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Les constitutions : à quoi servent-elles en herboristerie ?

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Bonjour,

Ca fait plusieurs fois qu’on me pose cette question. C’est quoi cette histoire de « constitutions ». J’ai entendu dire qu’il y a des constitutions ayurvédiques, homéopathiques, hippocratiques. C’est basé sur quoi, et ça sert à quoi.

Donc, aujourd’hui, j’aimerais vous expliquer brièvement à quoi pourrait servir l’étude de ces constitutions. C’est un concept qu’on retrouve dans de nombreux courants de médecine traditionnelle effectivement. On les trouve en médecine ayurvédique, je crois comprendre que la médecine traditionnelle chinoise les a rajoutées récemment. On les trouve en médecine coréenne, tibétaine. Un peu plus à l’ouest, on a les constitutions homéopathiques, les constitutions hippocratiques. Donc on en parle aujourd’hui, d’une manière globale sans trop rentrer dans les détails. Surtout pour se demander : à quoi ça sert ?

Avant de démarrer, je vous rappelle que l’école Altheaprovence vous propose toute une gamme de formations sur l’herboristerie appliquée, pour vous aider à comprendre comment vous pouvez accompagner vos proches ou vos clients pour différents types de problématiques de santé, toujours en complément d’un suivi médical.

Je vous rappelle aussi que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Les informations partagées dans cet épisode sont à visée éducative uniquement et n’ont pas vocation à remplacer un suivi médical.

illustration des constitutions, chaud/froid/sec/humide


Une constitution, c’est quoi ?

Alors une constitution, c’est quoi exactement ? C’est une caricature. Et ici on parle d’une personne.

Donc c’est une caricature d’une personne, pas nécessairement dans son apparence physique, bien que souvent le physique va donner des informations, mais encore plus intéressant, sur sa manière de fonctionner. Son terrain. Ses forces et ses faiblesses fonctionnelles. Et ceci va, indirectement, influencer le physique. C’est pour ça que dans la description de ces constitutions, il y a souvent un aspect physique, dans les traits de la personne.

Une partie de cette caricature sera déterminée de naissance, par notre patrimoine génétique si vous voulez. Et une partie sera développée au travers de notre vie, en fonction de l’environnement dans lequel on évolue. De notre histoire de vie. Parfois on utilise le terme « constitution » pour la partie fixe, de naissance, et le terme « tempérament » pour la partie plus variable. En médecine ayurvédique, on utilise les termes Prakriti et Vikriti.

Mais bon, je ne vais pas trop vous compliquer les choses, on va garder juste le terme « constitution » à ce stade avec une partie innée et une partie acquise.

Ces constitutions ont toujours une application pratique. Dans le sens où elles sont censées nous aider à reconnaître certains fonctionnements et sortir certains outils. C’est ça, le but. C’est très pragmatique. C’est se dire, pour cette personne, telle ou telle catégorie de plante sera plus adaptée que d’autres.

Bon, je réalise que très vite, il va falloir que je vous donne des exemples.

A la base d’une constitution, en médecine de l’Est, il y a souvent un système de chaud, froid, sec et humide. Et même chez nous, il y a bien longtemps, Hippocrate (donc on parle ici de l’Antiquité, de la Grèce antique), avait défini des constitutions basées sur ces mêmes courants énergétiques. Je vous avais fait une série d’épisodes sur cette histoire de chaud, froid, sec et humide. Ça, c’est un peu les pierres de construction avec lesquelles on va ensuite bâtir une constitution dans les cultures orientales. En médecine ayurvédique par exemple, une des constitutions, Kapha, va, grossièrement, tendre vers le froid et l’humidité.

Et il y a toujours une constitution « à l’équilibre » qui a plein d’aspects positifs, et une constitution « au déséquilibre » qui va exposer des faiblesses et certains types de problèmes. Donc appartenir à une constitution, en soi, c’est ni bon ni mauvais. C’est qui on est et comment on fonctionne.

En ce qui me concerne, j’ai fait mes premiers pas herboristiques en Amérique du Nord, et j’ai côtoyé des praticiens qui utilisaient les constitutions ayurvédiques. Donc c’est probablement le modèle qui me parle le plus. Alors, je précise que je n’ai pas étudié la médecine ayurvédique. Je ne suis pas praticien ayurvédique.

