserole.
Catégorie D : Plantes qui ont causé, qui sont suspectées d’avoir causé, ou qui pourraient causer des malformations ou dommages irréversibles sur le fœtus ou le nouveau-né. Ici, nous avons absinthe et tanaisie.
Catégorie X : Plantes qui ont un risque tellement élevé de causer des dommages sur le fœtus qu’elles ne devraient pas être utilisées pendant la grossesse ou lorsqu’il y a possibilité de grossesse. Ici nous avons arnica et boldo.
Où tracer le trait ? C’est là que ça se complique. La catégorie A semble sécuritaire. La catégorie B1 semble toujours OK, mais on commence à réfléchir au ratio bénéfices/risques, et si on n’a pas besoin de prendre des plantes en catégorie B1, on n’en prend pas. Ça serait vraiment en cas de besoin.
A partir de B2, on commence à réfléchir au cas par cas. Certaines plantes de la catégorie B2 sont tellement connues aujourd’hui qu’on a un certain niveau de confiance, car elles sont prises régulièrement dans différents pays comme l’ortie pour une infusion minéralisante ou la mélisse pour les états d’agitation ou les petits troubles digestifs.
Et puis certaines B2 et clairement B3, là ça commence à être très délicat. Il faudrait avoir un interlocuteur, dans le corps médical, qui s’intéresse aux plantes et qui est prêt à réfléchir à ce ratio bénéfices/risques pour un problème de santé particulier, en comparant la plante aux alternatives. Ce n’est définitivement pas courrant.
Les catégories C, D et X, personne n’y touchera, logiquement. Ou alors il faudrait que le médecin ait un cas délicat avec toxicité médicamenteuse d’un côté et moins de risque avec la plante tout en ayant une efficacité, je ne sais pas quel médecin aurait l’expérience et la volonté de le faire aujourd’hui.
Cette catégorisation est-elle parfaite ? Non, toujours pas. Car il faut constamment aller vérifier dans les bases de données d’études pour voir si on n’a pas de nouvelles données qui pourraient nous faire bouger les plantes de catégories. Mais c’est déjà tellement plus mature que la vue binaire basée sur le principe d’extrême précaution.
Conclusion
Nous avons, aujourd’hui, une bonne base pour construire un modèle. Les données sont imparfaites, et elles le resteront. Ce n’est pas pour ça qu’il faut accepter l’immobilisme. On pourrait déjà faire une passe sur la catégorisation, ou peut-être juste faire évoluer une catégorisation existante. Et il faudrait un groupe de travail pluridisciplinaire qui puisse jouir d’une certaine autorité dans notre pays.
Si on veut ramener la plante au centre du soin, il faudra qu’on y arrive. Pas pour faire joli, pas pour partir dans des élans romantiques de retour à la nature. Non, là on parle d’une femme enceinte qui est dans le besoin. On parle d’amélioration de la qualité de vie. Les bénéfices sont réels.
Merci de m’avoir écouté jusqu’au bout. Merci pour votre soutien. On se retrouve prochainement pour une nouvelle discussion autour des plantes.
Grossesse et plantes médicinales : références
Geusens F, Van Dooren H, De Langhe H, Ceulemans M, Bogaerts A. YouTube as a source of (mis)information for morning sickness self-help – A content analysis and literature review of recommendations for nausea and vomiting in pregnancy. Midwifery. 2026 Feb 1;156:104729. doi: 10.1016/j.midw.2026.104729. Epub ahead of print. PMID: 41690170.
Feyisa K, Kebede SY, Mekonnen BA, Bayu WT, Melaku B, Teshome S, Balcha WF. Self-medication with conventional and herbal medicines in pregnancy: prevalence and factors in Northwest Ethiopia. Ann Med Surg (Lond). 2025 Dec 16;88(2):1275-1286. doi: 10.1097/MS9.0000000000004613. PMID: 41675894; PMCID: PMC12889330.
