Plantes et problèmes respiratoires liés aux incendies

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Bonjour,

Terrible ce qu’on est en train de vivre avec les feux de forêt. On a des régions qui brûlent et qui sont complètement dévastées. Et on se sent complètement impuissants.

Bon, du coup, aujourd’hui, j’aimerais qu’on réfléchisse à ce qu’on pourrait faire lorsque la fumée n’est pas très loin, qu’on est forcé d’inhaler ces particules et que cela crée des problèmes respiratoires mineurs.

On parle ici de petits désagréments, de petites inflammations des muqueuses, que ce soit des poumons, des sinus ou des yeux. Tout le reste, c’est bien évidemment du domaine du médical. Donc si vous ressentez une détresse respiratoire, si vous vous sentez faible, si vous avez des problèmes cardiaques, ou tout autre problème de santé qui s’aggrave avec la fumée, appelez les urgences sans attendre.

Je vous rappelle que je ne suis pas médecin, ni pharmacien, ni professionnel de santé. Les conseils donnés ici viennent en complémentarité du soin médical, avec l’accord de votre médecin si vous êtes en situation précaire.

Bien sûr, on va parler de plantes, mais il y a largement plus important. Restez aussi loin que possible de la fumée si vous le pouvez. Ne sortez pas sauf si on vous demande d’évacuer. Et si vous devez sortir, portez un masque de bonne qualité si vous en avez un.

Pas simple, cette histoire. On voit aux infos des situations précaires, avec des gens contraints de prendre la route dans des conditions loin d’être optimales. On pense fort à vous.

photo fumées incendie de forêt


Ma propre expérience avec le feu

En tout cas, chaque année, lorsque des régions brûlent, ça me rappelle ma propre expérience avec le feu.

Cela remonte à octobre 2003, j’habitais à San Diego en Californie du Sud. Et à cette époque, nous avons connu l’un des incendies les plus dévastateurs pour la région. Il était alimenté par les vents de Santa Ana, des vents très chauds et secs. Je ne sais pas si vous avez déjà vu comment la ville de San Diego est construite, il a de nombreux petits canyons dans la ville. Et ces canyons, pendant les périodes de sécheresse, sont comme du petit bois. Ce sont des couloirs hautement inflammables localisés un peu partout dans la ville. Sachant aussi que les maisons américaines sont faites en bois.

Bref, dans ces conditions idéales, l’incendie s’est propagé à une vitesse de 15 km2 par heure. Lorsqu’il a été enfin maîtrisé en début novembre, il avait détruit plus de 2 800 bâtiments, dont plus de 2 200 maisons. 15 personnes ont été tuées par le feu.

Et il est passé très près d’où j’habitais. On avait fait les valises et on attendait l’évacuation d’un moment à l’autre. Au final, nous n’avons pas été évacués, mais le feu était à quelques centaines de mètres. Et pendant plusieurs jours, nous avons vécu à l’intérieur, avec des serviettes mouillées sous les portes pour empêcher la fumée de rentrer. Le ciel était rouge et l’air irrespirable.

Donc je reconnais que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai vécu avec cette peur de tout perdre. J’ai vécu dans la fumée irrespirable. Et je m’en suis bien sorti sans rien perdre. Si vous êtes dans la même situation, je compatis vraiment avec vous. J’espère que vous resterez en sécurité.

Rue de San Diego, Californie


Comprendre l’inflammation pulmonaire induite par l’inhalation de fumée

Ceci étant dit, essayons de comprendre ce qui se passe lorsque nous inhalons de la fumée d’un incendie. Notre système respiratoire peut subir des dommages en raison des gaz et des particules que nous allons respirer. Les dommages peuvent se produire à différents niveaux, de la surface à la profondeur:

  • Premièrement, cela peut enflammer la muqueuse des voies aériennes supérieures (gorge et trachée). Ca brûle, ça nous fait tousser.
  • Ensuite, les particules peuvent descendre et enflammer les tissus pulmonaires.
  • Et enfin, l’inhalation de monoxyde de carbone ou d’autres gaz toxiques peuvent interférer avec la capacité du sang à oxygéner les organes vitaux. Ce qui peut créer des problèmes cardiaques d’ailleurs, nécessitant une intervention médicale.

Ce qui rend cette condition particulièrement insidieuse, c’est que les symptômes n’apparaissent pas forcément immédiatement. Certaines personnes se sentent bien pendant les premières heures après l’exposition, puis, en fonction de la quantité de fumée inhalée, vont développer des complications graves 24 à 48 heures plus tard.


Les trois stades de l’inflammation

Comme souvent, l’inflammation est au cœur du problème. On pourrait penser à trois stades d’inflammation, du gérable au très préoccupant et destructeur.

Initialement, le système respiratoire réagit avec une irritation qui s’exprime par une toux persistante. C’est un réflexe naturel pour expulser un irritant. Si la situation continue, l’inflammation peut causer un gonflement des voies aériennes (ce qu’on appelle un œdème), qui réduit le passage de l’air. On peut ressentir une respiration sifflante, comme lors des allergies ou d’un début de crise d’asthme. On peut cracher un mucus noirâtre, qui indique la présence de particules de suie dans les bronches.