Mais comme à mon habitude, je vais piocher ici et là des morceaux de modèles qui me parlent. Et au passage, je vais les tordre et ça va faire réagir les puristes. Je vous comprends, mais lorsque je trouve un modèle qui m’aide dans ma pratique, je le garde et j’aime bien vous en parler. Et là, je vais faire des caricatures de caricatures. Et je vais illustrer avec des plantes qui ne sont pas de médecine ayurvédique, mais qui sont des plantes occidentale, pour couronner le tout.

Donc prenons l’exemple des constitutions ayurvédiques, qu’on appelle les doshas.

Il y en a trois :

  • Vata
  • Pitta
  • Kapha

Le but ici n’est pas de vous faire un cours sur les doshas ayurvédiques. D’abord parce qu’il y a largement plus qualifié que moi pour faire ce travail. Mais aussi parce que j’aimerais juste illustrer mon point ici et vous montrer comment on pourrait utiliser ces constitutions, sans trop rentrer dans des dogmes rigides. Donc mes descriptions vont être très partielles et incomplètes.

Vata

Prenons la constitution Vata : c’est l’air et le mouvement, le changement. Ce sont des personnalités changeantes. En général minces, assez légères et de petite ossature, elles peuvent être grandes ou petites, l’aspect caractéristique n’est pas la taille ici, mais plutôt la densité. On est dans le longiligne et le fin.

Elles ont un poids qui fluctue rapidement, perdent vite et prennent vite du poids. Peau et cheveux peuvent être secs, rêches et cassants. Elles sont sujettes à la sécheresse intestinale, sécheresse des muqueuses, à la constipation. La circulation sanguine n’est pas terrible, petite tension, mains et pieds froids, elles sont très sensibles au froid. L’appétit est variable, la digestion aussi. Elles grignotent, elles ont vite des crises d’hypoglycémie. Sujettes aux ballonnements, aux irritations intestinales. Sommeil léger, facilement perturbé.

Ce sont des personnes qui n’ont pas une énorme endurance, elles se poussent facilement au-delà de leurs limites physiques et nerveuses jusqu’à être complètement épuisées.

Quand on repère une telle constitution, on pourrait un peu plus orienter les questions, voir si on a rien oublié. Ça peut donner des pistes. Vous me demandez conseil pour votre eczéma, mais on n’a pas parlé de votre sommeil. Vous me parlez de votre syndrome prémenstruel, mais on n’a pas parlé de votre circulation et de votre transit.

Alors oui, globalement, lorsqu’on aide une personne, on est censé passer en revue tous ces grands piliers du bien-être : alimentation, digestion, sommeil, etc. Mais là, on va pouvoir aller directement à certains points qui nous semblent un peu plus pertinents pour la constitution.

Les constitutions Vata sont en général réactives aux plantes, aux petites doses, du moins basé sur mes observations. Et elles vont bénéficier des plantes qui font circuler, qui réchauffent, les grands toniques et adaptogènes.

Pitta

Un autre exemple, la constitution Pitta. C’est plutôt feu. La personne est sensible à la chaleur. Bonne circulation, a tendance à avoir souvent chaud. Transpire abondamment. Appétit robuste et digestion robuste. Ce ne sont pas des gens qui vont sauter un repas. Et puis midi, c’est midi hein ? Une certaine rigidité dans les habitudes. Sujets aux fièvres, aux infections aiguës, quand ça s’enflamme c’est vraiment rouge et enflammé. Voilà pour une image très partielle.

Je vais prendre mon exemple. Car je suis passé entre les mains de praticiens ayurvédiques et apparemment, à l’époque, c’était assez clair que j’étais Pitta. Avec l’âge, j’ai bien sûr gommé tous les aspects négatifs… je plaisante, j’aimerais bien. Disons que j’ai peut-être mis un peu de Vata dans mon Pitta. Et puis ceux qui me connaissent ont probablement rigolé au commentaire « et puis midi, c’est midi ».

