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Bonjour,
On parle aujourd’hui de l’écorce de bourdaine. On est dans les purgatifs, les laxatifs irritants et parfois un peu violents pour le système digestif. Aujourd’hui, on ne les utilise que sur le court terme pour des constipations qui sont résistantes aux autres mesures. Et pourtant, si on fait une revue des vieux écrits, ils nous disent que la bourdaine est un laxatif relativement doux et bien toléré. On parle de livres écrits par des praticiens très expérimentés comme le docteur Henri Leclerc en France ou le docteur Rudolf Weiss en Allemagne.
Et lorsque j’ai vu cette contradiction entre la tradition des années 1900 et le positionnement moderne, je me suis dit : y a un truc que je n’ai pas compris. Parce qu’en général, sauf exception, le positionnement d’aujourd’hui s’aligne assez bien sur la tradition. Du coup, je me suis grillé quelques neurones sur le sujet et je vais vous livrer mes réflexions aujourd’hui.
Dans cet épisode, on va faire une revue complète de la bourdaine, ses propriétés et indications. Et on va passer du temps à essayer de résoudre cette apparente contradiction entre la pratique des années 1900 et la pratique d’aujourd’hui.
Avant de démarrer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation à être un diagnostic ou une prescription médicale. En particulier vu qu’on va parler de constipation, une situation qui requiert un accompagnement médical car elle peut cacher une problématique plus grave.
Un peu de botanique
Comme à notre habitude, on démarre avec un peu de botanique.
La bourdaine est un arbuste de la famille des Rhamnaceae. Vous le trouverez dans des lieux généralement humides et dans les terres plutôt acides. On peut le trouver en bord de lisière forestière, à la mi-ombre, les pieds dans la mousse. Présent dans à peu près toute la France sauf le quart sud-est, c’est-à-dire vers chez moi (carte de répartition ici).
Il rappelle un peu le noisetier dans le sens où il fait des rejets depuis la souche.
Il a des feuilles alternes, ovales et glabres (c’est-à-dire sans poils lorsque vous observez à la loupe botanique). Il fait des groupements de petites fleurs verdâtres avec une floraison qui s’étale d’avril à juillet. Les fruits ressemblent à de petites baies qui sont d’abord vertes puis rouges et enfin noires à maturité.
Un signe caractéristique, c’est son écorce foncée marquée de très nombreuses lenticelles blanches grisâtres. Une lenticelle, ça ressemble à un petit point (ou une petite verrue) sur l’écorce, et c’est en fait comme un pore qui permet à l’arbre de respirer, d’échanger oxygène et dioxyde de carbone. Donc là, sur l’écorce de bourdaine, vous allez en voir, ce sont des points gris-blancs sur une écorce assez foncée.
Un autre signe : lorsque vous sciez une branche, le bois au cœur (le duramen) est de couleur rougeâtre. Puis on a une couche de bois de couleur claire, puis l’écorce foncée.
Voici le lien vers l’article de Claude Chahinian publié sur le site de Vieilles Racines et Jeunes Pousses. Claude est cueilleur de plantes médicinales et il nous explique comment se fait la cueillette, avec des photos d’illustration.
Cueillette
La partie utilisée en herboristerie, c’est l’écorce sèche et vieillie d’un an. On reviendra sur le pourquoi.
Mais pour l’instant, parlons de la récolte. Je m’inspire ici des explications de Claude car je n’ai jamais effectué cette récolte. Le bon moment pour cueillir, c’est à la montée de sève car à ce moment-là, les écorces se détachent beaucoup plus facilement.
Claude utilise une petite scie à main, une machette, une brosse et un épluche-légume. Car il va littéralement éplucher les rameaux qu’il a sciés des souches. Il parle de rameaux de 3 à 5 ou 6 cm de diamètre. La récolte se fait d’une manière respectueuse, donc en observant les alentours, le nombre de pieds disponibles, ceci afin de ne pas trop prélever sur la même souche. Car ceci va grandement affaiblir l’arbre, bien évidemment.
Ensuite, on enlève les petits rameaux, on brosse la branche au cas où il y ait des lichens vu qu’on est dans des lieux humides. Et ensuite Claude utilise son épluche-légume pour récupérer des lanières d’écorce qui iront par la suite au séchoir.
Donc voilà, allez lire l’article, on remercie Claude pour ce partage, et un petit coucou à nos amis de Vieilles Racines et Jeunes Pousses au passage.
Pour la petite histoire, le charbon de bois de bourdaine était utilisé pour préparer la « poudre noire » qui était utilisée dans les anciennes armes à feu et comme explosif. Je trouve ce point assez intéressant car il nous offre un moyen mnémotechnique de nous souvenir de l’énergie de la bourdaine sur le transit.
Constituants de la bourdaine
En ce qui concerne les constituants de la bourdaine, nous avons différents constituants qui sont dérivés de l’anthracène. C’est pour ça que dans les noms de ces constituants, on va retrouver la racine « anthro » ou « anthra ».
Nous avons des anthrones et anthranols libres, qui sont actifs dès l’absorption et hautement irritants pour la muqueuse intestinale. Ils peuvent provoquer des diarrhées violentes, crampes, vomissements. Ils sont présents dans l’écorce fraiche, mais ils sont instables et ils vont, avec le temps et le séchage, s’oxyder, et se transformer en anthraquinones qui sont stables et largement moins irritantes. Mais efficaces comme laxatifs.
De plus, ces anthraquinones ne sont plus directement actives dans notre corps comme les anthrones. Elles existent sous forme d’hétérosides. On reviendra à ce terme dans quelques minutes pour bien comprendre comment la bourdaine fonctionne à l’intérieur de notre corps.
Il y a d’autres constituants dans l’écorce, comme des flavonoïdes et des tanins, mais ils sont relativement peu importants pour expliquer l’action de la plante.
Utilisations
Bourdaine : laxatif stimulant et irritant
Allez, on passe aux propriétés. L’écorce de bourdaine est considérée comme un laxatif stimulant et irritant. C’est donc le dernier recours lorsqu’on a essayé d’autres mesures alimentaires, d’hygiène de vie et d’autres types de plantes agissant sur le transit. D’autres mesures plus douces si vous voulez.
Dans le monde des plantes, on a ce qu’on appelle des laxatifs osmotiques, qui attirent l’eau dans la lumière intestinale. Le sorbitol du pruneau a cette action. Les sels de magnésium ont cette action. Les selles sont trop déshydratées, donc on force un apport d’eau dans le tube digestif. Ça, c’est l’une des stratégies.
On a aussi les laxatifs de lest, qui apportent des fibres, de la matière, du volume. Avec ces fibres, le côlon est plus distendu mécaniquement, et cette distension déclenche le réflexe péristaltique qui fait progresser les selles dans le tube d’une manière plus efficace. Particulièrement intéressant chez la personne qui ne mange pas beaucoup de fibres justement. On a ici le psyllium, les graines de lin, etc. Ça, c’est une autre stratégie. On a aussi les stimulants biliaires, qu’on appelle cholérétiques et cholagogues, et on va y revenir dans un instant car la bourdaine a aussi cette propriété.
Et puis, lorsque ces substances ne sont pas suffisantes, ou que le transit est particulièrement lent (on parle de trouble de la motilité, de constipation par inertie colique), alors, il faut parfois faire appel à des laxatifs un peu plus irritants et stimulants.
Que font ces substances ? Comme son nom l’indique, un laxatif irritant vient irriter la muqueuse digestive. Lorsque vous faites ceci, le réflexe du tube digestif sera d’expulser la substance irritante. Cela va donc stimuler le péristaltisme et pousser l’irritant ainsi que les matières fécales vers la porte de sortie. Plus vite. Plus fort. Et parfois, de manière un peu spasmodique. Ça veut dire que ces substances peuvent provoquer des crampes, peuvent parfois provoquer des diarrhées explosives chez la personne ayant les intestins sensibles ou fragiles.
Dans cette catégorie, nous avons la racine de rhubarbe de Chine (Rheum palmatum). Nous avons le séné (Senna alexandrina). Les Américains connaissent le cascara (Rhamnus purshiana) qui est un cousin de la bourdaine. Nous avons le latex d’aloès (Aloe barbadensis, A. ferox) – j’ai bien dit le latex (le liquide blanc qui suinte juste en dessous de la peau) et pas le gel d’aloès qui se trouve un peu plus profond dans la feuille. Et nous avons la bourdaine dont nous parlons aujourd’hui.
De tous les laxatifs irritants d’origine naturelle, si vous regardez les ouvrages écrits par des personnes d’expérience, comme Leclerc, Valnet ou Weiss, la bourdaine semble être le plus doux et le mieux toléré. Alors attention, tout est relatif. Nous sommes clairement dans les laxatifs irritants, à utiliser sur le court terme. Mais si on voulait faire un classement de l’effet irritant, la bourdaine serait probablement en bas de l’échelle.
Leclerc lui reconnaît une action laxative remarquable ne provoquant jamais de phénomène d’irritation ou d’intolérance. Il utilise le terme « eccoprotique » qui n’est plus utilisé aujourd’hui, et qui signifie un laxatif qui est relativement bien toléré et pas si irritant que ça en fait. Leclerc l’emploie lorsque la constipation est due à des spasmes intestinaux ou lorsque la personne a une sécrétion biliaire qui laisse à désirer.
Alors, à ce stade, on va décortiquer ce que nous dit Leclerc. Car on retrouve à peu près la même chose chez d’autres médecins de l’époque, comme Rudolf Weiss, qui est un peu le père de la phytothérapie moderne en Allemagne. Donc on a ici des praticiens très expérimentés qui nous donnent des clés de lecture. Il y a deux parties aux indications de Leclerc. Faiblesse des sécrétions biliaires, et constipation due à des spasmes intestinaux.
Stimule la production de bile
Prenons la première. La partie « faiblesse des sécrétions biliaires » est intéressante, car on a une propriété peu connue de la bourdaine, qui est cholérétique et cholagogue. C’est-à-dire que la plante favorise la production et l’excrétion de bile. La bile étant un liquide digestif majeur et légèrement irritant pour la muqueuse intestinale, tout ceci va humidifier les selles et stimuler le réflexe péristaltique. Donc la bourdaine, déjà, agit sur le transit en favorisant une meilleure production de bile.
Comment sait-on qu’on a une sécrétion biliaire faible ? Notez qu’on parle ici de faiblesse constitutionnelle, de faiblesse innée ou acquise au travers d’une certaine hygiène de vie, qui peut être passagère ou chronique. Mais on ne parle pas de pathologie hépatobiliaire. Du coup, ça s’exprime comment ? Par des lourdeurs après les repas, surtout lorsqu’il y a beaucoup de lipides, lorsque le repas est particulièrement gras. Une sensation nauséeuse, on est vite écœuré. Et puis une tendance à la constipation, par manque de sécrétions biliaires.
Bien sûr, nous avons d’autres plantes qui sont cholérétiques et cholagogues et largement plus intéressantes ici, car elles n’ont pas cette énergie colatérale d’irritation intestinale. La racine de pissenlit, de bardane, le radis noir, la feuille d’artichaut, etc. Des plantes plus faciles d’utilisation si on a ce profil-là, de faiblesse des sécrétions biliaires.
Excès de contractions intestinales
Le 2ᵉ point soulevé par Leclerc, c’est la constipation due à des spasmes intestinaux. Et… j’ai eu un peu de mal à comprendre au départ. Et puis j’ai vu que c’était une lecture de l’époque. Une manière de classer les différents types de constipation qui n’est plus utilisée aujourd’hui.
On voit cette dichotomie entre constipation par atonie intestinale et constipation par excès de contraction.
Le premier type, constipation par atonie intestinale, est caractérisé par un défaut de contraction, de péristaltisme. Le mouvement péristaltique, qui pousse la matière fécale vers le rectum, est lent et insuffisant. C’est un colon « paresseux », si vous voulez. Un terrain que l’on retrouvait chez les personnes âgées, les personnes sédentaires ou alitées, chez les personnes qui avaient un peu abusé des laxatifs irritants et chez qui le mouvement ne se produisait plus tout seul. Les selles sont rares et volumineuses. La situation est peu douloureuse, il n’y a pas forcément de crampes.
Le deuxième type, constipation par spasme intestinal, ou constipation spasmodique. C’est une constipation par excès de tension des muscles lisses digestifs. Un peu à l’opposé de la constipation par atonie. Les contractions intestinales sont excessives et anarchiques. Tout ceci crée une sorte de blocage du mouvement intestinal. On retrouvait ce terrain chez les personnes nerveuses, émotives, soumises à un fort stress. La constipation est accompagnée de coliques, de douleurs abdominales. Les selles sont dures et fragmentées en petits morceaux secs.
On trouve d’autres types de classification à l’époque, comme la constipation par sécheresse intestinale, caractérisée par un manque d’humidité et de volume. Le levier d’action ici était la relance des sécrétions biliaires (pour stimuler la production de liquides digestifs), l’emploi des fibres et des mucilages, donc tout ce qui pouvait ramener des substances qui retiennent les liquides. Et probablement boire plus.
Ces classifications ont changé de nom aujourd’hui, mais finalement, on retrouve un peu les mêmes terrains. Dans le premier type, un médecin aujourd’hui pourrait parler de constipation par transit lent. J’ai un peu plus de mal à trouver le 2ᵉ type, mais il me semble qu’on parlerait de syndrome de l’intestin irritable à prédominance constipation. Mais je me trompe peut-être, comme vous le savez je ne suis pas diagnosticien vu que je ne suis pas médecin.
OK, je referme cette énorme parenthèse, que vous avez trouvée intéressante j’espère, pour revenir à notre bourdaine.
Dans les constipations de transit lent, les médecins de l’époque, du moins ceux qui travaillaient avec les plantes, allaient chercher les laxatifs les plus irritants possibles. Car dans leur vision des choses, les intestins sont tellement paresseux qu’il faut fortement les stimuler, et là on ne fait pas dans la dentelle. Donc ce sont les latex d’aloès, le séné, etc. La bourdaine était considérée comme trop faible ici.
Weiss nous le confirme, il nous dit que dans les cas très rebelles, la bourdaine ne suffira pas seule, et un mélange avec les feuilles de séné sera plus efficace.
Mais dans les constipations spasmodiques, que se passe-t-il si on utilise ces laxatifs très irritants ? Eh oui, encore plus de spasmes. L’intestin se rebelle contre ces irritants et plutôt que de faire bouger les choses, on spasme encore plus. Donc ça va dans la mauvaise direction. Dans ces constipations-là, à l’époque, on utilisait des laxatifs plus doux. Et la bourdaine en faisait partie.
On voyait aussi d’autres laxatifs positionnés dans ces constipations spasmodiques comme le psyllium chez Leclerc.
Vermifuge
Valnet positionne la bourdaine comme vermifuge. Je ne pense pas que la bourdaine soit efficace pour détruire les vers. En revanche, dans le passé, on faisait toujours une stratégie en deux temps pour éliminer les vers et autres parasites intestinaux. Dans un premier temps, on absorbait des substances toxiques pour les vers comme la tanaisie, l’absinthe, le semen-contra (qui est une armoise), la fougère mâle et d’autres plantes plus ou moins toxiques. Donc déjà, attention à ce que vous trouvez dans certains vieux écrits, certaines plantes ont été abandonnées aujourd’hui car trop délicates à utiliser.
Ensuite, dans un 2ᵉ temps, on prenait un laxatif irritant pour un effet de chasse assez drastique. C’est dans ce contexte-là, je pense, que Valnet liste la bourdaine comme vermifuge.
Bien que, chez Fournier, on retrouve aussi cette indication vu qu’il nous dit « il arrive qu’en même temps, la bourdaine se montre efficace contre les vers intestinaux ». Je ne sais pas ce qu’il entend par « il arrive que », l’effet vermifuge n’a pas l’air nécessairement très prévisible. Je n’en sais pas plus sur cet effet vermifuge.
Préparations
En ce qui concerne les préparations, on trouve de nombreuses recettes dans la tradition. On va faire simple et retenir celle de Leclerc.
Il nous dit : de toutes les préparations de bourdaine, la plus active est la décoction suivie d’une macération : on fait bouillir de 2 à 5 grammes d’écorce desséchée avec soin (elle est d’autant meilleure qu’elle est plus ancienne) dans 150 grammes d’eau pendant 25 minutes : on laisse ensuite infuser à froid de 4 à 6 heures. Le liquide décanté est absorbé le soir au coucher. La poudre donne également de bons résultats (1 à 2 g en cachets de 500 mg avant les repas).
Weiss nous propose aussi l’extrait fluide de l’écorce à raison de 20 à 40 gouttes prises le soir. Je vous rappelle qu’un extrait fluide, ce n’est pas un extrait qui est fluide, c’est-à-dire liquide. C’est une préparation très spécifique définie au codex pharmaceutique de l’époque. 1 g d’extrait fluide représente 1 g de plante sèche, c’est ça la définition, ce qui rend l’extrait fluide globalement 5 fois plus concentré qu’une teinture que l’on préparerait sur écorce sèche. Est-ce que ça veut dire qu’il faut prendre 5 fois cette dose si on a une teinture et pas un extrait fluide, c’est-à-dire 100 à 200 gouttes le soir ? Je n’ai pas la réponse, et je n’ai pas forcément envie de tester pour vous.
Valnet nous rappelle un point très important : on prend la bourdaine au coucher, l’effet se produit le lendemain matin. C’est un peu long. Mais ça fonctionne. Je vous garantis que l’effet sera présent. Il faut plusieurs heures pour que la flore intestinale travaille sur l’hétéroside d’anthraquinone et libère la substance active. Un hétéroside, c’est une molécule composée d’un sucre attaché à une molécule active qu’on appelle l’aglycone (ou la génine). Tant que le sucre est présent, la molécule est relativement inerte. Mais une fois que vous avez cassé la liaison et libéré l’aglycone, l’effet pharmacologique démarre. Très souvent, c’est la flore intestinale qui fait ce travail. Et il lui faut plusieurs heures. C’est le cas ici.
Une fois l’aglycone libéré, nous avons, à ce moment-là, une stimulation énergique du péristaltisme intestinal. La réabsorption d’eau et d’électrolytes est aussi inhibée. Donc plus de liquides dans le côlon, et une progression plus rapide, le côlon aura donc moins de temps pour déshydrater la matière fécale.
Je vous parle de ceci car voici le piège. Imaginons que je sois constipé. J’aimerais bien débloquer les choses et j’ai lu que la bourdaine pourrait m’aider. Il est 21 h. Je me fais une tasse de décoction de l’écorce. A 22 h, toujours rien. Je me dis : tiens, bizarre, on m’a dit que c’était vachement efficace, je vais reprendre une tasse, au cas où. A 23 h, toujours rien. Je me dis que les livres disent n’importe quoi, que l’écorce que j’ai achetée est trop vieille, et puis vu que j’ai acheté ce gros sac, je me fais une nouvelle tasse avant d’aller au lit. Au moins je serai tranquille.