Bowman R, Davis D. Ferguson S, Taylor J., 2018. Women’s motivation, perception and experience of complementary and alternative medicine in pregnancy: A metasynthesis. Midwifery. 59. p81-87
Bowman R.L., Davis D.L. & Taylor J. Beyond prescription medicine in pregnancy – raspberry leaf and other herbs in Australia. BMC Complement Med Ther (2025). https:// doi.org/10.1186/s12906-025-05229-7
Sharifzadeh, F., Kashanian, M., Koohpayehzadeh, J., Rezaian, F., Sheikhansari, N., & Eshraghi, N. (2018). A comparison between the effects of ginger, pyridoxine (vitamin B6) and placebo for the treatment of the first trimester nausea and vomiting of pregnancy (NVP). The Journal of Maternal-Fetal & Neonatal Medicine, 31(19), 2509–2514. https://doi.org/10.1080/14767058.2017.1344965
Bonjour,
Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’une plante qui possède une longue histoire dans la tradition médicinale de différents pays. La plante s’appelle le schisandra. Plante prometteuse certes, sans pour autant être une plante miracle. Nous verrons comment la positionner et l’utiliser exactement.
J’ai tellement de choses à vous raconter que j’ai décidé de diviser la discussion en 2 parties. Dans cette première partie, on va parler de botanique et de jardinage. On va aller faire un tour du côté de la Chine et de l’ex-Union soviétique. Et dans la deuxième partie, nous parlerons des études et de l’utilisation moderne de la plante.
Avant de plonger dans le cœur de la discussion, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation à être un diagnostic ou une prescription médicale.
Un peu de botanique
On débute notre discussion avec un peu de botanique. On parle ici des espèces du genre Schisandra qui appartiennent à la famille des Schisandraceae (on les avait précédemment classées parmi les Magnoliaceae et puis finalement, on a décidé que c’était une famille à part). C’est une famille relativement petite comparée à d’autres, mais qui contient une autre médicinale que nous connaissons bien, l’anis étoilé (Illicium verum).
Les schisandras sont des plantes dioïques (c’est-à-dire que certaines sont femelles, d’autres mâles, sur des plantes séparées). On les trouve principalement dans les forêts d’Asie de l’Est, en altitude et dans un climat plutôt froid. Ce sont des lianes qui s’enroulent autour de supports qu’elles vont trouver dans la végétation environnante, principalement des arbres. Elles sont ligneuses, c’est-à-dire que la tige a l’apparence du bois.
On va trouver de nombreuses espèces de schisandra qui sont médicinales, et c’est là que ça devient un peu compliqué. On utilise les fruits de la plante, c’est la partie médicinale officielle. Le nom du remède en médecine chinoise, c’est Wu Wei Zi.
La pharmacopée chinoise reconnait 2 espèces officielles au niveau du pays entier :
- Schisandra chinensis (qu’on appelle Bei Wu Wei Zi – qui signifie la schisandra du nord) : c’est celle qui est supposée être le standard de haute qualité d’un point de vue efficacité et principes actifs.
- Schisandra sphenanthera (qu’on appelle Nan Wu Wei Zi – la schisandra du sud) : reconnue comme une espèce médicinale à part entière.
Ensuite, au niveau des pharmacopées locales, comme celles du Chongqing et du Sichuan, on va trouver :
- Schisandra henryi, S. pubescens, S. rubriflora (que l’on englobe sous le nom de Xi Wu Wei Zi – la schisandra de l’ouest).
Plusieurs études montrent que Schisandra chinensis est souvent mélangé ou remplacé par Schisandra sphenanthera dans les herboristeries et les produits traditionnels chinois. Sphenanthera est moins cher et ressemble visuellement à chinensis, ce qui facilite la substitution ou la confusion lors de l’achat, du stockage ou de la transformation. Cela dit, quand on regarde les analyses, on voit que les deux sont très riches en constituants actifs. Elles partagent de nombreux composés, surtout des lignanes. Mais elles ont aussi des profils différents : sphenanthera a une composition en lignanes plus diverse et parfois plus élevée, alors que chinensis est caractérisée par moins de lignanes mais avec une concentration plus élevée en schisandrol A, qui est l’une des lignages officielles (Guo, 2011)(Lu, 2018).
Ensuite, pour compliquer le tout, en ethnobotanique, on voit l’utilisation de 21 espèces soit en comestible soit en médicinale. Je vous mets d’ailleurs le lien vers un excellent article (en anglais) de Josef Brinckmann, un ethnobotaniste, qui, justement, parle de l’écologie de la plante et de l’impact de la cueillette (voir les références en fin d’article).