Bref, je suis migraineux de longue date. Et quand j’ai une migraine, c’est pas la petite migraine. C’est la maman migraine. Et j’ai une envie terrible de me tremper la tête dans de l’eau glacée, une pratique qu’il m’est arrivé de faire pour me soulager. A mes débuts, on m’avait dit qu’une des meilleures plantes pour les migraines, c’était le gingembre. Et que dès que ma crise démarre, faut que j’en prenne, et si ça ne fonctionne pas, c’est que je n’en prends pas assez. Donc j’en ai pris par dose croissante, et je me suis provoqué de mémorables instants de migraineux.

Évidemment, si j’ai envie de froid, que je suis de tempérament déjà un peu chaud, que je transpire facilement, que j’ai une bonne circulation aux extrémités et que je viens décupler ce phénomène avec cette magnifique plante médicinale qu’est le gingembre et qui va créer une vasodilatation périphérique assez massive, ça va pas le faire.

Bon, on n’est pas dans la finesse ici. Évidemment, lorsqu’on a de l’expérience, on arrive à faire de bien meilleures associations. Dans mon cas par exemple, il faut plutôt du rafraîchissant, du calmant. De l’amertume, beaucoup d’amertume. De la menthe poivrée, de la partenelle, un peu de feuille d’artichaut, de la gentiane. Et il aurait fallu que je réfléchisse 2 minutes avant de me jeter dans un panier de gingembre.

Kapha

Un autre exemple avec les kaphas. Une personne avec forte ossature, carrure assez large, dense. Tendance à prendre du poids facilement, et à faire des rétentions d’eau. Les problématiques sont en général aggravées par le froid et l’humidité. Sujet à la stagnation lymphatique, à la congestion, à la toux grasse et à la surproduction de mucus. Physiquement robustes, mais avec un métabolisme plutôt lent. On est ici dans le froid et l’humide.

Faut doser les plantes un peu plus fortement avec cette constitution, basé sur mes observations. Et on va plutôt chercher des plantes qui réchauffent, qui décongestionnent, qui font circuler. Ici, le gingembre serait bien apprécié. L’achillée millefeuille. Les aromatiques du sud : thym, romarin, origan. Les épices. Et là, je vous parle globalement, sachant qu’ensuite, s’il y a une situation spécifique à accompagner, on va bien évidemment aller rechercher des plantes plus spécifiques pour la condition donnée, mais en essayant de rester un peu plus dans cette vision du réchauffant et circulatoire.

Si on a une faiblesse du côté du foie par exemple, avec difficulté à digérer tout ce qui est un peu riche, sentiment d’engorgement, on irait plus volontiers chercher le romarin et le radis noir que le chardon béni et la fumeterre. Romarin, plutôt chaud et circulatoire. Radis noir, une brassicacée, plutôt épicé.

Donc voilà, ce sont des caricatures qui nous aident à piloter l’accompagnement. Je vais vous donner quelques situations dans lesquelles cette connaissance peut être utile.

Cas n°1 : quand on débute. On n’a pas encore l’expérience. Souvent on ne sait pas trop par où commencer. La connaissance des constitutions peut nous aider à poser un premier programme, même s’il est incomplet et imparfait. Mais ça nous donne une direction à un moment où on se sent un peu perdu. Par exemple si on nous demandait conseil pour une problématique de règles douloureuses. En observant la personne, elle a l’air plutôt de type Kapha. Bon, on va se dire, déjà, et si je décongestionnais et je faisais circuler, tout en apportant un peu de chaleur ? Et on va peut-être partir sur un mélange à tisane avec sauge, gingembre, romarin. Est-ce qu’on peut mieux faire ? Oui, probablement. Mais c’est tout de même pas mal comme point de départ pour cette constitution.

Cas n°2 : quand on a une personne qui vient demander conseil juste pour la prévention. Elle vous dit « moi, tout va bien, mais à me préparer une tisane quotidienne, je pourrais faire quoi ? » Alors, ça nous arrive pas très souvent hélas comme type de discussion. On aimerait bien ! Donc là, on pourrait partir juste sur la constitution de la personne. Dans mon cas personnel par exemple, faut pas trop m’apporter du chaud, épicé et circulatoire. Mais l’amertume sera très appréciée, ainsi que tout ce qui rafraichit et calme le système nerveux. Les Américains et Canadiens qui écoutent comprendront pourquoi les parties aériennes de la scutellaire me réussissent si bien.