À moyen terme, sans intervention médicale, cette inflammation peut progresser vers un œdème pulmonaire aigu ou une pneumonie : deux complications graves nécessitant une hospitalisation.

Et pour aller encore plus loin, l’inflammation chronique peut mener à une fibrose pulmonaire, qui est la formation de cicatrices permanentes du tissu pulmonaire.

Donc, comme vous pouvez l’imaginer, gérer l’inflammation et apaiser les muqueuses est une partie clé de la stratégie, en supposant que l’inflammation reste mineure et gérable. Encore une fois, je me répète, mais n’attendez pas avant de consulter un médecin.

Certaines personnes seront plus vulnérables que d’autres. Les personnes âgées ainsi que les jeunes enfants, les personnes ayant des maladies respiratoires comme l’asthme ou la BPCO, celles ayant des problèmes cardiovasculaires préexistants. Donc, des précautions supplémentaires doivent être prises avec ces personnes.

Des persones protègent leur voies respiratoires avec un mouchoir dans la fumée d'un incendie de bureau


Stratégies avec les plantes

Bien, cela dit, parlons d’axes de travail avec les plantes, en supposant que l’irritation reste tout à fait gérable et que l’on veuille se soulager un peu avec des préparations maison. Je vais retenir trois composants clés. On pourrait proposer d’autres stratégies bien évidemment, il n’y a pas une seule manière de faire. Donc…

  • Axe n°1 : Réguler l’inflammation dans la gorge, la trachée et les poumons (ici, nous sommes dans le domaine des plantes anti-inflammatoires)
  • Axe n°2 : Aider les poumons à excréter les déchets (ici, nous sommes dans le domaine des expectorants)
  • Axe n°3 : Aider les bronches à se réparer (ici, nous sommes dans le domaine de ce que nous appelons les plantes « restructurantes »).

Pour faire simple : les voies aériennes doivent rester ouvertes, le mucus fluide, le processus d’expectoration efficace, et le processus de reconstruction efficace lui aussi lorsque les cellules sont endommagées. Je pense que vous me suivez jusque-là.

Voici donc les trois catégories de plantes que je vous propose :

  • Certaines plantes riches en mucilages, car elles apaisent l’inflammation des muqueuses respiratoires.
  • Certaines plantes aromatiques qui aideront à expectorer le mucus rempli de déchets.
  • Et le petit plus : des plantes riches en silice, car la silice est nécessaire pour construire le collagène, et que ce collagène est un constituant principal des tissus pulmonaires.

Passons en revue ces catégories une par une.

1. Plantes riches en mucilages

Avant tout, les plantes riches en mucilage. On va leur donner une grande place dans notre mélange. Ici, nous avons de nombreux choix possibles. La guimauve, les fleurs de mauve, les fleurs de violette, les fleurs de tilleul, etc.

Nous pouvons faire un peu plus spécifique en choisissant des plantes mucilagineuses qui étaient utilisées dans la tradition pour les inflammations pulmonaires. Ici, nous avons les fleurs de molène (dont celles du bouillon-blanc), les fleurs de pulmonaire, les feuilles de plantain. Les fleurs de coquelicot pourraient être intéressantes ici, s’il y a une toux irritative qu’on a du mal à contrôler sans pour autant la bloquer (voir mon épisode sur le coquelicot pour comprendre ce que je veux dire).

Un peu de racine de réglisse si vous n’avez pas de problèmes d’hypertension ou de conditions cardiaques. Un peu de miel viendra rajouter un effet apaisant pour la muqueuse respiratoire.

En fin de compte, je m’en tiendrai à une plante que je peux cueillir dans ma région, les fleurs de molène (j’utilise chez moi la molène de Boerhaave, mais d’autres sont tout à fait utilisables). N’hésitez pas à adapter à votre région. Il devrait y avoir beaucoup de plantes mucilagineuses autour de chez vous.

Plantes et problèmes respiratoires liés aux incendies, les mucilagineuses

2. Plantes aromatiques qui aident à fluidifier et à déplacer le mucus

Notre deuxième catégorie : les plantes aromatiques qui aident à expectorer. J’aime beaucoup le thym, tout simplement. Mais vous avez aussi l’eucalyptus, l’hysope, les bourgeons de pin, le myrte, l’aunée, le lierre terrestre (frais idéalement). Ici encore, je m’en tiendrai à une plante que je peux cueillir dans ma région ou que vous avez peut-être au jardin, le thym.

Plantes et problèmes respiratoires liés aux incendies, les aromatiques

3. Plantes riches en silice

Notre troisième catégorie : en termes de plantes riches en silice, je vais choisir la prêle. D’abord, parce qu’elle est très riche en silice. Je peux la trouver dans ma région. Et dans le passé, on l’utilisait pour toute condition pulmonaire grave avec dommages tissulaires et même saignements des poumons, une situation qu’on rencontrait dans la tuberculose et d’autres conditions pulmonaires graves.

La plante semble donc avoir une forte affinité pour la reconstruction des poumons. Je vous rappelle que nous utilisons uniquement la prêle des champs (Equisetum arvense), pas n’importe quel type de prêle.