Eh oui, car plusieurs espèces de schisandra partagent leur habitat avec des espèces animales menacées et protégées, comme le tigre de Sibérie, le singe doré, l’ours noir d’Asie, le panda géant. C’est pour ça que, depuis le début des années 2000, plusieurs projets pour la récolte et le commerce durables ont été mis en place. Ceci pour prendre en considération les plantes et les animaux présents dans les zones de ramasse.
Nous, on va parler principalement de Schisandra chinensis. D’un point de vue préservation de l’espèce, il y a de très fortes tensions sur la ressource sauvage. En Russie, on sait que la situation est préoccupante. Dans certaines régions de Chine aussi. L’espèce est menacée à cause de la destruction de son habitat naturel et d’une récolte trop intensive par l’homme.
Pour les projets qui se concentrent sur la ramasse durable, nous avons la fondation Fairwild qui a fait un gros travail. Nous avons un projet pilote pour la biodiversité qui a duré 5 ans (de 2007 à 2011), entre l’Union Européenne et la Chine, visant une culture de schisandra durable, de qualité bio et respectueuse des pandas. Ce projet a prouvé la viabilité d’un modèle éthique en structurant une coopérative de 22 villages pour la récolte de schisandra. Les ventes sont passées de 0,5 tonne en 2009 à 30 tonnes en 2017 pour la coopérative.
Donc oui, on voit que certains producteurs, certaines coopératives de cueilleurs chinois ont adopté des méthodes respectueuses. Mais rien comparé aux millions de kilogrammes de baies de schisandra récoltées chaque année pour la vente en Chine, au Japon, en Corée du Nord, en Corée du Sud et en Russie. La part produite selon les normes de durabilité est toujours négligeable, hélas.
Du coup, vous avez probablement des questions au sujet d’où acheter une schisandra écoresponsable. Je ne vais pas rentrer dans ce sujet car ça m’obligerait à parler de vendeurs, de marques, et ceci nous met dans des situations compliquées, mais il faut poser des questions et faire des recherches pour un achat écoresponsable.
Culture de la schisandra
Ce qui nous amène à la culture de la schisandra. La culture en France semble tout à fait possible vu la rusticité de la liane. On trouve dans des pépinières des lianes autofertiles (c’est-à-dire monoïques), donc pas besoin d’un plant mâle et femelle pour obtenir la fructification. Vous les trouverez sous le nom du cultivar « Schisandra chinensis sadova ». Parfois « sadova 1 » ou « sadovy 1 ».
Le cultivar a été sélectionné à partir de 1959 au Jardin Botanique de l’Académie Nationale des Sciences d’Ukraine (à Kyev). Il est issu de travaux de domestication menés par des chercheurs qui ont travaillé sur l’acclimatation des plantes d’Extrême-Orient. Dans la section références, sur mon site, je vous mettrai le lien vers un document avec les détails sur ce cultivar, publié dans les Annales de l’Université des Sciences de Varsovie.
La question, bien évidemment : quel est l’impact sur la teneur en constituants actifs comparé à l’espèce sauvage ? Je vous mettrai des références dans l’article, il semble que ce cultivar donne une bonne teneur en constituants, et même parfois supérieure à l’espèce sauvage (Szopa, 2018)(Szopa, 2019).
Ce cultivar semble mondialement reconnu pour sa fructification abondante. Et c’est le standard utilisé dans les projets de culture durable pour sa résistance au froid (jusqu’à -30°C) et sa richesse en principes actifs.
Retour au jardin. La plante est très résistante au froid. Le climat idéal sera frais, peut-être un climat montagneux. Il faudra un sol riche en humus, légèrement acide avec un pH entre 5 et 6.
Elle apprécie une position ombragée. Pas de soleil brûlant, pas de sécheresse. La schisandra a un système racinaire superficiel qui ne supporte pas le manque d’eau. Dans son milieu naturel, on la trouve habituellement en lisière de forêts mixtes, sous une lumière tamisée, parfois sur les berges d’un cours d’eau.
