Le bouillon-blanc

Verbascum thapsus

Bouillon-blanc (Verbascum thapsus)

J’ai passé mon enfance en Provence, à un endroit où le bouillon-blanc abonde. Je me souviens avoir joué au milieu de ces hautes tiges qui pendant quelques années furent plus grandes que moi. Une fois la tige sèche, nous en faisions des épées, combattant de nombreux dragons imaginaires qui crachaient leur feu sur nos boucliers. Je ne savais pas à l’époque qu’effectivement, cette plante nous aide à combattre le feu, pas des dragons mais des inflammations…


Nom latin :

Verbascum thapsus.

Les autres espèces de Verbascum sont en général médicinales : Verbascum sinuatumV. densiflorumV. phlomoides, etc. Bien que ces dernières ne soient pas appelées « bouillon-blanc ». Lieutaghi(4) nous rappelle que de toute façon, toutes les espèces s’hybrident facilement entre elles, « et font du genre Verbascum un casse-tête pour le botaniste : l’herboriste, heureusement, n’a cure de ces subtilités« .

Noms communs :

Bouillon-blanc, Molène, Molène bouillon-blanc, Cierge de notre-dame, Herbe saint fiacre

Famille :

Scrophulariaceae

Constituants :

Flavonoïdes (verbascoside, herpéridine), mucilages, saponines, tanins et huiles volatiles.


Germination, culture et entretien

Pour plus d’informations sur la germination et la culture du bouillon-blanc, ainsi que pour acheter mes graines, veuillez cliquer sur l’image ci-dessous.

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Description

Je donne ici une description simple, en utilisant mes propres termes d’homme de terrain. Les botanistes, j’espère, m’excuseront pour cette vulgarisation.

Le bouillon-blanc est une plante bisannuelle : elle vit deux ans puis monte en graines et laisse place à la génération suivante. Elle se trouve dans quasiment toutes les régions de France.

La première année, pendant le printemps et l’été, elle développe une rosette de feuilles qui reste au ras du sol. Les feuilles sont de forme ovale et pointue, relativement grandes (atteignant 40 à 50 cm) parfois sinuées (dans le cas de Verbascum sinuatum). Les feuilles sont d’un vert tendre, assez robustes et épaisses tout en étant souples. Les feuilles sont couvertes de petits poils blancs que l’on peut voir lorsque l’on s’approche assez près.

Voir photos ci-dessous, la première de Verbascum thapsus (feuilles non-sinuées) et la deuxième de Verbascum sinuatum (feuilles sinuées).

Bouillon-blanc (Verbascum thapsus)
Bouillon-blanc (Verbascum thapsus)
Molène sinuée (Verbascum sinuatum)
Molène sinuée (Verbascum sinuatum)

Les parties aériennes du bouillon-blanc sont très résistantes aux froideurs de l’hiver. On arrive même à trouver les feuilles intactes sous la neige.

Le printemps suivant, la rosette va commencer à monter autour d’une tige unique qui donnera lieu au fameux « cierge de notre dame ». Les feuilles sont plus grandes au ras du sol, et deviennent de plus en plus petites en se rapprochant de la tige fleurie. Certaines espèces comme Verbascum sinuatum donneront lieu à de multiples tiges fleuries et une forme générale tout à fait différente de V. thapsus.

Toutes les fleurs ne s’ouvrent pas en même temps, ce qui complique la tâche de l’herboriste amateur. Elle s’ouvrent en suivant une logique qui est propre à la plante. Quelques fleurs s’ouvrent puis se fanent, alors que la majorité de la tige n’a soit pas encore fleuri, soit a déjà fleuri. Pour la ramasse une certaine quantité de fleurs, il faut donc faire des passages fréquents.

La fleur est jaune vif et présente une corolle à 5 pétales. La fleur comporte 5 étamines, 3 supérieures plus courtes avec des poils sur leur filament, et 2 inférieures plus longues. La fleur, riche en nectar, fait le bonheur des abeilles et autres butineurs.

Bouillon blanc (Verbascum thapsus)

Bouillon blanc (Verbascum thapsus)

Le bouillon-blanc va ensuite peu à peu sécher en fin de vie pour laisser place à des tiges droites et marron pendant l’hiver de sa deuxième année, tige qui va persister encore plusieurs mois pour éparpiller ses graines.