Sauf qu’à 3 h du mat, je suis tordu de douleur sur les toilettes. Et c’est pas tranquille du tout. Donc je répète. Une prise le soir. Effets attendus le lendemain matin.
Mélanges à tisanes
La tradition nous propose souvent des mélanges à tisanes, avec des plantes qui vont venir contrebalancer l’effet parfois un peu trop irritant. Des plantes antispasmodiques des muscles digestifs, qui calment les ballonnements et réduisent la production de gaz. Par exemple, chez Valnet, on trouve le mélange laxatif suivant :
- Bourdaine, écorce, 25 g
- Angélique, racine, 20 g
- Sauge, feuilles, 20 g
- Mauve, fleurs, 20 g
- Lin, graines, 25 g
1 ou 2 cuillères à soupe de ce mélange par tasse. Bouillir 3 minutes et infuser 10 minutes. Sucrer au miel.
Cela dit, ce mélange n’est pas vraiment homogène, dans le sens où si vous mélangez dans un sac en papier kraft et que vous secouez quelques fois, vous allez retrouver les graines de lin tout au fond du sac et les fleurs de mauve probablement sur le dessus. Bref, je passe sur ce détail. Le point important ici, c’est qu’on vient combiner des laxatifs de lest, des mucilages adoucissants, des antispasmodiques comme la racine d’angélique, pour venir équilibrer la bourdaine. C’est ça aussi la pratique de l’herboristerie, l’art de faire les bons mélanges.
Chez Fournier, on voit l’association avec la racine de réglisse, la racine de guimauve, l’anis, le fenouil, la sauge ou la menthe, pour les mêmes raisons. Là on commence à faire de bons mélanges. Donc le conseil judicieux, si vous voulez utiliser la bourdaine, c’est de la combiner à d’autres qui vont venir contrebalancer son énergie un peu irritante pour permettre un meilleur passage.
Précautions
En termes de précautions, maintenant que je vous ai fourni mon interprétation des ouvrages classiques, je vais de nouveau simplifier.
En gros, la vue du ciel, c’est que 1. la bourdaine est un irritant intestinal et 2. elle peut provoquer des diarrhées qui nous font perdre nos minéraux, en particulier le potassium. Ces deux paramètres vont, globalement, dicter les risques et interactions possibles avec les médicaments.
Premier point, la bourdaine reste un laxatif irritant pour la muqueuse intestinale. À une époque, on n’hésitait pas à utiliser des remèdes un peu « héroïques », quitte à créer une diarrhée un peu explosive. C’était surtout une pratique des campagnes avec des personnes qui avaient des constitutions fortes, qui avaient l’habitude de ce genre d’approches. Aujourd’hui, ça ne se fait plus, on a des terrains digestifs qui sont devenus globalement plus sensibles, et on a tourné la page sur ce genre d’approches, sauf lorsqu’on n’a plus le choix.
Donc, les précautions liées au fait que ce soit un irritant qui peut faire réagir violemment si on en prend trop :
- On utilise uniquement l’écorce séchée d’au moins 1 an ou traitée thermiquement pour accélérer le processus (en général chauffage à 100°C pendant 1 h) ;
- À utiliser sur le court terme chez l’adulte, pas plus d’une semaine idéalement. Weiss parle de quelques semaines tout au plus. Sinon, on peut créer un phénomène d’accoutumance dans lequel la personne ne peut plus aller à la selle sans ses laxatifs irritants.
- Pas chez l’enfant, la femme enceinte ou allaitante ;
- Lorsque d’autres mesures n’ont pas porté leurs fruits : modifications alimentaires, d’hygiène de vie, utilisation de laxatifs osmotiques, ou de lest, ou stimulant la sécrétion biliaire (qu’on appelle cholérétifs et cholagogues) ;
- Ne pas utiliser si maladie inflammatoire intestinale ou si terrain intestinal fragile.
Les précautions liées au fait que les diarrhées provoquées peuvent nous faire perdre nos minéraux, potassium en particulier :
- Prudence si insuffisance cardiaque ;
- Prudence chez la personne âgée si risque de déshydratation ou de déséquilibre électrolytique ;
- Et globalement attention si hypokaliémie déclarée ou risque d’hypokaliémie (c’est-à-dire pas assez de potassium, peut-être à cause d’un médicament diurétique).
Il peut y avoir interaction avec certains médicaments. En fait, si des médicaments peuvent provoquer des pertes de potassium, ou sont sensibles au niveau de potassium, il y a risque d’interaction. Ceci est à valider avec votre médecin ou votre pharmacien, qui est le gardien des interactions. On a ici les diurétiques, corticoïdes, digitaliques, anti-arythmiques et d’autres laxatifs qui pourraient se superposer.
Je termine avec cette petite anecdote de Leclerc qui nous dit : « Un de mes malades de la campagne m’annonçait un jour triomphalement que, grâce à une écorce venant de Turquie, ses viscères abdominaux, d’une discrétion désespérante, avaient retrouvé leurs fonctions normales : ayant reconnu dans cette écorce celle de la Bourdaine, j’eus l’imprudence de lui faire remarquer qu’il pourrait s’en procurer, sans bourse délier, dans un bois voisin de son habitation. » Donc, en gros, on a vendu au gars une écorce exotique qui vient de loin et qu’il a probablement payée cher, alors que c’est de la bourdaine qui pousse à côté de chez lui. Un scénario encore tout à fait plausible aujourd’hui, soit dit en passant…
J’adore le style très littéraire, presque poétique de Leclerc, pour nous parler de conditions décidément bien terre à terre comme la constipation.
Merci d’être là et à très bientôt pour un prochain épisode !
Le bouillon-blanc et autres molènes
(Verbascum thapsus)
Il y a des plantes qui évoquent des souvenirs d’enfance. Et pour moi, le bouillon-blanc fait partie de ces mémoires.
Je me souviens d’avoir joué au milieu des tiges sèches pendant l’hiver. On cassait la tige et on en faisait des épées, et puis on s’inventait des histoires de dragon qui se planquaient derrière les bouquets de chênes verts dans ma garrigue natale.
Bien évidemment, à l’époque, je ne savais pas que cette grande plante médicinale nous aide à combattre le feu, pas des dragons, mais des inflammations… Dans cet épisode, on va parler des molènes, quasiment toutes les molènes devraient fournir les mêmes propriétés, mais on va surtout parler du fameux « cierge de Notre-Dame », le bouillon-blanc, qui est devenu l’espèce emblématique de toutes les molènes.
Avant de démarrer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Je suis là pour partager ma passion avec vous. Mais ceci ne remplace aucunement un suivi médical, et n’a pas vocation d’être diagnostic ou prescription médicale. En particulier vu qu’on va parler de certaines conditions, comme l’asthme, qui requièrent un accompagnement médical.
Nom latin : Verbascum thapsus.
Noms communs : Bouillon-blanc, Molène, Molène bouillon-blanc, Cierge de Notre-Dame, Herbe saint fiacre
Famille : Scrofulariaceae
Constituants :
- Mucilages
- Flavonoïdes (verbascoside, hespéridine)
- Iridoïdes (aucuboside, harpagoside que l’on retrouve dans l’harpagophytum et la scrofulaire)
- Lignanes
- Saponines en faible quantité, probablement plus dans la feuille que dans la fleur.
Un peu de botanique
Le bouillon-blanc est une plante bisannuelle de la famille des scrofulariacées. Elle vit donc deux ans. Son nom scientifique, c’est Verbascum thapsus. Vous allez la trouver dans quasiment toutes les régions de France. Et si vous ne trouvez pas le bouillon-blanc, vous trouverez probablement d’autres molènes.
Les autres espèces de Verbascum sont en général médicinales aussi : Verbascum sinuatum, V. densiflorum, V. phlomoides, et bien d’autres. Bien que ces dernières ne soient pas appelées « bouillon-blanc ». Pierre Lieutaghi(3) nous rappelle que de toute façon, toutes les espèces s’hybrident facilement entre elles, « et font du genre Verbascum un casse-tête pour le botaniste : l’herboriste, heureusement, n’a cure de ces subtilités ». Dans la version vidéo de cet épisode, je vous montre la magnifique molène de Boerhave (Verbascum boerhavii) qui pousse dans ma région.
Conclusion : si c’est une molène, elle sera fort probablement médicinale. Cela dit, renseignez-vous pour votre flore locale.
La première année, pendant le printemps et l’été, elle développe une rosette de feuilles qui reste au ras du sol. Les feuilles sont de forme ovale et pointue, relativement grandes (atteignant 40 à 50 cm) parfois sinuées (dans le cas de Verbascum sinuatum). Les feuilles sont d’un vert tendre, assez robustes et épaisses tout en étant souples et douces au toucher. Les feuilles sont couvertes de petits poils blancs que l’on peut voir à l’œil nu.

Les parties aériennes du bouillon-blanc sont très résistantes aux froideurs de l’hiver. On arrive même à trouver les feuilles intactes sous la neige.
Le printemps suivant, une tige centrale unique apparait, qui donnera lieu au fameux « cierge de Notre-Dame ». Les feuilles sont plus grandes au ras du sol, et deviennent de plus en plus petites en se rapprochant de la tige fleurie. Certaines espèces comme Verbascum sinuatum ont de nombreuses tiges fleuries, donc la plante est très ramifiée, ce qui lui donne une forme tout à fait différente de V. thapsus.
Toutes les fleurs ne s’ouvrent pas en même temps sur le bouillon-blanc, ce qui complique la tâche du cueilleur. Elles s’ouvrent en suivant une logique qui est propre à la plante. Quelques fleurs s’ouvrent puis se fanent, alors que la majorité des fleurs de la tige n’ont soit pas encore fleuri, soit a déjà fleuri. Pour ramasser une certaine quantité de fleurs, il faut donc faire des passages fréquents.
La fleur est jaune vif et présente une corolle à 5 pétales, 5 étamines, 3 supérieures plus courtes avec des poils sur leur filament, et 2 inférieures plus longues. La fleur, riche en nectar, fait le bonheur des abeilles et autres butineurs.


Le bouillon-blanc va ensuite progressivement sécher en fin de vie pour laisser place à des tiges droites et marron pendant l’hiver de sa deuxième année, tige qui va persister encore plusieurs mois pour éparpiller ses graines. Les tiges sèches seront plus ou moins grande, selon l’espèce de molène et la région dans laquelle vous vivez. Chez moi dans le Vaucluse elles restent assez courtes.
Les capsules de graines sont très dures et s’ouvrent grâce à deux petites valves qui répandent les graines minuscules près de la plante mère. C’est pour cela que l’on trouvera probablement d’autres plants dans la même zone l’année d’après, pas exactement au même endroit, mais pas trop loin non plus.
Tempérament
- Feuille et fleur : rafraichissante et humidifiante
- Racine : légèrement réchauffante, en médecine chinoise, drainant l’humidité dans le « foyer inférieur » (foie, intestins, reins, vessie)
Goût
- La feuille est légèrement salée et mucilagineuse, légèrement amère
Parties utilisées, récolte
En ce qui concerne les parties utilisées : toutes les parties de la plante sont intéressantes, ce qui fait du bouillon-blanc une plante très polyvalente.
Les fleurs, une fois sèches, ont tendance à pomper l’humidité, car elles sont riches en mucilages. Gardez-les dans un endroit bien sec, quitte à employer un déshumidificateur à l’endroit où vous stockez vos plantes.
Pour récolter la fleur, je préfère largement Verbascum sinuatum pour des raisons pratiques. D’abord, elle a les mêmes propriétés que V. thapsus. Mais elle fait surtout de fines tiges fleuries et multiples. Les fleurs sont espacées sur la tige, ce qui me permet de placer mes doigts à la base de cette tige, et de remonter en tirant, récupérant ainsi toutes les fleurs (ouvertes ou en bouton) de la tige dans ma main. J’en ai vite rempli un panier. Ci-dessous, un bocal de fleurs séchées de V. sinuatum.

D’autres molènes, là encore selon votre région, auront peut-être une configuration similaire dans laquelle de nombreuses fleurs s’ouvrent simultanément.
Pour les feuilles, cueillez-les sur la plante pendant sa première année. La deuxième année, une grande partie de l’énergie de la plante (et donc de ses constituants) s’élève dans la tige fleurie. Cueillez quelques belles feuilles par rosette, cela suffira pour votre récolte, tout en préservant la plante. La feuille est grande et peut être découpée en morceaux pour les infusions que l’on devra impérativement filtrer (désolé mais je vais répéter ce point souvent dans cet épisode).
Si la feuille commence à s’assombrir au fil des mois, il se peut qu’elle ait pris un peu trop l’humidité, la couleur sombre étant un signe de vieillissement prématuré. Le compost les attend. Voir photo ci-dessous.

Pour la racine, qui est utilisée en herboristerie américaine (on en reparlera dans quelques minutes); ramassez-la sur les plantes pendant l’automne et l’hiver de la première année, lorsque toute l’énergie est repartie vers les racines. Il vaut mieux attendre le jour après une bonne pluie, à un moment où la terre est souple. La plante possède une racine principale en pivot central (donc ça ressemble à une grosse « carotte » avec des bifurcations secondaires).
Certaines racines seront mangées en partie par des larves. Une fois brossée et nettoyée, on peut couper la racine dans le sens de la longueur afin d’exposer les larves éventuelles et les retirer. Si la racine est trop mangée, compostez-la directement. Une fois nettoyée, vous pouvez la faire sécher pour la teinturer plus tard ou pour faire une décoction. Contrairement à la fleur ou à la feuille, la racine ne pompe pas l’humidité.
Vous ne trouverez pas de produits à base de racine de bouillon-blanc dans le commerce. Vous ne trouverez pas non plus la racine en vrac dans les herboristeries. Il faudra donc la cultiver et/ou la ramasser vous-même si vous voulez tester.

Utilisation du bouillon-blanc
Alors, on fait quoi avec le bouillon-blanc exactement ?
Notez bien : toute préparation à base de feuilles ou fleurs bouillon-blanc doit être filtrée au préalable, nous en reparlerons plus bas.
La fleur est la partie la plus connue dans notre tradition. Mais la feuille est souvent utilisable en remplacement, et lorsque cette substitution est possible, je vais le mentionner.
Et pour la racine, c’est une utilisation typiquement américaine, mais on va en parler aussi.
Sphère ORL
Démarrons avec la sphère ORL, qui regroupe les utilisations les plus connues depuis l’Antiquité (chez Pline l’Ancien, Dioscoride, etc).
Toux sèche et picotements de gorge
La tisane des fleurs ou des feuilles calme l’inflammation et les picotements au niveau du larynx et de la trachée. Ces picotements commencent parfois d’une façon nerveuse, mais au bout d’un moment un cercle vicieux s’installe. La gorge est rouge et enflammée et les picotements, exhacerbés par l’inflammation, font à nouveau tousser la personne. C’est un cercle vicieux. On aimerait que cette inflammation soit maîtrisée, car elle se transformera peut-être en infection, la muqueuse enflammée devenant affaiblie.
Donc on est dans une situation de toux sèche. Le bouillon-blanc agira ici comme plante émolliente qui vient calmer le feu et l’inflammation des muqueuses grâce à sa teneur en mucilages et autres constituants comme les flavonoïdes.
Les enfants sont particulièrement susceptibles à ces picotements, car ils ont beaucoup de mal à se contrôler et n’arrêteront pas de tousser, aggravant la situation. Ces toux nerveuses et inflammatoires arrivent souvent la nuit, au grand désarroi des parents. Parfois il y a un rhume qui accompagne, et ce sont les écoulements post-nasaux qui irritent (c’est-à-dire les écoulements qui proviennent du nez et qui coulent dans la gorge).
On retrouve aussi ce genre de toux dans les allergies saisonnières, ou lorsque la personne souffre de reflux gastrique. On pourrait rajouter des feuilles de plantain à la tisane (Plantago lanceolata ou P. major), car il calme ce genre de réaction histaminique.
Pour les enfants qui ont la gorge enflammée et qui pique, on trouve parfois la recette suivante dans la tradition : on fait chauffer un peu de lait, puis on fait infuser une bonne pincée de fleurs de bouillon-blanc à couvert pendant 20 minutes. On filtre bien, on rajoute une cuillère de miel et on fait boire le mélange à l’enfant.
F.J. Cazin(1), célèbre docteur de campagne du 19ᵉ siècle, utilise une « décoction des fleurs dans les affections de poitrine, soit avec le suc de réglisse, soit avec du miel« . On arrive à voir l’intérêt de cette association, la réglisse étant, elle aussi, émolliente et anti-inflammatoire. Le miel est émollient et adoucissant.
Donc on résume, première utilisation, pour des toux sèches et irritatives, sans toux grasse, sans trouble infectieux, sans descente de la condition plus profondément dans les poumons.
Vieille toux
Maintenant, on va prendre l’ascenseur et descendre un peu plus bas dans les bronches, avec ce qu’on pourrait appeler une « vieille toux ».
Lorsqu’une bronchite ou autre infection pulmonaire est mal résolue, elle s’installe parfois d’une manière chronique et elle traîne dans le temps. Elle s’assèche au bout d’un moment, car les muqueuses pulmonaires épuisées n’arrivent plus à fabriquer un mucus de bonne qualité.
Le but, à ce moment-là, est de ramener de l’humidité (grâce aux mucilages), mais aussi d’aider ces restes de mucosité à sortir (une action qu’on appelle mucolytique et expectorante). La tisane de bouillon-blanc ramène l’humidité, grâce à ses mucilages, et ici la feuille devient encore plus intéressante que la fleur, car elle apporte aussi un petit effet mucolytique et expectorant en plus (probablement grâce à l’action des saponines).
Encore mieux, accompagnez-le de thym, hysope ou eucalyptus. Si vous en avez, la racine de grande aunée (Inula helenium) en décoction rendra aussi service. Ou des résineux comme les bourgeons de pin ou de sapin. Ces plantes apportent un aspect mucolytique beaucoup plus énergique que le bouillon-blanc. Par exemple, un simple mélange bouillon-blanc et thym devrait faire l’affaire dans ce contexte. Bien filtré.
Il faudrait en boire régulièrement pendant la journée, et pendant plusieurs jours, pour que les vieilles mucosités se libèrent et soient éliminées.
On ferait le même type de mélanges pour la toux matinale du fumeur, ou la toux matinale de la personne qui souffre de broncho-pneumopathie obstructive chronique (BPCO). Pourquoi une toux matinale ? Eh bien parce que les petits cils bronchiques qui font remonter le mucus sont abîmés et il y a accumulation pendant la nuit en position allongée. Et le matin, il faut expectorer ces déchets.
Asthme
Le bouillon-blanc est une plante souvent mentionnée pour les problématiques d’asthme. La fleur, ou encore mieux, la feuille. Maud Grieve(4), à son époque, nous rappelle que certains asthmatiques fument la feuille de bouillon-blanc et obtiennent un soulagement rapide. Et oui, on est d’accord, il y a mieux comme voie d’administration.