Du coup, le climat méditerranéen, on laisse tomber. J’ai un cultivar sadova au jardin chez moi dans le Vaucluse depuis peut-être 3 ou 4 ans et il vivote même à l’ombre. Probablement à mettre dans un « jardin-forêt », avec une canopée qui la protège et qui lui permet de s’accrocher et de grimper. Sinon : treillis, pergola, etc. Faut qu’elle puisse s’accrocher.
Les experts nous disent qu’il faut laisser la plante se développer librement pendant les premiers 2 à 3 ans après plantation. Ensuite, on sélectionne entre 1 et 3 tiges parmi les plus vigoureuses et on les attache à un support pour qu’elles croissent verticalement. Les tiges qui rampent au sol ne produiront ni fleurs ni fruits.
La plante va perdre ses feuilles pendant l’hiver. Chaque année, au début du printemps (avant la reprise de la phase végétative), on taille les plantes pour supprimer toutes les tiges faibles. Et on va aussi tailler les rameaux de l’année précédente juste au-dessus du 12ᵉ au 15ᵉ bourgeon. Et on va arroser régulièrement et abondamment. Au pied de la plante, on met du fumier composté et une belle couche de paillage.
D’un point de vue maladies, vu que la plante demande de l’humidité, les maladies cryptogamiques semblent être le problème principal en culture, souvent lié à un manque de circulation d’air ou à un excès d’eau stagnante. L’oïdium par exemple. On peut avoir des pucerons qui s’attaquent aux jeunes pousses du printemps et provoquent l’enroulement des feuilles. Attention aux escargots et limaces lorsque les plants sont encore jeunes. Attention aux coups de chaud et de sécheresse, c’est probablement la menace principale.
Apparemment, si on s’occupe bien de la plante et qu’elle se plait dans la région, elle commence à produire des fruits 4 à 6 ans après la plantation, et un plant peut produire entre 1 et 5 kg de fruits. La récolte se fait de septembre à novembre, le fruit est séché au four à des températures qui peuvent monter à 60 à 70°C. La baie sèche sera de couleur foncée, rouge brunâtre à rouge noirâtre et ratatinée un peu comme un raisin sec.
La plante est cultivée à grande échelle, en particulier en Chine, Corée du Sud et Russie. Donc acheter une schisandra de source cultivée est tout à fait possible.
Utilisations traditionnelles
Bien, à ce stade je vous propose que l’on parle de l’histoire de la schisandra dans les différents courants de médecine du monde et de ses utilisations traditionnelles.
Schisandra et médecine chinoise
Et nous allons démarrer avec la médecine traditionnelle chinoise, qui nous a fait connaître la plante en Occident. On l’appelle la baie aux cinq saveurs, car elle est à la fois acide, sucrée, âcre (piquante), amère et salée. Si vous goûtez la baie séchée, vous constaterez que l’acidité domine immédiatement, tandis que les autres saveurs apparaissent plus progressivement lors de la mastication. La graine est surtout amère et piquante, alors que la pulpe et la peau apportent des notes plus sucrées et légèrement salées, en plus de l’acidité. Et en médecine chinoise, ces goûts et ces saveurs nous donnent des indications sur les propriétés et indications du remède.
Pour vous parler des propriétés, je vais me lancer dans un peu de Médecine Traditionnelle Chinoise. Si vous pratiquez la MTC, soyez indulgent avec moi, ce n’est pas ma spécialité, je n’ai qu’une vague compréhension de cette magnifique pratique. De plus, une plante utilisée seule en MTC, c’est une exception. Elle est presque toujours intégrée à une formulation complexe, qu’elle soit issue des textes classiques ou composée sur mesure, afin de créer une synergie et d’équilibrer les effets du mélange. Donc je vais probablement écorcher pas mal de choses, mais j’aimerais que ça nous donne une base qui nous amène vers les indications modernes.
Comme on l’a vu, elle a les 5 saveurs, ce qui est une caractéristique assez rare, lui permettant de pénétrer dans les 5 méridiens d’organes principaux. Ce qui va, par extension, influencer tout le système. C’est l’une des rares plantes à avoir un spectre aussi large.
Premier point, on dit que la schisandra « tonifie les Reins et retient le Jing ». En MTC, les Reins ne correspondent pas seulement aux reins anatomiques. On utilise d’ailleurs une majuscule pour chaque organe, pour montrer qu’ils représentent un système entier. Pour les Reins, on parle du système central lié à l’énergie vitale, la croissance, la vitalité, la sexualité, la longévité.