Les capsules de graines sont très dures et s’ouvrent grâce à deux petites valves qui répandent les graines minuscules près de la plante mère. C’est pour cela que l’on trouvera probablement d’autre plants dans la même zone l’année d’après, pas exactement au même endroit mais pas trop loin non plus.

Pour cultiver vous-même la plante dans votre jardin, suivez les instructions décrites sur mon site « Le Jardin des Médicinales ».

Pour acheter les graines, visitez le catalogue de graines sur mon site « Le Jardin des Médicinales ».


Tempérament

  • Feuille et fleur : raffraichissante et humidifiante
  • Racine : légèrement réchauffante, en médecine chinoise drainant l’humidité dans le « foyer inférieur » (foie, intestins, reins, vessie)

Goût

  • La feuille est légèrement salée et mucilagineuse, légèrement amère

Parties utilisées

  • Les fleurs : séchées en infusion, ou séchées en macérât huileux ;
  • Les feuilles :  séchées en infusions. Passez la tisane au filtre à café ou au travers d’un tissu fin pour éliminer les poils qui seront irritants pour la gorge.
  • La racine : séchée en décoction, ou fraîche ou séchée en teinture mère.

Toutes les parties de la plante peuvent donc être utilisées, ce qui fait du bouillon-blanc une plante très versatile pour l’herboriste amateur.

Les fleurs se sèchent relativement bien. Par contre, elles ont tendance à pomper l’humidité, car elles sont riches en mucilages. Une fois sèches, gardez les dans un bocal hermétique afin d’éviter la réhumidification. J’en garde parfois dans des sacs en papier dans un endroit sec faute de place dans les bocaux, acceptant le fait qu’elles se regorgent d’humidité, puis sèchent à nouveau. Ce processus limite leur durée de vie. Le risque principal pour la conservation est donc la moisissure. Une fois moisies, il faudra les composter.

Les fleurs ne peuvent se cueillir que la deuxième année, avec des passages fréquents près de la plante pour en récupérer les fleurs épanouies. C’est un processus laborieux. Evidemment, ne coupez pas toute la tige, car le bouillon-blanc n’en fait qu’une. Tirez juste la fleur. Pour cela, une pince à épiler peut s’avérer utile. Repassez tous les jours jusqu’à ce que vous ayez récupéré la quantité nécessaire.

Pour récolter la fleur, je préfère largement Verbascum sinuatum pour des raisons pratiques. D’abord, elle a les mêmes propriétés que V. thapsus. Mais elle fait surtout de fines tiges fleuries et multiples. Les fleurs sont espacées sur la tige, ce qui me permet de placer mes doigts à la base de cette tige, et de remonter en tirant, récupérant ainsi toutes les fleurs (ouvertes ou en bouton) de la tige dans ma main. J’en ai vite rempli un panier. Ci-dessous, un bocal de fleurs séchées de V. sinuatum.

Bouillon blanc (Verbascum sinuatum)

Pour les feuilles, cueillez-les sur la plante pendant sa première année. La deuxième année, une grande partie de l’énergie de la plante (et donc de ses composants) s’élève dans la tige fleurie. Cueillez-en quelques belles feuilles par rosette, cela suffira pour votre récolte, tout en préservant la plante. La feuille est grande et peut être découpée pour en faire plusieurs infusions.

La feuille sèche pompe encore plus l’eau que la fleur. Il faudra donc prendre les mêmes précautions que pour la fleur. Mais la quantité de feuilles à stocker est souvent importante car la feuille est volumineuse. Je garde les miennes dans de grands sacs en papier dans un endroit sec, et jusque-là j’ai pu les conserver assez longtemps.

Si la feuille commence à s’assombrir au fil des mois, il se peut qu’elle ait pris un peu trop l’humidité, la couleur sombre étant un signe de vieillissement prématuré. Le compost les attend. Voir photo ci-dessous.

Bouillon blanc (Verbascum thapsus)

Pour la racine, ramassez-la sur les plantes pendant l’automne et l’hiver de la première année, lorsque toute l’énergie est repartie vers les racines. Comme pour toutes les racines, il vaut mieux attendre un jour de pluie à un moment où la terre est souple. Le bouillon-blanc aime les terres compactées, et extraire une racine intacte d’un terrain sec sera très difficile. La plante possède une racine principale centrale (une grosse « carotte »), avec parfois des bifurcations secondaires dues à un dommage infligé par des larves, ou à cause d’une pierre qui se trouvait sur son chemin.