Cas n°3 : on a un peu plus d’expérience, on sait ce qu’on fait, mais on aimerait s’assurer que le conseil sera bien accepté tout en minimisant les effets indésirables. Si j’ai un cas de douleurs articulaires, avec une personne plutôt Vata et des intestins hypersensibles, et que je commence à balancer pas mal d’amertume qui n’est pas équilibrée avec d’autres plantes plus douces et réchauffantes, ça risque de mal passer.

Voilà, ça guide un peu la réflexion.

sculpture historique de pratiquant de l'ayurveda
Ayurveda, Kerala, Trivandrum

En pratique

En pratique, est-ce qu’on va tomber sur la caricature parfaite ? Non, ce n’est pas courant. Je vous dirais même qu’on va souvent voir dans la même personne, une partie de telle constitution, et une partie d’une autre. Mais bon, on fait avec ce qu’on a.

Et parfois, bingo, on va tomber sur la caricature parfaite. Et là, on se dit : « Je sais ce qui va fonctionner ». Et c’est en général à ce moment-là qu’on va se prendre un petit rateau. J’ai l’impression que dans la vie, dès qu’on a l’impression qu’on a des certitudes, dès qu’on devient un petit peu trop confortable dans ses convictions, on se fait un peu malmener. Ou alors ça n’arrive qu’à moi, allez savoir. En tout cas, c’est bien, ça nous aide à constamment nous remettre en question.

Donc les constitutions, c’est un outil parmi d’autres. Je trouve que c’est intéressant, c’est assez joueur, ça nous aide à mieux naviguer notre pratique de l’herboristerie. On peut aller piocher dans les constitutions ayurvédiques, dans les constitutions homéopathiques, dans les constitutions hippocratiques. Voir ce qui vous parle.

La personne peut connaître sa constitution avant de vous demander conseil. Parce qu’elle a peut-être consulté un praticien en ayurvéda, ou un homéopathe, ou autre, qui lui a dit « tiens, vous êtes plutôt de tel type ». La personne va vous donner l’info, et vous allez l’utiliser si ça vous parle. Parce que parfois on se dit « ah bon, je vous voyais plutôt comme ça ». Et puis souvent, vous n’avez pas l’info, mais au travers de vos observations, c’est vous qui allez placer la personne dans telle ou telle constitution.

Bien sûr, dans ma vision des choses, ceci ne remplace absolument pas la connaissance de la physiologie humaine. C’est plutôt quelque chose qui vient complémenter cette connaissance. Qui vient se rajouter par-dessus. Ça peut apporter de l’information en plus. Faut juste pas trop se prendre au sérieux avec ça, pas trop que ça devienne rigide et dogmatique.


Les constitutions, c’est pas scientifique

Et que faire du commentaire « mais c’est pas scientifique ton truc » ? Si ce n’est de répondre « ben oui, c’est pas scientifique, c’est empirique ». C’est basé sur de longs siècles d’observation dans la tradition des différents pays. Ça n’a rien de perché. Au contraire, c’est plutôt terre à terre et ancré.

Est-ce que ces constitutions historiques sont toujours valides aujourd’hui ? Est-ce que les constitutions ne sont pas en train d’évoluer ? De changer ? Oui et non. Il y a une partie assez fondamentale qui reste valide, et une partie qui évolue. Ou une autre manière de voir, ça serait de dire qu’on tend à évoluer vers une constitution plus qu’une autre. Pour revenir aux doshas ayurvédiques, nous sommes en train de dériver dans quelque chose de très Vata, de très aérien, vaporeux, mental et, disons-le, névrotique.

Voilà ce que je voulais vous dire en réponse à la question : « c’est quoi cette histoire de constitutions ». Utile ou pas ? Je vous laisse décider, au travers de la pratique bien évidemment.

Allez, je vous laisse. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode.

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