En termes de contenu en silice, nous pourrions également utiliser l’ortie, le bambou, la paille d’avoine et d’autres plantes riches en minéraux. Mais là encore, il me semble que la prêle a quelque chose de plus intéressant pour les conditions pulmonaires.

Plantes et problèmes respiratoires liés aux incendies : la silice

Composer le mélange

Maintenant, je vais composer mon mélange. Ici, l’hydratation est essentielle. Il faut boire, ça va aider à maintenir des sécrétions pulmonaires saines. Je vais donc composer une tisane.

On va formuler quelque chose de simple. Dans une grande tasse à tisane, on pourrait mettre :

  • Une petite cuillerée à soupe de fleurs de molène (du bouillon-blanc par exemple)
  • Une bonne cuillerée à café de feuilles de thym. Assurez-vous que votre thym est bien aromatique.
  • Une petite cuillerée à soupe de prêle finement coupée
  • Et un peu de miel.

Vous laissez infuser pendant 10 à 15 minutes à couvert. Filtrez. C’est tout. Vous buvez une gorgée régulièrement tout au long de la journée. Je ferais deux à trois tasses par jour. Et ceci pendant la durée de l’exposition.

N’oubliez pas de filtrer votre tisane car elle contient de la molène qui a des petits poils qui sont irritants pour les poumons. Passez-la à travers un filtre à café bio ou plusieurs couches d’étamine alimentaire, et pas juste une passoire à infusion car les mailles de la passoire seront trop grandes pour les minuscules poils.


Inhalations

S’il n’y a pas de gêne respiratoire (je vous rappelle qu’on ne parle pas de symptômes préoccupants ici, juste de petites irritations gérables, sinon c’est le médecin direct) : les inhalations humides peuvent faire du bien. Et on peut juste faire avec de la vapeur d’eau. On verse de l’eau chaude dans un saladier, serviette sur la tête pour garder la vapeur autour du nez et de la bouche. Et on inspire par le nez pendant 5 à 10 minutes. Bien sûr, pas trop chaud, n’allez pas vous brûler.

Vous pourriez ajouter des plantes aromatiques avant de verser l’eau chaude. Eucalyptus, romarin, thym. La lavande serait excellente ici si vous en avez. Un mélange de ces plantes, pourquoi pas. Une petite poignée pour un saladier d’eau.

La vapeur est plus importante que les plantes ici. Juste de la vapeur d’eau peut faire beaucoup de bien, elle vient humidifier les poumons et aide à réduire la congestion, aide l’expectoration. Je ferais au moins deux inhalations par jour.

inhalation de vapeur d'eau


 

Lavages oculaires

Si les yeux sont enflammés, un simple lavage oculaire peut calmer l’irritation. Vous pouvez acheter des petites bouteilles de sérum physiologique en pharmacie, très pratique, quelques gouttes dans chaque œil. Ou vous pouvez faire ce liquide vous-même ; vous trouverez de nombreuses pages web ou vidéos sur Internet vous expliquant comment faire en utilisant de l’eau bouillie et la bonne quantité de sel de table (9 g pour un litre pour être précis).

Ce même liquide peut être utilisé pour rincer les sinus avec un pot neti par exemple, pour calmer l’inflammation des sinus et pour éliminer les déchets accumulés.

Vous pouvez intégrer des plantes dans la solution saline. Techniquement, c’est donc une tisane salée, en utilisant 9 g de sel pour un litre d’eau (et vous n’avez pas besoin de faire un litre, ajustez selon vos besoins). On met les plantes, l’eau froide et la bonne quantité de sel dans une casserole. On porte à ébullition puis on laisse frémir pendant quelques minutes à couvert. On filtre soigneusement le liquide car on ne veut pas de morceaux de plantes dans les yeux, évidemment. Une fois que le liquide a refroidi, on peut l’utiliser pour rincer les yeux ou les sinus.

Ce liquide ne se conserve pas longtemps. Quelques heures tout au plus. Peut-être un peu plus longtemps au réfrigérateur. Donc il est préférable de faire un nouveau liquide à chaque fois, vu qu’il doit être stérile.

Quant aux plantes, faites simple. Le plantain est excellent, et vous pouvez trouver du plantain partout où vous vivez en principe. Le bleuet est également un grand classique. On pourrait aussi utiliser la camomille romaine, l’euphraise, ou d’autres plantes de la tradition pour les inflammations oculaires.

Je me répète, mais un simple sérum physiologique fera très bien le travail si vous n’avez rien d’autre.

Lavage des yeux avec pipette de sérum physiologique


 

Bien, ceci boucle tout ce que j’avais à vous dire pour les poumons, les yeux, les sinus. J’espère sincèrement que vous n’aurez pas besoin de mettre en place ces conseils et que vous êtes loin de tout incendie. Mais si cette vilaine fumée s’approche, j’espère vous avoir donné quelques outils pour calmer l’irritation. Et surtout, si ça va au-delà d’une simple irritation, allez consulter un médecin ou allez aux urgences si vous avez un doute.

On pense à vous. J’espère que vous arriverez à rester en sécurité…

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