Certaines racines seront mangées en partie par des larves. Une fois brossée et nettoyée, coupez la racine dans le sens de la longueur afin d’exposer les larves éventuelles et les retirer. Si la racine est trop mangée, compostez-la directement. Une fois nettoyée, vous pouvez la faire sécher pour la teinturer plus tard ou pour faire une décoction. Contrairement à la fleur ou la feuille, la racine ne pompe pas l’eau.

Si vous désirez faire une teinture tout de suite, suivez la méthode de teinture de plante « quasi fraîche » décrite dans l’article sur la teinture mère par macération.

Vous ne trouverez pas de produits à base de racine de bouillon-blanc dans le commerce. Vous ne trouverez pas non plus la racine en vrac dans les herboristeries. Il faudra donc la cultiver et/ou la ramasser vous-même.

Bouillon blanc (Verbascum thapsus)


Utilisation

Etat sous-jacent des tissus : secs, enflammés, avec constriction

La fleur et la feuille de bouillon-blanc sont remplis de mucilages. Les mucilages emprisonnent l’eau et sont adoucissants. Le goût de la feuille est légèrement salé, et on se souviendra qu’en physiologie l’eau suit le sel. On en conclut donc que la fleur mais surtout la feuille ramènent l’humidité et la douceur aux endroits secs, enflammés et à vif.

Sphère ORL

Toux sèche et caverneuse : la tisane des feuilles de bouillon-blanc est particulièrement efficace lorsque la personne souffre d’une toux sèche, non productive, avec une gorge irritée et enflammée, et des quintes qui semblent secouer toute la cage thoracique. Les quintes sont parfois accompagnées de douleurs intercostales tellement l’effort semble épuiser la personne. Le son est caverneux.

F.J. Cazin(2), célèbre docteur de campagne du 19ème siècle, utilise une « décoction des fleurs dans les affections de poitrine, soit avec le suc de réglisse, soit avec du miel« . On arrive à voir l’intérêt de cette association, la réglisse étant elle aussi légèrement émolliente, douce et surtout anti-inflammatoire, et le miel étant émollient et doux.

Picotements de gorge : la tisane des feuilles va calmer l’inflammation des picotements et les inflammations au niveau du larynx et de la trachée. Ces picotements commencent parfois d’une façon nerveuse, mais au bout d’un moment un cercle vicieux s’installe. La gorge est rouge et enflammée (sans infection ni écoulement nasal) et les picotements, expression de l’inflammation, font à nouveau tousser la personne. Cette inflammation doit être maîtrisée car elle se transformera vite en infection, la muqueuse enflammée devenant affaiblie.

Les enfants sont particulièrement susceptible à ces picotements, car ils ont beaucoup de mal à se contrôler et n’arrêteront pas de tousser, aggravant la situation.

Matthew Wood nous rappelle que dans ces cas d’inflammation du larynx, la voix de la personne peut être plus grave ou plus aigüe que d’habitude(1), ce qui peut être un signe que le bouillon-blanc est indiqué.

Lorsque les toux ou les picotements de gorge sont de nature allergique, rajoutez des feuilles de plantain à la tisane (Plantago lanceolataou P. major), car il est anti-histaminique.

Pour les enfants qui ont la gorge enflammée et qui picote, je vous conseille d’essayer la recette suivante : faites bouillir un peu de lait, puis éteignez le feu et faites infuser une pincée de fleurs de bouillon-blanc à couvert pendant 20 minutes. Filtrez, ajoutez une cuillère de miel et faites boire le mélange à l’enfant.

Vieille toux : lorsqu’une bronchite ou autre infection pulmonaire est mal résolue, elle s’installe parfois d’une manière chronique et elle traîne dans le temps. Elle s’assèche au bout d’un moment, car les muqueuses pulmonaires épuisées n’arrivent plus à fabriquer un mucus de bonne qualité. La tisane de feuilles de bouillon-blanc va ramener de l’humidité vers ses muqueuses. Je conseille dans ces cas là de l’accompagner de thym, et si vous en avez de racine de grande aunée (Inula helenium) en décoction. Sinon, le mélange bouillon-blanc et thym devrait faire l’affaire. Il faudra en boire régulièrement pendant la journée, et en quantité suffisante (3 ou 4 grandes tasses), jusqu’à ce que l’haleine sente le thym (un signe que les huiles essentielles du thym sont parvenues aux muqueuse pulmonaires par circulation sanguine).