Le docteur Leclerc nous dit : « J’ai vu plus d’un vieil asthmatique soulagé par l’usage de cette infusion qui parait exercer une légère action narcotique« . Quand il dit « narcotique », rien à voir avec le sens moderne du terme, comme un opiacé, mais dans le sens ancien : une action sédative, apaisante, légèrement hypnotique. Ca signifie que la plante, dans ses observations, semble diminuer l’excitabilité nerveuse, notamment celle qui contribue aux spasmes bronchiques et à la toux.
Pour l’asthme, on pensera aussi au plantain, à l’hysope, à l’aunée pour ces situations. L’astragale de Chine est très bien aussi. Un exemple de programme pourrait inclure une tisane bouillon-blanc, plantain et hysope (1/3 de chaque, bien filtrer pour les poils), et de la racine d’astragale pour accompagner (gélules ou poudre dans une compote ou autre).
D’autres conditions pulmonaires associées à un sentiment de resserrement et d’oppression peuvent aussi bénéficier de la feuille de bouillon-blanc, les cas d’emphysème par exemple (en association avec d’autres plantes là encore).
Dans le passé, si vous alliez dans une herboristerie pour ce genre de situations, on vous aurait peut-être parlé de la « tisane pectorale des 4 fleurs », qui contient bouillon-blanc, coquelicot, mauve et tussilage. Il y avait aussi la tisane des 7 fleurs, une version un peu plus riche avec en plus les fleurs de guimauve, de pied-de-chat et de violette. Ce sont de très beaux mélanges visuellement vu qu’on a uniquement des fleurs avec tout un panel de couleurs dans la tasse.
Otite moyenne et douleurs d’oreille
On parle maintenant d’otites moyennes et de douleurs d’oreille.
C’est la fleur qui est utilisée ici. J’ai appris à faire ce mélange lors de mes années aux États-Unis. C’est vraiment un grand classique. Tout d’abord, on prépare un macérât huileux à partir des fleurs récemment séchées de bouillon-blanc. Faut le faire à l’avance et en avoir tout prêt lorsqu’on en a besoin.
On prélève une petite quantité de ce macérat dans une cuillère à café. On va faire légèrement chauffer à la flamme afin que le macérât soit chaud (mais pas trop non plus). Vous allez comprendre pourquoi. Ensuite vous ajoutez un peu d’ail frais et râpé très finement. Remuez quelques secondes dans le macérat huileux chaud, ça va libérer les constituants de l’ail. L’ail est très antiinfectieux par contact.
Filtrez, imbibez un morceau de coton et placez dans l’oreille douloureuse, gardez le plus longtemps possible. Certains déposent une goutte, à l’aide d’un compte-goutte, au fond de l’oreille douloureuse. Répétez l’application si nécessaire. Et ensuite on place l’oreille sur quelque chose de chaud comme une bouillotte, et en général ça fait du bien.
Attention : s’il y a un risque de perforation du tympan due à l’otite, ne mettez rien dans l’oreille, et surtout pas une huile. Consultez votre médecin en cas de doute.
Avant de passer au système urinaire, je vous rappelle qu’AltheaProvence vous propose de nombreuses formations en ligne sur l’herboristerie pratique et appliquée aux problématiques d’aujourd’hui. Nous avons formé plus de 3500 étudiants depuis 2015. Nous avons des formations à la carte et des cursus longs. C’est en grande partie grâce à ces formations que l’on peut vous produire régulièrement du contenu de grande qualité comme aujourd’hui, et toujours accessible gratuitement.
Sphère urinaire
Allez, on passe maintenant à la sphère urinaire, et je pense qu’on va parler de propriétés que peut-être vous ne connaissez pas… Ici, les indications de Cazin(1), notre cher médecin des campagnes des années 1800, et de Michael Moore(2), l’un des herbalistes américains qui a été à l’origine du renouveau de l’herboristerie à partir des années 1970.
Cystite
Cazin recommande l’infusion de fleurs de bouillon-blanc dans les affections aiguës des voies urinaires (cystites par exemple), lorsque la personne doit uriner, mais n’y arrive pas à cause de la douleur, avec une urine fine et peu abondante, dans les mots de Cazin. Le bouillon-blanc rend les urines « limpides et abondantes », nous dit-il. On voit ressortir ici ses propriétés diurétiques et émollientes des zones enflammées. La feuille peut être substituée à la fleur ici.
Incontinence
Passons à Moore, qui recommande la racine de bouillon-blanc dans les cas suivants. J’ai essayé de rester le plus fidèle possible à l’auteur. Notez que je n’ai jamais vu ces indications ailleurs :
- L’incontinence, en général, ou l’énurésie nocturne, due à une cystite chronique ;
- L’incontinence, fonctionnelle, due à un manque de tonus des muscles de la vessie, le muscle trigone en particulier ;
- L’incontinence causée par un stress physique : toux violente, soulèvement d’un poids lourds, rire, course à pied, cystocèle causé par un accouchement ;
- L’incontinence chez l’enfant (énurésie), avec une large quantité d’urine, due à un manque de tonus de la vessie, en particulier lorsque l’incontinence se prolonge après l’âge de 4 ans.
- Chez l’enfant qui a toujours envie d’aller uriner, disons toutes les 30 minutes, et ne peut donc pas entreprendre de longs voyages.
Et si on voulait résumer en un mot, on dirait que s’il y a incontinence ou énurésie, on pourrait tester la racine de bouillon-blanc pour voir si cela améliore la situation. La difficulté est d’en trouver si on ne ramasse pas soi-même.
Indications diverses
Hémorroïdes
Cazin nous dit que « les feuilles bouillies dans du lait, et appliquées en cataplasme sur les hémorroïdes douloureuses amènent du soulagement« . Le macérat huileux ou l’onguent peuvent aussi soulager en local, bien filtré là encore sinon… je vous laisse deviner.
Arrêt du tabac
La feuille de bouillon-blanc a été longtemps utilisée comme substitut du tabac. Ceux qui veulent s’arrêter de fumer d’une manière progressive peuvent couper le tabac avec de la feuille de bouillon-blanc cisaillée finement et pas trop sèche (sinon elle peut être irritante pour la trachée).
Notez que l’inhalation des fumées provenant de la combustion de toute substance, même naturelle, reste nocive pour les poumons. Et je ne suis pas fumeur moi-même, donc je ne fais que répéter ce que j’ai lu ici.
Circulation des jambes
Maud Grieve(4) nous explique que les feuilles étaient placées à l’intérieur des chaussettes de ceux qui avaient une mauvaise circulation et les pieds toujours froids. Je spécule un peu ici, mais l’action se fait peut-être par irritation due aux poils, et qui dit irritation dit apport de sang vers la région irritée. Pas forcément très agréable… analogue à la flagellation à l’ortie ?
Et pour finir, un petit clin d’œil à Rosemary Gladstar et son fameux « papier toilette naturel »… je vous mettrai le lien vers la vidéo sur mon site.
Formes et dosages
- Infusions des fleurs ou feuilles sèches :
- Pour l’infusion : le dosage est de 30 g/L, 2 à 3 tasses par jour dans les ouvrages classiques. Plus simple : un dosage maison d’une cuillère à soupe de feuilles sèches et coupées finement, ou des fleurs, par tasse. Les fleurs, qui font partie des « espèces pectorales », se combinent bien avec d’autres plantes (auquel cas on en met moins pour laisser la place aux autres). Important : passez la tisane au filtre à café ou au travers d’un tissu fin pour éliminer les poils qui seront irritants pour la gorge. Je vous cite ce petit épisode drôle du docteur Leclerc : « C’est pour avoir négligé cette précaution que je m’attirai un jour les reproches d’un malade qui était venu me consulter au sujet d’une pharyngite granuleuse accompagnée de fâcheux picotements et à qui j’avais prescrit une infusion de Verbascum thapsus : il me demanda d’un ton aigre-doux si c’était la mode de faire avaler aux gens du poil à gratter. »
- Décoction de la racine séchée, pour les indications de Moore.
- Moore mentionne une « décoction concentrée », prendre 60 à 90 ml. Le grammage de racine sèche pour faire cette décoction n’est pas mentionné, mais sachant qu’il recommande souvent 30 g/L pour une décoction « normale », on pourrait spéculer que la concentrée nécessite 40 à 50 g/L ?
- Teinture, plutôt des feuilles (fraiches ou sèches), la teinture des fleurs fragiles et mucilagineuses me parrrait mal adaptée (l’infusion est préférable pour les fleurs), mais on trouve. La teinture des racines est possible pour les indications de Moore.
- Pour la teinture des feuilles, un dosage de 30 à 40 gouttes par prise est un bon point de départ.
- Pour la teinture des racines, idem.
- Macérât huileux des feuilles ou fleurs sèches, en application locale (hémorroïdes en particulier), utilisation dans les cas d’otites, mais aussi utilisation pour tout type d’inflammation de peau ou des muqueuses.
Précautions
En ce qui concerne les précautions, aucune connue si ce n’est de bien filtrer les infusions ou autres préparations pour éviter l’effet irritant des poils. De fortes réactions inflammatoires (bouche, gorge) dues à des tisanes non filtrées peuvent arriver.
Voilà, j’ai terminé avec cette grande plante médicinale qui a rendu service à de nombreuses générations avant nous. Si on ne devait retenir qu’une chose, ça serait le fait qu’elle calme la sécheresse, les tensions et le feu d’un système respiratoire en détresse.
Merci d’être là. A très bientôt pour un prochain épisode.
Références
(1) Cazin, F.J., « Traité pratique & raisonné des plantes médicinales indigènes », 1850
(2) Moore, Michael, « Specific Indications for Herbs in General Use », 3ᵉ édition
(3) Lieutaghi, Pierre, « Le Livre des Bonnes Herbes », 3ᵉ édition révisée, 1996
(4) Grieve, Maud, « A Modern Herbal, Volume 2 », 1931
Suppression du certificat d’herboriste, en France, sous le régime de Vichy en 1941 : on me demande souvent « mais pourquoi a t’il été supprimé ? ». Je vais essayer de vous expliquer tout ça dans cet épisode.
Et petite précision au passage, ce n’était pas un diplôme, mais un certificat. Un diplôme, c’est un titre reconnu par l’État (en principe). Un certificat atteste qu’une personne a suivi une formation ou acquis des compétences dans un domaine précis, mais il est moins officiel qu’un diplôme. Vous allez dire que je joue sur les mots, mais c’est une distinction importante.
Donc je vais vous faire un petit résumé, à ma manière, de cet épisode de l’histoire de l’herboristerie françaises, et tenter de vous expliquer les tenants et aboutissants. Ce résumé balaye les années 1800 jusqu’à la suppression du certificat en 1941. Mon résumé est basé sur le travail d’Ida Bost, que j’avais interviewée sur ma chaîne en 2020. Le livre, qui accompagne sa thèse, s’appelle « Les herboristes au temps du certificat », et je vous conseille de l’acheter si vous voulez tous les détails.

L’Herboristerie avant la loi de 1803 : un paysage hétérogène
Déjà, plaçons-nous à la fin des années 1700.
A cette époque, le secteur de la Santé comprend globalement trois corps de métiers : les médecins, les chirurgiens et les apothicaires. Les apothicaires sont les ancêtres des pharmaciens. Le médecin est un instruit qui sort des universités. Le chirurgien, lui, est plutôt un artisan qui apprend dans les corporations, auprès d’un maître, hors des universités. C’est un artisan du pansement, des saignées, des amputations, des arrachages de dents, etc.
A ces trois métiers « officiels » viennent se greffer d’autres acteurs qui vendent et conseillent des remèdes, comme les épiciers, les droguistes ou les herboristes.
Chez les herboristes, on trouve ceux qui vendent leurs plantes sur les marchés. Ces herboristes sont en général non instruits. Ils font ce travail à temps plein ou en complément d’autres activités. On a aussi des herboristes installés dans des boutiques, qui ont un certain niveau d’éducation. Par exemple, dans les années 1700, certains herboristes se formaient au Jardin du Roi qui dispensait un enseignement gratuit. Les matières enseignées comprenaient la botanique, la chimie pharmaceutique et l’anatomie.
Et là, on pourrait passer des heures à parler du jardin du Roi. Je fais juste une petite parenthèse parce que c’est intéressant. Le Jardin royal des plantes médicinales est créé par Louis XIII en 1635 à l’instigation de son médecin, Guy de la Brosse. C’est un établissement chargé de cultiver et de conserver les plantes médicinales qui servent à la formation des apothicaires et des droguistes. Le jardin propose aussi un enseignement structuré destiné à former les futurs médecins à l’utilisation des plantes. Mais ce projet ne plait pas à la faculté de médecine de l’université de Paris qui y voit un concurrent à son propre enseignement, d’autant que les cours étaient ouverts à tous et donnés en français, non en latin. Ce jardin du Roi est devenu aujourd’hui le Jardin des plantes de Paris et le Muséum national d’histoire naturelle, situé dans le 5ᵉ arrondissement. J’y étais justement il y a quelques semaines, à flâner dans les jardins et à admirer des spécimens de ginkgos centenaires, de platanes plantés sous Buffon en 1785…
Mais revenons aux herboristes. On pourrait parler de l’herboriste de la rue, qui n’a pas d’éducation, et celui des boutiques, qui s’est formé et qui demande reconnaissance face aux autres.
Dans ce contexte, on n’a pas un système cohérent de santé, mais plutôt un amalgame de métiers qui ont évolué au travers de l’histoire, avec des activités qui se superposent beaucoup, et donc de nombreux points d’achoppement. Tout le monde se tire dans les pattes en fait.
Les médecins pensent que les chirurgiens manquent d’éducation et sont des bouchers. Les chirurgiens pensent que les médecins sont des théoriciens déconnectés du réel. Les médecins reprochent aux apothicaires d’extorquer les individus avec des mélanges compliqués qui ne servent à rien. Ils estiment aussi que l’apothicaire se prend pour un prescripteur. Les apothicaires pensent que les médecins sont arrogants, déconnectés de leurs patients et de la matière médicale, c’est-à-dire des substances qu’ils prescrivent. L’herboriste, face à l’apothicaire, est considéré comme un charlatan dangereux qui vend n’importe quoi et n’a pas l’instruction pour le faire. Donc la situation est assez tendue.
Face aux herboristes, les apothicaires demandent au roi un monopole sur la délivrance des plantes en 1761. Plutôt que d’obtenir le monopole, ils acquièrent, en 1767, le droit d’inspection des herboristeries dans la ville et les faubourgs de Paris. Les médecins n’apprécient pas, ils estiment qu’eux seuls peuvent définir le sort des herboristes. Ils font supprimer les inspections des herboristeries par les apothicaires, et prennent désormais en charge les inspections.
Les herboristes voient ceci positivement, et ils iront rechercher le soutien des facultés de médecine en jouant sur ce conflit entre médecins et apothicaires. Dans le sens où l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Il ne faut pas oublier qu’à l’intérieur du groupe des herboristes, il y a aussi des conflits, avec l’herboriste des boutiques qui essaie de faire disparaitre l’herboriste des rues, qu’il considère comme dangereux.
Donc vous voyez, rien n’est clair, les responsabilités sont mal définies. Tout ceci sera critiqué dans les cahiers de doléances de 1789 et porté à l’ordre du jour révolutionnaire. En mars 1791, l’Assemblée Constituante décide d’abolir les corporations de métiers et de proclamer la liberté professionnelle. Les universités et les sociétés médicales sont abolies. Pendant une dizaine d’années, n’importe qui peut s’établir médecin, après paiement d’une patente. Donc on achète le droit de devenir médecin. Vous pouvez vous imaginer la dangerosité de la situation. Dans ce contexte, Napoléon Bonaparte entreprend des démarches pour reconstruire et réorganiser le monde médical.
Ainsi nait, après beaucoup d’âpres discussions et de négociations, une nouvelle structuration de la médecine et de la pharmacie.

L’instauration du certificat en 1803 : ambiguïtés et implications de la Loi de Germinal
Le 11 avril 1803, le certificat d’herboriste voit le jour. Il fait partie d’un cadre beaucoup plus large de la réglementation de l’exercice de la pharmacie, qui est un gros chantier de l’époque.
Cette loi du 21 germinal est fondamentale pour l’herboristerie, car elle institue le fameux certificat dont on parle encore aujourd’hui. L’article 37 de la loi stipule que nul ne pourra tenir boutique d’herboriste, s’il n’est pourvu d’un certificat d’examen, délivré par l’une des écoles de pharmacie. Donc le certificat est rattaché aux facultés de pharmacie.
Le problème, qui se paiera dans les décennies à venir, c’est le fait que la loi n’a pas défini clairement le statut de l’herboriste. L’article est très peu explicite sur les limites des droits et des devoirs de l’herboriste. C’est très flou.
On pourrait comprendre ce nouveau statut de 2 manières :
D’abord, on pourrait voir l’herboriste comme un « pharmacien restreint », une sorte de sous-catégorie de pharmacien. Cette lecture s’appuie sur le fait que la loi de 1803 est, avant toute chose, une grande loi de la pharmacie. De plus, l’examen d’herboriste était obligatoirement réalisé par les professeurs des écoles de pharmacie.
Deuxième interprétation, on pourrait voir l’herboriste comme un simple « vendeur de plantes », donc un rôle strictement commercial. Car l’examen d’obtention du certificat ne portait que sur la connaissance des végétaux, les précautions de séchage, stockage et conservation. Il n’y avait aucune question sur les propriétés médicinales des plantes, leurs modes d’utilisation ou de préparation. Et ça, peu de gens le savent aujourd’hui, on s’imagine des études beaucoup plus approfondies.
Ce manque de clarté sur ce qu’est un herboriste, entre le petit pharmacien et le simple débiteur de plantes, entraînera des problèmes quotidiens pour l’herboriste, concernant la limite de ce qui constitue un « médicament » et les accusations d’exercice illégal de la pharmacie. En même temps, peu d’herboristes se font sanctionner, et lorsqu’ils sont sanctionnés, les amendes sont considérées comme trop faibles par leurs adversaires, leur permettant de continuer à exercer.

Profils et enjeux socio-économiques (1803-1870)
Malgré le statut juridique flou, le certificat va connaître un réel succès. L’École Supérieure de Pharmacie de Paris va organiser jusqu’à 245 examens annuels jusqu’en 1935. Donc de nombreux herboristes sortent de cette école chaque année. Les herboristes s’installent principalement dans la capitale. Si on fait le bilan au début des années 1900, on pense qu’il y avait plus de 2000 herboristeries en France. Mais revenons aux années 1800.
Les postulants sont majoritairement issus de milieux modestes : les artisans et les petits commerçants sont les plus représentés. Beaucoup exercent déjà une activité, souvent en lien avec la santé, la culture des plantes ou le petit commerce. Par exemple, on peut avoir des employés de pharmacie, des fleuristes, des droguistes, des épiciers. L’âge moyen des candidats tourne autour de 30 ans, ce qui suggère une utilisation du certificat comme une activité complémentaire à une autre activité, à une époque où les gens commencent à travailler très tôt.