Lorsqu’on parle de « tonifier les Reins », on parle d’une action profonde qui vient renforcer les réserves énergétiques, la capacité de régulation, de reproduction et de maintien de l’organisme. On est un peu au cœur des processus vitaux ici.
La partie « retient le Jing » est intéressante. Le Jing, c’est l’essence vitale de la personne. Et s’il y a une faiblesse générale, on peut, en quelque sorte, avoir des pertes excessives de cette essence. Une manifestation de ces pertes, la partie observable si vous voulez, ce sont des pertes vaginales, pertes séminales, mictions trop fréquentes, transpiration excessive, transpirations nocturnes, diarrhées chroniques. Une soif aussi, vu qu’il y a toutes ces pertes de fluides.
Ici, on voudrait empêcher le capital vital de s’échapper. Le terme « astringer le Jing » est parfois utilisé. Vous vous rappelez du terme « astringent » dans le monde des plantes avec les tanins, on empêche les pertes de liquide en tannant les muqueuses et en tonifiant les tissus. Ici, on dit que la schisandra vient astringer le Jing et empêcher les fuites excessives par pertes de liquides corporels.
L’image ici, c’est la personne faible globalement, mais localement aussi avec faiblesse des tissus, des muqueuses, des sphincters qui ne retiennent plus. Finalement, la schisandra « rassemble ce qui se disperse ». Elle redonne de la structure à un corps qui perd son essence à cause de la fatigue profonde.
Une autre indication : la schisandra apaise l’Esprit (qu’on appelle le Shen). Le Shen, c’est la conscience, l’esprit créateur, l’ensemble des fonctions psychiques et spirituelles qui nous permettent d’interagir et de nous adapter à l’environnement. Le Shen siège dans le Cœur.
Quand le Shen est agité, on peut ressentir de l’anxiété, de la nervosité, mal dormir, avoir des palpitations cardiaques. La schisandra vient calmer cette hyperactivité mentale et émotionnelle. Elle vient aussi calmer et contenir le Qi du Cœur pour ne pas qu’il ne parte dans toutes les directions. Cœur, Esprit, émotions sont étroitement liés dans ce modèle.
On va rajouter une indication. Au vide des Reins, on va rajouter un vide des Poumons. Il y a une toux chronique, un essoufflement, parfois un sifflement un peu comme quand on a de l’asthme. Cette toux n’est pas grasse, pas de chaleur ou d’infection, c’est une toux de vide, sèche, chronique, avec fatigue respiratoire. Souffle court. On dit que la schisandra vient astringer la perte d’énergie du poumon et de ce fait, stoppe cette toux d’épuisement.
En MTC, on dit que le Poumon gouverne le Qi, mais le Rein l’enracine (ou le saisit). Dans la toux chronique que je vous décris ici, en fait, le Rein est trop faible pour « saisir » l’énergie du Poumon et la tirer vers le bas pour l’enraciner. C’est pour ça que la Schisandra est géniale ici : elle tonifie le Poumon (en haut) et le Rein (en bas) pour rétablir cette connexion.
D’ailleurs, petite mise en garde, justement parce qu’elle « enferme » (astringe), elle est traditionnellement déconseillée en phase aiguë d’une infection (quand on veut évacuer un virus ou une forte fièvre), pour ne pas « enfermer le mal à l’intérieur ».
Donc, globalement, si on essaie de retenir un profil très simple ici, finalement, ça serait la personne épuisée physiquement et nerveusement. On parle de fatigue profonde, un grand vide d’énergie, et une perte constante de cette énergie vitale.
Je suis conscient de l’immense simplification que je viens de faire de la pensée orientale. Mais j’aimerais qu’elle permette de faire le pont entre la tradition millénaire et les utilisations modernes que nous verrons en partie 2. Que les gardiens de la tradition chinoise me pardonnent ce raccourci, que j’ai tenté de faire dans un but pédagogique et pour offrir une image accessible à l’esprit occidental.