Resserrement des voies respiratoires : Matthew Wood conseille le bouillon-blanc lorsque la personne a un sentiment d’oppression et de resserrement dans les voies respiratoires(1). La personne n’arrive pas à inspirer complètement, se sent prise dans un étau, et cette impression peut remonter depuis la trachée et le larynx jusqu’à la boite vocale et les sinus. Ceci crée parfois un sentiment d’étau émotionnel, avec un crane qui semble compressé. Cet étau est aussi parfois ressenti dans les cas de sinusite allergique (associer au plantain).

Telle la belle tige fleurie et droite du bouillon-blanc qui s’élève vers le ciel, la tisane des feuilles va rouvrir ces voies respiratoires comprimées, les humidifier et les refroidir (calmer l’inflammation), amenant un sentiment d’ouverture vers le haut (la tête).

Cette situation s’applique aussi dans les cas d’asthme de nature spasmodique. Notez bien que la plupart des cas d’asthme aujourd’hui sont de nature allergique, et que le bouillon-blanc n’aura dans ces cas là qu’un effet marginal. Si l’asthme est de nature spasmodique par contre, le bouillon-blanc ira relaxer et humidifier les muqueuses pulmonaires. Grieve(5) nous rappelle que certains asthmatiques fument la feuille de bouillon-blanc et obtiennent un soulagement rapide.

D’autres conditions pulmonaires associées à un sentiment de resserrement et d’oppression peuvent aussi bénéficier de la feuille de bouillon-blanc, les cas d’emphysème par exemple.

Otites et douleurs d’oreille : c’est la fleur qui est utilisée ici. Tout d’abord, préparez un macérât huileux à partir des fleurs récemment séchées (faites cette préparation à l’avance). Prélevez une petite quantité de macérât dans une cuillère à café. Faites légèrement chauffer à la flamme afin que le macérât soit chaud (pas trop). Ajoutez ensuite une ou deux goutte de jus d’ail frais (écrasez une gousse et récupérez un peu de jus). Mélangez, imbibez un morceau de coton et placez dans l’oreille douloureuse, gardez le plus longtemps possible. Répétez l’application si nécessaire.

Une teinture mère de fleurs de bouillon-blanc peut aussi s’avérer utile dans les cas d’otites chroniques, accompagnée de teinture defleurs de sureau (Sambucus nigra) et de teinture d’échinacée (Echinacea purpurea, E. pallida ou E. angustifolia).

Attention : s’il y a un risque de perforation du tympan due à l’otite, ne mettez rien dans l’oreille, et surtout pas une huile. Consultez votre docteur en cas de doute.

Sphère structurelle et musculaire

La sphère structurelle et musculaire est inconnue en Europe mais relativement bien développée aux Etats-Unis grâce à Matthew Wood et ses élèves. Vous ne trouverez cette indication documentée nulle part ailleurs. Vous ne trouverez aucune étude scientifique à ce sujet, vu que l’indication a été introduite relativement récemment. Vous trouverez par contre de nombreux herbalistes Américains qui ont validé cette indication au travers de leur expérience clinique.

« Humidification » des articulations : Matthew Wood recommande le bouillon-blanc pour les cas d’articulations sèches et enflammées(1). La feuille ou la racine de bouillon-blanc peuvent ramener le fluide synovial là où l’articulation en a besoin, protégeant donc le cartilage contre les dommages affligés par la friction. L’articulation peut être enflée. D’une manière indirecte, il peut donc calmer l’inflammation des muscles et tendons autour de l’articulation enflammée. Pensez au bouillon-blanc pour les cas d’articulations douloureuses, combiné avec d’autres plantes comme la scrofulaire (Scrofularia nodosa) et les plantes anti-inflammatoires (Curcuma longa, etc).