Concernant le niveau scolaire, de nombreux postulants ont un faible niveau d’éducation. Comparativement aux études de pharmacie (qui exigent le baccalauréat), l’herboristerie reste accessible à ceux qui ont un bagage scolaire faible, voire non existant.
Le certificat était accompagné d’une grande valeur de prestige par celles et ceux qui l’obtenaient. On se disait « diplômés » plutôt que « certifiés » et mettant en valeur l’appartenance à une École ou Faculté de pharmacie.
Un métier de femme et acteur de soins
Les femmes deviennent majoritaires dans ce métier à partir des années 1870 jusqu’à la suppression du certificat. Elles représentent 88 % des candidats en 1935 à Paris. Les femmes associaient souvent l’herboristerie à d’autres professions, comme celle de sage-femme. Il y avait un cumul de métiers pour des raisons économiques.
On voit que l’herboriste est bien ancré dans le tissu social des villes. Il joue un rôle important dans le soin de proximité, particulièrement dans les quartiers populaires.
En même temps, comme on l’a déjà évoqué, le flou juridique expose les herboristes à des accusations d’exercice illégal de la pharmacie ou de la médecine.
L’Ère du syndicalisme (1870-1941) : La quête d’une professionnalisation
À partir de la fin des années 1800, face à la multiplication des propositions de loi qui visent à supprimer le métier d’herboriste (propositions initiées notamment par l’Association Générale des Pharmaciens de France), les herboristes ressentent un besoin pressant de s’organiser pour défendre leur existence légale.
Ils vont fonder des associations, des syndicats, des journaux corporatifs, puis la Fédération Nationale des Herboristes de France et des Colonies en 1924. Le but était de se regrouper et de se défendre contre les accusations et tentatives de suppression. Il y avait aussi un objectif de transformer l’herboristerie en profession à part entière et d’en rehausser le prestige social. Ainsi nait le syndicalisme de l’herboristerie.
A l’époque, plusieurs journaux corporatifs circulent comme « l’Herboristerie Française » ou « La revue des herboristes ». J’ai retrouvé les archives de « La revue herboristique » (publiée de 1925 à 1937), et qui était le mensuel du Syndicat Régional des Herboristes du Nord de la France. Voici le lien si vous voulez consulter les éditions des années 1920 et 1930 qui sont répertoriées.
Pour lutter contre l’image d’ignorance et de faiblesse scolaire, le syndicalisme revendique le caractère scientifique du savoir de l’herboriste. Les syndicats critiquent ouvertement l’examen officiel, jugé insuffisant et trop axé sur la botanique et pas assez sur le reste. Ils dénoncent également la tutelle humiliante des pharmaciens, qui sont à la fois leurs concurrents et leurs évaluateurs.
L’École Nationale d’Herboristerie (ENH)
En l’absence de réforme de l’État, la Fédération crée son propre centre de formation : l’École Nationale d’Herboristerie (ENH), inaugurée en 1927. L’ENH propose un enseignement ambitieux, qui intègre la botanique, l’anatomie, la physiologie, la chimie, les propriétés des plantes, la comptabilité. Le but de l’école, c’est de garantir la solidité des connaissances des herboristes.
L’ENH, bien qu’étant une école privée sans reconnaissance officielle, recherche l’excellence, exige des évaluations approfondies et même une thèse en dernière année. Son succès est indéniable, l’école attire un nombre croissant d’étudiants (plus de 120 en 1938). Elle joue un rôle clé dans la construction identitaire du métier, organise des cérémonies de remise des prix et encourage l’appartenance à la « grande famille des herboristes ».
La bataille juridique et politique
Les syndicats jouent un rôle crucial dans cette période. Ils offrent un encadrement économique et juridique. Ils publient des listes de tarifs, créent des caisses de prévoyance et fondent leur propre coopérative à Paris (qui s’appelle « La Flore ») pour l’approvisionnement des plantes en gros. Et surtout, ils assurent la défense en justice de leurs membres et fournissent des avocats et des guides juridiques.
La lutte politique est très intense. Les syndicalistes développent des réseaux d’appui parlementaires (avec des députés et sénateurs qui sont amicaux à leur cause). On organise des banquets et des comités d’honneur pour faire du lien. Ces alliés politiques défendent l’herboriste comme un pharmacien du pauvre et s’attaquent aux accusations d’exercice illégal.
Le syndicalisme élabore ses propres propositions de loi, visant à transformer le certificat en diplôme et à autoriser explicitement la vente de mélanges de plantes, les mélanges faisant partie du flou juridique. La question des mélanges était un point de friction constant avec les pharmaciens.
Cela dit, malgré tous les efforts, la machine syndicale reste fragile : elle repose sur un petit nombre de personnes très engagées, principalement des hommes (malgré la majorité féminine dans la profession). Il faut savoir aussi que seulement la moitié des certifiés étaient syndiqués, ce qui est jugé insuffisant pour soutenir le syndicat. Et comme dans toute organisation humaine, des conflits internes vont aussi affaiblir la cohésion du groupe.

La suppression du Certificat en 1941
Les menaces de suppression du certificat se concrétisent durant la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de ralentissement de l’action syndicale et de crise financière.
Le couperet tombe, le décret-loi du 11 septembre 1941 vient supprimer le certificat d’herboriste. On est en plein régime de Vichy. Les sociétés pharmaceutiques font pression sur les politiques depuis maintenant bien longtemps, c’est presque un miracle que le certificat ait tenu jusqu’à cette date en fait. Et là, les détracteurs y sont enfin arrivés.
On ne peut plus s’inscrire pour obtenir le certificat après cette date. Les herboristes certifiés sont toutefois autorisés à continuer d’exercer leur vie durant.
Après 1941, les syndicalistes gardent espoir et redoublent d’efforts pour obtenir le rétablissement du certificat. Une lutte qui s’est poursuivie jusque dans les décennies suivantes, en s’appuyant sur l’argument que les plantes représentent les remèdes des pauvres, délaissés par les pharmaciens. Mais sans succès.
Voilà pourquoi et comment le certificat d’herboriste a disparu le 11 septembre 1941.
Marie-Antoinette Mulot, la dernière herboriste connue du grand public, autrice d’ouvrages comme celui-ci, nous a quittés en 1999 à l’âge de 85 ans. Mais la « vraie » dernière, beaucoup moins connue, était Madame Marie Roudaut, et elle nous a quittés en 2017, à l’âge de 105 ans.
Mesdames, merci. Vous avez été des pionnières en votre temps, les dernières à porter ce titre d’herboriste, à une époque où ce mot désignait celle ou celui qui vend des plantes dans une boutique et délivre un conseil avec le produit. Mais les choses sont en train de très vite changer. De nombreux métiers de l’herboristerie ont vu le jour, et pas seulement en lien avec une boutique. Je vous ai d’ailleurs fait un épisode sur ces nouveaux métiers.
Et maintenant ? Eh bien maintenant, il est temps d’écrire une nouvelle page de cette histoire…
Mais que fait l’Herboriste ? Je commence à recevoir des questions de jeunes personnes qui s’intéressent aux métiers de l’herboristerie et qui aimeraient savoir ce qu’on fait, dans nos professions en lien avec les plantes. Pour vous donner un exemple, la maman d’une jeune fille de 16 ans m’a contacté car sa fille voudrait devenir Herboriste. Et la maman me demandait : « Mais l’Herboriste, elle fait quoi au juste ? »
Eh bien je vais répondre à cette question, avec mes mots. Les collègues des différentes professions me pardonneront si je caricature un peu les métiers afin d’expliquer simplement à ceux qui ne connaissent pas notre petit monde, et surtout à nos jeunes.
Dans le passé, l’Herboriste, c’était la personne qui tenait une boutique qui vendait des plantes médicinales. Mais les choses ont bien changé. Il y a un renouveau de l’herboristerie. De nouveaux métiers apparaissent, ou s’assument, dans le sens où ces métiers existaient peut-être dans le passé, mais ils n’étaient pas clairement nommés, ou alors ils étaient très dispersés ou exercés d’une manière très discrète. Cette période-là est révolue, maintenant, on s’assume pleinement.
Cette première liste ne sera pas exhaustive. Par exemple, je ne parlerai pas du travail des chercheuses et chercheurs qui étudient les plantes, ou celui des experts institutionnels qui œuvrent au sein d’agences publiques pour faire évoluer la réglementation autour des plantes médicinales.
Je ne vais pas non plus aborder les professions médicales. On peut bien évidemment être médecin ou pharmacien et être passionné par les plantes, les prescrire pour le médecin ou les vendre pour le pharmacien. Cela dit, ce n’est pas parce qu’on vient du monde médical que les choses sont nécessairement simples, loin de là. Pour vous exposer cette partie, j’inviterai certains de ces professionnels pour qu’ils viennent témoigner de leur expérience.
Je ne vais pas aborder les formations à ce stade, je le ferai dans un autre épisode. C’est bien évidemment un point très important pour acquérir les connaissances et compétences pour faire les métiers dont nous allons parler.
Avant de démarrer, je vous ai fait une description du terme « herboristerie » au sens large du terme et je vous conseille de l’écouter avant de poursuivre la discussion d’aujourd’hui.
Le Paysan-Herboriste
On va commencer par le paysan-herboriste. Le paysan-herboriste cultive les plantes médicinales et les vend, soit sous forme brute (des feuilles, des fleurs, des racines), soit sous forme de mélanges, ou transformées sous différentes formes (des alcoolatures, macérats huileux, etc.) Il peut les vendre en direct, sur les marchés, ou peut-être au travers d’une boutique en ligne. Ou il peut les vendre à des intermédiaires, comme des transformateurs ou des boutiques.
C’est maintenant un titre reconnu par l’État français. Et l’histoire derrière la reconnaissance du métier est importante. À partir de 2018, nous avons un sénateur, Joel Labbé, qui a soutenu globalement tous les métiers de l’herboristerie, mais surtout les producteurs de plantes médicinales, qui se sont organisés au travers de la Fédération des Paysans-Herboristes (la FPH). Après un long travail qui a duré plusieurs années, la FPH a déposé le référentiel métier « Paysan-Herboriste » au Répertoire national des certifications professionnelles, géré par France Compétences.
Le titre de Paysan-Herboriste a été validé en septembre 2023, c’est donc aujourd’hui une certification professionnelle reconnue par l’État. C’est un titre du domaine agricole, qui couvre l’ensemble des activités, de la culture et la cueillette à la commercialisation, en passant par la transformation.
Ici, on défend une production locale, avec un cahier des charges respectueux des plantes et de l’environnement. C’est du bio ou du « plus que bio ». Ce sont des plantes de grande qualité.
Jusqu’à maintenant, le marché nous a habitués à payer 5 ou 6 € pour 100 g de plantes sèches. Ce n’est pas tenable. Ce n’est pas le prix juste pour un travail de qualité en circuit court. Donc notre responsabilité, c’est de soutenir leur travail, de consommer un peu moins, mais de payer le prix juste. C’est le seul modèle qui est viable pour répondre à une demande raisonnée du consommateur et préserver l’environnement.
Pour plus d’informations sur ce métier, je vous laisse contacter la Fédération des Paysans-Herboristes qui représente la profession.
Le Cueilleur, la Cueilleuse
Ensuite, nous avons le cueilleur de plantes médicinales. C’est l’un des plus vieux métiers du monde. Vous avez probablement entendu ce terme de « chasseur-cueilleur » pour nos lointains ancêtres.
Le cueilleur ramasse les plantes médicinales dans la nature. Il n’a pas forcément de terres à lui sur lesquelles il ramasse, donc il doit demander permission soit à des personnes ou des organismes privés qui ont des terres, soit aux parcs et autres structures d’État. Il faut une bonne connaissance des législations nationales, régionales et locales, car il y a parfois des restrictions ou interdictions de cueillir telle ou telle plante.
Comme pour le paysan-herboriste, le fruit de sa cueillette sera soit revendu à des transformateurs ou laboratoires, soit vendu en direct, sous forme sèche en vrac ou sous forme transformée. Et même chose que pour le paysan-herboriste, ce dur labeur se paye au juste prix. Car on a cette image un peu romantique du cueilleur qui arpente les collines, libre de toute contrainte, dans la nature à écouter les oiseaux. Alors, c’est vrai, mais c’est aussi un métier difficile, physiquement, et pour en vivre aussi.
Ce que l’on voit, en pratique, c’est souvent une combinaison de paysan-herboriste et cueilleur. Donc une personne qui a une petite production sur ses terres, et qui cueille aussi dans le sauvage, pour avoir une gamme aussi complète que possible. Certaines plantes sont abondantes en nature, on pensera par exemple à la ronce ou à l’églantier, et d’autres seront plus adaptées à la culture. En particulier pour les espèces sauvages qui subissent la pression d’une cueillette intensive.
Le cueilleur a une responsabilité, celui d’être observateur, lanceur d’alertes sur des observations que les organismes d’État ne vont pas forcément voir tout de suite. Le cueilleur veille sur les écosystèmes car il est présent saison après saison. Donc il peut faire remonter des informations précieuses. Il sait faire une cueillette raisonnée en fonction du lieu précis. Et ça, ça s’apprend. C’est un métier. Et le faire d’une manière responsable, c’est difficile, mais c’est essentiel pour la préservation de la nature.
Pour plus d’informations sur ce métier, je vous laisse contacter l’Association Française des Professionnels de la Cueillette de Plantes Sauvages (l’AFC) qui représente la profession. Le lien est sur mon site.
Le Transformateur
Ensuite, nous avons des personnes qui transforment des plantes en produits pour le consommateur. C’est-à-dire que ces personnes ne cultivent pas, ne cueillent pas. Mais ils achètent la plante sous forme brute, puis ils font des extractions, des mélanges, des distillations, des formulations pour ensuite vendre ce produit fini.
Le transformateur va souvent vouloir créer une marque forte. Marque de cosmétique naturelle. D’huiles essentielles ou d’hydrolats. Marque de sirops peut-être. Ou de produits spécialisés pour les sportifs, ou pour les enfants, ou autre.
Le transformateur doit connaître la législation en vigueur au sujet de la commercialisation des produits, des dossiers à soumettre, des tests à effectuer, et des lois en vigueur pour les allégations. Autrement dit, on ne peut pas écrire n’importe quoi sur la boite. Si je fabrique une crème avec du plantain et du souci, je ne peux pas écrire sur la boite que ça soigne l’eczéma.
Tout ceci est très contrôlé, et la commercialisation de produits à base de plantes demande une connaissance solide des règles et des lois, en fonction du positionnement cosmétique, ou complément alimentaire, ou alimentaire, ou autre. Il faut aussi du matériel, des garanties d’hygiène et de traçabilité.
Comme vous pouvez vous en douter, ça devient compliqué lorsqu’on rentre dans les détails. Mais simplifions. Le point ici, c’est de dire qu’un métier, que l’on pourrait appeler « transformateur », existe. Dans ce domaine, on va plutôt trouver des laboratoires, donc des structures déjà d’une certaine taille, plutôt que des individus. Mais pas que. On peut commencer tout petit aussi.
Notez aussi que ce rôle de transformateur est souvent porté par les paysans-herboristes et cueilleurs qui décident de faire certains produits transformés à partir de leurs plantes : des onguents, des sirops, des macérats huileux, des mélanges cosmétiques, etc. Mais on peut le faire aussi à plus grande échelle en achetant les matières premières à d’autres.
L’herboriste de comptoir
Ensuite, nous avons l’herboriste de comptoir, celui qui gère une boutique avec différentes gammes de produits à base de plantes, et qui vous les propose avec un conseil adapté. Et ça, cette partie conseil, elle est très importante aujourd’hui. On peut venir à la boutique, expliquer ce que l’on recherche et pourquoi, et avoir des propositions de personnes d’expérience.
Le titre « herboriste » n’est plus utilisé aujourd’hui, car le certificat a été supprimé en 1941, et depuis, malheureusement, utiliser le terme semble un peu risqué d’un point de vue légal. Cela dit, on voit un renouveau de ces boutiques, et la profession s’organise.
Vous trouverez différentes gammes de produits qui peuvent inclure des plantes de circuit court, de circuit long, de circuit moyen, afin de vous fournir le plus de choix possible. On peut y acheter des plantes qui proviennent directement d’un paysan-herboriste ou cueilleur, et d’autres qui proviennent d’un grossiste. Certaines herboristeries font le choix de ne vendre que des produits du circuit court, c’est une tendance qui va se développer de plus en plus, une tendance que l’on doit soutenir.
Là encore, comme précédemment, payer le bon prix, ça veut dire faire vivre nos producteurs, nos cueilleurs et nos boutiques. Ces herboristes de comptoir, on aimerait en voir dans tous les villages et dans toutes les villes. Ils méritent leur place. Ils apportent un conseil précieux avec le produit qu’ils vendent, ils éduquent et guident le consommateur.
Les herboristes de comptoir s’organisent aujourd’hui au travers de l’Association des Herboristeries de France (l’AHF). Le lien est sur mon site.
Praticien en herboristerie
Ensuite, nous avons le praticien en herboristerie. C’est le métier que je revendique, celui que j’exerce depuis le plus longtemps.
Le praticien accompagne les personnes, dans une démarche de bien-être, en proposant des conseils personnalisés sur l’hygiène de vie, l’alimentation, et l’usage raisonné des plantes, en complément d’un suivi médical lorsque celui-ci est nécessaire.
C’est un accompagnement qui se déroule en général sur plusieurs mois. Parfois ce n’est pas nécessaire et on arrive à avoir des résultats au bout d’une séance. Mais parfois il faut plus de temps. Une première séance dure en général entre 60 et 90 minutes pour bien comprendre la situation et la personne. Les suivis durent entre 30 et 45 minutes en général.
On fournit un service, sous la forme d’une liste de conseils. On éduque, et c’est la personne en face de nous qui est le chef d’orchestre et qui prend les décisions. On conseille les formes traditionnelles de l’herboristerie (tisanes, teintures, poudres, macérats huileux, etc.) On connaît bien la plante, on a été formé pour l’identifier en nature, savoir la ramasser, connaître les bons fournisseurs pour que notre conseil porte ses fruits. Cela dit, nous, on se concentre purement sur la partie conseil.
On travaille soit dans un bureau dans lequel on reçoit les personnes, soit à distance en visio. On se fait rémunérer à la séance.
Nous nous sommes organisés au travers de la Guilde Française des Praticiennes et Praticiens en Herboristerie (la GFPH), qui fait maintenant pleinement partie du paysage des métiers de l’herboristerie en France.
L’éducateur et le formateur
Et je terminerai avec l’éducateur et le formateur. L’éducateur a un rôle très important à jouer. Il fait passer des messages au grand public sur l’hygiène de vie, le bien-être, les plantes médicinales, leurs propriétés, comment les utiliser, les transformer.
L’éducateur explique clairement que reprendre sa santé en main n’est pas chose facile. Il n’y a pas de raccourcis. Il n’y a pas de plantes miracles.