Schisandra et médecine russe
Bien. Le deuxième volet de l’utilisation historique de la schisandra va nous amener à une période beaucoup plus contemporaine et aux recherches de l’après-guerre en Russie. Le nom russe de la schisandra, c’est Limonnik, car l’odeur de l’écorce et des feuilles de la plante rappelle un peu celle du citron, et l’acidité de la baie est supérieure à celle du citron (elle contient beaucoup d’acides organiques).
C’est une grande plante médicinale qui va occuper une place incontournable dans la pharmacopée russe.
Mais il faut qu’on rembobine un peu et que je vous parle de la période soviétique des plantes adaptogènes. C’est une époque pendant laquelle les chercheurs russes ont pour mission de trouver des substances qui permettent de donner à leurs soldats, athlètes, astronautes, danseurs, joueurs d’échecs, un avantage d’un point de vue résistance à tout type de stress. Stress à l’effort et au froid pour les soldats, stress physique pour les athlètes et astronautes, stress psychologique pour les joueurs d’échecs, etc. Je vous avais déjà beaucoup parlé de la contribution des Russes sur le sujet des plantes adaptogènes à partir des années 1960, qui a été un travail monumental à l’époque. Je vous remettrai le lien vers les deux épisodes en question sur mon site (partie 1, partie 2).
D’ailleurs, c’est le toxicologue Nikolaï Lazarev qui a forgé ce terme « adaptogène » en 1947. Il cherchait à définir des substances capables d’augmenter la résistance de l’organisme face à des agresseurs de nature très différente (physique, chimique ou émotionnelle). Par la suite, ses successeurs Brekhman et Dardymov ont poursuivi ce travail en établissant les critères scientifiques officiels de ces plantes, avant qu’Alexander Panossian ne reprenne le flambeau pour les études plus contemporaines. Donc ces noms-là, si vous les croisez, ce sont les piliers de la recherche russe sur les adaptogènes : Lazarev, Brekhman, Dardymov, Panossian.
Pour les plantes, ils ont très souvent démarré avec des études ethnobotaniques, car quoi de mieux que la tradition pour sélectionner, au fil des générations, les plantes toniques qui nous aident à stimuler nos capacités.
Pour la schisandra, il y aura des études dans la région du fleuve Amour en particulier, pas très loin de la frontière avec la Chine. Là-bas, les baies et les graines étaient utilisées par les chasseurs Nanaïs (un peuple toungouse) pour améliorer la vision nocturne, comme tonique physique et pour réduire la faim, la soif et l’épuisement. Ils disent que la schisandra donne la force de suivre une zibeline (qui est une sorte de martre) toute la journée sans manger. Vous pouvez vous imaginer que ceci va grandement intéresser les chercheurs pour l’appliquer aux soldats soviétiques.
A partir des années 1940, les chercheurs font des analyses phytochimiques sur 40 formulations différentes, dont plus de 200 infusions, décoctions, teintures, extraits. Ce n’est qu’en 1951 que l’on isole pour la première fois la schisandrine, qui appartient à la famille des lignanes. On identifiera par la suite toute une famille de lignages parfois désignée simplement par ce terme « schisandrine ». Ce sont ces lignanes qui sont associées à l’amélioration des performances physiques et mentales.
C’est sur cette base que la plante sera reconnue par la médecine officielle de Russie au début des années 1960. Il faut noter que jusqu’en 1978, moins de 60 préparations à base de plantes seront officiellement acceptées par la médecine russe. La schisandra en fera partie.
Depuis 1960, les préparations de Schisandra occupent une position bien établie au sein de la médecine russe, et des monographies spécifiques pour les fruits et les graines de Schisandra chinensis sont apparues dans diverses éditions de la Pharmacopée nationale. Les registres d’État incluent le fruit entier et la graine, et pour les formes, la forme entière des baies, la forme teinture et la forme comprimés.
Nous avons peu de comptes-rendus en anglais de la masse d’études. La plupart sont en russe et n’ont jamais été traduites. Nous avons 470 études non traduites sur les 552 références publiées entre 1927 et 1959 (Panossian, 2008). Une quantité énorme d’informations très détaillées reste relativement inaccessible aux scientifiques occidentaux.
D’après Panossian, les propriétés de la schisandra ont été confirmées par plus de 40 ans d’utilisation de la plante en tant que remède médicinal officiel en Russie.