Ceci s’applique en particulier à la colonne vertébrale, qui comme la tige fleurie du bouillon-blanc, doit rester droite et solide. Le bouillon-blanc ramène de la lubrification aux articulations, les rendant plus flexibles et aidant la personne à se redresser.

Cette propriété peut s’avérer utile lorsque la personne subit une fracture qui est difficile à remettre en place à cause d’une structure osseuse inflexible autour de la fracture. Le bouillon-blanc, en humidifiant les articulations autour, redonne une certaine flexibilité à la structure osseuse. La feuille de bouillon-blanc peut être appliquée en cataplasme pour les cas de fracture de côtes.

Wood recommande de faibles doses de teinture mère plusieurs fois par jour. La tisane peut aussi être « micro dosée », en buvant un quart de tasse plusieurs fois par jour.

Sphère urinaire

La sphère urinaire est elle aussi relativement bien développée. En apparence, nous allons voir que les indications de Cazin(2) et de Moore(3) se contredisent. Mais lorsque l’on creuse un peu plus, on s’aperçoit qu’elles décrivent les deux facettes du même problème.

Cystite : Cazin recommande l’infusion ou la décoction de fleurs de bouillon-blanc dans les affections aigües des voies urinaires, lorsque la personne doit uriner mais n’y arrive pas à cause de la douleur, avec une urine fine et peu abondante. Le bouillon-blanc va rendre les urines « limpides et abondantes« . On voit ressortir ici ses propriétés diurétiques. La feuille peut être substituée à la fleur.

Incontinence : Moore recommande la racine de bouillon-blanc pour les cas suivants :

  • L’incontinence, en général ou lorsque au lit, due à une cystite chronique ;
  • L’incontinence, fonctionnelle, due à un manque de tonus des muscles de la vessie, le muscle trigone en particulier ;
  • L’incontinence causée par un stress physique : toux violente, soulèvement de poids lourds, rire, course à pieds, cystocèle causé par un accouchement ;
  • L’incontinence chez l’enfant (énurésie), avec une large quantité d’urine, due à un manque de tonus de la vessie, en particulier lorsque l’incontinence se prolonge après 4 ans.
  • Chez l’enfant qui a toujours envie d’aller uriner, disons toutes les 30 minutes, et ne peut donc pas entreprendre de longs voyages.

Chez Cazin, elle facilite la relâche d’urine. Chez Moore, elle la freine. Contradiction ?

Pas du tout. Nous avons ici un effet stabilisateur sur la vessie. Lorsque la vessie est infectée, avec des muscles enflammés et tendus de douleurs, le bouillon-blanc calme et relaxe. Lorsque la vessie est trop relaxée, le bouillon-blanc tonifie les muscles lisse. Elle ramène donc la vessie vers un état de santé. Les plantes s’adaptent aux situations, et cette intelligence ne cesse de m’étonner.

Prostate : Moore conseille la racine pour les inflammations de la prostate ou d’autres parties de l’appareil génital masculin après un effort sexuel. La racine peut être utilisée pour les cas d’hyperplasie bénigne de la prostate, combinée avec les autres plantes connues pour cette condition : le palmier nain (Serenoa repens) et l’épilobe (Epilobium angustifolium).

Indications diverses

Engorgement des ganglions lymphatiques : Wood la recommande dans tous les engorgements des ganglions lymphatiques, en interne mais aussi en application externe sur le ganglion engorgé : la feuille peut être humidifiée avec un peu d’eau chaude, écrasée et appliquée en cataplasme dans un linge (les poils de la feuille pouvant être urticants pour certains). Ceci inclut les lymphœdèmes après ablation des ganglions lymphatiques dus à un cancer du sein.

Les angines font partie de cette indication, les ganglions concernés étant les amygdales. Pour les angines, je conseille d’ajouter de la sauge qui est astringente pour les muqueuses enflammées (infusion des feuilles) et de l’échinacée.

Hémorrhoides : Cazin nous dit que « les feuilles bouillies dans du lait, et appliquées en cataplasme sur les hémorroïdes douloureuses apportent du soulagement« .

Diarrhées : la feuille de bouillon-blanc est légèrement astringente, elle va donc (en infusion) calmer les intestins enflammés par une colite ou une entérite. Etant mucilagineuse, elle va aussi recouvrir la muqueuse pour la protéger. Pour moi, il y a de meilleurs astringents pour calmer une diarrhée, mais si le bouillon-blanc est présent dans vos placards et que vous n’avez rien d’autre, il fera très bien l’affaire.