L’éducateur peut agir à petite échelle. On peut faire des ateliers du week-end, prendre une 10’aine de personnes, faire des sorties reconnaissance de plantes dans les campagnes alentour, faire des ateliers de fabrication, ou prendre un sujet comme mieux dormir et expliquer les outils à notre disposition. Et demander une contribution pour assister à l’atelier.
L’éducateur peut agir à échelle moyenne en proposant des programmes de formation plus ou moins longs, ou à plus grande échelle en participant à des conférences ou en ayant une activité en ligne. Je vous ferai d’ailleurs un épisode à part sur les écoles et les formations.
Le mot de la fin
Je vais m’arrêter là, je pense que je vous ai déjà donné pas mal d’informations et d’associations à contacter si ces métiers vous intéressent.
Ces métiers, bien que distincts en apparence, forment les maillons d’une chaîne complète : celle d’une herboristerie vivante. Du producteur/cueilleur au transformateur, du vendeur au conseiller, à l’individu. Chacun contribue à faire vivre ce savoir-faire, dans le respect du vivant et pour le mieux-être de la personne.
Aujourd’hui, nous sommes nombreux à être multiactivités. A porter différents chapeaux. Car on essaie d’en vivre, et ce n’est pas toujours facile. Je vous ai décrit ces métiers comme s’ils étaient tous séparés, mais en réalité, ce n’est pas le cas. Parfois, on en superpose deux, voire trois. Ce qui est fabuleux, c’est que chacun peut trouver sa place selon ses affinités : travail manuel, contact humain, pédagogie, recherche, commerce, etc.
Et le mot de la fin, un point très important pour nous tous : c’est de montrer notre valeur, dans la complémentarité et le respect de toutes les professions médicales. Le futur se joue en équipe. Et on sera là.
Merci de nous soutenir. A très prochainement pour d’autres épisodes sur le sujet.
Bonjour. Je reçois régulièrement des questions au sujet de l’herboristerie en France. J’ai donc décidé de faire une série de présentations pour répondre aux questions qui m’ont été le plus posées. C’est bien sûr ma vision du monde, on a tous une manière différente de voir les choses.
La première question, qui revient encore et encore, c’est au sujet du terme « herboristerie ». Je me souviens d’une jeune personne que j’avais prise en stage il y a quelques années, qui me disait : « L’herboristerie, mais c’est la boutique, ou c’est une pratique, c’est une philosophie, c’est quoi au juste ? »
C’est effectivement un peu tout ça réuni, donc je vais essayer de vous donner les différents niveaux de compréhension de ce mot.
L’herboristerie d’antan
On commence avec la définition la plus étroite, qui nous vient de notre tradition et notre passé. Jusqu’à récemment, en France, lorsqu’on utilisait le mot « herboristerie », on parlait de la boutique dans laquelle on vendait des plantes médicinales, en général sèches et en vrac.
Il faut s’imaginer la boutique. Les plantes étaient rangées dans des tiroirs en bois ou des grands bocaux avec des étiquettes. Sur la devanture, en décoration, il y avait parfois des bouquets secs suspendus, pour montrer au passant qu’il était au bon endroit. En rentrant, on était frappé par les parfums de plantes aromatiques… par les fortes odeurs de résines et d’épices…
Ces boutiques étaient souvent dans les villes car en campagne, on savait, en général, ramasser les quelques plantes dont on avait besoin. Dans les villes, par contre, il y avait une demande. D’ailleurs, la demande venait souvent des gens qui avaient suivi une forme d’exode rural et qui étaient venus chercher une meilleure vie en ville et qui n’avaient plus accès à leurs plantes. Au début des années 1900, on pense qu’il y avait plus de 2000 herboristeries en France.
Et puis, au fil des décennies, avec la popularité des plantes en baisse et la popularité des médicaments en hausse, les difficultés liées au certificat officiel qui n’était plus délivré depuis 1941, les pressions venant des métiers officiels de la santé, ces boutiques ont progressivement disparu (je vous ferai d’ailleurs un épisode sur le sujet – pourquoi cette disparition). C’était un constat assez triste pour les amoureux des plantes.
Mais rassurez-vous, aujourd’hui, on voit un renouveau. L’intérêt pour les plantes médicinales est de nouveau croissant. On voit de nouvelles boutiques qui apparaissent, dans les villes petites ou grandes, dans des villages même. Les métiers s’organisent, on en parlera dans un autre épisode.
Vous avez probablement des tonnes de questions sur qui a le droit de faire quoi aujourd’hui. Mais n’allons pas plus loin pour le moment, certainement pas dans tout ce qui a trait aux lois car c’est un sujet épineux. On pose juste des définitions pour l’instant.
Le point important ici, c’est que le terme « herboristerie » a signifié, en premier lieu, « boutique dans laquelle les plantes médicinales sont stockées, conseillées et vendues au consommateur ».
Ça, c’était avant.
L’herboristerie aujourd’hui : une pratique
Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Ce terme « herboristerie », on l’utilise pour désigner un ensemble de pratiques, de gestes, de connaissances et de valeurs qui nous relient à la plante. C’est largement plus qu’un simple commerce.
Je vais y inclure les 7 pratiques suivantes :
- Identifier les espèces sauvages, connaître leur écologie, leurs habitats et leurs cycles de vie. Savoir quelle plante est menacée pour rechercher des alternatives.
- Cueillir au moment juste, avec respect des ressources naturelles, dans une logique de durabilité et de préservation des milieux.
- Cultiver la plante avec un cahier des charges qui respecte la plante et l’humain qui la cultive ou qui la consomme.
- Transformer avec des méthodes simples et douces qui capturent et préservent ce que la plante nous offrait lorsqu’elle était encore vivante.
- Vendre la plante au consommateur, avec un prix juste qui reflète le dur travail du cueilleur ou du cultivateur, et avec un conseil éclairé qui aide véritablement la personne en quête de solutions.
- Utiliser les plantes dans une visée de bien-être, d’équilibre et de prévention, en accompagnement des grandes fonctions du corps, sans bloquer, dans le sens de la guérison.
- Transmettre ces savoirs à travers la formation, la vulgarisation ou le conseil à la personne, pour rendre à chacun une part d’autonomie dans sa relation à la santé et à la nature, et dans le respect et la complémentarité avec la médecine conventionnelle.
Donc je répète les 7 mots clés : identifier, cueillir, cultiver, transformer, vendre, utiliser et transmettre. Toutes ces activités font partie de l’herboristerie d’aujourd’hui. Tout ceci s’organise au travers de différentes associations métiers dont je vous parlerai dans un autre épisode.
L’herboristerie aujourd’hui : une tradition
Derrière ce mot se cache aussi un héritage. Notre savoir sur les plantes a été transmis de génération en génération. Comme le disait Newton : « Si j’ai vu plus loin, c’est parce que je me suis juché sur les épaules de géants. » Les géants, c’étaient nos arrière-grands-mères et arrière-grands-pères, et toutes celles et ceux avant eux.
Cette tradition n’est pas figée. Elle évolue avec les découvertes scientifiques et l’expérience et la pratique moderne. On peut donc, dès aujourd’hui, écrire de nouvelles pages de l’herboristerie avec de nouvelles données.
Ce qui caractérise l’herboristerie, c’est aussi une tradition autour des préparations. Nous aimons les formes simples, à la portée de tous. On n’aime pas les formes très compliquées, brevetées par des laboratoires, formule secrète avec une liste illisible d’ingrédients et d’excipients. On met en valeur les infusions, décoctions, teintures, macérats huileux, onguents et autres préparations qui nous rapprochent de la plante. Cela fait partie de notre tradition. Et ça fonctionne.
L’herboristerie respectueuse
L’herboristerie inclut aussi de grandes réflexions pour l’avenir. L’intérêt grandissant pour les plantes médicinales, c’est une excellente nouvelle. Mais ça nous invite aussi à réfléchir. Car la demande croissante met une forte pression sur des ressources naturelles déjà fragiles. Il faut savoir qu’une grande partie des plantes du commerce provient encore de cueillettes sauvages. Qu’une énorme partie est importée et ne provient pas de productions locales. Et qu’un marketing qui nous vend toujours plus de beauté, de force et de jeunesse contribue à la problématique.
Il nous faut donc inventer une herboristerie durable, fondée sur :
- Une utilisation sobre et raisonnée des plantes,
- Une culture à petite échelle, respectueuse du vivant,
- Des labels de confiance, au minimum biologiques, voire encore plus exigeants.
L’herboristerie, c’est aussi respecter l’humain. L’herboristerie défend le droit de chacun à se soigner de manière naturelle et éclairée, dans une logique complémentaire à la médecine conventionnelle, jamais en opposition ni même en remplacement.
Résumé
Allez, je résume. Hier, l’herboristerie, c’était une boutique.
Aujourd’hui, c’est :
- Un ensemble de pratiques et de métiers autour des plantes ;
- Une tradition vivante qui se nourrit certes du passé mais s’ouvre aussi à la science et à la pratique moderne ;
- Une philosophie de respect de la nature et de l’humain dans le parcours de soin.
Bien, maintenant que nous avons posé le terme « herboristerie », je vous propose de discuter du terme « herboriste » et de tous les métiers qui lui sont rattachés. Et ça, c’est dans le prochain épisode.
Pour aller plus loin…
En attendant, pour aller plus loin, je vous invite à lire le magnifique livre de Thierry Thévenin « Plaidoyer pour l’herboristerie« . Il a déjà 12 ans, et pourtant il n’a pas pris une ride.
Et pour comprendre l’histoire des herboristes en France des années 1800 à la suppression du certificat en 1941, je vous invite à lire « Les herboristes au temps du certificat » d’Ida Bost, Ida que j’avais interviewée il y a déjà quelques années.
A très vite pour la suite de la discussion…
Florent, Adrien, salut, merci de m’accueillir dans votre Ferme de Perdicus ici à Villeperdrix, dans les Baronies Provençales, vous êtes producteur de plantes aromatiques et médicinales, d’olives, de fruits et légumes, 10 hectares de production en bio, on s’ennuie pas ?
On n’a pas le temps.
On n’a pas le temps de s’ennuyer. J’ai eu la chance de rencontrer Florent il y a quelques mois, où j’ai suivi une de tes formations d’une journée à Nyons sur les encens. Et j’adorais ça, et donc je me suis dit, je vais venir leur rendre visite dans leur fief, alors natal pour toi, vu que tu n’es pas ici.
C’est ça, je suis né ici, j’ai grandi là, et je suis allé rouler ma bosse ailleurs, mais je suis revenu depuis qu’on a repris la ferme de mes parents. Et ça manquait. Il suffit de revenir pour voir que du coup, on est quand même plutôt pas mal.
On est plutôt lié à sa terre. Et puis mettre les mains justement dans les productions, les fabrications, les transformations.
Prendre la suite et diversifier.
Oui. Aussi. Aussi. Par rapport à ce qu’a fait toi ton papa… C’est ton papa qui a amené la ferme.
C’est mon papa qui a pris la suite de mes grands-parents. Et puis… Et puis voilà.

En tout cas, ce qui nous amène aujourd’hui ici, c’est la discussion autour des encens naturels, c’est un monde que je connais parce que j’adore les encens, parce que j’en brûle depuis maintenant bien longtemps et ça m’emmène dans tout un tas de sphères et de lieux et d’états émotionnels. Et donc, après avoir suivi la journée avec toi, Florent, j’ai trouvé le sujet absolument fabuleux, le sujet de la fabrication. C’est de ça dont on va parler aujourd’hui. Et on va commencer d’abord avec la naissance peut-être de toi, Adrien, de ton amour des encens. Et je pense que ça commence avec le tonton Denis et sa ciergerie artisanale. Tu nous racontes un petit peu l’histoire ?
C’est quelqu’un qui, du coup, était à la base dans la marine marchande. Absolument rien à voir. Et qu’en fait, il a décidé de s’arrêter et il fallait qu’il trouve un nouveau travail. Il a trouvé une ciergerie sur Marseille. Donc il a appris la fabrication des bougies. Il vendait des articles religieux par l’intermédiaire de la ciergerie. Et en fait, en roulant sa bosse aussi, en croisant différentes personnes qui étaient dans ce milieu-là, il a croisé quelqu’un qui bossait pour une autre entreprise et qui lui a proposé de lui apprendre la fabrication de 4 ou 5 références de mélanges d’encens, des petites recettes, qui étaient utilisées du coup dans les églises.
Il a dit pourquoi pas, ils ont essayé de créer une entreprise, ça n’a pas marché, mais l’idée est restée. Et donc du coup, il avait toujours sa petite ciergerie et avec le temps, il a découvert un fournisseur il a essayé de refaire les recettes qu’il avait trouvées chez ce fournisseur, et au fil du temps, avec les essais, il a réussi à étendre la gamme à une trentaine de recettes différentes, avec des recettes qui étaient dédiées à différentes cérémonies religieuses.
Donc tout ça, c’est très codé, quand tu parles de référence, c’est que chaque…
Quand je dis référence, c’est une recette pour une cérémonie religieuse.
Ouais, d’accord, d’accord.
Et donc, il m’a proposé, en prenant une partie… il prend sa retraite en petits morceaux, on va dire, parce qu’il a gardé les bougies, mais il a décidé de vendre la partie encens, son entreprise, et il m’a proposé de me former. Pour moi, c’était une suite logique. Après ma formation au CFPP à Nyons, qui était dans la culture de plantes aromatiques, médicinales et à parfum, donc c’était continuer à apprendre la parfumerie. Donc moi, je me suis dit, je continue à apprendre, ça me va très bien, et puis je vais bosser pour une entreprise qui est à l’autre bout de la France. Ça me fait découvrir du paysage. Il m’a formé et je suis parti pour Toulouse où j’ai travaillé pour une grosse entreprise de produits religieux. Et me voilà parti et j’ai appris les encens. Et puis le but c’était aussi de développer la gamme. Donc il y avait un côté création qui était intéressant.
Il y a une petite histoire où tu te retrouves sur un salon religieux à Paris, je crois savoir. Tu débarques là-bas en costard-cravate, représentant de la société pour aller vendre des encens et tu fais quelques rencontres intéressantes apparemment.
C’était un peu, c’était très exotique pour moi, c’est que déjà mettre un costard, ça ne m’était jamais arrivé de ma vie. Me retrouver à Paris, je crois que c’était la deuxième fois que j’y allais. Donc j’y suis allé pour représenter la partie ensemble de l’entreprise, en fait. On était trois. Et… Salon religieux, donc en fait, c’est que des gens que j’ai pas du tout l’habitude de voir. Et puis là, le silence se fait à un moment et il y a une mère supérieure qui passe. Enfin, c’était la mère supérieure avec toute sa congrégation derrière et qui était… Enfin voilà, qui suivait le… Qui suivait… C’était un cortège assez étonnant. Le silence se fait et puis elle vient regarder, nous poser quelques questions. Voilà, c’était plutôt… Plutôt étonnant, impressionnant. Mais c’était bienveillant, c’était plutôt… Voilà, ça reste un bon souvenir.
Et ça commence à t’ouvrir des opportunités, on commence à te faire des propositions d’emploi ?
Des propositions d’emploi, j’en ai eu plusieurs, parce que du coup, des ateliers d’encens, il y en a peu. C’est un savoir qui est quand même réservé à très peu de personnes. Et du coup, petite histoire toujours dans le même salon, je n’ai pas le droit de vendre mes ensembles parce qu’on est là pour présenter nos produits. Donc du coup, il y a des gens qui sont là, qui sont là peu de temps, qui doivent repartir. Il faut que j’ai cette nouvelle référence et tout. Combien vous me le vendez ? Je ne peux pas. Je ne peux pas vous vendre la référence. Et à force de questions, ça a fini par me stresser. Et il y a un monsieur qui passe, qui était pour moi un gendarme, parce qu’il était habillé en bleu avec des étoiles. Et en fait, il vient pour me poser des questions. Je lui dis écoute, là, il faut que j’aille fumer une clope. Tu viens, on va dehors.
C’est pas le gendarme.
Pas du tout. On discute. Et en fait, c’était le sacristain général de Notre-Dame de Paris. Et voilà, on discute. Lui, il avait envie qu’on développe des ensembles pour pouvoir avoir un ensemble spécial pour Notre-Dame. Et on a échangé nos numéros et on a commencé à communiquer sur ce thème-là. Et en fait, avec le temps, on a fini par trouver une recette qui lui convenait et qu’il utilisait dans certaines cérémonies parce qu’il utilisait déjà d’autres recettes pour les différentes cérémonies qu’il y avait à Notre-Dame. Et voilà, c’est créé une amitié. Et le but, c’était de décrocher un contrat. Et là, j’avais trouvé un contrat super intéressant pour moi. Ça m’a permis de rentrer dans les coulisses de Notre-Dame. ce qui n’était absolument pas concevable pour moi juste avant. Et voilà, contrat très intéressant.
En termes de matières premières, comment ça se passe ? Où est-ce que vous faites l’acquisition des matières premières ? Les fournisseurs ? C’est une fabrication très traditionnelle je suppose ?
Alors il y a différents fournisseurs, mais principalement c’est un fournisseur qui a des plantations en Afrique et qui après a des partenariats avec les populations locales. il y a des plantations de gommes arabiques qui ne sont pas liées à l’encens. Mais il y a des partenariats et des plantations de boites où il y a aussi. Et en fait, des partenariats avec les populations locales. Le but, c’est d’essayer de les faire, entre guillemets, survivre parce que c’est compliqué pour elles là-bas. La tension entre les différentes communautés, elle est présente un peu en permanence. Il y a des guerres civiles. Donc on a un fournisseur principal et du coup, deux, trois autres fournisseurs, notamment des Grecs, qui nous permettent d’avoir d’autres références qui sont les encens grecs, qui sont faits à partir de résines qui viennent d’Afrique mais qui du coup sont travaillées en Grèce. Donc un fournisseur qui rassemble un petit peu toutes les résines, tout ça pour dire qu’en fait le matériel de base qui est utilisé dans les églises et dans les lieux de culte, ça reste des résines.
Les résines restent l’une des matières premières, principales et probablement celle qui est la plus compliquée à acquérir aujourd’hui dans ce…
Dans le contexte mondial, c’est vraiment très compliqué.
Alors toi Florent, de ton côté, tu as un parcours d’écologue, gestion de la biodiversité. Tu as été chargé de la conservation, de la restauration de l’herbier Bonaparte. Alors, je me suis noté quand même pas Napoléon.
Oui, c’est pas Napoléon.
Mais Roland Bonaparte, petit neveu de Napoléon Ier, 760 000 planches botaniques.