Je vous résume ici une masse d’études réalisées entre les années 1940 et 1980 et effectuées sur animaux ou sur humains (Panossian, 2008). Et je pense qu’à cette époque du régime soviétique, les études ne sont pas tendres, ni sur les animaux, ni sur les humains. Et je sais bien qu’elles ne le sont toujours pas sur ces pauvres animaux de laboratoires.
- Nous avons augmentation des performances physiques avec des individus qui nagent plus longtemps sous schisandra
- La plante augmente la résistance à la fatigue chez les individus soumis à une charge physique
- Elle augmente le seuil de résistance à la chaleur
- Elle augmente la capacité de survie lorsqu’on soumet des individus à des pressions en oxygène 4 fois supérieures à la normale
- On résiste mieux aux conditions de basse pression.
- On résiste mieux au froid, à l’immersion dans l’eau froide.
C’est ce type d’effet que les Russes ont appelé « adaptogène ». Des plantes qui permettent à une personne de mieux s’adapter à tout type de stress, qu’il soit environnemental, physique ou psychoémotionnel. Et lorsque ces plantes ont été découvertes (la schisandra, l’éleuthérocoque, la rhodiole, le rhapontique), elles ont très vite été utilisées à grande échelle dans une Union soviétique en recherche d’excellence, de puissance, de dominance. Elles sont devenues les substances stimulantes de plusieurs générations de soldats, d’astronautes, d’athlètes, etc.
Et lorsque vous verrez ces propriétés, vous serez probablement tenté d’y voir un remède miracle. Et effectivement, ces effets peuvent être mal compris ou mal utilisés.
Croyez-moi, on ne génère pas de l’énergie à partir de rien. On n’augmente pas les performances sans qu’il y ait un prix à payer, à un moment ou à un autre. Ce n’est pas gratuit, tout ça. L’utilisation judicieuse des plantes adaptogènes, comme la schisandra, consiste à déterminer à quel moment elles deviennent un vrai outil du cheminement vers le mieux-être, et pas une béquille qui masque un surmenage. Ou de l’huile qui vient graisser les rouages d’une société en demande constante de toujours plus de productivité.
Donc oui, je termine cet épisode sur une note philosophique. Mener sa vie, gérer sa vitalité, sa fatigue, le faire sans abimer les ressources de la planète, sans s’abimer soi-même, au long terme. Pas facile, je vous l’accorde. Mais l’objectif est noble, alors autant le poursuivre.
N’y voyez aucune tentative de donner des leçons. J’ai moi-même utilisé ces plantes à mauvais escient et à bon escient. J’ai parfois conseillé ces plantes à un moment qui n’était pas idéal pour la personne, et je les ai parfois conseillées exactement aux bons moments. 20 ans plus tard, j’apprends toujours et j’ai l’impression de commencer à peine à voir à quel moment elles sont vraiment utiles.
C’est tout pour cet épisode. On continue très bientôt avec une 2ᵉ partie qui se concentrera sur des études et une utilisation un peu plus moderne, dans laquelle on parlera de quantité et dosages spécifiques et de précautions d’emploi.
J’en profite pour vous remercier d’être là. Vraiment. Je finis souvent par cette petite phrase mais sincèrement, j’apprécie votre soutien, vos commentaires et vos encouragements. Donc juste, merci. A bientôt.
Schisandra : références
Article de Josef Brinckmann : https://www.herbalreality.com/herbalism/sustainability-social-welfare/species-specific-sustainability/schisandra-harvesting-from-the-habitat-of-the-amur-tiger-to-the-giant-panda-bear/
Szopa A, Klimek-Szczykutowicz M, Kokotkiewicz A, Maślanka A, Król A, Luczkiewicz M, Ekiert H. Phytochemical and biotechnological studies on Schisandra chinensis cultivar Sadova No. 1-a high utility medicinal plant. Appl Microbiol Biotechnol. 2018 Jun;102(12):5105-5120. doi: 10.1007/s00253-018-8981-x. Epub 2018 Apr 23. PMID: 29687144; PMCID: PMC5959991.
Szopa A, Klimek-Szczykutowicz M, Kokotkiewicz A, Dziurka M, Luczkiewicz M, Ekiert H. Phenolic acid and flavonoid production in agar, agitated and bioreactor-grown microshoot cultures of Schisandra chinensis cv. Sadova No. 1 – a valuable medicinal plant. J Biotechnol. 2019 Nov 10;305:61-70. doi: 10.1016/j.jbiotec.2019.08.021. Epub 2019 Sep 5. PMID: 31494211.