Arrêt du tabac : la feuille de bouillon-blanc a été longtemps utilisée comme substitut du tabac. Ceux qui veulent s’arrêter de fumer d’une manière progressive peuvent couper le tabac avec de la feuille de bouillon-blanc coupée finement et pas trop sèche (sinon elle peut être irritante pour la trachée).

Circulation des jambes : Maud Grieve(5) nous explique que les feuilles étaient placées à l’intérieur des chaussettes de ceux qui avaient une mauvaise circulation et les pieds toujours froids. L’action se fait probablement par irritation due aux poils, et qui dit irritation dit apport de sang vers la région irritée.

Utilisations ésotériques

Protection contre les mauvais esprits : étonnamment, c’est une utilisation qui se retrouve en Europe, en Asie et en Inde. La plante a, selon les folklores locaux, la capacité de faire fuir les mauvais esprits. En Inde, elle est connue comme bouclier contre la magie et les ensorcellements. C’est l’une des raisons pour laquelle, outre sa beauté, elle est plantée dans de nombreux jardins.

On se souviendra qu’Ulysse arriva à se protéger de la puissante magicienne Circé grâce à cette plante.


Références

(1) Wood, Matthew, « The Earthwise Herbal: A Complete Guide to Old World Medicinal Plants« , 2008

(2) Cazin, F.J., « Traité pratique & raisonné des plantes médicinales indigènes« , 1850

(3) Moore, Michael, « Specific Indications for Herbs in General Use », 3ème édition

(4) Lieutaghi, Pierre, « Le Livre des Bonnes Herbes« , 3ème édition réviséé, 1996

(5) Grieve, Maud, « A Modern Herbal, Volume 2« , 1931


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9 thoughts on “Bouillon-blanc (Verbascum thapsus)

  1. Bonjour:
    Est que on peut utiliser les fleurs fraiches pour fair de la teinture, et avec les feuilles fraiches?
    Merci

    Répondre
    • Bonjour Elena,
      La feuille et la fleur se prépare en général en infusion. La teinture n’est pas la forme la plus élégante. Si je devais faire une teinture, j’utiliserais la feuille récemment séchée afin de mettre un taux d’alcool le plus bas possible, disons 35°, et donc contenant le plus d’eau possible afin d’extraire le plus de mucilages possibles.

      Répondre
  2. Bonjour et merci pour cet article.
    J’ai acheté des fleurs de molene pour mes problèmes de respiration. Mon pharmacien m’a dit que c’était plus employé que les feuilles mais je me demande si je n’aurai pas du prendre les feuilles.
    Mes soucis sont début d’emphysème, asthme, toux. Je me sens fort opressé et ce 24/24 mais jamais de crise. Capacité respiratoire 60% au dernier examen mais je pense que ça c’est amélioré. J’ai arrêté de voir les médecins car pas d’amélioration même avec des médicaments. C’est clair que c’est psychologie (j’ai déjà réussi à enlevé quelques blocages) mais maintenant j’ai besoin de rééduquer mes bronches.
    Si vous avez un avis entre les fleurs et feuilles merci de me le faire savoir. Je peux également faire les 2. Je suis super motivée :)
    Bonne journée

    Répondre
    • Fleurs plus employées que les feuilles – certainement vrai en France, par habitude de la profession d’herboriste, et aussi beaucoup plus esthétique et présentable. Plus efficace – non, pas dans mon humble avis, je préfère largement la feuille pour la sphère pulmonaire.

      Répondre
  3. j’ai un bouillon blanc qui fleurit et dont je collecte les fleurs
    et deux rosettes qui poussent à un autre endroit
    ce qui ne fait pas beaucoup et j’hésite à couper les feuilles des bouillons blancs 1ère année de peur de les affaiblir pour la saison prochaine …..
    puis je cueillir des feuilles sans affaiblir la plante ?

    Répondre
    • Oui vous pouvez, récupérez les feuilles les plus basses et les plus grosses (près du sol), la plante continuera à produire des feuilles. Idéalement ne pas cueillir plus de 10% de la masse de feuilles.

      Répondre

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