Oui, c’est l’une des plus grandes collections amassées par un particulier au monde. Et c’est quelqu’un qui avait par ailleurs tout un tas de défauts. Mais du coup, il avait quand même le mérite d’être une personne qui s’intéressait aux sciences. Il a construit une espèce de… de templedédié aux sciences, voilà. Il a beaucoup bossé sur les glaciers et beaucoup bossé sur la botanique. Et donc du coup, son objectif, c’était d’avoir un herbier ethnobotanique, et donc il cherchait les plantes à usage partout dans le monde. Et c’était encore l’époque des colonies, donc il y avait un petit peu des émissaires coloniaux partout qui pouvaient fournir le matériel. Et du coup voilà, 4,5 millions de spécimens, plus de 760 000 planches. Donc j’ai eu la chance de bosser là-dessus, c’était l’un de mes rêves, de bosser à l’herbier de la fac des sciences de Lyon, quand j’étais étudiant. Et j’ai eu cette chance-là, avant d’atterrir ici.
Et tu faisais quoi ? C’était la numérisation de l’herbier ?
Ouais, je collectais des données, parce qu’en fait il fallait ouvrir les classeurs, donc faut imaginer comme une espèce d’immense bibliothèque construite sur mesure pour les planches d’herbier sur des formats A3, donc c’est des plantes séchées qui ont parfois plus de 300 ans et elles peuvent avoir été mangées par des blattes, des papillons et tout ça. Donc il faut ouvrir chaque boîte, regarder chaque planche, faire la restauration et ensuite les envoyer sur un banc numérique où il y a des opérateurs qui font des manipulations pour que ça soit pris en photo et numérisé et de manière très fine pour que des chercheurs à l’autre bout du monde n’aient plus besoin de venir en France et simplement en zoomant sur l’ordinateur puissent aller voir le détail d’un poil sur la plante ou une vésicule.
C’est accessible en public aujourd’hui, on peut aller le voir.
Sur le Recolnat, on peut voir toutes les planches qui ont été numérisées là-bas.
T’es là comme un gamin à ouvrir la prochaine boîte pour voir ce qui t’attend.
Un jeu de piste en plus, l’herbier a été acheminé en train, il y a eu des vols, il a été en partie démembré et donc du coup il y a plein d’informations qu’il faut collecter et c’est une espèce de grosse enquête pour savoir quel numéro correspond à quoi, où sont les échantillons, où est-ce que ça a disparu, pourquoi il faisait comme ça.
C’est génial. C’est extraordinaire. Et toi, ce qui t’amène aux encens, est-ce que c’est tout simplement la rencontre avec Adrien, ou tu avais toi aussi déjà cet intérêt pour les plantes à encens à parfum ?
Je m’y suis intéressé pour les encens bâtonnets il y a déjà assez longtemps, parce que le bouddhisme est quelque chose qui m’a pas mal intéressé, du coup c’est lié aux encents bâtonnets depuis que j’étais ado. Et puis après il y a la rencontre avec Adrien bien sûr, parce que là ça m’a fait découvrir tout un monde des encens résines que je connaissais très peu, et en même temps je suis parti au Canada vivre en forêt pendant quelques semaines, Et du coup, j’ai rencontré des guérisseurs qui m’ont parlé du copal, une des résines qui vient du Mexique, là-bas. Et là, voilà, de fil en aiguille, ça m’a amené à découvrir plus, à me poser des questions et à mener des recherches dessus, quoi.
Ces résines, là, qui ont l’air vieilles comme le monde, je remontais à la présentation que vous avez faite, finalement, brûler des résines, c’est aussi vieux que le feu.
Oui, c’est ce que suppose le CNRS, c’est qu’en fait, les encens sont nés avec le feu. Du moment que les humains ont découvert le feu, ils ont découvert les encens.
Donc on a brûlé probablement des résineux qui ont amené certains types de fumée, certains types de parfums, et ainsi commence une très longue utilisation.
Et puis les résines, elles offrent une texture particulière à la fumée aussi, qui est un peu englobante, qui charge l’air de quelque chose. C’est peut-être pour ça aussi qu’ils se sont orientés là-dessus. On a moins le côté herbes brûlées avec les résines que quand on brûle de la sauge blanche par exemple.
Puis c’est facile à transporter aussi. Ça se conserve longtemps. Il y a des résines que moi j’ai depuis… Donc quand je travaillais pour l’entreprise de produits religieux à Toulouse, c’était jusqu’en 2008. Donc on est maintenant en 2025. Ça n’a pas bougé, en fait.
Stabilité totale, conservation…
C’est vraiment très stable. Donc en fait, tu as quelque chose qui est parfumé, qui va du coup pas du tout s’altérer avec le temps, même au bout de 10, 15, 20 ans. Et du coup, ça te permet d’avoir… l’encens pour ta cérémonie ou ton rituel dans la poche un petit peu quand tu veux.
C’est ça, les petites larmes très compactes qui se sont toujours bien transportées. D’ailleurs, on voyait cette espèce de route des encens au Moyen-Orient où des chameaux, tu disais, transportaient jusqu’à des centaines de kilos qui valaient l’or, à l’époque plus que l’or.
D’abord, ils l’ont fait en bateau, les Égyptiens. Et puis, en fait, apparemment, ces côtes-là sont pas facilement… C’est pas facile de les pratiquer en bateau, contrairement aux côtes méditerranéennes, par exemple. Et du coup, à un moment, ça a basculé avec la domestication des camélidés. Je crois que c’est des dromadaires, du coup, dans le coin, là-bas. Et du coup, ils faisaient des caravanes et ils créaient une véritable route à travers le désert pour cette marchandise de luxe qui finissait jusqu’en Europe, en fait, et dans le nord de l’Europe.
Et nous, on va en parler un petit peu plus tard, les alternatives locales, mais nous, déjà à cette époque-là, il y a cette idée que l’encens d’Orient qui vient de destinations…
Ça vient des terres qui sont liées à la Bible aussi.
Qui sont liées à la Bible, voilà. C’est ça, il y a la symbolique du Moyen-Orient et de…
C’est ce que les romains ont apporté au petit Jésus. Donc il y a ce côté un petit peu symbolique, enfin pas qu’un peu, mais le côté symbolique du coup, et ça rend la chose encore plus… Avec l’expansion du christianisme et la force du christianisme qui augmente au niveau des populations, ça devient quelque chose de vraiment très très symbolique et très cher.
Mais apparemment aussi les communautés d’Europe avant la christianisation utilisaient a priori quand même des résines, notamment dans les conifères. Mais comme tout ça a été un petit peu balayé avec la christianisation, on a en fait très peu de traces là-dessus.
Oui, donc on a probablement une tradition. Et tu nous parlais un peu du Genévrier thurifère d’ailleurs, qui est très connu ici, c’est très local, c’est vraiment… On est ici dans les Baronies, la région de ce Genévrier-là, où a priori on traçait les limites des villes en fonction de l’endroit où se trouvaient les Genévriers pour les inclure un petit peu plus dans les propriétés locales. Donc c’était vu aussi comme quelque chose de forte valeur.
Comme il fallait payer des impôts à des seigneurs ou je ne sais pas trop comment s’organiser, les communes qui avaient du genévrier thurifère pouvaient servir de substitut à l’oliban qui venait de très très loin et donc avait une valeur extrêmement élevée. et donc ils ont fini par tracer les limites des communes en dehors de la topographie, ce qui du coup était basé sur la répartition des genévriers pour s’approprier la ressource en quelque sorte et pouvoir payer les impôts avec.
Il y a cette photo, ça aurait dû être assez droit mais on revient à englober le tour de la forêt des genévriers. Alors on ne va pas faire tout l’historique des encens parce que je pense qu’il nous faudrait des jours et des jours et c’est une histoire absolument captivante et fascinante qui est liée aux religions et à tout un tas d’épisodes de l’histoire. Donc on va plutôt essayer de se placer dans l’ère actuelle. Donc on fabrique toujours des encens aujourd’hui. Pour quel type d’application ? Quels sont les différents marchés aujourd’hui pour l’encens ?
Moi j’ai une deuxième casquette en plus d’être agriculteur, c’est que je travaille toujours pour une entreprise de produits religieux. Quand on s’est installé, on s’est dit peut-être que ce serait intéressant de développer vu qu’en fait il faut qu’on diversifie nos productions, ça pourrait, toi tu as le savoir, ça pourrait être intéressant qu’on s’y repenche, ça pourrait être une manière d’avoir un revenu supplémentaire. Et il s’est trouvé que Tonton Denis, encore lui, m’a dit ben moi je connais, j’ai toujours des contacts, je connais quelqu’un qui a mal au dos, il ne s’est pas bien passé avec son employé, c’est lui qui fait son encens, tu as le savoir, si tu veux je te le présente. Et donc ça fait 7 ans que le partenariat a été créé, et je travaille chez eux régulièrement, et je leur fais leur stock ponctuellement, quand le stock est vide, on m’appelle, on voit ensemble les semaines où il y a besoin que je descende, et je leur refais leur stock.
Mais de matière première ?
De matière première, j’ai remis le tablier fabrication d’encens, et donc du coup, lui, il a ses recettes, qu’il m’a apprises, et donc du coup, voilà, je le refais, ça lui permet de pouvoir avoir un métier de commercial à côté, et du coup, moi je fais la matière première. Donc il y a toujours cette casquette… Et c’était quoi la question ?
Ben les utilisations aujourd’hui que tu les fabriques.
Là ça va de partout. Et là du coup c’est intéressant parce que là j’ai découvert une clientèle différente. Parce que pour moi, quand je travaille sur Toulouse, ça restait très religieux, catholicisme. Et là en fait, comme il y a beaucoup de ventes au Dom Tom, il y a aussi un côté vaudou, il y a un côté regroupement de religions parce qu’il y a un syncrétisme qui est très important là-bas. Et donc, on vend beaucoup aussi pour l’Afrique. On a des gros clients qui sont au Cameroun, on a des gros clients qui sont dans tout ce qui est Afrique noire. Donc en fait, les rituels sont un petit peu différents et les recettes sont totalement différentes. Ça reste de l’ensemble résine, mais on ne va pas chercher la même utilisation ou la même utilité au rituel que ce que je pouvais connaître avant.
Donc c’est basé sur la religion chrétienne, là encore, mais qui a été adaptée localement ?
Adaptée ? C’est basé sur le côté religion chrétienne, mais il y a le côté vaudou, il y a le côté, tout simplement, croyance locale. Donc en fait, je mets vaudou dessus comme nom, mais c’est peut-être pas le cas. C’est peut-être toute une autre religion. Et du coup, c’est utilisé vraiment de la même manière qu’il y a plusieurs centaines ou milliers d’années. Et voilà, l’encens qui est utilisé en résine, plantes, bois, différentes matières, mais qui sert au rituel.
Donc chaque tradition a ses recettes. D’où est-ce que viennent ces recettes ? Comment on bâtit une bibliothèque de recettes ?
Alors, j’en ai pas créé, ou j’en en ai créé avec mon patron actuel, mais c’est… c’est empreint de symbolique. Pour le catholicisme, c’est très représentation des saints et de la personne pour laquelle… de la personne ou du saint pour qui on va prier, ou ce qu’on va rechercher en termes de communication avec le divin. Pour les autres religions, ça reste… ça va plus chercher une action et après on va chercher à travailler sur la symbolique des couleurs, des parfums, pour pouvoir travailler sur le désenvoûtement, sur la protection, c’est des codes qu’on va aller chercher dans les textes religieux.
Voilà. Donc ce sont des recettes très anciennes finalement que vous avez peut-être remis, adaptées au goût du jour parce que les matières premières qui existaient il y a peut-être des siècles ne sont plus nécessairement disponibles donc on remplace avec d’autres résines ou d’autres aromatiques ou d’autres. Il y a un aspect un petit peu d’adapter les recettes aussi aujourd’hui ?
Je pense que, bah oui ça Florent il pourra le dire, il a fait beaucoup de recherches dessus. Puis il y a des choses qui sont introuvables et puis qui sont d’un point de vue éthique aussi introuvables. Je pense à des parties d’animaux qui pouvaient être utilisées et des résines qui sont introuvables parce que les populations ont disparu. Enfin voilà, il y a plein de choses qu’il faut remettre au bout, enfin on a dû remettre au bout du jour.
Alors, On va en revenir aux ingrédients, Florent. Quelles sont les grandes catégories d’ingrédients aujourd’hui qui viennent dans la fabrication d’un ensemble, j’ai envie de dire équilibré, mais il doit y avoir une recette de base qui dit tant de pourcentages de ci, de ça.
En fait ça dépend aussi de la définition qu’on a de l’encens parce que du coup il peut prendre différentes formes entre les résines brutes, les résines brutes qui sont colorées et parfumées auxquelles on peut ajouter des plantes, des poudres de bois et tout ça, des poudres fumigatoires où il y aura des résines broyées et là effectivement il faut une certaine quantité de résine avec les autres plantes qu’on va additionner, puisque derrière si on veut faire du modelage, si on veut en faire des cônes, si on veut le modeler sur des noyaux de bambou, pour avoir des encens comme il est brûlé dans le bouddhisme par exemple, ou en Inde et tout ça, en Asie majoritairement, ben là il faut une certaine quantité de résine pour que ça agglomère les plantes. Donc on va atteindre certains seuils, et ça on peut pas y échapper, c’est pour des raisons de texture après pour pouvoir malaxer en fait. Et puis après on peut travailler simplement avec des plantes broyées pour faire des poudres qu’on met directement sur un charbon. Les proportions et les ingrédients qu’on va utiliser vont varier en fonction de la forme qu’on veut obtenir, de la forme finale de notre encens en fait.
Donc il y a la forme, la texture, il y a le parfum aussi, parce que je suppose que si on veut un certain parfum, on ne peut pas se passer de certains ingrédients comme des résines ou des bois. Donc si on prend un exemple d’encens assez typique comme la petite pyramide, le cône, ou alors le bâtonnet, qui a une texture assez dure et compacte contrairement aux poudres. Dans ces cônes-là, typiquement, qu’est-ce qu’on met ?
Alors, s’il est de bonne qualité… ça veut dire qu’on ne va pas avoir d’ingrédients qui vont alourdir, comme du bois qui n’a pas d’odeur, des genres de sûres qui vont juste faire de la masse, mais qui n’ont pas d’intérêt, si ce n’est de polluer un peu l’air, ni de colle, ni de choses comme ça qui ne sont pas très saines. Donc, on va plutôt avoir jusqu’à 50 % de résine. Donc, ça peut être de la poudre de bain-joint, de la poudre d’oliban, n’importe quelle poudre de résine. Si on veut avoir pas de parfum, on va utiliser de la gomme arabique. C’est aussi une sorte de résine mais dans laquelle il n’y a pas de parfum, donc ça peut permettre juste de donner la texture mais sans parfumer pour mettre en évidence les parfums des autres plantes qu’on va mettre dedans. Une manière de résine neutre en quelque sorte. et puis les 50 autres pourcents, ça va être des mélanges de plantes. Donc par exemple en Inde, ils ont quelque chose qui je trouve est assez judicieux, c’est que pour faire les bâtonnets, c’est assez fréquent qu’ils utilisent des résidus de distillation, donc c’est-à-dire des plantes qui ont été distillées dans des alambics pour faire de l’huile essentielle ou de l’eau florale, ils vont réutiliser ces restes de plantes, les broyer et les réincorporer avec les résines dans les encens, parce qu’elles ont toujours des parfums et des matières. Il y a des molécules qui, dans les distillations, ne passent pas. Je pense aux chanvres, les cannabinoïdes ne ressortent pas dans l’huile essentielle par exemple. Donc on pourrait les retrouver, si on les réutilisait, les réincorporer dans les enceintes, ça pourrait avoir du sens. Donc après c’est leur savoir-faire à eux.
Donc tu as souvent une base de gomme, prenons une gomme arabique par exemple. Si je me souviens un petit peu de la recette que tu présentes, cette gomme, on va la dissoudre dans une base liquide de l’eau. Ensuite, on va incorporer des poudres qui peuvent inclure des résines, des plantes aromatiques aussi. On fait une pâte qu’on va ensuite façonner, soit sous forme de cônes, soit sous forme de bâtonnets.
Ça peut être aussi, d’ailleurs, si on veut, on peut refaire des pastilles, on peut faire des boulettes, on peut donner un peu la forme qu’on a envie. Et voilà, l’idée, c’est… En fait, on peut tout simplement prendre la résine qu’on casse, on peut la broyer dans un broyeur, un blender, ça dépend après à quelle échelle on travaille, ou un marteau, tout simplement. On la réduit en poudre, on mélange de la poudre de plantes, donc différentes plantes qu’on a réduites en poudre par ailleurs, ça peut être des feuilles, ça peut être des fleurs, ça peut être des racines, peu importe la partie de la plante. On mélange ça de manière bien homogène, on rajoute une eau un peu tiède, jusqu’à obtenir une sorte de pâte, et qui est malaxable, donc faut que ça soit ni trop humide ni trop sec. Et donc on va malaxer, donner la forme qu’on a envie, et puis on laisse sécher une à deux semaines, en fonction de la… est-ce que notre cône est très gros ou plus petit, ça va être plus ou moins de temps à sécher, voilà. Pas en plein soleil, parce qu’il faut pas que ça se dessèche trop vite pour pas que ça craquelle. Donc un séchage assez lent, puis le soleil peut dégrader aussi. Et du coup, à la fin, on a notre petit cône, par exemple, qu’on vient allumer et brûler.
Si je peux ajouter juste un ingrédient, c’est qu’on peut mettre des huiles essentielles aussi. Pour augmenter la teneur en parfum. Si on met des pétales de rose, il va y avoir le côté parfumé qui va quand même être très important. Je cite une huile essentielle, une des huiles essentielles les plus chères, mais qui va être les plus concentrées en parfum. Et donc si on met quelques gouttes d’huile essentielle de rose, ça va sublimer la chose aussi.
Oui, d’accord. Et on parlera après un petit peu de la transformation des constituants lorsqu’on brûle, parce qu’on en parle un petit peu dans la sécurité d’utiliser des encens. Donc on voit ces trois bases, résine, simplifiée en plantes aromatiques et peut-être une gomme pour structurer, est-ce qu’on peut se passer de ces trois ingrédients ? C’est-à-dire, est-ce que je peux faire un encens si je n’ai pas de résine, par exemple, ou alors il manque un truc ? C’est plus de l’encens, c’est autre chose.
En fait, encens, c’est quelque chose qu’on brûle pour faire de la fumée et obtenir… Un parfum. Quelque chose. Des fois, il y a des parfums qui ne sentent pas bon aussi. On va brûler de l’azafétida, ça sent… Est-ce qu’on a envie d’avoir une odeur d’ail un peu bizarre dans toute notre atmosphère de maison ? Pas sûr, après ça dépend peut-être des cultures. Mais du coup, on peut quand même travailler simplement avec des poudres de plantes sans avoir de la résine. C’est possible. Ou si je brûle de la sauge blanche, effectivement là j’ai pas de résine quelque part. Enfin, j’ai pas de résine d’arbre, voilà. Et puis en fait, l’encens au sens strict, ça reste la résine de l’oliban, du boswellia qu’on retrouve, voilà. Ces mots sont même synonymes parfois, quoi. Donc ça, c’est l’encens au sens strict, c’est synonyme d’oliban, l’encens, quoi. Et puis si j’élargis la définition, si je prends un sens large, ça peut être un peu tout ce qu’on peut brûler pour dégager un parfum, une fumée, ça peut être même des morceaux de bois, comme je pense au palo santo, par exemple.