Papier contenant les informations relatives au cultivar « sadova » ou « sadovy » : Annals of Warsaw University of Life Sciences – SGGW Horticulture and Landscape Architecture No 38, 2017: 43–50 (Ann. Warsaw Univ. of Life Sci. – SGGW, Horticult. Landsc. Architect. 38, 2017) DOI 10.22630/AHLA.2017.38.5
Panossian A, Wikman G. Pharmacology of Schisandra chinensis Bail.: an overview of Russian research and uses in medicine. J Ethnopharmacol. 2008 Jul 23;118(2):183-212. doi: 10.1016/j.jep.2008.04.020. Epub 2008 Apr 24. PMID: 18515024.
Lu Y, Chen DF. Analysis of Schisandra chinensis and Schisandra sphenanthera. J Chromatogr A. 2009 Mar 13;1216(11):1980-90. doi: 10.1016/j.chroma.2008.09.070. Epub 2008 Sep 26. PMID: 18849034.
Guo Z, Zhao A, Chen T, Xie G, Zhou M, Qiu M, Jia W. Differentiation of Schisandra chinensis and Schisandra sphenanthera using metabolite profiles based on UPLC-MS and GC-MS. Nat Prod Res. 2012;26(3):255-63. doi: 10.1080/14786419.2010.537272. Epub 2011 Aug 23. PMID: 21859375.
Si vous me lisez depuis un bout de temps, vous avez remarqué que je me suis longuement intéressé à la maladie de Lyme. Tout a
eBook - Grand manuel pour fabriquer ses remèdes naturels - Edition 2024
Nous soutenir
Pour nous aider à maintenir la gratuité de toutes les informations que nous mettons à votre disposition depuis 2010, voici comment vous pouvez contribuer à notre projet.
Qui sommes-nous ?
Aujourd’hui, AltheaProvence, c’est Christophe, Sabine, Aude, Émilie et Marie. Nous sommes là pour vous accompagner dans votre découverte des plantes médicinales.
EXCELLENT Basée sur 1896 avis Publié sur JP MTrustindex vérifie que la source originale de l'avis est Google. J'ai commencé au début avec les premières formations de Christophe, pas beaucoup de moyens , mais lorsque je me replonge dedans je me dis que le placement était excellent....Publié sur Daniela RFCTrustindex vérifie que la source originale de l'avis est Google. Excellent travail, merci pour le contenu de qualité.Publié sur claudine blancTrustindex vérifie que la source originale de l'avis est Google. C'est simple c'est ma référence française en tant qu'herboriste. Je le suis depuis quelques années, acheté plusieurs formations très intéressantes, utiles, enrichissantes, précieuses ... Puis ses pépites de newsletter, j'adore les lires !!! Bref je suis fan !Publié sur Joana Catherine Cherubini ChouraquiTrustindex vérifie que la source originale de l'avis est Google. Un homme d'une rigueur rare, à la générosité et à la clarté exemplaire. L'humilité des grands.Publié sur Marie Bernard-HuaumeTrustindex vérifie que la source originale de l'avis est Google. Toujours passionnant ! Bien écrit et juste je suis avec bonheur !Publié sur Yamina MartinezTrustindex vérifie que la source originale de l'avis est Google. Une merveille, une bouffée d'air pur, des questionnements, des découvertes, des pistes d'enquête, des tas de plantes qu'on a envie de voir, sentir, infuser, presque discuter avec. Là, je fais la ola pour dire merci.Publié sur La Ninja EcoloTrustindex vérifie que la source originale de l'avis est Google. Merci infiniment à Christophe Bernard pour ... tout. J'ai pu reprendre ma santé en main, et celle de mes proches. Son approche à la foi scientifique et traditionnelle me parle vraiment.Publié sur MURIEL LACAMBRETrustindex vérifie que la source originale de l'avis est Google. Christophe Bernard partage ses merveilleuses connaissances des plantes avec une incroyable générosité et dans la bonne humeur. Un véritable trésor !