Le côté qui fume, c’est important. Parce qu’en fait, ça fait très souvent, dans toutes les différentes cultures qui utilisent l’encens, il y a le côté voir, aussi, et on voit la fumée, et la fumée, on la voit monter, et ça monte vers…
C’est un symbole d’élévation.
C’est un symbole d’élévation, mais aussi de… Si tu veux communiquer avec les entités supérieures, si tu veux que ta prière, elle monte, c’est la fumée qui va la faire monter vers… Donc il y a le côté voir ta prière qui monte.
Le parfum, c’est synonyme de divin, c’est la représentation du divin, et la fumée, elle permet aussi d’y accéder en élevant.
Si on prend un encens très connu comme les encens indiens, je pense à la marque Satya, qu’est-ce qu’on met dans ces encens-là ?
Alors du coup, ça, c’est ce que Satya, ça veut dire vrai. Du coup, donc, il revendique une sorte de pureté, d’ancestralité ou je ne sais pas comment on pourrait dire. Et du coup, ben là, on est du côté plus bouddhiste, hindouiste. Et très souvent, on a du bain joint en termes de résine. Donc, ça va être un peu les mêmes mélanges qu’on a dit tout à l’heure. Finalement, ça va être des mélanges de résine et de plantes. Très souvent, il y a du sental parce que là, on est en Asie et le centale, c’est voilà. Et puis, il peut y avoir d’autres types de fleurs connues qui sont incorporées dedans. Mais ça reste un mélange de résine à base de bain-joint et de poudre de plante qu’on modèle sur un noyau de bambou pour faire un bâton. Et par rapport, du coup, ça reste en fait les encens de meilleure qualité, ceux-là, on pourrait dire, parce que comme ça s’est beaucoup démocratisé en Occident, on va en trouver dans plein de magasins dont je ne vais pas citer les noms de marques, on va dire qu’ils vendent de l’encens bas de gamme en fait et donc du coup forcément ça va être coupé avec des sûres la résine elle va être remplacée avec des cols et donc là quand on va le brûler il faut imaginer que tout ça on va le retrouver dans l’air en fait et ça va être vraiment vraiment toxique beaucoup plus que si on brûle de la plante naturelle en fait donc quelque part les ancens indiens qui reflètent des traditions ancestrales de fabrication ils sont beaucoup moins toxiques qu’il y a des études qui ont été faites par l’UFC que choisir et tout ça on a des données là dessus quoi comme.
Tu l’as dit juste avant moi j’ai vu puisque je suis déjà allé dans des fabriques où en fait on parfumait, on recevait les bâtonnets avec le bambou et puis la poudre de bois autour, agglomérés déjà, et on les trempait dans un mélange de parfums avec de l’alcool. Et après du coup l’alcool s’évaporait, là on sent garder le parfum, et c’était du bois et de la résine, donc je connais pas l’origine, et des parfums de synthèse. Donc ça je l’ai vu faire et c’est ce qu’on trouve ici. Très souvent. Quand c’est pas des marques qui sont… qui sont des marques qui viennent vraiment d’Inde quoi.
Ouais ouais, d’accord. Alors justement, on parle d’encens le plus naturel possible, le moins nocif possible. Quand on utilise ce mot naturel pour les encens, est-ce que c’est pas un peu galvaudé ? Est-ce qu’il y a pas mal d’abus aujourd’hui sur le marché ?
C’est comme pour beaucoup d’autres mots, c’est fourre-tout, en fait. Parce que du coup, naturel, si tu utilises un parfum qui est issu de résine ou de bois, il y a le côté vraiment… Là, du coup, pour naturel et entier, Et après, on va utiliser des mots pour dire naturel, sauf qu’on a fait un isola, et du coup, il y a le côté où il n’y a pas la totalité de la plante ou de l’huile essentielle, et du coup, ça peut être toxique.
Il n’y a pas de label en plus, donc…
Il n’y a pas de label, donc.
Voilà, je ne sais pas ce que tu peux rajouter dessus, mais en sent naturel, on peut tout dire, quoi.
Pour moi, naturel dans notre société actuelle, ça renvoie à ce qui n’est pas lié à la synthèse chimique, quoi. Donc voilà, après, naturel n’est pas synonyme de bonne santé. Quand je fais un feu de bois dans ma cheminée, la fumée, elle est bien naturelle. Et pour autant, si j’en respire toute la journée, ça va devenir toxique et cancérigène.
Il y a différents niveaux aussi, dans le sens où respirer des colles, ça va probablement être largement pire que respirer une résine.
Après, comme il n’y a pas de label, est-ce que ceux qui revendiquent de la naturalité ont vraiment que des ingrédients en pur ? Et puis moi, ce que je constate aussi, c’est que je ne retrouve jamais d’encens fabriqué à partir de matières en agriculture biologique. Ça veut dire aussi qu’il y a une bonne partie du temps où peut-être j’ai des résidus de pesticides qui vont aussi se retrouver dans l’air en fait. Donc ça, c’est quelque chose qui me pose question aussi, comment ça se fait qu’on n’ait pas d’encens bio par exemple.
Vous avez la réponse beaucoup plus que moi. Comment ça se fait ?
Alors j’aurais tendance à penser que sur les matières premières de type résine, c’est à l’autre bout du monde, c’est pas forcément évident, on est dans plein de zones de conflit, ça devient rare et compliqué pour une bonne partie d’entre elles à trouver, donc c’est peut-être pas le truc principal. Il y a aussi encore beaucoup de cueillettes sauvages.
Il y a la cueillette sauvage, mais il y a aussi, c’est des plantes qui ont créé, enfin entre guillemets créé, C’est des plantes qui ont des huiles essentielles dans leur résine pour se protéger des aléas climatiques et qui ont très souvent pas besoin.
Et des agresseurs.
Et des agresseurs et qui ont pas besoin, auxquels nous on a pas besoin d’apporter des traitements chimiques parce qu’elles ont les protections. Et c’est justement ça qu’on va chercher, la résine qu’on va chercher, qui correspond à la protection de la plante. Donc en fait, elle est déjà…
Elle n’a pas besoin de pesticides pour… Est-ce qu’on a des plantations de ces résineux aujourd’hui ?
En Afrique, oui, beaucoup. Il y a du sauvage, mais il y a des plantations.
On peut supposer que chacun de ces arbres, comme les boswellias, toute la famille des boswellias qui nous fournit des résines, n’est pas en agriculture biologique, parce que naturellement, l’arbre sait se défendre. Florent, comment est-ce qu’on choisit ces matières premières aujourd’hui ? On assiste à ton cours par exemple et on aimerait s’acheter le petit kit de démarrage. Alors moi je sais où trouver de la gomme arabique, ça va à peu près. Mais il y a les résines, il y a les aromatiques. Où est-ce qu’on peut acheter tout ça ?
Alors si on tape sur internet, on va en trouver une foultitude de résines. Il y a plein de sites, même des herboristeries aujourd’hui qui en vendent. La difficulté, on en parlait tout à l’heure, c’est qu’on n’est pas sûr d’acheter vraiment ce qu’on veut acheter. Parce que comme il y a des résines qui manquent, c’est remplacé par d’autres.
Du coup, à la fin, on n’utilise plus les mêmes plantes, mais le nom français reste le même. Du coup, on n’est plus très sûr de ce qu’on achète.
C’est coupé aussi.
Ça peut être coupé, effectivement.
Des résines, tu peux couper des résines avec d’autres produits ?
Le benjoin, c’est une résine qui est très souvent coupée avec de la gomme d’amar. Parce qu’en fait les productions elles sont plus assez importantes, c’est raflé par d’autres marchés qui sont un gros marché chinois, très souvent. Donc en fait les populations locales mélangent avec la gomme d’un autre arbre qui est moins parfumé mais qui du coup permet d’avoir du volume.
Donc tu fais fondre ta résine, comment ça marche ?
Je sais pas.
Parce qu’elle est réduite en poudre ?
Ouais peut-être.
Agglomérer avec l’autre ou chauffer, je sais.
Pas j’avoue que j’ai pas trop creusé.
La question ça ce sera par exemple le benjoin dragonfly celui-là c’est un benjoin qui est coupé avec une autre résine et on le trouve très fréquemment sur internet quand on cherche du benjoin.
Il sent super bon c’est une résine très intéressante qui est très utilisée mais elle est loin de ce qu’elle était quand on l’utilisait il y a plusieurs dizaines ou peut-être même centaines d’années elle est maintenant mélangée avec d’autres.
Donc, l’ingrédient le plus complexe à sourcer aujourd’hui, on va dire que c’est la partie résine. On parlera des résines locales après. Mais si on voulait vraiment des résines traditionnelles, il faut trouver les bons fournisseurs. Est-ce qu’on arrive à trouver des fournisseurs aujourd’hui de résine ?
Je pense que oui, sur Internet, on peut trouver.
Après, l’entreprise pour laquelle travaille Adrien a en parallèle une boutique de vente directe du côté de Roque-Baron. Et je ne sais pas, est-ce qu’ils vendent sur Internet ?
Non, elle ne vend pas sur internet. On réfléchit à faire un site, mais oui. Mais du coup, c’est possible de trouver, bien sûr, toutes les résines.
Donc, ce que je veux dire, c’est qu’il y a quand même des grossisstes qui importent et qui sont assez sûres de la qualité, qui ont parfois des antennes en vente directe. Donc ça, c’est possible à trouver. Après bon, pour avoir regardé un peu dans les herboristeries un peu grandes là qu’on trouve en France sur internet, il y en a certaines qui en vendent et on trouve de la matière première. Très probablement qu’elles viennent aussi parfois de grossistes.
Comme on est justement des grossistes, on vend à des magasins.
Il n’y a pas tant de gens que ça qui en importent. Et puis après, sur toute l’autre partie plante, ça reste assez…
Là, on peut trouver du local, il n’y a pas de souci, de la lavande, du romarin, du genévrier, tout ça. On peut même ramasser soi-même.
Tout à fait.
Comment est-ce qu’on crée une nouvelle recette d’encens, un nouvel assemblage ? Il y a une histoire de texture, il y a une histoire de parfum, on veut emmener la personne quelque part. Est-ce que quand vous vous formulez des recettes, de nouvelles recettes, bien vous arrivez d’expérimenter avec des nouveaux mélanges, vous recherchez quoi exactement ?
Il y a la recette de base, avec les ingrédients sur lesquels on ne va pas pouvoir déroger en termes de proportion. Si on veut que le cône puisse brûler, il faut qu’il y ait quand même un certain taux de résine, une certaine partie plante. On va rester sur ces proportions-là. Après, ça peut bouger un peu. Et après, du coup, ce qu’on va chercher, c’est…
Il y a à la fois, à mon sens, parce qu’il faut la praticité d’usage. Et une poudre fumigatoire, des fois, ce n’est pas forcément hyper pratique, parce que c’est comme un rituel. Je veux dire, c’est comme se préparer une tisane ou mettre une capsule de tisane dans la machine.
Là, le bâtonnet, c’est un peu la capsule de tisane et la poudre fumigatoire, c’est un peu se préparer sa tisane dans sa théière et tout ça. Donc il y a la praticité d’usage, il y a à quel point est-ce que ça va bien brûler, donc ça peut être lié avec la résine, il y a le parfum que ça peut dégager, il y a qu’est-ce qu’on va rechercher derrière, donc du coup est-ce qu’on va devoir travailler les couleurs, parce qu’on bosse sur des symboliques avec des saints, je ne sais pas quelles sont nos croyances dans ce contexte-là, il va y avoir une texture de fumée qu’on va rechercher, que ça reste un petit peu dans l’atmosphère, que ça ne soit pas trop vaporeux, il faut qu’il y ait une odeur qui aille bien, et puis derrière, si je veux travailler avec du médicinal bien-être, je peux aussi aller creuser là-dedans en fait. Qu’est-ce que ça apporte en termes de propriété du coup ?
Oui, ce qui nous ramène un peu dans le monde de l’aromathérapie, on pourrait créer un mélange en sang qui est fait pour plutôt stimuler les capacités cognitives ou plutôt calmer…
Des résines qui étaient utilisées dans les hôpitaux pour assainir l’air ?
Oui. Là, on a de la publication scientifique, par exemple, là-dessus, qui vient corroborer des usages ancestraux et qui dit, oui, on trouve effectivement là-dessus des propriétés bactéricides et tout ça, de la fumée de telles plantes. Et c’était utilisé pour nettoyer les hôpitaux. Et puis, d’autre part, il y a l’autre partie, à travers des enquêtes ethno-botaniques, où on est allé collecter les savoirs des populations locales, regarder comment est-ce qu’ils utilisaient les encens et les fumigations, dans quel objectif, et puis se dire ça a quel effet sur le corps. Et on va regarder en testant, c’est la science moderne, on va aller tester sur des rats d’abord, on va aller voir les compositions moléculaires de la fumée, et on se rend compte qu’ils ont raison. Finalement, moi j’ai l’impression qu’on est un peu une génération de la synthèse entre les outils modernes et ces savoirs anciens qu’on ne veut pas perdre.
On a un petit peu le pied dans chaque secteur, parfois on fait un petit peu le grand écart parce qu’on nous demande encore et encore des validations scientifiques qui parfois n’existent pas.
Et puis ça reste, la science ça reste une modélisation du monde en fait. Donc à quel point est-ce que ce modèle colle au monde ? Je ne suis pas sûr que des expériences sur des rats en labo ou dans des boîtes de Pétri reflètent la réalité du monde. Et des personnes qui utilisent un enceint ou une poudre fumigatoire depuis 5000 ans et qui ressentent des effets sur leur corps, ils ont peut-être suffisamment expérimenté pour pouvoir prétendre que ça marche.
J’ai mon ami qui est en Haute-Savoie et qui s’intéresse beaucoup aux traditions locales et qui parle de fumigation de racines d’impératoire, qui est une apiacée, une racine très aromatique, un peu comme une angélique. et que certains gamins étaient noirs de fumer, parfois certains hivers, pour les aider à guérir une infection respiratoire. Et donc finalement on voit ça même chez nous, dans nos régions.
Ce que montrent les enquêtes ethnobotaniques qui ont été faites sur les cinq continents, c’est qu’il y a avant tout des usages justement pour ça, de la fumée, pour les systèmes respiratoires et pour ce qui est neuropsychologique. Et puis après, une toute petite portion qui est pour le côté dirigé vers des organes, la peau, les parties génitales, ça c’est plus… voilà. Et très souvent c’est dirigé tout ça, et en fait c’est une infime petite partie, ce qui aujourd’hui est répandu chez nous, c’est-à-dire de le répandre dans l’air comme ça de manière non ciblée, c’est 4% des usages dans ce qui a été retiré des enquête Ethnobota. Il y a un peu l’idée que la fumée pénètre les orifices en fait.
Est-ce que tu pourrais nous montrer quelques matières premières très connues et puis leurs provenances ? Il y a des belles couleurs, il y a des beaux parfums.
Ah, parler des différentes résines ? Du coup, là, c’est des larmes de Somalie. Donc en plus, j’ai trié… Alors, pas ça, parce que ça, c’est de la gomme arabique. Il y a des petites gouttes de gomme arabique. Mais en fait, du coup, ça, c’est boswellia sacra. Donc c’est les encens qu’a fait planter Hatshepsut, qui est allé en Arabie, qui a fait partir… Enfin, qui est allé, qui a emmené des gens sur la péninsule arabique pour qu’ils leur ramènent ces encens-là. Donc, ça fait partie des choses les plus chères et les plus recherchées.
D’accord. Boswellia sacra, c’est l’un des résidus les plus chers.
Voilà, c’est l’encens de base, en fait. Et du coup, il y a des gouttes qui sont des fois, tu vois, bleutées.
Ah oui, oui.
Vertes, bleutées. C’est un petit peu le gage de qualité, quoi. Mais ça, sur un sac de 25 kg, si je m’amuse à trier, j’en sors, allez, 200-300 grammes.
Tu veux dire les bleutés ?
Les bleutés, il y en a vraiment très peu.
Les plus pures ?
Les plus pures et c’est peut-être même celles qui sont les plus chargées en huile essentielle. Je ne sais pas vraiment. Il y a une autre espèce qui s’appelle Boswellia freireana qui fait presque que des gouttes vertes comme ça, vertes bleutées. Donc ça c’est la base pour ce qui est péninsule arabique et puis un peu Afrique aussi. On a cette plante-là qui est le sang, enfin cette plante, cette résine, c’est le sang de dragon donc ça se présente sous cette forme-là quand on le reçoit.
Ça c’est une boule de résine pure ?
C’est une boule de résine pure, c’est issue soit d’un palmier, soit d’un dragonnier. Donc du coup, un dragonnier, c’est la petite plante qu’on a là, je ne sais pas si on la voit, un Dracaena. Les gens connaissent cette plante-là. C’est une plante qui a une résine qui est rouge. Et donc ça du coup, c’est Daemonorops draco ou une autre espèce, c’est un palmier grimpant. on récupère la résine qu’il y a autour du fruit, et après, en fait, avec un torchon ou un tissu, on vient presser, et c’est pour ça qu’il a cette forme. Et ça, c’était la petite étoile, c’est.
Le petit sceau de qualité.
Du coup, ça pouvait venir à la fois pour certains arbres, des Canaries… Des Canaries, de Socotra. Socotra, c’est très compliqué maintenant à faire venir, et puis on protège le milieu aussi. Ou alors de Malaisie. Ça, ça vient de Malaisie, du coup.
Donc ça, une boule comme ça, on pourrait la garder des décennies, même des siècles, sans perdre…
Des siècles, je sais pas, j’en pourrais pas aller jusque là. Mais du coup, ça c’est une boule qui vient de l’ancien travail que j’avais, donc ça fait 20 ans presque que je l’ai. Ça n’a pas bougé. Et si on s’amuse à en casser, l’odeur est la même que celle qu’on peut trouver encore maintenant. T’as du bainjoint, donc pareil, c’est la péninsule… tout ce qui est péninsule asiatique. Ça c’est benjoin du siam et c’est celui qu’on citait juste avant pour la… il a un côté caramel vanille mais il y a des molécules du coup qui vont servir à désinfecter l’air.
D’accord, et là, ça va donner une fumée de couleur légèrement rosatre.
La fumée, je crois qu’elle ne change jamais de couleur.
Ça reste blanc.
Ça serait intéressant de trouver un truc qui colore la fumée.
Ça, c’est du copal. Flo l’a cité tout à l’heure. Et ça, c’est le côté encens maya. Maya et Amérique centrale. Et du coup, ça doit s’être exporté en Amérique du Nord. Je pense que du coup, les populations, elles communiquaient. Ils ont dû faire la même chose que chez nous en termes de route de l’encens.
Et vous, quand vous respirez, quand vous sentez un encens aujourd’hui, vous arrivez à peu près à dire, ça c’est un encens indien, ça c’est un encens qui vient de…
Oui, quand tu connais les résines, après tu sens… Quand tu connais les résines, tu vois les régions d’où ça provient. T’as la sauge blanche d’un côté, et puis la sauge officinale de l’autre, qui est notre sauge locale. Et puis celle-ci, c’est plutôt la… Tu la connais bien. C’est la sauge qui vient de Californie.
Tu veux parler de cela, peut-être ?
Oui, en fait, je voulais aussi montrer ça. Du coup, ça est la résine d’épicéa. Parce que là, pour le coup, on est du côté local. Voilà, donc ça, ça peut être simplement, on n’est même pas obligé d’aller faire du gémage, faire des incisions sur les arbres et tout ça pour récolter. En fait, il suffit de se balader sur les pistes forestières en montagne. Et puis, quand les arbres ont été blessés par les coupes des branches pour pouvoir laisser passer les véhicules, on a de la résine qui a séché ou partiellement séché. On la collecte, on la fait sécher pendant des semaines, des mois à l’air libre et puis au bout d’un moment, ça nous fait des gouttes comme ça qu’on peut tout à fait utiliser en ensang derrière.
Du coup, c’est quoi le problème d’utiliser une résine de conifère de chez nous, de pin, d’épicéa, de sapin ?
Je pense que la densité de la résine n’est pas la même. Et en fait, le côté oliban, il est présent en termes de l’essentiel et d’odeur. Un peu frais, un peu citronné, mais j’en parlais justement avec mon oncle, parce qu’il a essayé aussi. Et en fait, c’est la durée de combustion. Peut-être que c’est une sorte de densité d’huile essentielle. Et du coup, la durée de combustion n’est pas la même. Et en fait, ça va fumer. Ça va fumer plus longtemps, peut-être. Mais le côté parfumé, frais est présent moins longtemps qu’avec l’oliban.
On a vite un côté… Enfin, à la fin, on termine souvent avec un côté bois brûlé plus rapidement qu’avec une résine de boswellia, par exemple. mais ça dépend ce qu’on utilise encore, parce que si on prend dans les conifères du pin ou de l’épicéa, ça peut faire ça, la résine a la tendance à bouillir sur le charbon, et par contre je trouve que si on fait ça avec des genévriers, on l’a fait avec plusieurs genévriers, du fénici, du cade, voilà, on a moins ça quand même, ça se rapproche déjà plus de l’oliban pour moi, ce qui expliquerait peut-être qu’après le turifère qui est réputé pour avoir un côté élévation encore plus fort que les autres genévriers a été utilisé, parce qu’il se rapproche dans la manière dont il brûle, du boswellia par exemple.
On ne l’a pas encore essayé celui-là.
Après pour les fabrications d’encens maison, on va dire que ça brûle un petit peu plus ou un petit peu moins. Ça va le faire, c’est juste qu’après pour les parties encens scriptées.
Pour ton rituel, si tu as un encens qui au bout de deux minutes commence à sentir le bois brûlé, c’est moins… Donc du coup, c’est pour ça qu’ils utilisaient plutôt l’oliban. En l’occurrence, moi, ce que je connais, c’est dans les églises. Voilà, c’est le côté, tu balances ton encensoir et puis les gens qui sont au fond n’auront pas le côté bois brûlé par rapport à ceux qui sont devant.
D’accord, d’accord. Qu’est-ce qu’on a ici ?
Ça, c’est une poudre qu’on fait nous. Du coup, qui est un mélange dans les proportions qu’on disait tout à l’heure. tu en as la moitié qui est une résine, donc là en l’occurrence c’est de l’oliban, et puis l’autre moitié c’est deux plantes, tu as de l’absinthe et du laurier noble. Et là l’idée c’était de travailler à la fois entre ce qui est trouvé dans les enquêtes ethno et ce qu’on montre dans les propriétés de la fumée, de faire un ensemble qui était dédié à la méditation et à la concentration. Un peu côté à la fois apaisement, anxiolytique, puis stimulation, de la mémoire, de la créativité, quoi.
Et ces poudres-là, on les met sur un petit brûloir ?
Soit tu peux simplement chauffer par dessous pour libérer un parfum, et ça c’est bien parce que tu sais que dans l’air, t’auras pas de molécules issues de la combustion, soit tu peux la faire brûler pour avoir de la fumée, et comme t’as 50% de résine, t’auras une fumée assez dense pour faire un petit peu le reste. Mais surtout, l’intérêt, c’est que derrière, tu peux modeler tes petits cônes, en fait, quoi.
Donc avec la poudre, tu peux fabriquer tes cônes, après ?
Ouais. Tu peux les fabriquer comme ça ou derrière c’est le même mélange pour lequel tu pourrais, ça c’est pas nous qui le faisons, c’est issu des encens indiennes, mais c’est comme ça qu’ils font, c’est ce genre de poudre qui est roulé là-dessus.
Une poudre à encen, de la gomme arabique, de l’eau.
Ou même pas forcément de la gomme arabique. Tu peux avoir simplement de la résine et des plantes.
Donc si je mélangeais cette poudre avec un petit peu d’eau, je fais mes cônes, ça va brûler bien ?
Celui-là, il est juste ça. Alors le seul truc c’est qu’il faut le laisser sécher au moins entre une et deux semaines pour que ça brûle correctement, parce que comme c’est épais quand même, il faut que ça sèche au cœur.
oui, oui, je vois. Sinon ça ne brûle pas.
C’est un peu l’idée du truc.
D’accord. Bon, ensuite on a des encens indiens ici, de différentes marques.
C’est ça.
Du coup celui-là est différent, il n’a pas le bambou.
Ça c’est des encens français. Ah oui, c’est vrai qu’on n’en a pas parlé. ça, en fait, c’est cette poudre-là, mais au lieu, enfin, c’est ce genre de poudre, au lieu de la rouler en cône, on la roule en boudin, en fait, mais simplement, il n’y a pas de noyau de bambou. Donc là, c’est intéressant aussi parce qu’on n’a pas ce bois qui va brûler avec. On enlève encore une partie qui serait peut-être indésirable et qui n’a pas vraiment d’intérêt. Ça c’est vraiment un des encents en médecine en tibétaine.
Ça c’est un encent qui est pressé. C’est dans un piston et puis ils pressent et après ils mettent les petits boudins.
J’avais une question au sujet d’un encens 100% local. On revient un petit peu à cette histoire de circuits courts, est-ce que c’est un fantasme occidental de penser qu’on aurait tout ici pour fabriquer nos ensembles et qu’on y faire, ou même dans les résines on a le pistachier lentisque, on a la propolis, on a plein de résines ?
Je pense que oui, complètement. Finalement on substitue la résine par une autre, puisqu’on en a plein, voilà tu les as cités, on peut prendre dans les genévriers, dans les épicéas, dans les pins, dans les pistachés. On peut utiliser de la propolis et puis derrière on utilise d’autres plantes, on peut faire de la poudre de bois de cèdre, de la poudre de bois de cadre qui pourrait remplacer du sental, la poudre de sental voilà on peut tout à fait formuler localement.
Et si on parlait des bénéfices et des inconvénients pour la santé, justement. On a commencé à en parler un petit peu, de la fumigation. Donc les bénéfices pour la santé, on a évoqué le système aspiratoire, avec peut-être assainir l’air, tout ce qui est infectieux. Le système nerveux, parce que bien sûr on peut relaxer, stimuler la sphère cognitive. On nous a parlé de fumigation, qui était peut-être ciblée vers des zones du corps, toujours dans des buts de désinfection, je suppose, des situations infectieuses.
Pas forcément. J’ai lu des enquêtes ethnobotaniques, notamment en Afrique, où les personnes utilisent des fumigations orientées vers les parties génitales. Ça peut être pour favoriser des accouchements, par exemple. Donc là, on n’est plus dans un autre domaine.
Côté littérature scientifique, toi tu as fait une recherche bibliographique assez avancée, je pense. On a quelques données, on a des études sur animaux, on a des études qui sont faites sur des pièces de différentes tailles pour montrer que les encens détruisent différents types de bactéries, différents types d’insectes. On n’a pas d’études sur humains, je suppose, à l’heure actuelle.
Si, on a quand même un encens à base de santal et de lavande, où on a mesuré les ondes cérébrales pendant la fumigation sur des humains pour le coup. Et là, en fonction des ondes qui sont observées avec, je crois que c’est un électroencephalogramme, ils arrivent à voir un effet sur la personne pour ce qui est côté relaxant et compagnie. Ça fait un changement d’état d’onde cérébrale avec l’exposition à l’encens santal lavande par exemple.
Oui, je suppose que c’est compliqué vu qu’on a décidé de mettre les encens dans la catégorie problématique pour la santé. Tu me dis si je me trompe, mais voilà, ça a été un peu classifié comme problématique pour le système respiratoire, irritant. J’ai ta page où tu parles des substances justement problématiques. Benzène, toluène, éthylbenzène, styrène, formaldéhyde, acétaldéhyde, acroléine. Alors pas tous les ensembles vont libérer ces substances-là bien sûr parce que s’il n’y a pas de colles, s’il n’y a pas d’ingrédients de la pétrochimie ou autre, on ne va pas avoir ce type de problème. Mais globalement, parlons un petit peu toxicité et bonne pratique.
L’idée qu’il faut avoir en tête quand même de base, c’est que si on brûle quelque chose, que ça soit naturel du coup ou synthétique, il y a une transformation des molécules et dans l’air on va avoir des molécules qui sont toxiques. Après pour moi c’est toujours l’idée, est-ce qu’on est exposé souvent ou pas, et ça c’est ce que les études sur la santé démontrent aussi, c’est que si on a une pratique où on ne s’expose pas trop souvent, puis ça nous renvoie aussi au fait que les encens c’est aussi des matières précieuses, et que c’est pas juste un objet de consommation, voilà, donc ça fait le lien entre à la fois le respect de la matière et notre propre santé, je trouve que c’est intéressant, donc on essaye de pas s’exposer trop souvent, et puis l’idée derrière c’est d’aérer les pièces. Donc on essaye de pas rester enfermé dans la fumée, on fait sa fumigation, dans l’idéal on peut même ouvrir pendant qu’on fait la fumigation, et puis derrière on ouvre la pièce. En fait les mesures de toxicité, elles démontrent que ça décolle de manière exponentielle au fur et à mesure que la fumée s’accumule. Et puis dès qu’on ouvre, ça décroît de manière exponentielle en fait. Donc en fait si on baigne dans la fumée, on s’expose à un risque, peu importe la matière. Après, ce qui démontre, c’est que des usages à une, deux, trois fois par semaine ne sont pas tellement problématiques. J’imagine qu’habiter au bord des périphériques, c’est bien plus dangereux que brûler de l’encens deux fois par semaine.
Qu’est-ce qui nous manque en termes de données scientifiques ? S’il y en avait un budget qu’on peut investir dans la recherche, c’est quoi que vous intéresserez-vous de savoir au sujet des encens pour les bénéfices de santé ?
Là on l’a dit un petit peu, finalement dans les recherches sur les produits, on va dire qu’il y a des usages traditionnels. on va faire brûler cet encens, on va regarder la composition de la fumée, et est-ce que les molécules peuvent corroborer, de ce qu’on sait comment elles agissent sur le corps, l’usage traditionnel. Donc ça peut être ça la démonstration, ou ça peut être on va exposer des rats ou des souris à ces fumées-là, et on va voir qu’est-ce que ça leur fait. Et du coup finalement il y a très peu d’études où on expose directement des humains pour voir ce que ça fait en fait. Donc peut-être ce serait ça, ce serait si on veut bricoler de manière scientifique aujourd’hui, ça serait peut-être d’aller simplement chercher des humains et refaire la même chose qu’on fait avec les rats, mais avec des humains.
Puis il y a l’approche aussi, c’est-à-dire que si tu cherches quelque chose, tu vas le trouver ou pas. Mais on peut se dire, qu’est-ce que ça fait, sans forcément poser de pseudo-réponse ou de réponse potentielle à la fin, et dire bon ben voilà, on va utiliser cette plante, cette résine, et on va essayer de voir qu’est-ce qui change dans le… je sais pas si c’est la psyché ou du moins dans le corps de la personne et essayer d’être un peu plus ouvert sur ce qui peut advenir quand on met en place le rituel et qu’il y a l’émission de la fumée.
Vous avez parlé du papier d’Arménie, Florent, c’est-à-dire d’abord faire une macération alcoolique de résine ou d’autres substances, et ensuite on trempe un papier dedans, on l’imbibe de cette substance résineuse aromatique pour la faire brûler. Par la suite, on connaît bien le papier d’Arménie pour ça. Est-ce que vous avez déjà testé d’autres macérations peut-être sur d’autres papiers ? C’est un truc que vous avez… Un petit peu exploré ?
Non, on n’a pas testé ça particulièrement. Pourtant en plus, je pense que ce n’est pas si difficile que ça à mettre en œuvre. Parce que l’idée, c’est de charger le papier en sel pour qu’il ne se consume pas trop vite d’abord. le faire sécher et derrière, effectivement, on trempe dans un bain de résine qu’on a dissous dans l’alcool et on le fait sécher.
Moi, j’ai déjà fait tremper des résines dans de l’alcool pour pouvoir faire des parfums d’intérieur. Donc, en fait, on aurait juste à récupérer ce parfum-là pour pouvoir l’appliquer sur le papier d’Arménie.
D’accord. Je vais simplifier à l’extrême, mais dis-moi si ça marche. Je prends un papier buvard, je le trempe dans une eau qui est peut-être saturée en sel, Je fais sécher et ensuite je trempe ça dans une teinture de propolis. Je fais sécher, je découpe des petites mandelettes. Ça fonctionne ?
Ça devrait. Dans l’idée, ça devrait, oui.
Il n’y a pas de raison que ça ne puisse pas marcher.
On va peut-être essayer. Ce n’est pas compliqué de tester ça. Est-ce qu’un jeune qui voudrait se lancer, fabriquer des encens naturels pour en vivre, est-ce qu’il y a un métier ? On a besoin de quoi pour réussir ?
Je pense que oui, mais après, il y a beaucoup de côtés. Tout dépend de l’optique, mais un côté autodidacte si quelqu’un veut se lancer là dedans. Parce que moi, c’est quand même vraiment très, très particulier ce que je fais. C’est que du coup, on est vraiment très peu à faire ce métier là et on utilise des vieilles recettes qui sont destinées à des lieux de culte.
Si tu vas sur un truc qui est plus alternatif, présent, je pense que du coup, il faut aller piocher dans tout ça, tout ce qu’on peut trouver, notamment ce que fait Flo, donc aller faire de la biblio et aller chercher un petit peu partout pour essayer de créer une synthèse de tout ça. Mais oui, je pense qu’il y a quelque chose qui peut être intéressant.
Quelque part, c’est la question que tu soulèves. Est-ce qu’on peut le faire de manière locale ? Quelqu’un qui veut se lancer pourrait tout à fait imaginer travailler comme ça, que ce soit un petit peu le… le cœur de son travail et puis cibler des gens qui s’intéressent à de la matière 100% locale, éthique, bio.
Tu dis, Adrien, il y a un marché religieux qui est très scripté, fermé avec des canaux de vente qui sont probablement réservés à quelques sociétés ?
C’est maintenant des grosses sociétés. Et puis du coup, il y a le culte qui fait qu’il y a des habitudes de consommation de telle ou telle paroisse. Et donc ça, c’est quelque chose qui va être un petit peu plus dur à faire bouger. Après, quelqu’un qui va aller avec une démarche un peu alternative, sur des terrains qui peuvent être le bien-être, qui peuvent être le néo-chamanisme, qui peuvent être religieux mais peut-être un petit peu moins dogmatique et un petit peu plus emprunt d’une tolérance et de diversité, va pouvoir développer une gamme qui marche.
Et vous, dernière question avant de terminer, vous utilisez pourquoi les encens ?
Alors, on en discutait justement tout à l’heure, il y a pas mal le côté parfum, donner une bonne ambiance. Quelque chose que je retrouvais dans les publis et qui m’a fait poser moi-même question, c’est en fait le côté convivial, effectivement. Il y a quelqu’un qui vient chez toi, tu fais brûler un encens avant. Il n’y a pas que le parfum, ça donne une atmosphère en fait. Voilà, il y a ce côté-là. Parfois je vais me dire, bah tiens, je vais brûler du bainjoin pour assainir la maison, la purifier d’un point de vue bactériologique par exemple. Ou du coup, si je m’oriente vers une pratique bouddhiste, ça peut être une offrande d’ensemble, parce que c’est l’offrande qui remplace toutes les autres offrandes, par exemple. Ça peut être aussi une manière de se préparer à une méditation ou à un enseignement. Ça peut être de se dire, je vais un petit peu chercher de l’apaisement, quelque chose un peu anti-stress, je vais utiliser un boswallia, un oliban, un côté anxiolytique. On peut après aller rechercher les résines ou les plantes, qu’est-ce qui est décrit, quelles sont leurs propriétés, et puis l’utiliser comme ça. Moi, je vais assez faire ça.
Pour te mettre dans un certain état d’esprit ?
Oui. Ou par exemple, je vais me dire aussi, si je brûle du storax, ou si j’utilise un lien avec le sys, ça a quelque chose d’hyper sensuel, ça donne une autre ambiance dans la maison.
Oui, puisqu’il nous parle à nous aussi personnellement, parce que dans ce qui me concerne, j’ai testé pas mal d’encens et de parfums, et dans certains moments difficiles, ce qui m’a le plus aidé, c’est la sauge blanche. Je pourrais pas expliquer pourquoi, mais c’est venu me poser une chape de tranquillité sur moi et m’ouvrir, et ça m’a fait un bien fou, alors que d’autres résines ou parfums ou encens n’ont pas cet effet-là sur moi.
Moi, c’est marrant, j’ai eu cette discussion avec mon oncle, du coup, la semaine dernière, Et il me disait, c’est un bricoleur invétéré, il aura toujours son petit atelier. Il me dit, des fois quand je bricole, je mets un charbon et puis des petites gouttes d’oliban. Et en fait, ça me met bien, ça me met dans une espèce d’ambiance apaisée. Et j’ai plus de lucidité quand je vais bricoler, quand je vais créer mes objets. Parce qu’en fait, quand il n’a pas une pièce, il l’usine, il la crée. Et du coup, ça le met dans un espèce d’état de quiétude qu’il n’a pas sans ça, en fait. Il a 80 ans et il utilise toujours tout plein de machines et il est toujours en train de créer des nouveaux trucs avec son petit oliban qui brûle à côté.
Et voici une pensée pour la fin. Brûler de l’encens pour trouver la créativité de créer de nouveaux encens. On va terminer là-dessus. Florent, merci, Adrien, merci pour votre générosité, pour votre partage. On est ici à la ferme de Perdicus. Merci pour toutes ces connaissances.
Merci à toi.
Petite rectification : une lectrice nous dit que « nature et progrès » a un cahier des charges très précis et délivre une certification bio concernant les encens.
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